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Sicherer, op. cit., p

4. Sicherer, op. cit., p. 18?-184. — La secte tyrolienne des Manharter, sorte de « petite Eglise » qui n'eut qu'une courte existence, se rattache, par ses origines, à ce mouvement d'insurrection contre l'absolutisme qu'exerçaient dans l'Eglise du Tyrol le régime napoléonien — pouvoir « excommunié » — et le régime bavarois. Voir, sur cette secte, Silbernagl, Die Kii'chenpolitisclienund religiôsen Zustànde im neunzehnten Jalirhundert, p. 75-80 (Landshut, Krùll, 1901).

5. Brùck, L p. 129. — Pie VII, au 1" août 1807, publia contre les mesures religieuses du Gouvernement bavarois un acte de protestation (Sicherer, op. cit., p. 160-161).

s'étaient orgueilleusement soulevées contre Rome, cet épiscopat, ruiné, décimé, courbé par les petites et grandes souverainetés, impuissant témoin des ravages que lui infligeait la mort et des humiliations dont Fabreuvaient les Etats, offrait à l'Europe le spectacle de l'Eglise germanique agonisante, — agonisante comme le Saint-Empire.

Il y avait désormais une Eglise wurtembergeoise, une Eglise badoise, une Eglise bavaroise, une Eglise prussienne, créations arbitraires de la diplomatie laïque, réglées et disciplinées, tant bien que mal, par l'intrusion du système joséphisle, Eglises territoriales que les Etats voulaient gouverner par l'intermédiaire d 'évoques territoriaux. Ce seraient des évoques sans terres, et par une étrange ironie on les appellerait, de longues années durant, des « évoques de terre » {Landesbischofe) : ils seraient, en effet, attachés à leur diocèse, comme le serf à sa glèbe, avec interdiction de jeter vers Rome, leur émancipatrice, soit un regard, soit un cri.

De tout ce vieil édifice de TElglise d'Allemagne, jeté bas pour toujours, une colonne cependant restait debout, très droite et très altière, mais un peu gênée de sa solitude et d'une majesté qui sentait l'emprunt : c'était la dignité d'électeur archichancelier. Cette dignité, jusqu'en 1803,

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avait été la parure de l'Eglise de Mayence; du jour au lendemain, sans consultation préalable du Saint-Siège, elle fut attachée à celle de Ratisbonne ; elle avait pour titulaire Charles-Théodore de Dalbergi, coadjuteur de Mayence depuis 1787, et qualifié, par là même, pour succéder en 1802 au défunt archevêque Erthal. Seul de tous les hommes d'Eglise, il obtint des terres dans la réorganisation napoléonienne de l'Allemagne; on lui donna, en 1803, Ratisbonne, Aschaffenburg, Wetzlar; en 1806, la ville libre de Francfort et le titre de prince-primat de la Confédération du Rhin -, avec les qualifications de « sérénissime prince, très gracieux souverain, Altesse ». Seul des princes allemands, il fut, au couronnement de Napoléon, admis à la table impériale. Mais, à cette époque de vertiges oii les fortunes territoriales se faisaient et se défaisaient comme plus tard les fortunes mobilières, Dalberg jugea prudent d'intéresser la famille même de Napoléon au maintien de sa propre opulence; il y crut réussir, en nommant

1. Sur Charles-Théodore Dalberg (1744-1817), voir Beaulieu-Marconnay, Karl von Dalberf)-und seine Zeii, 2 vol., Weirnar, Bohlau, 1879.

2. « Le siège de Mayence fut transféré à l'église cathédrale de Ratisbonne. On y attacha les dignités de prince électeur archichancelier de lEmpire, ainsi que celles d'archevêque métropolitain et de primat de Germanie. La base de sa dotation était la principauté d'Aschaffenbourg, à laquelle se joignaient des territoires épars et un supplément à prendre sur des péages j)our lui compléter un revenu d'un million de florins. En cette circonstance, c'était le Premier Consul qui, partiellement du moins, se rapprochait des anciennes formes allemandes, tandis que les Allemands étaient loin de lui en savoir gré. Les princes la'ics héréditaires, qui avaient espéré recueillir tout entier l'héritage du clergé, s'affligèrent à la vue du nouveau prétendant qui venait en réclamer sa part. » (Bignon, o;>.ci^, II. p. o;j9-340.)— Voir dans Martens, Supplément au Becueil de traités (IV, p. 313-32(5), le traité de confédération des Etats du Rhin; et (p. 335) la « publication au sujet des titres du prince-primat. » — Cf. Rambaud, les Français sur le Rhin, p. 20-23 et 140-141. Paris, Perrin, 1874.

