Gœthe, Œuvres, trad. Porchat, IX, p
tique enthousiaste », on ne la désignât àTantipathie des connaisseurs intelligents ^ Sulpice, en lisant ces lignes, se put souvenir de ce que lui écrivait jadis Dorothée Schlegel : « Rien de ce que pourront dire les connaisseurs et les gens distingués, lui déclarait-elle, ne vaudra Fimpression de ces simples qui, à Cologne, récitent devant le Dombild un Pater Nosier pour l'artiste et aussi, certainement, pour les fidèles lutteurs qui ont arraché cette image à la poussière et à l'oubli ^ ». Les madones dont les Boisserée s'étaient faits protecteurs n'étaient-elles pas, à charge de revanche, leurs protectrices ? Et les ambitions des Boisserée, sereines comme leur foi, s'exaltaient avec le succès : tandis qu'ils promenaient en Allemage, pour les offrir à la vénération de ceux qui avaient des yeux pour voir, les saintes richesses par eux exhumées^, ils rêvaient qu'un jour le peuple allemand, à son tour, se fît pèlerin, pour aller admirer, dans les villes où les futaies gothiques avaient pris racine, ces merveilles d'une architecture méconnue.
1. Gœthe, édit. Kurschner,XXXI, p. 229. — Sulpice Boisserée, d'ailleurs, se montre toujours satisfait et approbateur de ce qu'écrit Gœthe (Voir Sulpiz Boisserée, II, p. 121, 141); l'indépendance du caractère n'était peut-être pas, chez lui, à la hauteur de l'esprit d'initiative. Voir la visite de Gœrres à .Sulpice {Sulpis Boisserée, II, p. 144), et les critiques de Dorothée Schlegel sur les « flagprneries » de Sulpice à l'endroit de Gœthe, ci-dessous, p. 239, n. 4.
2. Raich, Dorolhea Schlegel, I, p. 419. — Rapprocher le mot du vieux sacristain de la cathédrale à Sulpice Boisserée, en 1829 : « Si vous n'aviez rien fait que de nous installer le Dombild dans notre cathédrale, ce serait déjà assez » {Sulpiz Boisserée, I, p. 547).
3. C'est en voyant la collection Boisserée que le futur historien Bôhmer découvrit la nouvelle conception « Allemande-chrétienne ». (Janssen, Bôhmer's Leben und Briefe, I, p. 50.) — Le baron de Stein, en 1817, visitait avec ferveur la collection, s'intéreasant surtout à la partie historique [Sulpiz Boisserée, II, p. 164), et promettait plus tard aux Boisserée de leur chercher, pour leurs publications sur Cologne, des appuis financiers en Westphalie {Sulpiz Boisserée^ I, p. 392-393).
Les Boisserée, dès 1810, voulaient raohève-»
ment de la cathédrale de Cologne; en 1811, ils essayèrent d'y intéresser Madame Mère et Marie- Louise* ; en 1814, ils émurent en faveur de leur projet le futur Frédéric-Guillaume IV ^, et les générations successives s'attachèrent à ce beau songe, aujourd'hui réalisé. L'Allemagne ignorait à cette époque, — ne Tignorions-nous pas nousmêmes? — que Tart gothique est d'origine fran^ çaise^: il apparaissait comme un produit indigène de la vieille terre germanique ; et s'agenouillcF dans ces augustes édifices, c'était faire acte do piété filiale envers les ancêtres. Or, c'était, en même temps, faire acte de catholicisme. Les Boisserée donnaient à leurs compatriotes une leçon vivante d'apologétique catholique^.
C'est de quoi Gœthe finit par s'inquiéter ; et pour réagir, il insérait dans un même fascicule de sa revue, entre son fameux récit de la fête catholique de Saint-Roch à Bingen^ et quelques pages sur l'architecture gothique, une sentence de condamnation, rédigée par son ami Meyer, contre l'esthétique religieuse des peintres contem-