Ringseis, Erinneruiu/en, I, p
3. Lauchert, Frnnz Anton Slaudemnaier, \\. 27 et suiv. (Fribourg, Ilerder, 1901). — Cf., dans je même livre, p. 407- 'iU9. une citation de
cachant au lieu de Faffirmer, leur erreur était lourde: ils laissaient s'efl'riter la synthèse dogmatique dont ils auraient dû être les gardiens, et craignaient si fort de la faire paraître encombrante qu'ils ne lui permettaient môme plus de faire figure. Quelques fragments d'affirmations, interrompues et incohérentes, timidement baptisées du nom de dogmes ; et quelques survivances de pratiques, qui, faute d'être rattachées à ces dogmes, paraissaient superstitieuses et bonnes pour l'enfance, ou bien bonnes pour la plèbe : voilà ce qu'était le catholicisme pour la plupart des compatriotes de Gœthe.
Pour qu'il gardât l'adhésion des consciences et qu'il gagnât le respect des intelligences d'alentour, il fallait qu'il se révélât aux hommes de lettres et aux artistes comme une source d'inspirations et comme un épanchement précieux de l'âme nationale ; et il fallait que, recouvrant le sentiment de ses ressources dogmatiques et de sa vertu morale et sociale, il trouvât des interprètes actifs, audacieux, décidés à l'exposer, — et à l'exposer au soleil. Littérateurs et artistes romantiques furent les ouvriers de la première tâche; la seconde fut remplie par des théologiens comme Mœhler et Dœllinger, avec le concours de publicistesformellement passés du service du romantisme au service de l'Eglise, comme Guerres et Frédéric Schlegel. Gomment les romantiques disposèrent
Hcfclo, (1(> InniuV 1845. sur la l'CsiMjiisaljilito (uront les j)ré(licat('urs dans la diiiiiimtion de la foi lorsqu'ils évitent do prèchor le dof^ine. — Fiiiperlos recomuiaiidait aux clercs du Goon/innum d'exercer leur éloquence sacrée sur des sujets connue raf,'riculture ou le:^ i><jnts et clinu.ssécs (Aicliinger, Jçiliaan Miclutcl Sailer, p. 331).
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ropinion publique en faveur des théologiens ; comment des littérateurs laïques, dont la conscience, môme, gardait le plus souvent des attaches protestantes, se trouvèrent être les précurseurs et comme les introducteurs de la rentrée du catholicisme dans la pensée germanique : c'est là une surprise d'histoire, — jeu du hasard, diront les uns ; jeu de la grâce, diront les autres ; — elle vaut en tout cas la peine, dans ses complexes anomalies, d'être étudiée avec quelque minutie.
11 y eut des heures où Goethe comprit le christianisme, voire même le catholicisme ; il n'y en eut aucune où il les aimât . « Prodigieux talent, écrivait de lui Benjamin Constant ; mais haine remarquable contre le christianisme'. » Dans ce Panthéon qu'était son cerveau, Jupiter Gapitolin avait préséance sur le Christs Le passage de Poésie et Vérité sur les sacrements catholiques '^ dénote une sorte d'elî'ort pour reconstituer les sensations que doivent éprouver les fidèles au frôlement de ces rites divins ; mais on devine
1. Bonjaiiiin dtnstant, Journal intime, édit. Melogari, p. 33.
2. Voir une lettre de Snvigiiy à Riugseis, so iiioiiunnt de Gœthft qui Cdiisidère Jupiter Olympien Cduuae plus r(tyaloinont Cduçu que Dieu le pt'i-e (Pfiilf, Stiiniwn au.i Maria Laacli, 19l)i. I, p. 4(i).
