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Bergedorf
Bremeuhafen
Biickeburg
Cuxhaven
Entin
Flensburg
Fridrichstadt
Gluckstadt
Giislrow.
adresûés d'Osnabruck à la Congrégation de
la
Propagande sont d'une netteté parfaite et sans nul apprêt^ ; on y voit naître et vivoter les chrétientés de Diaspora, et la communication de ces documents occultes nous a grandement servi.
Des petites gens venant de tous les coins de l'Empire et même de l'Europe : Autrichiens, Bohémiens, Polonais, Italiens, Allemands surtout, « cherchant à gagner le plus possible, négligeant
llamburg. . .
Heide
Husum
Itzehoe
Lubeck
Ludwigslust Matgendorf.
Neumiinster.
Neustrelitz . .
Nordstrand .
Oldeslœ
Ottensen
Pinneberg..
Reinbeck. . .
Rendsburg .
Rostock. . . .
Schleswig . .
Schwerin. . .
Stadthagen .
Wandsbek .
Wismar
N. 0. Kanal
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1 Le jugement porté par l'évêque d'Osnabriick, dans le rapport de 1868, sur l'état du protestantisme dans les régions du Nord confirme les conclusions des enquêtes protestantes que nous a-vonstout à l'heure résumées : « Les non-catholiques qui habitent ces régions, écrit l'évêque, ont pour la plupart si complètement rejeté la foi positive qu'ils ne sont plus chrétiens que de nom. >
souvent la religion», voilà la clientèle de l'évôquevicaire. Une partie de cette clientèle est perpétuellement en mue; beaucoup d'ouvriers, appelés par des travaux périodiques, viennent et s'en vont avec les saisons ^ ; il est aussi des besognes accidentelles qui provoquent subitement une grosse demande de forces humaines ; des 5.000 ouvriers catholiques qui travaillaient au canal de Kiel, un certain nombre se sont déjà dispersés, portant ailleurs leurs bras et leur sueur. Gomme le besoin crée l'organe, une agglomération catholique crée la station de mission ^ ; sous ce nom : canal du Nord-Est, l'évêque-vicaire en fit installer une, presque ambulante, pour le service spirituel des ouvriers et des petits manœuvres. Les travailleurs agricoles, plus dispersés, sont plus insaisissables: « On évalue, dit le rapport de 1888, que 200 environ doivent être épars dans les biens nobles et les domaines du grand-duc de Mecklembourg-Schwérin, autour de Ludwigslust ; » il faudrait dire plus de 250, d'après le rapport de 1895. Incessamment le missionnaire voyage, en quête de ces épaves qui sont des âmes ; telle station a cinquante kilo-
1 « En Mecklembourg, me disait le curé catholique de Kostock, nous avons environ 6.000 catholiques. De plus, durant neuf mois de l'année, 10.000 Polonais viennent pour les travaux des champs; et nous recevons, pendant Thiver, des ouvriers catholiques de Saxe, employés aux raffineries. »
2 11 importe d'observer, en présence des alarmes que suscite, dans certaines sphères protestantes, l'activité de l'apostolat catholique, que les missions du Nord, d'après le rapport d'Osnabrûck, < n'ont point un but de propagande, mais uniquement un but de conservation : in missionibus prseprimis non illud agitur, ut acatholici ad Ecclesiam convertantuv, sed ut ipsi catholici in fide^ in qua nati sunt atque educati swity retineantur ».
mètres de rayon ; « si vaste est le district de Rostock que le prêtre n'y peut visiter tous les catholiques ni procurer à tous la possibilité d'assister à l'office divin ; » il est des communautés qui ont la messe une fois par mois, d'autres plus rarement, d'autres jamais. De ces bourgades délaissées se détachent chaque année quelques enfants de quatorze ans ; ils s'en vont à la grande ville, à la ville de résidence officielle du missionnaire, et là, quelques mois durant, dans une institution pour communions [Kommunikanden- Ans tait) ou dans des chambrettes du presbytère, ils s'initient à leur foi ; catéchisme appris et communion faite, ils s'en retournent. La pratique religieuse s'accommode mal de pareilles conditions ; elle y survit pourtant ; d'après le rapport épiscopal, la moitié des catholiques, à Brème, les deux tiers, à Lubeck, font leurs pâques ; ce sont villes oii la proportion annuelle des communions protestantes au nombre des fidèles protestants est de 15,22 et 19,78 0/0 ; la chrétienté exotique s'y montre donc plus pieuse que la chrétienté établie. Que les vocations religieuses soient rares dans la Diaspora^ on le comprend sans peine ; en 1895, on comptait trois prêtres et trois étudiants en théologie originaires de cette Diaspora, Elle est peuplée de pauvres gens timides et passifs, dont la vie religieuse, même correcte, est sans intensité.
