Schlitter, Die Reise des Papstes, p. 162-177 et
2. Joseph JI und Leopold von Toscana^ I, p. 82. La lettre est du 7 mars 1782.
3. Schlitter, Die Reise des Papstes, p. 170. — Joseph II était plus sincère lorsqu'il parlait de la sorte, que lorsqu'il s'abandonnait à certaines fanfaronnades humoristiques comme celle-ci : « Aujourd'hui enfin Sa Sainteté est accouchée d'un écrit, et je vais accoucher d'une réponse ; tout ce que je puis vous en dire encore, c'est que ces deux enfants ne se marieront jamais ensemble » {Joseph II und Leopold von Toscana, I, p. 97 ; la lettre est du 11 avril 1782).
expressifs de la politique joséphiste dnlent, tout au contraire, des années qui suivent le voyage*. Mais Joseph II avait senti, dans la papauté, une puissance d'opinion dont il était indispensable de tenir compte, et qu'il était facile de battre en brèche, mais non point d'ignorer 2. Le malheureux Pie VI, faisant litière de tout orgueil, avait couru au-devant d'une apparente défaite ; mais lorsque, deuxans après, Joseph II, s'étantarrogé la libre disposition des évèchés lombards, jugea nécessaire d'aller à Rome pour conférer avec le chef de l'Eglise et conclure avec lui une façon de Concordat •'^, Pie VI se put enfin rendre ce témoignage que son mélancolique voyage de Vienne avait contraint lejoséphisme d'inaugurer une politique de déférence à l'endroit du Saint-Siège.
En venant conférer avec l'empereur, en faisant mûrir, dans le cerveau de Joseph II, Tidée d'un voyage impérial à Rome, en prodiguant les marques de douceur à ce souverain qui prétendait ordonner, par une simple signature, la délimitation des diocèses et installer évêque qui bon lui semblait, en lui accordant comme des concessions ce qu'il réclamait comme des droits, et en maintenant ainsi, à Tencontre de Kaunitz et
i. L'établissement des séminaires généraux, par exemple, fut postérieur au voyage de Pie VI à Vienne.
2. Aussi Joseph était- il fort aise de refaire sa réputation à Rome : « Je crois avoir assez réussi, écrivait-il de Rome à Léopold le 27 décembre 1783 ; et Ton paraît être revenu de bien des idées fausses qu'on avait prises sur ma religion et façon d'être.» {Joseph JI und Leopold von Toscana, I, p. 197.)
3. Voir la curieuse lettre dans laquelle Joseph essaie de se remontrer à lui-môme et de remontrer à Kaunitz que cette convention n'est point une concession, puisqu'il y est question, dit-il. non point du droit du Pape à nommer les évèques, mais seulement d'un usage dont le Pape profitait (Schlitter, Pius VI und Joseph II, p. 193).
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des ministres, le principe que les matières d'Eglise doivent être réglées par des actes bilatéraux, Pie VI avait fait fléchir, non point sans doute les décisions du joséphisme, mais, en une certaine mesure, Tesprit même du joséphisme : c'était un succès moral dont l'avenir devait montrer la portée ^ Le joséphisme pur faisait de Vienne, et de Vienne tout seul, le centre du gouvernement de l'Eglise d'Autriche ; les visites qu'échangèrent Pie VI et Joseph II ressuscitèrent dans l'opinion une certaine idée des prérogatives de Rome.
A l'instant même où le joséphisme se montrait le plus insolent, le grand historien suisse, Jean de Mûller*, dans un petit opuscule sur les Voyages des PapeSj commençait à. provoquer un retour d'opinion en faveur de la papauté. « Je n'ai jamais travaillé plus vite, écrivait-il à propos de ce livre. iMes idées se pressaient. J'ai des matériaux pour des Lettres provinciales, La cause de Rome, en ce moment, est celle des princes, du Grand Turc, des républiques^ ». Cet ardent publiciste, qui surgissait ainsi, brusquement, en face des
î. Voir les conclusions de Schlitter (Plus VJ und Joseph JI^ p. 71). — Quant aux réglementations et institutions du joséphisme, elles auront, à Vienne môme, la vie dure : voir ci-dessous, livre III, chapitre V, les inutiles luttes de Metternich contre la bureaucratie. Seule, l'institution des séminaires généraux neut pas longue durée : le successeur ininiéiliat de Joseph II, Léopold, en décida la suppression, en voyant se tarir le recrutement des vocations ecclésiastiques (Wolfsgruber, op. cit., p. 542 et 760).