3. Gœthe. l'oénip et VériU', livre VIT, daus les Mémoires, trad. Carlowitz. I. ]). 171-173 (Paris. Cliarpenlier, 1872). — Cf. Bauuiyai'tuei-. Ga^the, Hi'in Irhm v,iul s<'inr Wt'r/ce, lU, p. U8 (Fnboi]rj^\ Herder, 18S:.},
que cet efîort est une fatigue, que Gœthe se dépayse, — nous allions dire : il se déclasse, — lorsqu'il s'improvise chrétien. Durant le peu de jours qu'en 1792 il passa chez la princesse Gallitzin', la paix des visages le frappa : il y lut la sérénité des âmes, en rapporta le mérite au catholicisme ; et, toujours préoccupé d'aménager pour les énergies de son génie le plus propice terrain» de culture qui fût possible, il se demanda peutêtre, fugitivement, si la foi catholique n'offrait pas à ses adeptes l'avantage d'une hôtellerie tranquille et confortable -.
Mais, outre qu'il partageait les défiances et les susceptibilités de la Réforme à l'endroit de l'Eglise romaine', il se trouvait plus aisément de plain-
1. " Tlii jour la princesse de Gallitzin m'avoua, en souriant, qu'avant mon arrivée on lui avait écrit pour l'engager à se tenir sur ses gardes avec moi, parce que je savais prendre des airs de piété au point qu'on pourrait me croire religieux et même catholique. — Ma nohio amie, lui répondis-je. je ne fais pas semblant d'être pieux, je le suis en effet, dans certains moments et en certains lieux du moin-. La dissimulati(ui et le mensonge me sont odieux, mais j'admire tout ce qui est vrai et sincère, même quand cela n'est pas conforme à mes manières de voir; car les autres ont autant raison de se conduire d'après leurs principes que j'ai raison de persister dans les miens. » (Gœthe, Campar/ne dp France, dans les Mémoires, trad. Garlowitz, U, p. 34G.)— Cf. Baumgartner, op. cit.. IL p. 143, et cet autre i)assage de Poésie et Vérité à propos du voyage de Gœthe a F^insiedeln avec les Stolherg : '< Les cérémonies de l'Kglise romaine ont toujours quelque chose d'imposant pour les protestants, car ils n'y voient que l'intention primitive, et pénètrent ainsi jusqu'au noyau du fruit sans s'occuper de son enveloppe ni même de l'arbre qui la nourri. >• (Gœthe, Poésie et Vérité, livi'e XVIII, dans les Mémoires, trad. Carlowitz. I. p. :',is-:m.)
2. Visitant Païenne en 1787, il observe « que plusieurs ecclésiastiques ensemble ont exécuté les plus grands ouvrages, comme l'attestent les couvents et les églises » (Gœthe, Œuvres, trad. Porchat, IX, p. 291) ; et l'on dirait qu'un hommage à la fécondité des institutions monastifjnes est au bout de sa plume.
:^. La revue Die Wartlmnj. ])ubliée j)our l'expnnsion du mouvement Los von Rom, a consacré un nnméi-o entier, le 29 août 19((2. à mettre en relief, d'une façon toute jiolémique, l'hostilité de Gœthe contre lEgiise romaine. — L'article d'Antonio Zardo, Nuova Autulor/ia, 1893. 1. p. (J7:<-()89, relève des textes intéressants.
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pied, lui Gœthe, avec les divinités païennes, incarnations luxuriantes de la joie de vivre, qu'avec le Christ souffrant et pantelant ' ; or, pour que Gœthe reconnût un dieu, il devait se trouver de plain-pied avec lui. « Il me paraît surprenant, à moi vieux païen, écrivait-il à Jacobi le 11 janvier 1808, de voir la croix plantée sur mon propre sol, et d'entendre prêcher poétiquement le sang- et les plaies du Christ sans que je m'y sente formellement hostile*. » Mais, en un accès de mauvaise humeur, l'hostilité débordait, et passait outre à la décence : Gœthe, alors, trouvait la croix « aussi désagréable que les punaises, que l'ail ou que la fumée de tabac ^ » ; il applaudissait à l'orgueil des vieux Saxons qui avaient su résister au Christ ; et ce qu'il admirait en Luther, ce n'était point l'agenouillement du mystique, mais le soubresaut du révolté ^. Son tempérament, comme
1. « Gœtlio. rcrit lo P. Baniii^'artnor, ('"tait un païen conscient et voulait le rester », et ce sera là, d'après lui, la fi;rande raison de l'antipathie de Gœtlie à l'endroit du courant romantique (Baunifi;ai'tner, op. rit.. III. p. 117).
