‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 137 sur 215 · Lecanuet, Montalembert, I, p · texte numérisé non relu

Lecanuet, Montalembert, I, p

profondes du peuple catholique, écolières fidèles et zélées de l'antique cercle de Munster, de ce cercle qui ne s'était point simplement préoccupé d'ajouter un épisode aux chroniques de la vie de salon, ou bien de la vie d'université, mais qui s'était dévoué, avant tout, au relèvement de Tinstruction des foules, et à l'élaboration d'une pédagogie chrétienne.

A Tépoque même où, dans l'Allemagne du Nord, Télite catholique de Munster contribuait à relever, aux yeux mêmes des réformés, le prestige du christianisme, l'Allemagne du Sud possédait un original homme d'Ëgliise, dont Tintluence semblait tenir du miracle, et qui jouait un rôle à peu près analogue à celui de ses coreligionnaires westphaliens ; il avait nom Jean-Michel Sailer^ Un bon chanoine que connaissent bien les enfants des deux mondes, Christophe Schmid, fut à Dillingen, en sa jeunesse, Télève de ce prêtre ; c'est à son instigation qu'il composa, plus tard, ses célèbres contes pour la jeunesse '^ ; et les Souvenirs qu'écrivit Schmid vieillissant glorifient, avec une

1. Sailer (1751-1832) a trouvé des biographes dans les deux confessions. Voir Bodeman, Joh. Michael von Sailer (Gotha. Perthes, 1856) et Aichinger, Johann Miehasl 5ai/«r (Fribourg, Herder, 1865) : le premier biographe est un pasteur protestant; le second, un vicaire catholique.

2. Schmid, Mémoires, traduction Dodille, p. 335-336 (Paris, Lethielleux, 1859). Cest aussi Sailer qui désigna Schmid pour écrire une histoire biblique destinée aux enfants de Bavière (Schmid^ op. cil., p. 473J.

intime émotion, la mémoire de Sailer^ Peu d'hommes furent aimés comme celui-là : Thommage qu'on rendait à sa sainteté se terminait par un acte de foi en ses dons d'inspiration; c'était une foi dans laquelle protestants et catholiques communiaient 2. On peut dire, à proprement parler, que, sous l'attrait de cette personnalité, l'Allemagne religieuse s'unifiait : tout ce qu'il y avait, dans la Réforme, d'âmes croyantes et mystiques, éprouvaient pour ce prêtre de l'Eglise romaine un sentiment de piété. Le grand jurisconsulte Savigny l'aimait fidèlement^. Jacobi, le philosophe, se faisait son hôte ^, et considérait son livre sur les fondements de la religion comme un des meilleurs en langue allemande^; Perthes, le grand éditeur patriote, était son correspondant et lui réclamait, pour le Musée patriotique, qu'il fondait en 1809, des articles sur la vie catholique en pays germanique^. Sans Clément XIV, Sailer eût été jésuite : la suppression de la Société rendit ce novice au ministère pastoral et au professorat ^. Répétiteur et

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