‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 72 sur 215 · Otto Meier, op. cit.^ II, n, p · texte numérisé non relu

Otto Meier, op. cit.^ II, n, p

3. On eût surpris, plus encore, le Grand Electeur; dans son testament politique de 1667, il écrivait : « I/électorat de Brandebourg et la Poméranie sont, grâce à Dieu, complètement affranchies des grossières superstitions et de l'idolâtrie papiste », et il espérait que cet affranchissement durerait toujours (Bachem,f*/'tfu«»e«um/rfi«A^a//io/wc/ieA'irc/ie, 5* édit. p. 4).

4. Voir Pariset, lElat et les Eglises en Prusse sous Frédéric-Guillaume y*', p. 745-776. — Spectator (F.-X. Kraus), dans la Beilage sur Allgemeinen Zeitung du 1" décembi'e 1808, donne de curieux détails sur ces antiques susceptibilités de la Prusse.

5. Riedel, Kalholisches Leben in der Mark Brandenbnrg^ p. 71 (Berlin, imp. de la Oermania, 1894).

0. Le chancelier Hardenborg, annonçant àConsalvi, le 30 décembre 1816, l'envoi de Niebuhr comme minisire, lui écrivait: «Je regarde nos relations comme plus solidement établies que jamais. La protection que Sa Majesté accorde à ses sujets catholiques, la façon de penser du Saint- Père et l'esprit éclairé qui guide son ministre respectable, nous les garantissent mutuellement. » (Consalvi, Mémoires, I, p. 9'i.)

Mais le Congrès de Vienne, en assurant à la Prusse des territoires considérables tout le long de la vallée du Rhin, grossissait étrangement le nombre de ses sujets catholiques*, et la question catholique, du jour au lendemain, y devenait plus ardente etplus aiguë. Frédéric GuillaumelII en avait conscience : dans la proclamation qu'il adressait à ses nouveaux sujets rhénans, il insista, surtout, sur la liberté dont il ferait bénéficier la religion, « lebien le plus sacré de Thomme », et sur les efforts qu'il ferait pour améliorer la situation de leurs prêtres 2.

Le moment était solennel pour la Prusse : elle ne pouvait plus se présenter devant TAUemagne et devant l'Europe comme une puissance essentiellement protestante, qui abritait chez elle, sous la protection des traités, quelques anciens essaims de populations catholiques; et, pour obtenir le respect de leur foi et la liberté de leur culte, les Rhénans n'étaient point d'humeur à invoquer des signatures diplomatiques; ils se prévaudraient, tout simplement, tout fièrement, de leur qualité de citoyens prussiens. Il n'était plus permis à la Prusse de considérer le catholicisme comme une végétation parasitaire s'étalant çàct là, en plaques restreintes et discrètes, sur le vieux tronc prussien : le catholicisme rhénan demandait d'être greffé sur ce tronc; à ce prix seulement, la loyauté

1. Cette différence entre la situation de l'Eglise catholique en Prusse dans la période antérieure et la situation créée par le traité de Vienne est bien expliquée dans un mémoire d'Altenstein, du 30 mars 1818. (Meier, op. cit., II, n, p. 90).

2. De la Prusse et de sa domination^ sous les rapports politique et religieux^ spécialement dans les nouvelles provinces, par un inconnu, p. 325 (Paris, Guilbert, 1842).

LA REORGANISATION i)E L ÉGLISE l46

rhénane serait acquise aux Hohenzollern ^ La Prusse, jusque-là, avait toléré un certain nombre de catholiques, plus qu'elle n'avait toléré le catholicisme : sa conscience désormais devait s'élargir à mesure que s'étendait sa puissance; et la base théologique sur laquelle reposait son unité morale était définitivement vacillante, par l'effet môme de ses succès militaires et de ses bonnes fortunes diplomatiques.

Niebuhr, son ministre a Rome, était un protestant fervent : le culte et les pratiques de l'Eglise romaine lui déplaisaient^; il comprenait mal le mystérieux attrait qui séduisait vers le catholicisme de nombreux artistes de la colonie allemande de Rome-^, et sans doute croyait-il qu'en installant un prédicateur protestant dans la Ville Eternelle, il mettrait un terme à cet exode des consciences*. Mais son antipathie contre la religion papiste ne dégénérait pas en intolérance; et, dès qu'il eut connu Pie VII et Consalvi, il fut presque épris de ces deux hommes \ ou du moins les jugea très supérieurs à la religion qu'ils représentaient. Pie VU avait dans sa Bibliothèque Vaticane de beaux manuscrits : c'était un charme auquel

1. Mochler, dans l'article qu'en 1838 il consacrait à l'affaire de Cologne, décrit en quelques pages très fines la situation nouvelle de la Prusse par rapport aux catholiques nouvellement annexés (Moehler, Gesammelte Schriflen und Aufedlae, II, p. 232. Ratisbonne, Manz, 1840).

Page 1