‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 90 sur 202 · Sulpiz Boisserée, I. p · texte numérisé non relu

Sulpiz Boisserée, I. p

serée glanaient, à travers tant de ruines, les trésors dont le ciseau et le pinceau germaniques avaient jadis fait hommage au catholicisme K Mais Cologne restait leur centre : ils exhumèrent le fameux tableau dont aujourd'hui s'enorgueillit la cathédrale, le Dombild -, et le firent installer, dès 1810, dans une chapelle de l'édifice inachevé, comme un gage d'avenir. Ils ne travaillaient point pour une gloriole d'amateurs, mais pour la gloire de Dieu et de l'Allemagne. Sulpice Boisserée, en 1810, risqua le voyage d'Heidelberg -^ avec sa collection. Voss avait imposé silence aux antiques chansons : mais, lorsque les antiques madones se présentèrent, le romantisme leur fit fête. Les Muses de Fouqué, le Musée allemand^ de Schlegel, les célébrèrent^.

1. C'est de quoi, plus tard. Henri Heine se moquait : « Frédéric Schlegel et son ami M. Joseph Gœrres couraient, dans toutes les vieilles villes du Rhin, après des restes de vieux tableaux et de gothiques morceaux de sculpture allemande, qu'on révérait aveuglément comme de saintes reliques .. [De, rAllemaf/ne, I. p. 2H). — Les impressions de voyage de Schlegel sont réunies au tome VI de ses Œuvres (Vienne, Klang, 1846).

2. On peut lire une jolie description de ce Dombild, sous la plume de M. Louis Gillet. dans le Correspondant du 25 janvier 1905, p. 362-303. — Voir, dans Raich. Dorolhea Sc/dPf/el, I, p. 265-266, les trois sonnets écrits on 1800 par Dorothée sur le Dombild.

3. Canova vit, en 1815, la collection Boisserée à Heidelberg; il écrivait : « Ces anciens maîtres savaient toujours ce qu'ils voulaient faire, ils avaient toujours la nature en vue, le principe religieux leur donnait de l'élévation, et ils allaient droit à leur but. Si, de ces maîtres, on fait encore un pas en avant, on arrive à Raphaël ; au contraire, si de Rubens et des autres modernes on fait un pas en avant, l'on perd absolument le chemin et l'on tombe jusque dans la caricature. L'esprit humain ne pouvant jamais s'arrêter, il faut donc retourner à ces anciens peintres en y apportant tous les avantages de l'art moderne. » {Sulpiz Boisserée, II, p. 91.) — Victor Cousin, qui vit à Heidelberg, en 1817. la collection des Boisserée, en donne une jolie description {Revue des Deux Mondes, i" août 18G(i. p. 607-611). — Sulpice Boisserée négocia tour à tour avec la Prusse et le Wurtemberg la vente de sa collection {Sulpiz Boisserée, II. p. 89-90, 104-105, 128-130, 137-141, 160-161, 190; il finit par la vendre au roi de Bavière, en 1827, pour la collection de Schleisheim (I, p. 494), et elle passa, en 1836, à la Pinacothèque de Munich.

4. Sulpiz Boisserée, I, p. 178-179. — Dès 1809, Frédéric Schlegel demanda

Gela pourtant ne suffisait pas à Sulpice : il briguait pour elles une génuflexion de l'Olympien qui, dans sa tour d'ivoire de Weimar, régentait le goût public ^ Gœthe se fit longtemps prier, puis accepta d'accueillir Boisserée ; il ne parla d'abord que par monosyllabes, se fit ensuite complaisant, introduisit à la Cour ce pèlerin de l'art religieux, et une correspondance s'engagea, jusqu'à la mort de Gœthe, entre Gœthe et les Boisserée 2.