Régulièrement, chaque station se devrait suffire à elle-même, mais les exceptions renversent la règle. Les fidèles de la Diaspora auraient plutôt besoin de recevoir des secours, et ils en reçoivent. En 1888, l'évêque entretenait à ses frais dix mis-
LA CARTB RELIGIEUSE DE l' ALLEMAGNE ^5
sions et treize maîtres d'e'cole ; dans trois stations, de riches particuliers couvraient les dépenses de la communauté, le pape subvenait à la construction d'une église à Hambourg, le grand-duc aidait le prêtre de Schwérin à vivre ; l'Association allemande de Saint-Bonifacei, la Propagation de la Foi lyonnaise- essayaient défaire le reste. Avec l'exiguïté des budgets, c'est une œuvre longue et laborieuse que d'amener à une vie normale une communauté de Diaspora. On commence bien petitement, d'une façon qu'on pourrait dire infantile. L'histoire de Wismar peut ici servir de type. En 1871, pour 90 marks par an, les catholiques y louèrent une chambre : ce fut l'église. Le loyer parut trop lourd, et l'on installa le culte dans une salle de vieux couvent, désaffecté depuis la Réforme. Le couvent dut être évacué ; on se rabattit sur une chambre d'hôtel qu'on payait 150 marks ; le grand-duc, sur sa cassette, en versait 120. L'aubergiste, en 1877, prétendit élever ses prix; il demanda 300 marks. Alors l'instabilité du domicile divin commença de déplaire, et l'on fit bâtir une petite église pour laquelle le grand-duc donnai 3.000 marks^. Location d'abord, puis achat et construction ; ces deux phases se retrouvent sou-
1 L'Association de Saint-Boniface, en 1893, a distribué 1.021.390 marks aux chrétientés de Diaspora [Bonifaciushlatt, 1894, p. 147; Paderborn, imprim. du Bonifaciusverein).
2 La Propagation de la Foi, de Lyon, a donné 180.000 francs en 1890 et 185.000 en 1891 pour la Diaspora allemande (Neher, Der Missionsverein oder das Werk der Glaubensverbreitung, p. 95. Fribourg, Herder, 1894).
s Bernhard Lesker, Ans Mecklenburg's Vei^gangenheit, p. 157 158 (Ratisbonne, Pustet, 1880).
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vent au début des petits groupements Aq Diaspora. La location, parfois, est gratuite; Féveque, en son rapport, rend hommage à la municipalité protestante de Gustrow, qui prête au culte catholique la salle de l'école, et à des propriétaires protestants d'Itzeloe, qui lui ouvrent un local. On achète à la longue « une maison et un fonds de terre, domum fundosque », oii s'entassent côte à côte la chapelle, le logis du prêtre, l'école. Il faut à Dieu un certain confortable, sinon les plus distingués des fidèles lui marchandent leur visite. « Parmi les officiers et hauts fonctionnaires civils qui résident en Schleswig, on trouve souvent quelques catholiques ; l'aspect indigent et misérable de l'établissement catholique les détourne facilement de la pratique religieuse. » Cette élite a ses susceptibilités et ses dégoûts ; à Hambourg, oii la communauté possède quatre écoles primaires et deux écoles supérieures, près de deux cents enfants catholiques fréquentent des établissements protestants, « parce que les écoles catholiques paraissent tout à fait plébéiennes, admodumpanannobiles ». On pardonne malaisément au catholicisme, en certains milieux, et sa clientèle de pauvres et sa propre pauvreté.