Fesch son coadjuteiir. La nouvelle de cette nomination retentit en Allemagne « comme un coup de foudre 1 », mais cette façon de prendre une assurance contre les caprices de l'histoire ne réussit point au gré de Dalberg : ses calculs furent déçus. Le traité de Paris, en 1810, modifia la nature de son droit de propriété et l'étendue de ses propriétés : il perdit Ratisbonne, dont il demeura révéque. C'était le dernier exemple de la réunion d'une crosse et d'un sceptre entre les mêmes mains ; cet exemple disparut. Un grandduché de Francfort fut, en guise de compensation, créé pour Dalberg; duché fort étendu, qui accroissait singulièrement le nombre des sujets du prélat. Mais c'était un Etat tout séculier, promis d'avance, en cas de mort de Dalberg, à Eugène de Beauharnais 2. La fonction môme de primat, qui avait jusqu'en 1810 eu l'avantage d'une souveraineté territoriale, était désormais une dignité spoliée ; elle était, comme toutes les autres dignités de l'Eglise allemande, jetée nue sur terre laïque. Tant que vivrait Dalberg et tant que la primatie serait attachée à sa personne, elle bénéficierait du train de maison du grand-duc de Francfort; Dalberg disparu, elle serait sans ressources. C'est ainsi que le traité de Paris consomma l'œuvre de la sécularisation; le même acte qui enrichissait l'évêque de Ratisbonne acheva Tappauvrissement de l'Eglise germanique.

1. L"cxi)re.ssioii est du philosophe Jacobi {Briafe an Ch. de Villers, édit. Isler, p. 190. Hambourg, Mcissner, 1883).

2. Ce grand-duché était formé des principautés de Fulda et de Hanau, dépouilles des maisons dOrange-Fulda et de Hesse-Cassel: Dalberg, en perdant Ratisbonne, perdait 30.000 sujets, mais il en acquérait 158.000 (Rambaud, op. cit., p. 144).

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Charles-Théodore de Dalberg, qui fut sur terre allemande le dernier propriétaire ecclésiastique, fit planer sur cette Eglise, durant toute la période napoléonienne, l'apparat de ses titres et le faste de ses charités. On a débattu, bien en vain, s'il fut bon prêtre ou mauvais prêtre : mieux vaut dire que Dalberg n'était pas un prêtre ; savait-il même ce que c'était'? Avant la mitre et sous la mitre, « Frère Grescent », comme on l'appelait en loge-, demeura toujours un assez honnête homme. Il eût pu faire beaucoup de bien, s'il avait eu l'étoffe d'un Borromée ; beaucoup de mal, s'il avait eu l'étoffe d'un Photius ; son intelligence jouisseuse ne s'acharna jamais à aucun de ces deux rôles. Il aimait l'Eglise et la maçonnerie, parce que c'étaient deux institutions humanitaires ; il aimait la foi, qui affranchit l'humanité du chagrin, et la philosophie, qui l'affranchit du préjugé 3. Et son cœur était large, — trop large, — et son intelligence était riche S — trop riche, — eu égard à sa faiblesse

1. En tout cas il ne fut jamais théologien. En 1816, déchu de sa grandeur, il donnait au Moryenblalt Ae Ratisbonne (1816, p. 930) quelques pages — les dernières qu'il ait écrites — intitulées: Rejjani humble et synthétique sur la naissance du monde, où l'on trouve cette opinion, fort peu théologique, que « la nécessité de la création résulte des attributs essentiels de Dieu, de ses sages ordonnances, de sa bonté aimante ».

2. Il y eut fête à la loge de Weimar, le 19 juin 1787, lorsque Dalberg devint coadjuteur. Il était le candidat du grand-duc, de la Prusse et du Fiïrstenbund, contre les influences autrichiennes (Baumgartner, Gœthe, sein Leben und seine We>'ke, I, p. 609. Fribourg, Herder, 1885).

