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CHAPITRE III

Disparition de rhégômonie inlellpcluplle du romantisme.

I. ]. attitude nettement religieuse des derniers poètes romantiques. — Caractère i)lus confessionnel de l'art nouveau : Steinle. — Les études histori([ues. — Hommages récents des historiens protestants au moyen âge : l^uden, Raumer,Voigt,Leo, Bœhmer. — Un converti : Frédéric Ilurter; préoccupations formellement catholiques de son œuvre historique. — La réaction intellectuelle anticatholique : jeune Allemagne, jeunes hégéliens, premiers nationaux-libéraux. ~ Caractère nouveau des tentatives historiques : Ranke, Sybel. — Aspect militant de la littérature nouvelle.

II. Les derniers romantiques : Louis de Bavière et Frédéric- Guillaume IV. — Religiosité romanticpie et archéologitiue du nouveau roi de Prusse. — Son ami le général Radowitz. — La cérémonie de Cologne (1842). — Lacathédrale cattiolique érigée en temple national : rêve des Boisserée. — Etfort de la Prusse et de la Bavière pour l'achèvement du monument. — Réserves et précautions des catholiques pour en sauvegarder le caractère religieux. — Polémiques confessionnelles : protestations de Heine et de certains publicistcs protestants contre l'achèvement de la cathédrale.

III. La fondation du Domverein. — Auguste Reichenspcrger. — Ses idées sur Fart du moyen Age. — « Du saint Thomas d'Aquin pétrifié». — Son apiiei au concours du ])cui)le catholi(iue. — Une esthétique populaire, source dune i)olitique démocratique. — Reichensperger homme de transition entre le romantisme et le parlementarisme.

Gomment le romantisme, dans les trente prenières années du siècle, avait éveillé dans les

âmes allemandes le respect de la religiosité catholique et conduit certaines d entre elles jusqu'à Tacte de foi, c'est ce que l'observation des courants artistiques et littéraires nous a précédemment permis d'entrevoir et d'expliquer. Mais ces courants ne devaient avoir qu'un temps : aux alentours de 1840, c'en était fait de l'hégémonie intellectuelle de l'école romantique ^

Annette de Droste-Hulshoff', Joseph d'Eichendorff ^', — et plus tard le Hambourgeois Dreves^, un converti, — se rattachent encore à cette lignée : mais vous cherchez en vain, dans leurs vers, trace de ces malaises inquiétants et morbides, qui jadis séduisaient et conquéraient aux littérateurs romantiques une clientèle d'âmes anxieuses

i. « Le milleniiini du romantisme est à sa tin, écrira Henri Heine en 1846, et moi-même jai été son dernier roi fabuleux, et descendu volontairement du trône. » {Correspondance inédile, III, p. 60.)

2. Sur Annette de Droste-Hùlshoff (1797-1848). voir la préface qu'a mise M. PMouard Arens en tète de la réédition de ses œuvres (Leipzig, Uesse, 19<)4). — Les strophes de son Année spirituelle {GeistlicheJalir), dont une moitié était écrite en 1839, et qui furent publiées après sa mort, en 1851, se réimpriment encore aujourd'hui, connue un livre de lectures pieuses l>our les fêtes liturgiciues (Paderborn, Schùningh).

3. Les jtoésies religieuses d'Eichendorff furent publiées en 1837 (Keiter, Joseph con FAchendorff, p. 83 et suiv.); leur lecture contribua beaucoup à la conversion de l'érudit protestant Martens, qui mourra régent du séminaire de Pelplin (Id., up. cit., p. 87).

4. Sur Lebrecht Dreves (1810-1870), qui se convertit à Vienne, en 184(1, sous l'influence de Jarcke, voir Kreiten (Lebrecht Brèves, ein Lehenhild (Kribourg, Ilerder, 1897). — Les poésies de Dreves furent publiées en 1849, avec pri'face d'Eichendorff. Sur ses Lieder der Kirche, jiubliés tout de suite après sa conversion, voir Kreiten, op. cit.,\). 13M53.

et malades elles-mêmes ; il n'y a point, chez eux, de tâtonnements de conscience, de ces tâtonnements efficaces par lesquels leurs devanciers, qu'ils trouvassent l'Eglise ou bien qu'ils ne la trouvasssent poinl, en jalonnaient vaguement le chemin; et vous ne surprenez point ici, comme cliez un Tieck ou chez un Novalis, cette série de travaux d'approche qui semblent préparer l'investissement des imaginations par le catholicisme. Leurs œuvres sont trop pleinement imprégnées de leur foi, et !leur foi trop nettement dessinée dans leur âme, pour que cette seconde génération de romantiques puisse offrir à l'Eglise le genre de services que lui rendit la première. En lisant ces nouveaux venus, on a, tout de suite, pleine confiance ou complète défiance, suivant le point de vue religieux où l'on se place : ils ne tracent pas une avenue vers l'Eglise, ils stationnent dans le Saint des Saints, et, par la plume d'Eichendorll", ils reprocheront toujours au premier romantisme d'avoir mieux aimé frôler la foi que de Tétreindre K