2. Cité par Bauni{,'artner, op. cit., III, p. 42-44. Cf. Id., op. cit., I, p. 518-520. les négations de Gœthe au sujet du Christ. suf,'{<érées par le Pontius Pilatus de Lavater; — - II. p. 85-86, les épip"aninies antirelif,neuses de Gœthe; — III, p. 17;M74, la pièce de vers contre la croix " moderne folie » ; — III, p. ;i2!), la lettre de Gœthe à Zelter, du !) juin 1831, sur la croix ; — et Rinj^seis, Erinnerunf/en, I, p. 210, n. 1, sur un dessin de Gœthe représentant des oies au pied d'une croix. — Sans brutalité, le jjoènie intitulé: la Fiancée de Corinthe, est dune inspiration fiincièrement antichrétienne (Gœthe, Œuvres, ti-ad. Porchat. I, p. 82-85)-
'.'). Heine, De rAlle,na;/ne, I, p. 237 (nouv. édit. Paris, Lévy, 1855).
4. « C'est la gloire des honuaes de la Germanie, d'avoir ha'i le christianisme jusqu'au temps où les braves Saxons succombèrent sous l'épée fatale du seij^neur Charles. Ils luttèrent assez longtemps, mais enfin ils fui'ent domptés par la i)rêtraille, et ils se courbèrent s(jus le joug ; mais ils remuèrent toujours de temjts en temps. Ils n'étaient que dans un demi-sonuneil, quand Luther traduisit si bien la Bible en allemand. Saint Paul, frnnc chevalier, })arut aux chevaliers moins déplaisant: la liberté s'éveille dans tous les cœurs, et tout le peuple proteste avec joie. .. Gœthe, Œuvres, trad. Porchat, I, p. 30.3-394.)
sa culture, faisait do rascolisme l'ennemi personnel de Gœthe ^ Jouir tour à tour de tout pour mieux jouir de lui-même continûment, c'est h quoi visait cet immense thésauriseur d'impressions : les dieux et les hommes étaient ses pourvoyeurs, accueillis ou évincés selon ses hesoins''. Et c'est précisément du Fond de ce tempérament même, à la faveur de cet égotisme littéraire, que surgissaient parfois, chez Gœthe, quelques complaisances passagères à l'endroit du catholicisme. Il lui devenait complaisant comme on Testa une commodité. Il avait vu, par Texemple de Manzoni, que la « religion catholique donne naissance à beaucoup de situations poétiques qui manqueraient à un protestant"^ ». Pourquoi Gœlhe (^ût-il répudié
1. « Gœtho coiiipronoit tout dans l'univors, tout, excpptô deux choses pout-ètro: le chrétien et le héros. l\ y a eu là chez lui un faihle qui tenait un peu au cœur. » (Sninte-Beuve, Lundis, U, p. 343 des dernières éditions.) M. Victor Girand. citant ce jiassage, le rapproche fort in},'énieusenient du ténioipiaf,'e de Jean Falk, intime ami de Gœthe. sur l'inditïérence de Gœthe pour tous les personnages en qui éclataient quelque suhlimité. quehiue manifestation de l'intini {Pdscal, l'Iiotn-ne. l'œurrc, rin/luenci\ 3" édit., ]). 2?9 (Paris, Fontenioinfî, 1005). — « Gœthe peint avec une inimitable beauté la vie telle quelle est lorsqu'elle est sans foi, sans espérance et sans nniour. » (Mœhlei-, (ifsummeltc Srhriftni und Aufsâtzp, I, p. 2G1. Ratisbonne, Mnnz, 183!»).