Il arrive parfois que la question d'argent n'est point la seule à résoudre : des difficultés légales surgissent. On lit à plusieurs reprises, dans les rapports d'Osnabrûck, à propos d'une école ou d'une église, cette curieuse formule : « Elle est officiellement reconnue, à ce qu'il semble, ut videtur. » Pourquoi ce léger doute ? C'est que, dans certains Etats, la mauvaise volonté de la
bureaucratie ou la malveillance des lois pèsent lourdement sur les catholiques, mais sont contrebalancées par la gracieuse équité du prince ^ L'exemple du Mecklembourg-Strélitz est frappant. (( Bien que les lois civiles ne permettent pas à un prêtre catholique d'élire domicile dans ce grandduché, pourtant, au su et avec l'agrément du grand-duc en personne, qui ne veut pas que ses sujets catholiques soient privés de l'office divin, un prêtre habite à Neustrelitz ; jusqu'ici il n'a subi aucune tracasserie-. « Si l'arbitraire est parfois émancipateur, plus souvent il se montre oppresseur ; c'est le cas pour Rostock, oii la municipalité défend au prêtre catholique l'emploi des cloches et de tout signe extérieur qui pourrait indiquer une église^. Nous voilà loin des triom-
i Dans le duché de Brunswick, où les catholiques sont rattachés à l'évêché d'Hildesheim, Texercice du culte et la collation des sacrements rencontrent, sauf dans les rares localités où il y a une paroisse catholique reconnue, de multiples entraves légales. Voir Das Verhdlbiiss des Staates zur katholischen Kirche im Herzo(jthum Braunschweig. Francfort, Fôsser, 1891.
- De môme M. Bernhard Lesker, Aus Mecklenhurg's Vergangenheit, p. H4-115 (Ratisbonne, Pustet, 1880), rend hommage à la « munificence » du grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, qui a permis la célébration du culte catholique à Rostock et à Wismar : par surcroît, le curé actuel de Schwérin reçoit du grandduc 480 marks par an. — Mais il faut observer qu'en l'espèce la volonté des grands-ducs est souveraine : lorsque, en 1871, M. l'abbé Belmont, aujourd'hui évêque de Clcrmont-Ferrand , se présenta dans le Mecklemhourg-Strélilz pour visiter les Français prisonniers, on lui répondit qu'en l'absence du grand-duc il ne pouvait obtenir aucune permission ; les journaux catholiques protestèrent vivement coatre cette intolérance prolongée du petit Etat évangélique (Bernhard Lesker, op. cit.^ p. 111-112).
3 L'exemple de Rostock n'est pas unique en Allemagne : à Gôttingue, pendant longtemps, les catholiques n'eurent pas le droit d'avoir un clocher.
58 l'allexMagne religieuse
phantes allégresses du catholicisme rhénan ; les conditions mêmes de la Diaspora diminuent singulièrement la vertu conquérante de l'Eglise romaine. Dans l'Allemagne du Nord, elle ne cherche point les conversions ; elle ne s'y installe que parce qu'elle y possède quelques fidèles installés; elle y conserve toujours un certain caractère exotique.
Nous avons sondé jusqu'ici les terroirs éminemment catholiques et les terroirs éminemment protestants. Cinq régions, en Allemagne, échappent à ces catégories : la Hesse, le Palatinat, Bade, le Wurtemberg et la Silésie. Par excellence, elles sont des domaines mixtes : en Bade, les catholiques forment les deux tiers, et les protestants un tiers de la population; c'est l'inverse en Wurtemberg; dans la Hesse, les protestants sont un peu moins des deux tiers; en Silésie et en Palatinat, les deux confessions se suivent d'assez près, avec une majorité pour les catholiques dans la première région, pour les protestants dans la seconde.
Hessische Abendmahl (la Pâque en Hesse), telle était la légende d'un tableau de M. Garl Bantzer, exposé à Dresde en 1895. Rien de plus simple que cette peinture, rien en môme temps de plus grave : dans un temple, des femmes sont assises, avec de grosses bibles et l'originale coiffure des dimanches ;
un peu alourdis par le recueillement et par des redingotes d'une coupe paysannesque, leurs maris s'approchent de l'autel pour communier. C'est ce qu'on appelle en Allemagne un tableau de Cultur, une page de peinture traduisant la civilisation d'un pays ; et les critiques d'art appréciaient dans cette toile une exacte révélation de la Hesse. Au fond des campagnes, en effet, la pratique pieuse survit, plus exacte dans la province prussienne de Hesse-Nassau que dans le grand-duché ^
Les villes sont plus tièdes: le chiffre des communions protestantes est de 28, 27 0/0 à Darmstadt, 23, 84 0/0 à Offenbach, 40, 22 0/0 à Worms, 44, 93 0/0 à Mayence''^. A Francfort-surle-Mein, ville d'affaires, on dirait que s'est établi je ne sais quel compromis, par lequel la population ne voudrait pas trop de mal aux religions, pourvu que les religions ne missent point trop de zèle à lui vouloir du bien ; il n'y a pas là, comme à Berlin, ces essais d'une piété de commande, qui rendent haineuse l'impiété ; les clergés vivent et la ville vit. M. Naumann, tribun des « Jeunes »
1 « Dans l'ancienne Hesse électorale, presque toutes les communautés sont fidèles à la pratique religieuse ; mais souvent la pratique n'est qu'extérieure, un christianisme d'habitude * (Pasteur Dithmar, Die geschlechtlich-sittlichen Verhaltnisse der evangelischen Landhewohner in der Provinz Hessen-Nassau, p. 26-27. Leipzig, Werther, 1896.) Dans l'ancien duché de Nassau, « les communautés de paysans et de mineurs sont très piatiquantes » (Dithmar, op. cit., p. 48). « Dans le grand-duché de Hesse, 28 communautés sur 50 sont marquées comme kirchlich. » (Pasteur Wahl, Die geschlechtlich-sittlichen Verhaltnisse der evangelischen Landbevohner im Grossherzogtum Hessen, p. 28. Leipzig, Werther, 1896.)
