Wolfsgruber, op. cit., p
ââ DtJ J0SÊPHI8ME AUX CONCORDATS
cateur naturel de ses clercs; Joseph II, lui, faisait si bon marché de cette prérogative épiscopale, qu'il contraignait les prélats de considérer comme valables les certificats de science théologique délivrés au sortir des séminaires généraux*, et qu'il exerçait sur les «maisons de prêtres», où les séminaristes, une fois gradés par TEtat, se préparaient immédiatement à l'ordination, la plus pointilleuse surveillance ^. « Qu'est-ce en somme que ces séminaristes? expliquait élégamment le bureaucrate Kresel. Ce sont des laïques en route Vers la profession ecclésiastique 3. » Le pouvoir civil formait ces laïques comme il lui semblait séant ; cela ne regardait point l'Eglise, puisque laïques encore ils étaient.
Joseph II mettait un zèle indicible à régler cette éducation ; tous les détails étaient prévus ; les circulaires succédaient aux circulaires, les précautions aux précautions^. 11 faut lire, dans 1 erudite biographie que le P. Wolfsgruber a consacrée au cardinal Migazzi^, les interminables correspondances et conversations qui s'échangeaient entre Tarchevêque de Vienne et la cour. Un certain
1. Wolfsgruber, op. cit., p. oG7. — L'Etat, aussi, prétendait maintenir pour renseignement de l'histoire de l'Eglise, malgré les protestations de l'archevêque de Vienne, un livre d'inspiration protestante (Wolfsgruber, op. cit., p. 507).
2. Wolfsgruber, op. cit, p. 566. — L'Etat réduisit à six mois le séjour dans ces « maisons de prêtres », et veillait sur les livres qu'on y employait.
H. Wolfsgruber, op. cit., p. 553.
4. Wolfsgruber, op. cit., p. 562 et suiv. — « J'ai dicté tout un écrit, annonçait-il à Léopold le 22 avril 1773, sur les précautions et dispositions à, prendre pour remplacer le vide ou pour tirer le parti possible de la réforme prochaine des Jésuites. » {Maria Theresia und Joseph JJ, II, p. 6.) Ainsi s'exerçait-il, avant d'être seul maître, à légiférer sur les choses d'Ëglise.
5. Wolfsgruber, op. cit., p. 500, évalue à environ trois cents les plaintes et observations adressées par Migazzi au pouvoir civil, au cours de son épiscopat.
FEBRÔNIUS ET JOSEPH ÎI 33
prêtre, qui avait à peu près perdu Thabitude de dire la messe et à qui Joseph II attribuait un poste de confiance dans le séminaire de Vienne, donna lieu à des discussions prolongées. Kaunitz, le chancelier, trouvait que ce prêtre offrait un excellent exemple, en répudiant pour lui-même «toute conception mécanique de la vie sacerdotale » ; l'archevêque, au contraire, parlait en défenseur de la discipline ecclésiastique, et s'indignait que les clercs eussent sous les yeux un pareil modèle. « Il y a déjà trop de messes en Autriche», expliquait le prêtre visé, et il réclamait qu'on lui citât un texte du Christ ordonnant de monter régulièrement à l'autel. Il fallut à Migazzi plusieurs mois et beaucoup d'encre pour que l'empereur expédiât loin du séminaire cet ecclésiastique incorrect, qui par surcroît développait des théories presbytériennes et faisait lire des livres jansénistes ^
Ainsi, par un curieux mouvement de chassécroisé, le droit canon émigrait des séminaires et l'Etat y entrait ; le système qui détermine les conditions de vie de TEglise était désormais élaboré par des juristes laïques, à l'écart de toute influence d'Eglise, et professé en dehors des institutions ecclésiastiques ; et TEtat survenait dans
\. Voir, sur cet incident du prêtre Blarer, Wolfsgruber, op. cit., p. 524-542. — Ferdinand Stôger, qui fut président du séminaire général de Louvain, avait écrit, en 1776, une Introductio in historiam ecclesiasticam Novi Tes- Inmenti, où l'on lisait : Beligio christitina a papistica prorsus aliéna et diversaest; papistica religio christianx opposita est. Beligio pagana ad similitudinem christianse propius accedit quant catholica sive papistica (Wolfsgruber, op. ci7.,p. 325-328). — Cf. dans Theiner, Histoire des institutions d'éducation ecclésiastique, trad. Cohen, II, p. 06-67, les détails donnés sur un certain Kolb, professeur au séminaire de Rattenherg en Tvrol, qui faisait l'apologie de la fornicatio aimplex.