2. •' Pour moi. écrivait (iœthe à Jacobi. avec les tendances variées de ma natui-e. je n'ai i)as assez dune seule fa^on de penser: connue poète et artiste je suis polythéiste, mais connne naturaliste je suis panthéiste, et je suis l'un et lautre avec la même décision. Si jai besoin dun Dieu pour ma i)ersonnalité. connue être moral, à cela aussi il est déjà pourvu. » (Cité j.ar Bnunif^'nrtner, op. cit., I, p. 202.) — Cf. Taine, Histoire de. la Lifténiluir tnif/l(,i.si\ IV, p. 381-382 (Paris, Hachette), à propos du dénouement catholiiiue de Faust: « C'est le ciel connue limaj^nnait saint François et le peifjnait Van Eyck, avec les anachorètes, les saintes femmes et les docteurs, les uns dans un paysage de rochers bleuâtres, les autres au-des<us dans l'air sublime, autour de la Vierj^'e fjlorieuse. ranjiés par réf-ions et flottant en chœurs. Gœthe pousse l'affectation d'orth<ido.\ie jus(iu'h inscrire au-de<sous de chacun son nom latin et sa niche dans la Vulf.'ate. Et justement cette fidélité le proclame sceptiqm\ On voit ([ue s'il ressuscite le vieux monde, c'est en historien, non en croyant. "
3. Conversations avec Kcliennatuu tnd. Delerol, I, p. 3SI-:5S2 (Pavis, Çhari entier»,
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une richesse dontManzoni tirait bon parti? « J'aime mieux que le catholicisme me fasse du mal, que si Ton m'empêchait de m'en servir pour rendre mes pièces plus intéressantes », disait-il un jour à Benjamin Constant'. Le mot définit admirablement le genre d'honneurs que Gœthc rendait a la religion catholique ; il se servait d'elle, à ses heures, comme d'une machine littéraire, dût-elle lui « faire du mal » ; et il y avait un dilettantisme passablement païen, derrière l'hommage même qu'il accordait au catholicisme.
Schiller, à son tour, dans son poème sur les dieux de la Grèce-, donnait au paganisme un témoignage de sympathie fervente'^. « Plus les dieux sont humains, versifiait-il, plus les hommes sont divins. » Schiller prétendait, en ce distique,
1. Benjamin Constant, Journal intime, p. ?,. — Coniparor los juj^omonts do Gœlho sur le poèto chrétien qu'ost Manzoni : Gœlhe ne veluse i)as dentier dans l'esprit religieux de Manzoni pour mieux jouir de ses vers {Conversations avec Eckermann. trad. Delerot. H, p. 406-407). — De même, à Rome, en 1788, Gœthe. témoin des cérémonies jiascalos, écrit au duc
'Chnrles-Aujiuste : « Jaurnis voulu, à cette heure, être un enfant ou un crovant, pour tout voir en sa plus haute lumière. » (Gœthe, Brirfr, édit. Steïn, III, p. 20. Berlin, Elsner. 1902.) Gœthe ne voit jamnis rien de plus, dans la foi, (luune source possihie de jouissance.
2. « Quand vous f,'ouverniez encore le hel univers, que vous meniez encore les races fortunées avec les rênes légères du plaisir... oh! (juand brillait (Micore votre ciilte délicieux, connue tout alors était tout autre !... Rien n'était saint (pie le beau... Pour enrichir un seul entre tous, ce monde de dieux a dû périr. - (Scliiller, Porsii-s, trad. Régnier, p.'il4-418- Pnris. Hachette, 1859.)
H. Quelque pince que tiennent les hynmes chrétiennes dons les œuvres de Ilerder, la piière qu'il adr(>ssse à Vénus Anady(unène peut être inter- IM'étée. aussi, comme une ])r(d'ession de fid pnïenne (Baumgartner, op. cit., II, p. 29-.3'2) ; et c'est le cas, au sujet de Herder, de rappeler les lignes très curieuses dans lesquelles Benjamin Constant {Journal intime, p. 5) expli(jue que les pages de Herder sur l'origine et les progrès du christianisme {/(Ires sur la pliilosoplrie de l'histoire de Vhumanilé, trad. Quinet, IIIi p. 220, Paris, Levrault. 1828), sont « tout à fait la contre-partie de l'absurde ouvrage de Chateaubriand ».
