‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 189 sur 215 · Guerres, Polilische Schriften, V. p · texte numérisé non relu

Guerres, Polilische Schriften, V. p

dans les clubs de Coblentz, continuait d'exalter la bouillonnante pensée du publiciste catholique ; dans cet homme nouveau, quelque chose de l'adolescent survivait ; et c'est avec une âme éprise de progrès, non sous le poids d'un assagissement bourgeoisement fatigué, que Joseph Gœrres, défiant la Sainte-Alliance jusque dans son évolution religieuse, commençait de se faire l'avocat, l'organe et le prophète de l'Eglise.

A l'époque même oîi Gœrres, tout monarchiste qu'il fût, pouvait être soupçonné d'ébranler les trônes, un robuste théoricien, originaire de la Suisse allemande, se croyait prédestiné par Dieu pour les asseoir à jamais ; il s'appelait Charles- Louis de Haller^; et de même que Gœrres avait commencé de servir l'Eglise avant d'être revenu lui-même à la pratique religieuse, de même Haller, né protestant, servait l'Eglise avant de s'être avoué catholique.

2. Sur Charles-Loiiis de Haller (17C8-1854), voir Heliodore-Raemy de Bertigny : Notice sur la vie et les écrits de Charles-Louis de Haller (Friboiirg, Schmid-Roth, 1854); et cf. Gœdeke-Gœtze, VI, p. 194-196, et Henry Michel. L'idée de l'Etat, p. 121-126. (Paris, Hachette, 1896.) — M. Albert Hyrvoîx de Landosle a recueilli dans les archives de l'évêché de Lausanne un certain nombre de lettres adressées par Haller à Pierre- Tobie Yenni, évoque de Lausanne et de Genève, et à Jean-Bapliste Helffer, Jésuite ; nous tenons à le remercier, ici, de la gracieuse initiative par laquelle il les a mises à notre disposition. Elles sont si instructives pour l'histoire de la conversion de Haller au catholicisme, qu'il est à souhaiter qu'elles soient bientôt publiées.

Le « discours préliminaire » de la Restauration de la science politique^ écrit en 1816 ^ définit avec ampleur quelle est, dans la pensée de Haller, la portée de son travail. « Les rois légitimes sont replacés sur le trône; nous allons y replacer la science légitime 2. » En face de la Révolution, Haller dresse la science; en face des théories du contrat social et de Tétat de nature, dont Tinsuffisance Tavait frappé dès son jeune âge'^ il dresse l'étude inductive des faits. Cette étude, telle qu'il l'avait commencée, tout jeune, dans la ville de Berne, sa propre patrie'*, telle qu'il l'avait poursuivie, entre 1801 et 1806, à l'Université de Vienne^, telle qu'il l'avait esquissée, dès 1808, dans son Abrégé de lapolitique universelle^^ prenait comme point de départ l'hypothèse d'un « homme indépendant », et envisageait les diverses façons dont cet homme indépendant pouvait devenir un souverain. La propriété, la valeur, la science : tels sont les trois titres au nom desquels cet être hypothétique peut arriver à une souveraineté : le chef de famille est souverain de ses serviteurs; le capitaine, de ses compagnons d'armes ; le docteur, de ses fidèles : voilà trois supériorités qui résultent de la force des choses ; les souverainetés

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