PRÉFACE XVII
unanime. Le dogme est toléré — voire même pieusement célébré : lisez à cet égard le dernier livre de M. Sabatier * — comme un produit de l'âme religieuse, une excroissance spontanée de la religiosité personnelle. Un petit nombre seulement, dès lors, peuvent aspirer à ce privilège de se faire leur dogme, aristocratie édifiante qui bénéficie de la Réforme et qui seule en bénéficie ; le Dieu intérieur, le Verbe intime, qui souffle au fond de ces âmes de choix, est muet pour l'enfant, muet pour la femme, muet pour tous les humbles, ou plutôt l'enfant, la femme, les humbles sont incapables de traduire en dogmes personnels lesconsolations mystérieuses, les murmures berceurs, les silences apaisés, qui récompensent et fortifient toute conscience orientée vers le divin. Que faire, pourtant, de ces petits enfants du Père céleste ? Jésus vint pour eux comme pour les autres ; c'est même pour eux, surtout, qu'il déclarait être venu. Ils ont entre les mains un livre de Luther qui les proclame tous prêtres. Incapables qu'ils sont de se faire à eux-mêmes leur religion, la Réforme va-t-elle les délaisser après les avoir exaltés ? Intransigeante en son absolutisme,
1 Esquisse d'une Philosophie de la Religion ; Paris, Fischbacher.