ces institutions, comme administrateur, pour y faire régner les maximes qu'il faisait forger ailleurs. Il espérait, par là, former une Eglise toute jeune et toute neuve, dégagée de tout lien avec l'Eglise de la veille, une Eglise moderne, datant d'elle-même, fille de TEtat au lieu d'être la fille de la tradition. L'épiscopat, suspect de garder encore quelques attaches avec le passée était naturellement exclu de cette œuvre de création; et tout évêque protestataire courait le risque d'une fin de non-recevoir, comme s'il n'eût été ni plus ni moins qu'un pape.
Dans l'Eglise telle que la rêvait Febronius, l'épiscopat avait ses coudées franches, et les princes étaient admis, invités même, à protéger contre la monarchie papale les prérogatives chatouilleuses d'une certaine aristocratie ecclésiastique. — Dans
{. Sur l'épiscopat au temps do Josoph II, voir Bruimcr, Die theoloffische Dienerschaft, p. 323 Pt suiv. L'arclicvt^qiie de Vienne, Migazzi, iutta piod à pied contre le joséphisnie ; les évt^ques hongrois demeurèrent assez indépeiidants. Mais lévèque Morosini, de Vérone, secondant l'hostilité de l'Empereur contre les confréries; lévôque Herberstein, de Laibach, puis de Brûnn, justifiant les mesures de Joseph II contre les moines; l'évêque Hay, de Kôniggratz, ordonnant à son clergé de former des sujets suivant l'idéal joséphiste, et d'éviter, dans l'administration des sacrements aux non-catholiques, toute formule purement catholique et choquante pour leurs croyances, sont des types accomplis de lépicopal tel que Joseph II le rêvait. Le livre de Brunner, composé eu grande partie avec les correspondances du cardinal Hrzan, qui, avec divers titres, représenta de longues années durant, à Rome, les intérêts de l'Empereur, nous fait connaître, dans la personne du ce cardinal, le prélat joséphiste par excellence.
FEftRONltîS Et ^OâEPtt It 3^
TEglise telle que la faisait Joseph II, Tépiscopat était réduit au silence, de crainte qu'ayant la parole il ne devînt importun pour l'empereur. Là, Tépiscopat devait être tout ; ici, il n'était rien ; et voici se dessiner, pour les espérances dont se leurrait Febronius, une formidable déception.
Febronius, dans l'épître aux rois dont il faisait précéder son livre, demandait aux princes de «réveiller leur attention et leur vigilance afin que, par des hommes doctes et d'une probité reconnue, qui ne fussent attachés à la Cour de Rome par aucun lien particulier, spécialement par les évêques, ils se fissent rendre compte des véritables bornes de la primauté papale*. » Joseph II, lui, n'avait pas besoin des évêques, pour connaître les droits de l'Etat; c'est dans sa théorie mômede l'Etat qu'il cherchait et qu'il trouvait la ligne de démarcation des « droits de la primauté ».
