‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 52 sur 215 · Pacca, Œuvres, II, p. 2G5-2Ô · texte numérisé non relu

Pacca, Œuvres, II, p. 2G5-2Ô

L'autorité des archevêques s'était évadée, laissant derrière elle, sans le vouloir, l'autorité du nonce ; l'interminable litige soulevé par le Congrès d'Ems était, en fait, indirectement dénoué par la Révolution. Nous verrons ressusciter les principes fébroniens, dans le cerveau de Wessenberg; ils feront encore du bruit dans le monde, mais ce sera le bruit de leur effondrement ; et c'est au fébronianisme, bien plutôt qu'à l'Eglise elle-même, que la spoliation du clergé allemand aura porté préjudice. Le jour oîi Tépiscopat cessa d'être une puissance terrienne devait en effet consommer la décadence du fébronianisme ; le prêtre sans terres prend tout de suite conscience de l'universalité de l'Eglise, et tout de suite ses pensées émigrentvers Rome. C'est ainsi que le clergé allemand du XIX* siècle se rattachera de plus en plus au Saint- Siège, par le fait seul de son appauvrissement. N'ayant plus un sol qui soit à lui et dans lequel il puisse enraciner ses libertés, et rencontrant en face de lui, dans les grands et petits Etats, les maximes et les procédés du joséphisme, c'est à Rome que, pour s'émanciper, il cherchera peu à peu son point d'attache. L'Eglise opulente s'était avec Febronius faite l'auxiliaire de Joseph 11; l'Eglise ruinée par la Révolution laissera dormir en paix, dans les bibliothèques publiques formées avec ses dépouilles, les in-quartos de Febronius, et commencera la lutte, partout à travers l'Allemagne, contre les innombrables législations dans lesquelles le joséphisme survivait à Joseph IL

princes et le régime nouveau qui les voulut rendre fonctionnaires, entre Tépoque où ils étaient tout et celle où il leur serait h grand'peine permis d'être quelque chose, plusieurs années s'écoulèrent, durant lesquelles ils ne furent rien : TEglise d'Allemagne s'affaissa dans le néant.

Le traité de Gampo-Formio, en cédant à la France la rive gauche du Rhin, avait frustré de quelques morceaux de terre et de quelques milliers d'âmes beaucoup de souverainetés allemandes ; elles dépêchèrent leurs représentants au Congrès de Rastadt, et là, on chercha les moyens de se dédommager. Quoi qu'en aient dit certains publicistes d'Allemagne qui ont voulu faire peser sur la France seule la responsabilité de la sécularisation ^ c'est la Prusse la première qui, dès

1. C'est en réponse à ces publicistes que, dès 1829, Bignon écrivait : • On s'est depuis livré à de violentes déclamations sur ces prétendus envahissements de droits par le Premier Consul, mais est-ce au chef du Gouvernement français ou à toute lAllemagne qu'il faut en faire le reproche? Quand la Prusse, quand tous les Etats de l'Empire germanique, l'Autriche seule exceptée, parce qu'elle sait qu'on ne lui ferait pas une large part, pressent le Premier Consul de leur dispenser ces bien-* ecclésiastiques dont ils sont avides, le crime serait-il pour celui qui les d(mne, et l'innocence, avec le bénéfice, pour ceux qui les reçoivent? Le partage, il faut l'avouer, serait étrange ; mais, outre qu'il eût été absurde que le Premier Consul se fût refusé à. l'exercice d'une suprématie qu'on se plaisait à reconnaître en lui, cette usurpation, si c'en était une, avait l'excuse d'un grand intérêt, on pourrait même dire d'un intérêt européen, puisqu'il s'agissait d'ôter aux ennemis de la paix les nombreux moyens d'agitation que pouvaient offrir les affaires d'Allemagne ». {Histoire de France depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsitt, II, p. 324-325.)

NAPOLÉON ET l'ÉGLISE d'aLLEMAGNE 8d

Tannée 1743, avait émis cette idée d'employer les biens d'Eglise pour arrondir ou pour indemniser royaumes et principautés laïques^ : Benoît XIV, puis Clément XIII^ s'en étaient alarmés. Les légistes qui, répondant à l'appel du baron de Bibra, étudièrent, entre 1785 et 1789, le gouverment des principautés ecclésiastiques ^, commencèrent d'échafauder, au terme de leurs études, une sorte de théorie de la sécularisation. La Révolution française aidant, cette théorie flatta les esprits qui se piquaient de lumières ; et tout naturellement, les congressistes de Rastadt devaient songer à l'appliquer, pour réparer les dommages territoriaux qu'ils avaient subis à Campo-Formio. Ils reprirent, en chœur, la vieille idée prussienne de Frédéric 11^; et le cadastre des terres ecclésiastiques de l'Empire servit d'échiquier pour les jeux des diplomates^. Une guerre nouvelle interrom-

1. En 1743, Frédéric II et la cour de Londres élaborèrent un projet de paix entre Charles VII et Marie-Thérèse, d'après lequel la Bavière serait transformée en royaume et agrandie par des sécularisations ; i'évêque de Salzbourg et Benoit XIV s'inquiétèrent (Brûck, I, p. 29-30; — Scheglmann, Geschichte der Sàkularisation im rechtsrheinischen Bayern, I. p. 3-6). — Cf. dans Pacca, Œuvres, II, p. 239, le texte du bref de Benoît XIV à I'évêque de Lemberg.

2. Clément XIII, dans une lettre de 1758 aux divers souverains, se plaint que les princes non catholiques rêvent de nouvelles spoliations de l'Eglise, « comme si la paix ne pouvait être conclue entre les souverains chrétiens sans que la robe du Christ fût déchirée. » (Brûck, I, p. 30-31.)

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