Gœrres, Gesammelte Bviefe, III, p
l'Eglise. Le savant, àsontour, apportera bientôt son féal hommage : « Mon histoire des légendes, écrit Gœrresen 1824, aura, en dernière analyse, un but théologique; car elle veut, en partant des documents et des traditions de tous les peuples, défendre la Bible contre les attaques de la légèreté, et lui préparer un trophée avec les armes mêmes de Tattaque^ » Gœrres croyant allait se faire apologiste.
Il avait derrière lui moins d'un demi-siècle d'âge et déjà plusieurs vies ; il allait à Strasbourg en inaugurer une nouvelle, qui plus tard s'épanouira dans la studieuse société de Munich. Nous étudierons bientôt, en cette dernière période, cet attirant et puissant personnage, si multiple et si divers, et tout ensemble si robuste, si rebelle au découragement et à la lassitude, qu'on se fatiguerait à suivre ses vies plus tôt qu'il ne se fatiguait à les vivre. Mais, si nous réservons pour l'instant l'étude de l'époque durant laquelle Gœrres fut un publiciste proprement religieux, nous observerons pourtant, en prenant congé de lui, que le souvenir de ses polémiques contre la Sainte-Alliance devait rendre à l'Eglise romaine le plus insigne service. Il était bon qu'elle fût saluée comme l'éducatrice du renouveau social par celui-là même qui avait combattu sans trêve les illusions conservatrices des cabinets européens, et qui
1. Gœrres, Gesammelte Briefe, III, p. 143. — Voir, sur les préi)aratifs de cette histoire des légendes, Franz Schultz, op. cit.^ p. 193 et suiv.
2. Cette histoire des légendes, non plus que le livre sur la vieille Allemagne, dont Gœrres comptait la faire précéder, ne sortit jamais des cartons et de l'imagination de l'auteur, faute de loisirs (Sepp, op. eit.^ p. 336-341).
avait su comprendre le travail révolutionnaire des peuples. On ne pouvait dire, à son propos, que la dévotion aux grands de ce monde l'eût acheminé vers la dévotion à l'Eglise : il n'était pas de ceux chez qui Tacte de foi pouvait apparaître comme une sorte d'attitude réactionnaire de la conscience, complétant et consommant une attitude réactionnaire de la pensée, et qui semblaient ne songer à la légitimité de Dieu que pour donner à la légitimité des rois une suprême marque d'hommage.
Par une coïncidence dont il dut se réjouir, Tun des premiers écrits où Gœrres éleva la voix pour l'Eglise lui fut en même temps une occasion de se montrer l'admirateur des libertés populaires. Un conflit, qui faisait grand bruit, avait éclaté à Udligenschwyl, dans le canton de Lucerne, entre l'Eglise et l'Etat, pour une question de bal public: au cours de la querelle, l'idée même de Tautonomie de l'Eglise semblait péricliter. Gœrres se présenta, pour la soutenir et pour la venger; et sa brochure, qui n'était qu'un cri, se terminait par une apostrophe aux catholiques de Suisse, célé^ brant, tout ensemble, leur foi catholique et leurs traditions démocratiques. « Dans l'Eglise, leur disait-il, vous êtes enchaînés à Dieu, ce qui est le vrai moyen d'être libres; dans l'Etat, vous êtes politiquement affranchis : vous possédez, sans doute, le plus haut degré de liberté dont la nature humaine soit susceptible ^ » Le verbe magique de liberté, dont se grisait autrefois le jeune Jacobin