3. La nouvelle de l'élection de Dallierg comme coadjuteur de Mayencc en 1787 «transporta de joie les philosophes, les sectaires et les jansénistes». (Pacca, Œuvres, II, p. 218.)

4. Nombreux sont les écrits de Dalberg; on en trouve la longue liste dans Beaulieu-Marconnay (II, p. 298-348). Nous relevons, parmi ses écrits de jeunesse, les titres suivants: Réflexions sur l'univers [Vill); — Nouvelles Becherclies chimiques si l'eau se peut transformer en terre (1783); — Fondements de l'esthétique (1791); —Projet d'un code criminel {\1Q2); — De l'influence des sciences et des beaux-arts sur la tranquillité publique (1793).

de volonté : ses qualités d'esprit et ses attitudes de cajur ne lui pouvaient tenir lieu de vertus solides et viriles ; tout aimables et toutes brillantes qu'elles fussent, elles ne l'empêchèrent point d'Otre médiocre ; bien plus, elles le rendirent médiocre. La primatie des salons, ou celle des cercles littéraires, était sa vocation ; Ton y était épris de lui, et les plaisirs qu'y trouvait sa fatuité faisaient de lui le plus merveilleux des causeurs. Gœthe, qui considérait tous les hommes comme des miroirs chargés de lui refléter sa propre personnalité, et de l'embellir, et de la parfaire, se disait très reconnaissant à Dalberg, qui lui avait appris à bien regarder la naturel Schiller appréciait ses flacons devin : (( Celui qui sait bien abreuver ses brebis, écrivait-il, je l'appelle un bon pasteur » ; il appréciait aussi ses coups d'œil clairs, rapides, larges, qui donnaient tant de charme à son entretien ; et son humeur, enfin, qui le rendait d'un commerce très agréable '. Au dire de Humboldt, nul ne savait, comme Dalberg, éveiller et exciter les idées ^ Bref, l'Allemagne littéraire tout en-

\. Beaulieu-Marconnay, II, p. 293. — C'était Dalberg qui avait signalé Gœthe au duc de Weiniar comme pouvant le seconder dans son gouvernement (Baumgartner, op. cit., I, p. 354-355).

2. Schiller, recevant de Dalberg un tonneau de vin du Rhin, le remerciait en ces vers; " Anneau et crosse, soyez les bienvenus, empreints sur la cire de ces flacons. Oui, celui qui sait si bien abreuver ses brebis, c'c-t ce que j'appelle un bon i)asteur. Breuvage trois fois béni : c'est par la Muse que je t'ai gagné, c'est une Muse qui t'envoie, c'est l'Eglise ellemême qui ta cacheté. » (Rambaud, les Français sw le Hhin, p. 139-140.) — Cf. lettre de Schiller à Kœrner, citée dans Beaulieu-Marconnay (II, p. 291) : «' J'ai trouvé peu d'hommes avec qui j'aimerais autant à vivre qu'avec le coadjuteur. » Il ajoute, d'ailleurs, que Dalberg lui " semble avoir quelque chose d'instable et de flottant, et ne parait pas apte à approfondir, à épuiser une question ».

3. Lettre de Humboldt à M"" de Wolzogen, du 14 avril 1831. citée dans Beaulieu-Marconnay {op. cit., II, p. 293).

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tière lui décernait le sceptre de la conversation. Mais c'est dans une primatie d'an autre ordre que l'asseyait Napoléon; Dalbere^ s'y installa, comme en un fauteuil de salon ; mais il y fut aussi pâle qu'ailleurs il était étincelant ^

Ayant accès à l'oreille de l'empereur, demeurant riche, lui seul, parmi la détresse universelle de l'Eglise d'Allemagne, et vivant de plain-pied avec tout ce que l'Allemagne comptait de penseurs, d'écrivains et d'artistes, Dalberg avait unrôleecclésiastique à jouer, qu'il ne joua pas. C'est à un rôle politique qu'il songea, à une combinaison qui ferait de lui le premier personnage d'une Allemagne unifiée -, et non point le chef effectif, ni môme le directeur d'opinion, mais, purement et simplement, l'occupant de la place d'honneur : la vanité, chez lui, coupait les ailes à l'ambition, et l'immobilisait dans une préséance de façade. Tantôt rieur, tantôt agacé, Napoléon sut profiter de ces a rêves de songe-creux », comme il disait, pour organiser la Confédération du Rhin; et Dalberg, qui mesurait à l'ostentation dont on l'entourait l'estime qu'il inspirait, prosternait devant Napoléon, « prince protecteur », son hommage reconnaissant, et tressait, tantôt à Périclès, tantôt à Charlemagne, des couronnes de fleurs un peu vieillottes,

1. '< Toutos les qualités de Dalberg, conclut Beaulieu-Marconuay, étaient neutralisées par une vanité personnelle toujours croissante et obscurcies par un manque complet de caractère politique. " (II, p. 289.)

