Diel-Kreiten, Clemens Brentano^ II, p
genrev : elle crut à un caprice d'un jour lorsque la nouvelle circula que le jeune Melchior de Diepenbrock, soldat de la veille, que la paix faisait chômer, et dont on citait les mélancolies, les accès d'hypocondrie, les pensées de suicide, avait décidé de se faire prêtre. Une visite de Sailep à la famille Diepenbrock, et quelques mots comme il en savait dire, murmurés à Toreille du malheureux névrosé, avaient commencé d'éveiller en cette âme malade une vocation sacerdotale, qui devait conduire Diepenbrock jusqu'à l'évêché de Breslau et jusqu'au cardinalat ^
Nous retrouverons Sailer, plus tard, se réjouissant, dans sa vieillesse sereine, de voir un des anciens auditeurs de ses sermon^ de Land^but, le roi Louis I", assurer au catholicisme bavarois quelques moments d'éclatante vitalité ; mais sans doute sa pensée, dans ces années suprêmes de son existence oii il sera regardé comme une sorte de patriarche de l'Etat chrétien bavarois, se reporterat-elle avec attendrissement vers cette villégiature westphalienne durant laquelle, par quelques coups de sonde persuasifs en deux consciences, il avait fait de Brentano un serviteur de l'Eglise et de Diepenbrock un futur prince de l'Eglise,
Il faut entendre parler de lui ces deux consciences filles de la sienne. « Ah! l'homme admirable, s'écriait Brentano, avec ses deux pieds dans la tombe, il est si joyeux, si gai, avec son Sauveur, comm^
1. Ffirster, Cardinal und Fûrêtbitchof Melchior von Diepenbrock, p. 28- 32 (Ratisbonne, Manz, 1878). — Cf. d'Haulleville, Correspondant, avril 1860, p. 657-658. — Diepenbrock demeurera toujours sujet à qual^ue hypocondrie (Pfûlf, Kardinal D. Geitael, I, p. 405. Pribourg, Herder, 1896).
un enfant qui rentre dans son lit pour dormir et qui plaisante avec sa mère. Tout ce qu'on trouve de bonheur dans la pureté de la conscience, dans la profondeur de la charité, dans la sérénité de Fespérance, dans la vigueur de la foi, ne m'est jamais ainsi apparu sur terre*. » Et une autre fois, écrivant à Gœrres : « Sailer est le plus sage, le plus fidèle, le plus pieux, le plus sanctifié des Bavarois^. » Diepenbrock à son tour, devenu cardinal, appelait Sailer, dont il fut jusqu'à sa mort le secrétaire, w un homme vraiment grand, et plus grand encore dans l'intimité^ ».
La Westphalie catholique s*était d'elle-même réveillée; elle avait créé, d'elle-même, l'enseignement primaire catholique ; elle avait forgé Tâme épiscopale de Clément-Auguste de Drosle- Vischering. Puis Sailer était venu vers elle ; il avait discerné, dans ce jeune Molchior de Diepenbrock, une force qui s'ignorait et qu'ignorait l'Eglise; il avait pris cette force pour la cultiver et l'exercer. L'épiscopat de Droste-Vischering à Cologne devait présider aux luttes de l'Eglise ; dix ans plus tard, l'épiscopat de Diepenbrock à Breslau devait présider à une sorte de paix de l'Eglise; et l'un et l'autre, chacun à sa façon, devaient justifier ces lignes qu'écrivait autrefois Jean-Michel Sailer :