LA RÉORGANISATION DE L ÉGLISE
L'idée de primatie, pourtant, avait trop d'appuis politiques pour se résigner aussitôt à Teffacement; elle continua de frapper à la porte des cabinets des souverains, et de courtiser les âmes des fidèles; elle fut assez tenace, assez entreprenante, pour que certains esprits pussent encore croire , en Allemagne, à la prochaine fondation d'une « Eglise d'Utrecht », à l'imminence d'un schisme germanique ^ Rome n'était point sans anxiété, lorsque se réunit à Francfort, en 1816, le Bundestag germanique : Metternich persistait dans son plan politique^, Wessenberg dans son programme religieux; leur communauté d'action était grosse de menaces, et le chanoine Helfferich, l'actif émissaire des confédérés d'Eichstàtt, s'empressa de prendre la route de Francfort, pour mieux parer au périP; il y trouva Frédéric Schlegel, qui
1. Le 18 février 1816, le vicaire général de Bamberg écrivait à l'évoque d'Eichstàtt qu'il était à craindre qu'on n'eût en Allemagne une Eglise d'Utrecht, que les fébroniens ne triomphassent, et que Dalberg ne consacrât Wessenberg coadjuteur malgré le Pa])e. Voir Brùck, I, p. 304-306.
2. Voir Metternich, Mémoires, III, p. 3. — Le 5 avril 1816, Metternich écrit à l'empereur: « Il faut amener l'Allemagne à accepter une constitution ecclésiastique et à admettre des principes qui soient les nôtres, sans que nous ayons l'air de vouloir imposer nos principes à l'Allemagne » ; il songe à « s'assurer des vues de quelque ecclésiastique de marque en Allemagne, auquel on pourrait laisser en toute sécurité l'initiative de l'organisation à faire, au lieu de la prendre nous-même ». « 11 me semble incontestable, continue-t-il, que la personne la plus apte à jouer ce rôle serait le baron de Wessenberg; il jouit de la confiance générale en Allemagne » ; et il propose à l'empereur d'envoyer auprès de Wessenberg le vice-directeur des études théologiques, Augustin Braig..
3. Friedrich, Geschichte des Vatikanisc/ien Konsils, I, p. 180.
répudiait l'idée d'une primatie comme un germe de schisme ^
L'appui de Metternich, qui avait, au Congrès de Vienne, été de quelque utilité pour Wessenberg, lui fut plutôt nuisible à Francfort. La Prusse avait vu clair ; elle avait senti que la réorganisation de l'Eglise germanique, telle qu'on la désirait à Vienne, pouvait faire de cette Eglise la satellite de l'Autriche ; c'en était assez pour que la Prusse fît obstacle. Aussi les doctrines de Wessenberg, à Francfort, ne se heurtèrent-elles plus seulement à l'hostilité bavaroise, que Wessenberg, passant à Munich, avait vainement essayé de briser, mais aussi à l'antipathie prussienne^ : dès ce moment, elles étaient en recul.
La mort de Dalberg, survenue le 10 février 1817 3, leur donna le coup de grâce en faisant disparaître le seul personnage qui eût été qualifié, sur l'heure, par son titre de prince-primat, pour supporter sur ses épaules la charge du patriarcat national. 11 n'y avait plus de primat; Wessenberg n'était plus qu'un ancien coadjuteur : il pouvait dès lors construire des théories sur la primatie, elles flottaient en l'air, indécises et vides. Et l'un des « confédérés » d'Eichstatt, le coad-
\. Sur le rôle de Schlegel et de Schlosser, un autre converti, à Francfort, voir Pertz, Leben des Freiherrn von Stein, V, p. 63: Stein leur reproche de vouloir former un Corpus catholicorum qui continuerait d'être un élmnent de division pour l'Alleniagne.
2. Voir, sur l'attitude de Humboldt, qui représentait alors la Prusse au Bundeslag, Brûck, I, p. 300-302, et Bruno Gebhardt, op. cit., II, p. 220-221. Les idées de Humboldt étaient strictement « territorialistes >» ; les rêves d'Eglise germanique choquaient, en définitive, la conception qu'il se faisait des rapports entre l'Eglise et l'Etat prussien.
3. Sur la demi-misère et l'isolement de Dalberg en ses dernières années, voir Beaulieu-Marconnay, II, p. 280 et suiv.
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juteur Zirkel, publiait une retentissante brochure pour achever leur ruinée
Wessenberg se résolut à prendre la route de Rome, avec le désir d'en revenir évêque, voire patriarche; sinon, à son retour, il en appellerait a TAUemagne entière, et Téri gérait comme juge entre Rome et lui-. Son impatience se brisa contre la patience romaine; il rentra à Constance fort mécontent; et, drapé dans sa dignité de vicaire capitulaire, entouré d'un chapitre qui le soutenait et Taimait, il concerta l'action du lendemain. Les prêtres du Brisgau faisaient frapper une médaille sur laquelle ils lui exprimaient leur joie, leur reconnaissance, et le qualifiaient d'ange de l'Eglise germanique^. Desduelsde brochures s'engagèrent : les unes accusaient Wessenberg, les autres accusaient Rome ; et les unes et les autres, par le relief même qu'elles donnaient à Wessenberg, semblaient le sacrer primat, même patriarche, encore qu'au jugement même deNiebuhr il fût très au-dessous d'une telle vocation^. Et puis le silence se fit: Wessenberg était devenu gênant^... et plus gênant pour les souverains qu'il ne l'était pour Rome.