Gœrres, Politische Schriften, V, p
saieut, dans l'imagination de Gœrres, comme un affront aux modernes parades de l'absolutisme; la sainteté du vieux Saint-Empire, qu'autrefois il blasphémait, parlait désormais à son cœur ; et ce n'était plus seulement par fantaisie romantique que Fesprit de Gœrres élisait domicile dans le moyen âge, c'était, désormais, parce qu'il pensait et voulait trouver, dans ce lointain passé dont l'Eglise était la tutrice, un tremplin solide et sûr pour ces aspirations populaires par lesquelles Dieu gênait les rois.
11 y avait sept ans que Joseph Gœrres, sans auxiliaires, sans soutiens, avait commencé de se mesurer avec le comité de têtes couronnées qui prétendait régenter l'Europe ; il y avait sept ans qu'il les bravait par sa plume, et trois ans que son exil même les défiait ^ L'Europe le regardait: les aristocrates aimaient chez lui certaines idées, les démocrates goûtaient chez lui certains accents ; personne n'était à sa suite, mais tous à ses écoutes. Et ce que tous pouvaient constater, c'est qu'à mesure que s'acharnait sa plume contre l'absolutisme des rois saintement alliés, à mesure progressait sa conscience dans les voies qui la ramenaient au catholicisme.
En 1818, Gœrres professait encore, en matière religieuse, une sorte de syncrétisme, dont il donnait la formule, en termes fort curieux, dans une lettre à Adam MuUer:
1. Cette pei'îiistance de Gœrres dans une attitude d'opposition et de défi agaçait Guillaume Grimm ; voir une curieuse lettre, où il déclare ne plus avoir aucun plaisir à le lire et l'accuse de tout noircir, dans Heinhold Steig, Achim von Arnim und Jacob und Wilhelm Grimnii p. ô20,
CATHOLICISME Et SAlNtE-ALUANCË 363
• La religion, pour vous, c'est le christianisme ; pour moi, le christianisme est une religion, et j'accorde qu'elle est le sommet, le centre et l'âme de toutes les autres. Le culte du monde primitif est pour moi le christianisme en son enfance; le judaïsme avec les mystères du paganisme, c'est la jeunesse, qui s'essaie en des voies nombreuses, souvent très excentriques ; le christianisme proprement dit, c'est la maturité, mais sans conclusion ni fm absolue. Ainsi je gagne du terrain en avant et en arrière, pour caser ce que Dieu lui-même ne doit pas condamner, l'ayant toléré avec bienveillance*.
Gœrres, à cette date, ne se refusait point àôtre chrétien; mais ce qui lui faisait peur, c'était d'ôtre exclusivement chrétien. Que cet éclectisme religieux, qui par certains côtés confinait à Tindifférentisme, fût médiocrement propice à l'action sur les hommes, c'est ce que Millier, en 1819 ,lui faisait finement observer. «La patrie disloquée, lui écrivait-il, réclame de ses amis et de ses guides, donc de vous, que vous exposiez le fond de votre cœur, le noyau de vos idées sur les grandes questions, votre profession de foi^. » Gœrres, piqué au jeu, répondait par d'agréables saillies sur le symbole de Janus et sur le sens de ses deux faces ^; mais à celte époque môme ses écrits politiques étaient déjà tout imprégnés de catholicisme.. Le livre r Allemagne et la Révolution prenait le parti du Saint-Siège et même des Jésuites'*; le livre VEurope et la Révolution pressentait que Rome serait, pour toute TEurope, le centre et le point