'2. Avant de songer à unifier l'Allemagne avec le concours de la France, Dalberg, en 1797, avait songé à l'unifier contre la France; il appelait aux armes l'Allemagne du Sud et voulait déférera l'archiduc Charles la dictature de la guerre. Mais " qu'importent au Premier Consul les opinions passées? écrivait à ce sujet Bignon. Partout c'est le mérite, et ce sont les notabilités intellectuelles qu'il aime à distinguer, parce qu'il y a sympathie entre elles et lui » (Bignon, op. cit., II, p. 340).

avec l'espoir que l'empereur saisirait les allusions, et qu il les agre'erait ^ Napoléon laissait faire, méprisant en Dalberg l'homme d'Eglise qu'il oubliait d'être, l'homme d'Etat qu'ils'efforçait d'être, l'idéologue qu'il était". Il n'avait cure de ses compliments, ne se souciait que de ses services, et obtenait les uns et les autres.

Dalberg fut le plus obéissant des primats : il poussa la docilité à l'endroit de l'empereur jusqu'à comprendre, lui, nourri dans les doctrines fébroniennes, que l'Allemagne, pour le règlement de ses choses d'Eglise, devait invoquer la collaboration « ultramontaine » du Pape. La nécessité où il se trouva, et qu'il accepta d'ailleurs volontiers, de se ranger aux vues de l'empereur, désarma sa mauvaise humeur de théoricien contre cette centralisation de l'Eglise romaine, dont un spéculatif comme Febronius pouvait bien discuter sur le papier les origines historiques, mais avec laquelle

i. Influence des beaux-arts sw le bonheur public (Ratisbonne, 1806), avec lin buste de Périclès sur le titre. lié flexions sur le caractère de Charlemacjne (Francfort, 1806).

2. Au lendemain de la paix de Tilsitt, Napoléon, donnant tour à tour audience à Dalberg et à Metternich, disait à Metternich : « Dalberg est un songe creux. Il ne cesse de me tourmenter pour que je reconstitue ce qu'il appelle la patrie allemande. 11 veut avoir son Ratisbonne, sa chambre impériale, avec toutes les traditions de l'ancien empire d'Allemagne. Il a essayé de me parler encore de ces balivernes, mais jai coupé court à ses divagations. Monsieur l'abbé, lui ai-je dit, je m'en vais vous confier mon secret. Les petits en Allemagne voudraient être protégés contre les grands ; les grands veulent gouverner selon leur fantaisie ; or, comme je ne veux de la fédération que des hommes et de l'argent, et que ce sont les grands et non les petits qui peuvent me fournir l'un et l'autre, je laisse en repos les premiers, et les seconds n'ont qu'à s'arranger connue ils pourront. » (Metternich. Mémoires, I, p. 58. Paris, Pion, 1880-188'j.)- Cf. un article de M. Geiger {Zeitschrifl fur vercjleichende Litteraturijeschichle, X, fascicule 4), montrant que Napoléon, en paraissant encourager ouvertement, pour faire plaisir à Dalberg, la fondation d'une bibliothèque germanique à Paris, combattait ce projet sous main.

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un réaliste comme Bonaparte jugeait opportun de compter pour Télaboration des réalités du lende-

mam.