2 Schneider, Theologisches Jahrbuch auf das Jahr ^897, p. 235 (Gùtersloh, Bertelsmann).
(ainsi l'on appelle un nouveau groupe social évangélique), est une exception dans son église, et, d'ailleurs, un pasteur hors cadre^; il n'y a point, à proprement parler, une association catholique de travailleurs ; et, pour 53.000 catholiques, on ne compte que 20.000 communions pascales, ce qui passe pour médiocre au-delà du Rhin. Il semblerait que Ketteler, dont l'action secoua si fortement l'Allemagne catholique, eût dû laisser à Mayence une empreinte profondément religieuse; la supposition serait excessive. Par-delà Ketteler se répercute la libertine influence de certains princesarchevêques de l'ancien régime; leur gouvernement et leurs exemples avaient dissous la ferveur ; une nouvelle conquête partielle du peuple catholique est restée nécessaire dans la Hesse -. Or, si l'on observe les procédés qu'emploie le clergé et les lois qu'il subit, si l'on mesure les libertés qu'il prend et celles qu'il obtient, il semble que cette conquête soit encore lointaine. Malgré les incessants efforts du D' Hatfner, Févêque actuel, les ordres religieux sont bannis; l'école n'est point confessionnelle ; les associations d'hommes {Mànnervereine) suffisent au zèle des prêtres ruraux ; à la différence du clergé rhénan, ils ne soutiennent point, si même ils ne voient d'un mauvais œil, les
1 Voir ci-dessous, chapitre iv.
« Les catholiques, à Mayence, forment G3 0/0 de la population: or, aux élections duReichstagde 1893, les suffrages se répartirent ainsi: sur 100 électeurs, 41,3 socialistes, 24,3 nationaux libéraux, 23,7 pour le parti du Centre (Schwarze, Wird die Centrumspar tei die ausschlaggebende Partei im Reichslage bleiben .« p. 40. Berlin, imprimerie de lo^Germania, 1894). En'l896, le Centre areconr.nis Mayence.
associations de paysans fondées en vue d'intérêts économiques [Baiiernvereine) ^ et Darmstadt est la seule ville de Hesse où l'on cite un notable progrès de l'activité catholique. Fort indifférent à cette anémie de l'Eglise romaine, le gouvernement grandducal infuse volontiers un sangnouveau dans l'Eglise protestante en favorisant les tendances libérales à l'université de Giessen 2. Vous entendez répéter dans les sphères officielles, avec une certaine complaisance, que cette université est un laboratoire de la théologie moderne, historique et critique ; et, suivant que vous regardez une telle théologie comme une incarnation, plus pure et plus éclatante, de la pensée religieuse, ou comme un travestissement et une mutilation de cette pensée, vous évaluerez avec une balance différente la reconnaissance que doit à la Hesse le protestantisme allemand.
Le grand-duché de Bade, dont nous avons expliqué par l'histoire elle-même la confusion confessionnelle, se distingue de toutes les autres régions delEmpire par un double trait. En premier lieu, par la grâce de l'Etat et du corps électoral des communautés, le libéralisme, c'est-à-dire un ensemble de tendances hostiles à l'interprétation littérale et traditionnelle du dogme et à un servile
1 Sur l'esprit qui a inspiré lafondation du Bauernverein hessois, on peut lire deux écrits du président de ce Verein, le baron Daël de Kôth-Wanscheid, intitulés : Zur Agrarfrage (Francfort-sur-le- Main, Fôsser : dans la collection des Frankfurter Broschuren, fascicule 8 du tome XVI et fascicule 2 du tome XVIl). Nous reviendrons sur ces associations lorsque nous traiterons des initiatives sociales catholiques.