Cependant, au cours de son ouvrage, Febronius insistait : il recommandait aux souverains, entre autres procédés pour la réforme de l'Eglise, la réunion de synodes nationaux 2. Il y avait là, semblait-il, de quoi séduire Joseph II, puisqu'on avait vu des rois, à la suite de pareils synodes, décréter à l'endroit de Rome la soustraction
1. Traité, T, p. xiir. Febronius continuait en citant le pape saint Léon, qui invitait les princes à défendre l'Eglise : «<Une partie de ce secours extérieur que les princes doivent accorder aux Eglises, disait-il, consiste à ne pas permettre que celles de leurs territoires ou de leurs provinces, c'est-à-dire que les clercs et les laïques, leurs sujets, soient vexés, opprimés, ou leurs droits légitimes usurpés par des Eglises étrangères. >» Les princes doivent travailler, disait-il enfin, à lever un «scandale» qui rend lEglise odieuse; il dépend d'eux, en partie, « que la discipline ecclésiastique soit réduite au même état dans lequel elle était avant que nos adversaires eussent un sujet trop fondé de se plaindre du joug injuste et excessif de la puissance du Pape ».
2, Traité^ II, p. 477 (chap. ix, section 4).
d'obéissance. Précisément, Léopold, le grand-duc de Toscane, se laissait bercer par ce rêve: il estimait que Tempereur, son frère, devait « engager les évoques et princes ecclésiastiques d'Allemagne à s'assembler et former un concile ou synode national , dans lequel, délibérant dans leurs griefs contre la Cour de Rome, ils revendiqueraient leur autorité et se rétabliraient dans tous les droits primitifs que Rome leur avait usurpés... Aux maximes que vous avez établies chez vous, continuait Léopold, il ne manque que la sanction d'un synode national composé de tous les évoques, vos sujets, pour qu'elles soient stables, constantes et uniformes partout, ce qui est la seule chose que la Cour de Rome craint au-dessus de tout, ne pouvant y rien objecter 1. » Léopold était pressant, insinuant ; il flattait même, dans l'esprit de son frère, le goût singulier qu'avait l'empereur d'efl*rayer ou d'agacer la Cour de Rome. Joseph II, pourtant, restait étrangement froid ; il éconduisait lestement l'idée d'un synode national : « La plupart de ces seigneurs — c'est des évêques qu'il parlait — ne savent le mot de leurs aff'aires » ; et puis il poursuivait — et voici le fond de sa pensée : « Quant aux arrangements ecclésiastiques de la monarchie, comme je n'ai touché à rien qui regardait ni le dogme ni le rite ni la discipline interne, pour cette sanction il ne me faut pas de synode, et j'avoue que je craindrais l'assemblée générale de mes évêques, puisqu'ils sont bien éloignés encore
i. Joseph II und Léopold von Toscana, ihr Brie fwechsel von 1781 bis 1790^ hcraus(je<jeben von Alfred v. Arneth, II, p. 48-49 (Vienne, Braïunuller, 1872).
d'être dans les principes raisonnables et convenables dans lesquels je les souhaiterais ^ » La fin de non-recevoir est formelle, et les motifs en sont francs. Febronius pouvait s'attarder h souhaiter, en thèse, la convocation de synodes nationaux ; Joseph II, pour consentir, eût voulu la garantie que ses évêques, réunis en assemblée, opineraient tous comme lui, et diraient à son désir un harmonieux Amen, Febronius voulait des cénacles, en théorie ; Joseph II les accorderait, en pratique, lorsqu'il aurait la certitude qu'en une sorte de Pentecôte officielle l'esprit de l'empereur y soufflerait.
« En lisant les fastes de l'Eglise, reprenait naïvement Febronius, nous y verrons que les princes étaient presque toujours les seuls qui remédiaient aux maux du catholicisme -. » Constantin et Théodose, Marcien et Justinien, Charlemagne et Sigismond, Louis XIV enfin, étaient convoqués par Febronius comme des exemples vivants^ ; les papes eux-mêmes venaient déposer, puisque souvent ils avaient invité les princes chrétiens à protéger les canons des conciles ^. Gerson ressuscitait enfin — Gerson en personne — pour marquer aux souverains leur devoir : car, en son traité de la Ré formation de r Eglise^ il avait félicité « ces anciens, pieux et dévots empereurs romains, surtout les Allemands, de n'avoir eu aucun égard au droit que quelque Pape aurait pu allé-
\. Joseph II und Leopold von Toscana, II, p. 55. Los deux lettres sont des 5 et 14 décembre 1786.