4 lia die (Uitter mensrhUrlier nuch waren.
Wiin'n Menselieit i/ôtlliiher.
glorifier l'Olympe. L'hommage se fût appliqué, beaucoup plus rigoureusement, à cet Homme-Dieu dont certains pasteurs arriérés osaient encore, du haut des chaires, affirmer et définir les deux natures, humaine et divine ; mais l'idée de rincarnation, dans l'Allemagne du xviii" siècle, était à ce point vidée de son contenu, que les dieux de pierre ou de marbre dont parle le Psalmiste apparaissaient à Schiller comme les vrais dieux humains.
A païen, païen et demi : Frédéric SchlegeU était, à ses débuts littéraires, un tel dévot de l'hellénisme, que Schiller le réputait compromettant et se moquait de lui -. La femme grecque était, pour Schlegel, un idéal insurpassable d'humanité supérieure-'' ; les cités grecques lui semblaient offrir une culture politique en comparaison de laquelle les .modernes étaient dans un état d'enfance^ ; il saluait le drame grec comme « un ï)iaximmn absolu de poésie » ; et s'il rêvait, à l'image de ce que Winckelmann avait fait pour l'art, de retracer les diverses phases de la poésie grecque, c'est parce qu'il concevait cette histoire comme « une histoire naturelle du beau se développant en vertu de sa logique interne '' », et parce qu'à ses yeux, l'évolution historique de l'hellénisme
1. Sur FitMjéric Schlefjol (1772-1829), voir Gœdeke-Gœtze, VI, p. 17-28; — Rolip>. Frvdéric Sclihujel et la Gew'ise du rorimnlismc allemand (1791-1797) Paris, Foiitoiiioinf^, 1904 et trois oxcollents articles de M. Henri Lichtemberger dans la Ilcvw des Cours cl Con/Y-renrcs des l(i juin. 7 juillet (>t 1/i juillet 1898.
2. Ilayni, Die, romanlisclic Schule, cin Beitratj zur Geschichtc des dr.ulschi'n Gcistes, p. 200-212 (Berlin, Gaertner, 1870); — Lichtenberf,'er. loc.cit., p. 0G7-(ir)8, — et Rouge, op. cit., p. 19()-2i:}.
:-.. Haym, op. cit., \^. 183-18fi ; — Liclifenberj,'er, loc. cit., j). OG.") ; -- et Rfiuge. op. cit., p. 174-184.
4. Liclitenberger, loc. cit., \). 065-000; — et Rouge, op. cit., j). 109-17'i.
5. Liclitenberger, loc. cit., p. 662-0G4; — et Ronge, op. cit., j). 88-128.
s'identifiait avec le développement rationnel du beau absolue Hors de la Grèce, point de poésie. Frédéric Schlegcl ne faisait qu'une exception : c'était en faveur de Gœthe. Il voyait en lui le représentant de la pure grécité, l'émule par excellence des classiques Hellènes, le messager d'un « art authentique » et de la « pure beauté » -. Il y avait là comme un système clos d'admirations : Frédéric s'y enfermait, avec une solennelle intransigeance, lorsqu'il officiait dans la petite chapelle berlinoise où des femmes delà haute société juive avaient institué le culte de Gœthe 2. Une d'elles, Dorothée Veit '% prit congé de son mari, un banquier qui ne lisait pas Ga3the, pour convoler avec Frédéric : on ne pouvait pas aimer Dorothée comme elle voulait être aimée, si l'on ne partageait pas sa tendre dévotion pour Gœthe ; et c'est ainsi qu'à son insu le patriarche de Weimar rendait inhdèles à leurs maris les femmes mêmes qu'il ne séduisait pas. Schlegel, parce que païen, avait mérité Dorothée, qu'il devait plus tard rendre chrétienne; et les dieux de la lumineuse Grèce surgissaient en vainqueurs sur les ternes horizons du Brandebourg, pour y bénir le faux ménage.