- Voir ci-dessous, chapitre m.
respect du symbole, prévaut dans l'Eglise évangélique de Bade ; en haut, dans la hiérarchie, il est installé^; en bas, parmi le collège électoral des fidèles, il s'installe. En second lieu, une « géométrie politique » des plus savantes a dessiné de telle façon les circonscriptions du grandduché que, sur 63 districts, 31 seulement conservent une majorité catholique ^. Ainsi, fatalement, le Centre est en minorité dans la Chambre badoise, bien que les catholiques soient en majorité dans le grand-duché ; et les amateurs de sectionnements élégants, respectueux d'ailleurs de la volonté populaire, trouveraient dans l'observation du pays de Bade une leçon et un régal. De la combinaison de ces deux caractères, vous dégagez le portrait du grand-duché : la confession de la minorité gouverne, et la confession de la majorité obéit ; quant à cette minorité, elle comprend un certain nombre de dévots, d'une foi exacte, un moindre nombre de dévots, d'une foi plus lâche et plus libérale, enfin un grand nombre d'indévots, d'une foi nulle ; ceux-ci, lorsqu'il y a des élections dans l'Eglise évangélique, décident du succès des
1 Voir Gotthilf Treiilich : Der Zersetziin^js-Prozess in der evanfielischen Landeskirche des Grossherzogtums Baden (Heidelberg, Winler, 1895).
2 Voir les brochures de Tabbé Théodore Yv''acker, député du Centre badois : Die Centrumspartei, deren Laje nnd Aiissichten bei den Landtagswaklen in Baden (Fribourg, Dilger, 1889) ; et Burtout: Die bestehende Wahllcreis-Eintheilung mit dem indirecien Wahlsystem zur II Kammer, eine schreiende Vngercchtigkeit und ein unertràglicher Misstand (Offenburg, Huggle, 1894). On trouvera dans ce dernier ('crit, aux pages 52-o4, les projets des démocrates et du Centre pour la réforme des circonscriptions électorales.
LA CARTE RELIGIEUSE DE l'aLLEMAGNE 63
« libéraux » sur les « croyants ». Et, de même que le grand-duché, catholique aux deux tiers, est régi par le troisième tiers, de même l'élite correctement pieuse de l'Eglise évangélique est évincée par un\^ coalition de « libéraux « et d'indifférents 1 ; en fiai de compte, à tous les étages, les majorités voient leur volonté annulée et servent de marchepieds pour la tyrannie des minorités. De là résultent la prolongation du Gulturkampf^, l'interdiction à l'Eglise catholique d'ouvrir des établissements d'instruction 3, l'elfacement du caractère confessionnel de l'école 4. Or prenons garde d'exagérer en parlant du bien que la persécution fait aux religions ; si la rhétorique est unanime à le célébrer, l'histoire n'est pas unanime à le prouver. De la crise politique qu'il a dû subir, le catholicisme badois a plus pâti que bénéficié ; et il en pâtit toujours. Les statistiques, depuis cinquante ans, attestent un perpétuel recul de là majorité catholique en Bade : sur 1.000 habitants, il y avait, en 1846, 664 catholiques et 316 protestants ;
1 En 1892, le conseil suprême évangélique du grand-duché a proposé à la nomination du gi'and-duc, po;ir lo synodo général, six protestants libéraux et seulement un orthodoxe (Rôhricht, Auf zum Kampfwider die libérale Théologie, "p. 53. Gutersloh, Bertelsmann, 1895).
'^ Tous les textes législatifs concernant la situation de l'établissement catholique en Bade sont rassemblés par le professeur Heiner dans son recueil : Gesetze die katholische Kirche betreffend (Fribourg, Mohr, 1890).
3 Sur les entraves apportées encore, en Bade, à l'existence d'instituts féminins d'éducation catholique, voir Historisch-Politische Bldtter, 1894, CXIll, p. 824-837.