(( Vous seulparmi les Allemands, écrivait à Gœthe Sulpice Boisserée, avez le don de désigner à l'attention et à la connaissance de tous, tout ce que vous voulez, môme ce qu'il y a de plus épineux, déplus mystérieux, ce qui semblait relégué dans le cercle étroit des dévots et des savants -K » Gœthe laissait dire, acceptait que Boisserée le qualifiât de <( miroir prophétique de l'époque », et voyait se confondre l'intérêt de sa propre gloire et l'intérêt de l'art gothique ressuscité. 11 ht avec les Boisserée, en 1815, un voyage sur le Rhin '^ ; il en rendit compte, dans un article fort détaillé'', et fonda

le concours do.s Boisseivc pour sa l'ovuo l'hiropa {Sulpi: Jioisserér, T, p. G2-(i3).

1. Voir dans Sulpiz Boisserée, II, p. l-f). la première lettre de Sulpice à Gœthe, du 8 mai 1810; l, p. 111-113, le récit fait à Melchior (lettre du 3 mai 1811) de sa première entrevue avec Gœthe à Weimar, et des réponses monosyllabiques qu'il a reçues : /«,.;«, schôn, merkwûrdifj ; l, p. 117, sa lettre triomphante à Hertram. du 10 mai 1811 : « Toutes les objections du vieillard contre l'origine nationale de l'architecture gothique sont maintenant muettes. »

2. La correspondance remplit tout le tome II du recueil intitulé : Sulpiz Boisserée.

3. Sulpi:: Boisserée, II, p. 21 (lettre du 20 décembre 1812). — Cf. Sulpi: Boisserée, I, p. 29.i-296, une lettre de Frédéric Schlegel à Sulpice Boisserée sur l'impression que peuvent produire sur le public les sympathies actives de Gœthe.

4. Sulpiz Boisserée, I, p. 249 et suiv. : les conversations de Gœthe au cours de ce voyage sont notées avec détail dans les lettres de Sulpice.

5. Gœthe, édit. Kùrschner, tome XXXI (publié par Witkowski), p. 221-231 :

même une revue pour s'y occuper, de longues années durant, de Tart et des antiquités de la région rhénane 1. C'est dans ce périodique que les publications de Georges Moller, François-Hubert xMûller, Sulpice Boisserée, sur les divers édifices gothiquesderAl]emagne,seronttouràtour présentées au public allemand^, et Goethe mettra quelque coquetterie à rappeler que, dès 1771, visitant la cathédrale de Strasbourg, il avait laissé battre son cœur pour l'art gothique -^ Mais en Gœthe, lors même qu'il admirait l'esthétique chrétienne, le vieil homme survivait toujours, ce vieil homme qui, dans la ville d'Assise, s'en allait contempler une ruine païenne et négligeait la « triste église de saint P'rançois '^ ». Il ne pouvait se défendre, même en présence de ces édifices intimement chrétiens des bords du Rhin, d'une mauvaise humeur soupçonneuse à l'endroit du christianisme. Lesbonnes Vierges qui parlaient au cœur des Boisserée ne faisaient que piquer le dilettantisme de Gœthe : il voulait bien qu'on prêtât au fameux Do77ibild une grande attention, mais il craignait qu'on n'exaltât cette œ.uvre outre mesure, et que, par une « mys-

Gœtho parle tour à tour de la collection Wallraf à Cologne, de la collection Pick à Bonn, de la collection Stœdel à Francfort, du musée grandducal à Darnistadt, de la collection Boisserée à Heidelberg; et il exprime l'espoir de faire bientôt un v<»yage dans la haute vallée du Rhin, poui avoir l'idée complète d'un vollstândiufs Beulsc/dum.

1. Sur cette revue : Ueber Kunsi und Altertum, voir la préface de Dùntzer au tome XXIII de Gœthe. édih Kiirschncr, p. xii et suiv.

2. Gœthe. édil. Kùrschner, t. XXX (publié i)ar Alfred Gotthold Meyei et Georg Witkowski). p. Tri, 414. 487. 492, 552. — Sur le succès qu'eut î'i Weimar l'ouvrage des Boisserée sur la cathédrale de Cologne, voir Sulpiz JJoisscrée, II. p. 343.

3. Gœthe, édit.. Kûrchner. t. XXX, p. 492 et suiv. — Cf. ri-dessus p. 212, n. 6.

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