Poussé jusqu'à ses dernières conséquences, le fébronianisme en Allemagne, comme le gallicanisme en France, eût fait aiïront au vieux principe chrétien de la distinction des deux pouvoirs, de la dualité entre Dieu et César. Mais ce vieux principe avait uue si robuste vertu, que l'on sentait, aux heures de crise, le besoin de recourir au Vicaire de Dieu, et non point seulement aux ministres de César, pour la restauration de l'établissement religieux. La soupçonneuse Eglise gallicane et la soupçonneuse Eglise germanique, subitement asphyxiées sous les monceaux de ruines qu'accumulait la Révolution, laissèrent pénétrer la puissance papale auprès de leur chevet de moribondes, pour qu'elle les aidât à recouvrer quelque liberté de respiration, quelque élasticité d'action, quelque renouveau de vie. En France, la centralisation même de l'État facilita l'entente avec Pie VII : le Concordat fut rapidement négocié. Au contraire, la complexité du vieil Empire, la fragilité de ses assises, le besoin d'autonomie auquel s'abandonnaient les membres du Corps germanique, et les perpétuelles menaces d'innovation que suspendait sur leurs têtes l'esprit d'entreprise de Bonaparte :

tout cela rendait singulièrement laborieux un accord entre l'Allemagne et Rome. A vrai dire, dès 1802, il n'y avait plus d'Allemagne : il y avait, entre ciel et terre, une ombre d'Empire, que le canon d'Austerlitz fit s'effondrer ; il y avait, sur terre, des royaumes et des principautés, qui multipliaient les coquetteries à l'endroit de Napoléon, et qui déjà pressentaient en lui le successeur des Habsbourg, chargé de cimenter l'unité germanique renouvelée. Hommes d'Etat et hommes d'l^]glise, qui voulaient régler par un statut nouveau les rapports de l'Allemagne catholique avec Dieu, se tournèrent naturellement vers Bonaparte. Dès le 15 août 1802, Maximilien, l'électeur de Bavière, exprimait au Premier Consul son désir de conclure un Concordat avec le Pape et souhaitait, pour mener cette tâche à bien, « l'aide de rhommequi sutrésoudre le grand problème d'une alliance de la Philosophie avec la Hiérarchie^ ». Ainsi le Concordat entre Rome et la France était à peine signé, qu'on le considérait, hors de France, comme un exemple classique, comme un précédent qui faisait loi. La Bavière, tout de suite, faisait des avances au Saint-Siège : elle expédiait à Rome, dès 1803, un ecclésiastique, d'ailleurs tout dévoué aux doctrines fébroniennes et aux aspirations illuministes, Haeffelin, pour demander la création dune Eglise bavaroise, soumise à un ar-

1. Siclierer, op. cit., p. 59 : « Je regarde ce traité, écrivait Maxiiuilien, le 1" mai 18(j2, à Cetto, son ministre à Paris, ccmnie une alliance formelle de la philosophie et de la religion et comme un type général ixtin* tous les Etats catholiques. Le Pape ne pourra guère s'exposer à refuser, à qui que ce soit, ce qu'il a si solennellement et si positivement accordé au Premier Consul. »

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chevêque qui serait nommé par le Pape^ Mais la Cour de Rome prenait acte de ces démarches sans y donner une réponse formelle : car les deux Empires, l'Empire germanique qui ne se décidait point à mourir, et l'Empire françaisqu'on voyait poindre sur l'horizon, prétendaient l'un et l'autre, chacun de son côté, à réorganiser en bloc l'Eglise germanique et à conclure avec Rome un Concordat d'ensemble auquel acquiesceraient les diverses puissances d'Allemagne. Il semblait que l'arrêt de mort du Saint-Empire romain germanique fût déjà signé dans les conseils de Dieu ; mais, jusqu'en 1806, l'agonisant s'obstinait à vivre, et Rome lui eût donné le coup de grâce en acceptant d'entrer en pourparlers, individuellement, avec l'un ou l'autre des Etats du Corps germanique. Consalvi s'y refusa : il estimait que « le parti delà justice est toujours le meilleur, s'il n'est pas toujours le plus productif et le plus heureux^ » : et faire comme si le Saint- Empire n'existait plus avant même que l'acte de décès n'en fût enregistré, cela paraissait à Consalvi contraire à la « justice ».

Le bruit même courut, dans les chancelleries, en l'année 1804, que Severoli au nom du Pape, le conseiller Kolborn au nom du prince-primat et le référendaire Frank au nom de l'empereur Fran-

1. Otto Meier, Zur Gescliichte der Romisrh-tU'utsrlien Frage, I, p. 207- 252. — Bn'ick, I, p. 258-261. — Sur les plans de Concordat bavarois de 1802 et 1803, voir Sicherer, op. cit.. p. 10-11 et 14-17 des annexes. — Sur lenvoi de Haeffelin à Rouie, voir Sicherer, op. cit., p. 71 et suiv.