4 On trouve le texte complet de la législation scolaire du grand-duché dans Kopp, Die badische Volksschul-Gcsetzgebung, K uisruhe, Lang, 18J4.
en 1886, la proportion s'était abaissée à 627 catholiques ; elle s'était élevée à 354 protestants ^ L'Eglise romaine, au grand-duché, manque de prêtres; pour fonder beaucoup d'œuvres sociales, l'haleine et le personnel lui ont fait défaut^; chaque année, à Garlsruhe, 300 enfants lui échappent 3, et plus encore à Mannheim. Originales sont ses revanches ; Fribourg-en-Brisgau, grâce à la librairie Herder ^, est devenu le premier centre scientifique de l'Allemagne catholique; etM. Werthmann, secrétaire de l'archevêché, est en train de centraliser, pour la première fois, le bilan de toutes les œuvres de charité catholique de l'Empire^. C'est d'ailleurs l'archidiocèse de Fribourg qui fournit le plus d'argent au Bonifaciusverein pour le soutien de la Biaspora ; en faisant soigner des âmes prussiennes ou poméraniennes, il se console du déchet d'âmes badoises qu'il subit ^, Ce n'est guère
1 Nous empruntons cette statistique aux Stimmen aus Maria Laach, 1890, XXXVIII, p. 603 et suiv. L'auteur de l'article estime qu' «untelreculducatholicisme est unique en Europe». Cf. Alexander von OEltingen, Die Moralstatistik in ihrer Bedeutimg fur eine Socialethik, dritte Auflage, p. 620 (Erlangen, Deichert, 1882).
'•^ Depuis quelques années, pourtant, l'activité de M. le baron de Menzingen a répandu sur le grand-duché tout un réseau d'associations agricoles {Bauernvereine) que nous étudierons un jour
3 Des renseignements que j'ai recueillis à la cure catholique de Carlsruhe, il résulte que le rapport du chiffre des communions pascales au chiffre de la population catholique est d'à peu près '60 0/0.
* Voir P. Albert-MariaWeiss, Beiijamin Herder : fûnfzig Jahre eines geisligen Befreiungshampfes (Fribourg, Herder, 1890); — et le Katalog der Herder' sclien VerlagshandLung, 1801-1895.
^ La revue mensuelle Charilas, dirigée par M. Werthmann et publiée parla maison Herder, rassemble les éléments de ce bilan.
^ Les catholiques de cet archidiocèse donnent, en moyenne, 18,7 pfennigs par tête. Viennent ensuite Munster et Limbourg
au protestantisme que rapporte ce déchet. Dans les campagnes, l'Eglise évangélique est forte encore, puisque, sur 100 fidèles, elle inscrit en moyenne 56 communions, et 28 environ fréquentent le prêche ^ : chiffres convenables sans être brillants. Mais dans les grandes villes, le socialisme la cerne et la supplante ; il souffre peu de ce que fait l'Etat pour le protestantisme et profite beaucoup de ce que fait l'Etat contre le catholicisme.
Majorité protestante ; attachement de la hiérarchie et des communautés à la foi positive et traditionnelle ; abstention de tout Gulturkampf ; corrélation parfaite entre le nombre des catholiques à la Chambre et leur nombre dans le pays ; déploiement fécond et libre d'une activité sociale catholique ; caractère strictement confessionnel de l'école ; irréprochable loyauté de l'Etat à l'endroit des diverses confessions : voilà des traits inverses de ceux que nous avons rencontrés en Badè. De tous ces traits, composez une image ; elle sera la représentation fidèle du Wurtemberg. Nous la pouvons faire très sommaire, puisque Bade la complète, à la façon d'un repoussoir. On est très pieux en Wurtemberg, parmi les deux confessions ; dans l'Eglise évangélique, les communions d'hommes sont relativement plus nombreuses que partout ailleurs en Allemagne^, et l'on y craint les
avec 17,3 pfennigs et Cologne avec 13 pfennigs et demi par tête {Bonifacius-Blatt, 1895, p. 8. Paderborn, imprim. du Bonifacius- Verein).
1 Chronik, 1895, p. 425.
2 En 1895, le chiffre des communiants, en Wurtemberg, était de 52,54 0/0, dont 428.517 femmes et 310.507 hommes ; cette proportion relativement éievée des communions d'hommes est
nouveautés anti-dogmatiques. Onmaintient, depuis plus de soixante ans, un régime scolaire ^ qui installe les deux églises, avec d'amples pouvoirs, dans les écoles confessionnelles respectives, non point, à parler littéralement, comme souveraines absolues, mais comme représentantes de l'Etat dans ces écoles (ce qui entraîne, en fait, leur souveraineté) : de tous les Etats de l'Empire, le Wurtemberg est le moins laïcisé. De là la puissance que les clergés y ont gardée. Nous y avons vu de près, en 1895, et nous raconterons peut-être, plus tard, la formation du Centre wurtembergeois : à l'époque du Gulturkampf, lorsque le Wurtemberg était comme une oasis de tolérance ^, l'existence d'un tel groupe passait pour oiseuse ; on l'a créé, l'an dernier, pour arracher au gouvernement l'une des rares satisfactions dont les catholiques wurtembergeois aient à déplorer l'ajournement, le rappel des ordres religieux d'hommes ; mais ce jeune Centre s'est tout de suite signalé comme un parti d'action sociale beaucoup plus que comme un parti de revendications confessionnelles 3. U
unique en Allemagne (Schneider, Theologisches Jahrbuch auf das Jahr 1897, p. 23o. Gûtersloh, Bertelsmann).
