‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 183 sur 215 · Gœrres, V Allemagne et la Révolution, j). 145 et suiv · texte numérisé non relu

Gœrres, V Allemagne et la Révolution, j). 145 et suiv

2. Sur la réaction en Prusse à cette date, voir Sepp, Gœrres, p. 286 et suiv.

3bô PËxNSÈE CATttOLIQÛÈ Et PENSÉE ALLEMANDE

tisés comnie'des traîtres au pays/et que ceux qui, hier encore, s'appelaient les sauveurs du pays, doivent fuir vers le bercail de l'étranger « : les applaudissements qui, le 29 octobre 1819, accueillirent ces vers sur le théâtre de Stuttgart, durent être doux au cœur du contumace. Le cabinet de Berlin eût pu respecter, enGœrres, Tavocat attitré de ses compatriotes rhénans, Tinterprète de leurs revendications auprès de la souveraineté des Hohenzollern, nouvelle encore pour eux ; il eût pu convier Gœrres, si passionnément épris de Tunité germanique, à collaborer, tout d'abord, à la formation de Tunité prussienne ; il eût pu lire, derrière son éloquence, Tâme des Allemands du Rhin, et donner à cette âme les satisfactions qu'elle réclamait. Il préféra traiter Gœrres en paria. Le duel était engagé entre la force, représentée par la Prusse, et les idées, représentées par Gœrres : il quittait la Prusse pour toujours ^ ; et lorsque, vingt ans après, la voix tonitruante du vieux publiciste prendra le monde à témoin des vexations du protestantisme prussien contre

1. Uhland introduisit ces vers dans le prologue de sa pièce : Ernest, duc de Souabe, jouée pour la fête de la constitution wurtembergeoise {Gedichte von Ludwig Uhland, édU. Erich Schmidt et Julius Hartmann, I, p. 82-83) (Stuttgart, Gotta, 1898). — Cf. Galland, op. cit., p. 245-246. — Frédéric ychlegcl disait, à cette époque, que « parmi les directeurs de l'opinion, Gœrres était le seul chez qui l'on i)ùt trouver vérité et liberté. » (Galland, op. cit., p. 207.)

2. Gœrres continuera, dans son exil, malgré quelque indifférence des Rhénans (Reinhold Steig, Achhn von Arnim und Jacob und Wilhelm Grimm, p. 415), de se faire le théoricien et l'avocat des revendications rhénanes; voir au tome IV des Politische Schriflcn, p. 483 et suiv., son écrit sur les affaires des provinces rhénanes. — Cf. Gœrres, Gesammelte Jiriefey III, p. 44-5i, sa lettre à Dietz partant pour Berlin, et dans laquelle il indique les réclamations à faire au nom des Rhénans, spécialement pour qu'ils aient des fonctionnaires indigènes. Jacob Grimm, à cette époque, se plaint de la partialité de Gœrres pour les Rhénans (Goarresi Qemmmelte Briefe^ III, p. 69).

CATHOLICISME ET SAlNTE-ALLlANCE 359

Tarcheveque de Cologne, la Prusse officielle aura la douleur de constater tout ensemble, par le fait de Gœrres, la victoire du catholicisme et la victoire de la presse, et de s'incliner devant les poussées combinées de l'Eglise et de Topinion, Tune, force immuable, l'autre, force changeante. Tune servie par Gœrres, l'autre dirigée par lui, l'une et l'autre jadis, au temps de la Sainte-Alliance, méprisées et ravalées par Tabsolutisme prussien.

Le grand ennemi de la France s'en fut demander asile h. la France ^ Strasbourg possédait une bibliothèque d'élite, que la science d'outre-Rhin cultivait volontiers, et dont malheureusement, un jour, les armées d'outre-Rhin ignoreront la valeur : Gœrres se fixa près de ce précieux dépôt, et l'explora d'un œil chercheur 2. Greuzer se réjouissait^ que son illustre ami eût fait un nouveau mariage avec la science, mariage dont le premier fruit était la publication de la grande épopée persane de Firdousi ^ ; mais les bourrasques de la

\, Sur le séjour de Gœrres à Strasbourg, voir Sepp, op. cit., p. 301- 310. — Cousin offrait à Gœrres un asile à Paris, et Gœrres écrivait : « Les journaux des ultras, des libéraux, même des bonapartistes, qui me haïssent et ont tant de raisons de me haïr, prennent mon parti. » (Galland» op. cit., p. 248.)

2. Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 12 : « La poussi^ire de la bibliO'thëque^i depuis des années, n'a pas été si troublée. »

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