2. Consalvi, Mémoires, édit. Crétineau-Joly, II, p.20fifParis, Pion, 180'»). - Cf. Brùck, I, p. 258-201. — Consalvi parle avec mélancolie, dans ses iMemoires, de ce « Concordat germanique qui nous causa, dès son principe, tant de soucis et de tracas, (jui nous exposa à tant de i^érils, et qu'on ne put jamais mener à bonne fin» (II, p. 294).

110 DU JOSÉPHISME AUX CONCORDAïS

çois II, étudiaient à Vienne un projet de Concordat général pour tout l'Empire, et que Rome caressait l'espoir d'accréditer bientôt un nonce à la diète de Ratisbonne. Humboldt,ministrede Prusse près de la Curie, se montrait fort ému: il prévenait Consalvi queleroi de Prusse,soucieux d'être maître chez lui en matière de religion, ne reconnaîtrait jamais, en l'espèce, les engagements que la diète germanique pourrait prendre avec le Saint-Siège ^ Mais les négociations de Vienne échouèrent^ : entre les doctrines romaines et les théories joséphistes auxquelles la Cour d'Autriche demeurait fidèle, nulle entremise n'était possible, nulle conciliation réalisable ; et lorsque Dalberg reconnut l'échec comme certain, il s'empressa de mettre sa confiance en Napoléon et d'insinuer à l'autre Empire — à l'Empire français — qu'un Concordat général concernant l'Allemagne se devrait arranger avec Rome sous les auspices de la France^.

Quelques années s'écoulèrent, stériles et confuses, durant lesquelles les conversations particulières se prolongèrent entre Rome et les Etats

1. Voir Bruno Gebhardt, Willielm von HumbohU ah Staatsmann, I, p. 55-66. Outre que Huinboldt ne voulait pas que le jus circa sacra que prétendait exercer le roi de Prusse fût limité par un Concordat dEnipire, il redoutait que ce Concordat ne donnât trop de puissance à l'institution de la primatie, et que le titulaire de cette institution, un jour ou l'autre, n'appartînt à la maison d'Autriche (Gebhardt, op. cit., I. p. 62).

2. Pour connaître en tous leurs détails ces négociations, il faut lire l'étude détaillée, et de tous points définitive, qu'en a faite le professeur Adolph Frantz, de l'Université de Kiel, sous le titre : Bas Projekt eincs Beichs-Concordats und die Wiener Kon fer enz en von iSOi {Fest g abe der Kieler Juristenfakuliàt zu Rudolf von Iherings funfzigjdhrigem Doklorjubildum. Kiel, Lipsius, 1892).

3. Frantz, op. cit., p. 213-214. — Voir dans Sichercr, op. cit., p. 89 et suiv., les conversations des cardinaux avec Dalberg, à Paris, le 3U décembre 1804, sur le projet de Concordat qu'il avait envoyé à Rome.

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allemands. Le Gouvernement de Munich ^ celui de Stuttgart^, négociaient Tun et l'autre, et chacun pour soi. Humboldt, qui représentait auprès du Pape, non seulement la Prusse, mais Hesse- Darmstadt et le prince d'Orange, rêvait d'être l'interprète d'un groupement des petits Etats protestants de l'Allemagne'. Le Gouvernement badois, à l'instigation de Napoléon, faisait, au début de 1806, préparer par le juriste luthérien Frédéric Brauer un projet de Concordat, auquel succéda, l'année suivante, un autre projet, préparé, celui-ci, par un prêtre catholique, Rothensee^*. Le nonce délia Genga, installé à Ratisbonne, était tiraillé par les combinaisons les plus contraires ' : l'idée d'un Concordat d'Empire et l'idée de Concordats spéciaux tlottaient dans l'air, se nuisant et se bousculant réciproquement. Napoléon trancha ces platoniques conflits, en décidant qu'il y aurait un Concordat d'Empire, et qu'il en serait l'auteur.

C'est ainsi que, lorsque les chancelleries eurent définitivement embaumé le cadavre récalcitrant du Saint-Empire, un nouveau pouvoir s'interposa, pour mettre un terme aux colloques épars qu'engageaient avec Rome les Etats allemands; ce fut

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