1 Ce régime scolaire est longuement étudié dans Ulmer : Das Geselz iiber die Volks-Schulen des Kônigreichs Wurttemberg vom 29 Seplember i836 (Ravensburg, 1867).
2 Sur la situation juridique de la confession catholique en Wurtemberg et l'histoire des rapports entre l'Eglise et l'Etat dans ce pays, voir Golther : Der Staat und die katholische Kirche im Konigveich WUrtlemberg (Stuttgart, Gotta, 1874).
2 Sur la création du Centre wurtembergeois, on trouvera des renseignements dans la brochure de M. Konrad Kûmmel, Der Katholikentag von Ulm (Stuttgart, imprim. du Deutsches Volkshlatt, 1895), et dans celle de M. Hugo Roth : K.-J. von Uefele, Bischof von Rottenburg (Stuttgart, même imprim., 1894). — Le»
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partage avec les progressistes le bureau de la Chambre et volontiers vote avec eux ; disloquant leur programme, il y combat les motions concernant l'école ^ il y retient, et souvent prend à son compte, en les motivant au nom de ce qu'il appelle la « justice chrétienne », les projets de réformes fiscales et d'amélioration sociale; il s'est déclare pour la revision de la constitution, encore qu'elle doive mettre un terme aux privilèges de certaines notabilités de l'Eglise catholique, qui siégeaient de droit à la Chambre ; il a le tempérament d'un groupe démocratique, et dès le début il en a pris les allures; il veut être populaire, et il l'est. Dans ce pays légèrement archaïque, qui contraignait les nouveautés de subir un certain stage, non seulement pour être acceptées, mais môme pour être comprises, c'est une religion, et celle de la minorité, qui par une poussée décisive travaille à les faire pénétrer ; au déclin d'un
trois discours tenus à Ravensburg, le 17 janvier 1893, par MM. Grober, l'abbé Eckard et Riene, sur le programme politique, religieux et économique du Centre Wurtemberg; ois (Stuttgart, imprim. du Deutsches Volksblatt), étonneraient sans doute beaucoup de lecteurs français, par l'esprit quasi-« radical » qui anime ces manifestes catholiques. L'abbé Eckard, directeur du principal journal catholique du Wurtemberg, se présentait dans le district d'Oberndorf comme « indépendant à l'endroit du gouvernement, des fonctionnaires et du gro? capital » ; il demandait l'impôt progressif sur le revenu et sur \% capital et se défendait de vouloir appartenir à un parti confessionnel... « Nous considérons, disait-il, qu'il est de notre devoir de respecter les droits d'une autre confession comme les nôtres propres. » — Le Centre wurtembergeois représente le tiers de la chambre, comme les catholiques sont le tiers de la population du royaume. Deux districts seulement parmi ceux qui ont une majorité catholique, ceux de Rottweill et de Spaichingen, se sont lofusés, en IbJ^, à élire le candidat du Centre.
siècle OÙ les religions ont fréquemment usé leur crédit à vouloir conserver ce qui avait disparu et mérité de disparaître, ce phénomène inédit mérite attention.
Ni dans la Silésie, ni dans le Palatinat, de pareilles surprises ne nous attendent. L'Eglise évangélique, en Silésie, est fière de sa vitalité ; dans la région d'Oppeln, plus de 60 0/0 de ses fidèles vont au prêche, et leurs mœurs, chose rare, sont à l'avenant de leur piété; dans les autres districts, elle maintient aussi une certaine ferveur, d'autant plus attiédie, en général, que la grande propriété est plus envahissante ; les villes industrielles lui échappent, ou à peu près^ Quant au catholicisme silésien, ne lui demandez pas cette gravité d'aspect, cette opportune façon d'associer, dans ses églises, la nudité et la parure, surtout cette intensité d'action, qui distinguent l'Eglise romaine en d'autres régions de l'Allemagne.