2. Sur Jean de Mûller (17.52-1809), voir la Notice historique, écrite par lui-même, en tête du livre : lettres de Jean de MûLler à ses amis MAf. de Bonstetten et Gleim (Paris, Schoell, 1812) ; et Gœdeke-Gœtze, VI, p. 286-296. — Au milieu du xix* siècle, le célèbre médiéviste Bohmer considérait encore Jean de Mûller comme le plus grand historien en langue allemande (Janssen, Joh-Friedrich Bôhmer's Leben, Briefe und Kleinere Schriften, I. p. 38-39 et 389. Fribourg, Herder, 18(i8).
3. Lettres de Jean de Mûller, p. 459 : la lettre est du 25 mars 1782.
nombreux pamphlétaires appointés par le cabinet de Vienne, était un protestant ; et toute sa vie il demeura fidèle à la Réforme*. Mais il estimait qu'il ne fallait « négliger aucun moyen d'arrêter les progrès du despotisme », et il comptait sur le clergé catholique pour « rétablir quelque équilibre en Europe et maintenir les lois dans quelques Etats^ ». C'est dans l'histoire du passé qu'il trouvait la confirmation de ses espérances : « Lorsque la race des Romains fut effacée de la terre, expliquait-il, il fallut aux barbares qui leur succédèrent un tuteur qui eût conservé quelques restes de l'ancienne civilisation, dont la dignité fût inviolable, et qui, étant prêtre, fût intéressé personnellement au maintien de la foi. Ce tuteur fut le Pape, et, sans lui, nous serions peut-être aujourd'hui aussi étrangers aux connaissances des Anciens que les Turcs ^. » Son écrit sur les Voyages des Papes retraçait les démarches illustres par lesquelles les pontifes du moyen âge, pèlerins de la foi, pèlerins du droit, avaient servi les intérêts de l'humanité^.
Pour la première fois depuis la Réforme, un historien protestant consacrait tout un livre à célébrer la papauté du moyen âge. Cet historien fera école : c'est dans l'Allemagne du xix® siècle
1. A une certaine époque, plus tard, on crut imminente sa conversion au catholicisme (Voir la Notice historique ci-dessus mentionnée, p. xxxi). — Cf. au sujet des dispositions religieuses de Jean de Millier, Janssen, Friedrich Leopold Graf zu Slolberg, II, p. 202-203 (Fribourg, Herder, 1877).
2. Lettres de Jean de Alûller, p. 4G0 : la lettre est du 25 avril 1782.
3. Lettres de Jean de MCiller, p. 464 : la lettre est du 5 mai 1782. — Déjà, dans ses Essais historiques (Berlin, Decker, 1781), Jean de Mûller inaugurait l'apologie du moyen âge.
4. M. Delvigne en a public une traduction française avec conmientaire (Tournai, Gasterman, 1859).
que la théocratie de Grégoire VII et d'Innocent III trouvera les historiens les plus enthousiastes et les avocats les plus réputés ^ Les innombrables frondeurs — il y avait parmi eux des cardinaux — qui s'étaient amusés de voir Pie VI rentrer de Vienne les mains vides, ignoraient que ce voyage pontifical avait donné le branle à un mouvement d'apologétique en faveur de la papauté, et que l'école historique allemande, un demi-siècle durant, allait prendre place aux antipodes de l'esprit joséphiste.
Avec Febronius, la science ecclésiastique allemande s'était faite antiromaine; avec Joseph II, le Saint-Empire romain s'était fait antiromain. La rétractation de Febronius avait été pour la papauté un commencement de revanche ; les étranges colloques entre Pie VI et Joseph II avaient marqué, pour elle aussi, une façon de demi-victoire. Elle avait bruyamment enregistré le premier avantage, remporté sur le théologien ; quant au second, gagné sur l'Empereur, elle en jouissait modestement, humblement, et elle aimait mieux en remercier Dieu que d'en faire part aux hommes. Joseph II était de ces adversaires qu'on n'a quelque chance de vaincre qu'en ne se flattant jamais de les avoir vaincus, et c'était chez Pie VI, en môme temps qu'une suprême humilité, un acte d'habileté, de laisser dire dans le Sacré-Collège qu'à Vienne on l'avait