‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 130 sur 215 · Schlegel, HerAe, II, p · texte numérisé non relu

Schlegel, HerAe, II, p

2. La Vie d'Alfred le Grand a été traduite en français par William Diickett (Paris, Bricon, 1831); le Petit Livre de l'amour de Dieu, par Bore (Paris, Lecoffre, 1846). — Stolberg se consolait, par ces travaux, de la profonde tristesse que lui causaient Tétat de TAlleniagne, la dissolution du Saint-Empire, les victoires des Français, en qui il voyait des fléaux de Dieu. « Nous ne pouvons nous sauver, disait-il, qu'en revenant à la foi de nos pères. » (Janssen, op. cit., II, p. 269, 278, 28!».) Son état d'esprit, à cet égard, ressemble beaucoup à celui de Gœrres en son écrit de la Chute de la relifjion (Voir ci-dessous, chapitre m). Mais après la chute de Napoléon, Stolberg comprit moins bien que ne la comprenait Gœrres la fermentation intérieure de l'Allemagne : voir, par exemple, ses impressions sur la Burschenschaft, sur l'assassinat de Kotzebue (Janssen, op. cit., IL p. 393-394), et rapprocher les brochures de Gœrres, de la même époque.

La philosophie ancienne, avec Stolberg, avait servi d'avenue vers le christianisme * ; la philologie ancienne, avec son ami Kistemaker, allait, elle aussi, tracer une autre avenue.

C'était un prêtre, on l'appelait le nouvel Erasme ; il savait tous les idiomes de l'Europe, publiait grammaires sur grammaires, renouvelait l'enseignement des langues anciennes dans les écoles secondaires du diocèse, et était couronné par la « Société allemande » de Mannheim pour avoir, dans un travail érudit, congrûment comparé l'allemand, le grec et le latin ^. La même année 1806, dans laquelle l'interprète de Platon commençait de se faire l'historien du Christ, amena son ami le philologue à inaugurer une série de travaux sur l'exégèse biblique. D'anciens Bénédictins, les frères Charles et Léandre van Ess, faisaient paraître, en 1807, une traduction de la Bible où l'orthodoxie catholique allait trouver matière à nombreuses chicanes; et c'était dans les commentaires de Léandre van Ess que, plus tard, les adversaires du célibat ecclésiastique devaient trouver des armes. Kistemaker, à Munster, représenta Texé-

1. Sur les nombreuses conversions suscitées en Allemagne par la lecture de Touvrage de Stolberg, voir Janssen, op. cit., II, p. 441 et suiv. Elles expliquent en quelque mesure l'àprete du pamphlet de Voss, mentionné au chapitre précédent : cf. Herbst, Johann Heinrich Voa», II, 2, p. 181.

2. Sur Kistemaker (1754-1834), voir Rassmann, Nachrichten von dem Leben und den Schriften Mûnstet làndischer Schriftsteller des 18**" und 19*«" Jahrhunderts, p. 177-179 (Munster, Coppenrath, 1866) ; — Karl Werner, op. cit., 2' édit., p. 388-390; — et Krabbe, Pâdagogische Erinnerungen, p. 59-60.

gèse orthodoxe; ses opuscules de détail, son commentaire du Cantique des Cantiques^ son édition de la Vulgate, firent contrepoids à la notoriété des van Ess, et combattirent leur influence.

C'est ainsi que le centre intellectuel de Munster habituait l'Allemagne à plus de considération pour le dogme catholique et pour la vie catholique : des armes apologétiques s'y forgeaient; et des existences s'y déroulaient, noblement bienfaisantes, ressemblant, aussi, à des arguments vivants en faveur de cette foi dont elles étaient pénétrées. La Sainte Famille de Munster (ainsi dénommait-on Tentourage de la princesse Gallitzin) était plus et mieux encore qu'un laboratoire de pensée chrétienne; elle était comme une fédération d'âmes-sœurs. Le prestige de Richardson et de Rousseau poussait beaucoup de gens, à cette époque, à se réunir entre <t âmes-sœurs^ )> : c'était la mode, et l'observateur superficiel pourrait n'apercevoir, dans le cercle de Munster, qu'un épisode de cette mode. Mais à Munster les âmes se surveillaient, se conseillaient, se guidaient, se perfectionnaient entre elles ; puis toutes ensemble, par une même ascension, montaient de Platon vers le Christ; elles éprouvaient toutes en leur for intime, elles enseignaient toutes par l'exemple de leurs propres aventures, comment la surprise féconde des intuitions, le bienfait de la révélation, la jouissance immédiate, directe, presque concrète, d'une lumière de vérité, postulent une attitude qu'ignorait la Grèce, l'attitude humble; et c'est

1. Voir là-des3us une jolie page ironique, dans Lévy-Bruhl, la Philosophie de Jacobi, p. 8-9 (Paris, Alcan, 1894).

en s'abaissant qu'elles prenaient conscience de s'élever plus haut que Platon, plus haut que ridéalisme grec, jusqu'au réalisme chrétien.

Sous la poussée de la mort, ces âmes attachantes, dès l'année 1806, commencent de s'égrener.

La princesse Gallitzin disparut la première : c'était le 27 avril 1806*. Stolberg, peu après, s'interrompait dans son volume sur le Christ pour évoquer, à roccasion d'un passage de saint Jean, le souvenir de la princesse. « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé », déclare le Christ johannique^. Il paraît que ce passage avait éclairé, jadis, la conscience de la Gallitzin, et, qu'après l'avoir lu, elle avait quitté l'espoir « d'étancher à la sagesse de Socrate sa soif de vérité ». Stolberg, historien du Christ, prend un instant congé du Christ pour penser à elle, et il la salue comme « une des âmes les plus riches, les plus grandes et les plus aimables qu'il ait connues». « De» philosophes, ajoute-t-il, l'ont admirée pendant sa vie, et l'innocente jeunesse du petit village d'Angelmodde met des fleurs sur ga tombe -^ » La grande dame dont les vagabondages de pensée

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