Lorsqu'on entre dans les églises gothiques de Breslau, fortement abîmées par les remaniements artistiques des deux siècles passés; lorsqu'on promène ses regards sur leurs étranges statues de saints et de saintes, habillées d'un coloris criant, se déhanchant avec violence comme pour occuper l'œil du fidèle, et brandissant avec des gestes forcenés leur livre ou leur cierge ; lorsqu'on lève la tcte, enfin, vers ces « poutres de gloire » sur lesquelles se déroule toute une farandole de bien-
^ Pasteur Wittenberg, Die geschlechtlîch-sittlichen Verhaltnisse der evanQelischen Landhevôlkerung im Ostdevtschland, I Abtheilung, p. 293-294 et 302-305 (Leipzig, Werther, 1895).
heureux, on touche l'influence, déjà pressentie en Bavière, de cette profusion décorative à laquelle se complaît le catholicisme méridional. Les promesses du paradis terrestre socialiste luttent avec quelque chance de succès contre ces mauvaises copies du paradis céleste ; et sur les populations ouvrières l'Eglise catholique, en Silésie, n'obtient qu'un médiocre ascendant i. Elle possède, dans les campagnes, un peuple foncièrement chrétien, et par surcroît (est-ce une bonne chance ou bien une mauvaise ?) une clientèle de grands propriétaires ; or la masse rurale, souvent, va se détachant du prêtre si le prêtre va s'attachant au seigneur ; de là, pour le clergé silésien, des difficultés de tactique, un peu semblables à celles que rencontre, dans l'Allemagne du Nord, l'Eglise évangélique. Envers le Très-Haut et les bonnes mœurs, le Palatinat est correct. Sur 100 naissances, il n'en a guère que 6 d'illégitimes 2; c'est plus honorable que dans tout le reste de l'Empire (Prusse rhénane et Westphalie exceptées). Le contact de deux confessions égales en force y maintient à une certaine hauteur, dans l'une et dans l'autre, le thermomètre de la piété ; c'est à Spire, en 1529, que les réformés se baptisèrent protestants ; fidèles à ce grand souvenir, ils sont en train d'y construire un temple, 1' « église de la protestation » ; motif de
ï C'est une région où les mariages mixtes sont nombreux: à Breslau, sur 100 mariages célébrés à l'église catholique, 70 sont mixtes [Chronik, 1892, p. 166).
2 Exactement 5, 4 (Pasteur Hâpp, Die geschlechtlich-sittlichen Verhàltnisse der evangelischen Landhewohner im Kônigreich Bayern, p. 96. Leipzig, Werther, 1896).
plus, pour les catholiques, de fréquenter assidûment leur cathédrale.
Croyants ou incroyants, pratiquants ou indifférents, affaiblis par l'éparpillement ou fortifiés par la densité des groupements, on comptait en bloc, dans l'Empire, en 1890, 31.026.810 protestants et 17.674.921 catholiques *. La statistique distinguait, par surcroît, un certain nombre de sectes reposant, comme le protestantisme luimême, sur les maximes du libre examen et de la justification par la foi, mais détachées de l'Eglise officielle, tantôt, comme les méthodistes ou les baptistes, parce qu'elles n'y trouvaient point l'aliment rêvé par leur ferveur, et tantôt, comme les freireligiôsen^ parce que la confession établie opposait des barrières à leur radicalisme panthéiste. De la géographie religieuse, ces sectes ne relèvent point ; elles sont comme noyées parmi la masse des membres inscrits de la confession protestante et de la confession catholique. Nous les étudierons comme une expression schismatique de Tindividualisme protestant, mais sans nous exagérer la portée de leur rayonnement 2. Le protestantisme, le catholicisme, et la libre science {freie Wissenschaft)^ voilà les trois forces essentielles qui se disputent la conscience allemande. Des deux premières, nous avons évalué le domaine ; apprécier la troisième ne sera point affaire de géographie ou de statistique. Sur le caractère religieux ou
î StatisHsches Jahrbuch fur dos deutsche Reich, p. 6, 1894 (Berlin, Puttkammer).
* Voir ci-desaouï, chapitre ▼.
irréligieux de la libre science, sur l'alliance ou sut l'hostilité que la religion doit attendre d'elle, les théologiens de la Réforme sont en désaccord. Etudier ce désaccord, ce sera déterminer les positions respectives du protestantisme et du rationalisme.