Même évolution, en ce qui regarde les artistes. Autour des premiers tableaux des Nazaréens, les deux confessions chrétiennes semblaient s'être juré une sorte de trêve de Dieu : une ville aussi protestante que Francfort conviait le catholique Veit à venir diriger son musée. Cette trêve est

1. Sur le point de vue d'Eicheudorff historien littéraire, voir Keiter^ Joseph voH Kichendor/f, p. 103 et suiv. ; l'histoire intérieure d'une nation, d'après Eichendortï, c'est sa religion; la poésie ne peut être jugée qu'en rapport avec le point de vue religieux. — Cf. Keiter, op. cil., p. 80, les attaques de Frédéric — le personnage de A/muiu/ und frcf/cntrart qui représente Eichendorff — contre celui qui toise les mystères comme un(> capricieuse matière de poésie, et (pii ne '•// pas sa religion avant de la chanter en ses vers.

*^â4 LLTTKS ET VICTOIRES

désormais dénoncée 1 : le peintre protestant Lessing, par les épisodes religieux dont fait choix son pinceau, introduit dans la peinture une préoccupation de polémique 2; Veit et le jeune Steinle se retirent sous leur tente '^; Fuhrich à Vienne^, Ittenbach, Deger et les MûUer dans la chapelle de VApollinarisberg'\ donnent l'exemple d'un art, non point à coup sûr plus chrétien ni même plus catholique que celui d'Overbeck, mais, si nous osons dire, plus confessionnel et plus ecclésiastique. Quant à Steinle", il professe qu'il est temps d'aflirmer, avec toute leur àpreté, les dogmes posi-

1. Veit, dans son projet de fresque représentant l'introduction des arts en Allemagne par le christianisme, avait son j>:é à faire du cler^jé le représentant de la science ; certaines alarmes s'insurgèrent, il dut modifier son esciuisse (Spahn, Pkilipp Veit, p. 74).

2. Gurlitt, niedmtsclœ Kunst des ncunzchutcn Jnhrhundcrts, p. 341-342; « Le »uss et le Lulher de Lessing font une œillade au parti libéral et la nique au moderne ultramontanisme. » - Cf. Schaarschmidt, Zur Gcscluchte der Dûsseldorfer Kunst, p. 107-119.

3. Voir, sur la retraite de Veit (1793-1877), Spahn. Philipp Veil, p. 83. ' L Institut Stîedel avait acheté le tableau de Lessing : Hms devant le Concilr ■

\ eil alors en quitta la direction, et se retira dans le faubourg de Sachseii liausen. — Cf. Keichensperger, Erinnemufjen an Edward RU ter o. Slcinlr p. 4 (Francfort, Fœsser, 1887), et une lettre de Steinle cà Overbeck i/iUtmrd v. Steinle's Briefwechsel, I, p. 285).

4. Joseph, Ritter von Fuhrich, Lebensskizze, zusammengesteïlt nus des .s,-n imJahrgange 1844 des Almanachs « JJbussa^> erschienener Selbstbionn,phic {\ienne, Sartori. 1875); tout lopuscule est à lire, spécialement l-s pages 3o-o/ et 58-01, dans lesquelles Fuhrich nous apparaît comme >r lamiliarisant avec la littérature catholique et comme prenant pour point de dei)art de sa conception même de lart lidée de la faute originelle n «le la rédemption. Sur lœuvie artistique de Fuhrich (1806-187<i), voir Gui litt, up. cit., p. 231-233.

roHM^?''"l'^f\^'^^-^'*^''''^'^^^'*^''('^09-1885). Andréas Mùller(t811-189(T Cari Muller (1818-1893), et sur les fresques de VApollinarisberr,, commau^ Ztl " '''io.i"'"P'''' ^"^ Schadow par le prince François Egon de Fùrstfii berg en 18.38, et exécutées de 1843 à 1857, voir Finke, C^l Mùller, snn Let.cn und Kumtlerisdtes Scliaffen (Cologne, Bachem, 1896), p. 40 et suiv. ■ - ^ inke, Der Madonnenmaler Franz Iftenhac/i (Cologne, Bachem, 1898), p. il-.i.i; - Kaufmann, Andréas Mûller, ein Altmeister der Dûsseldorfer vtaai^r. f'^'^'''''''^' (Frankfurter Broschuren, XVI, xii, p. 387-391. brancfort, Fœsser, 1895); - et Schaarschmidt, op. cit.! p. 1.34-140 rocxàt Tt ^^^°^"7«« ^^ «teinle (1810-1886) est dressée au b.me II .],> iccueil : Edward V. StrinleS Briefwechsel, II, p. 403-503.

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tifs ^ « Ma manière d'art, écrit-il, est conditionnée par la vie catholique [vom Katholischen Leben hedingt) ; ce n'est que dans un pays catholique que mon activité peut être bénie- » ; et si, de la source de Tart, nous passons à la finalité, Steinle nous dit, non moins formellement, qu'il doit servir de levier entre les mains du clergé pour l'accomplissement de sa haute mission '•. Chargé de quelques décorations dans la cathédrale de Cologne, Steinle soumet à l'archevêque son projet, au grand scandale d'une partie de la presse '^ ; son pinceau délibérément servira l'Eglise comme elle veut être servie. Il y est encouragé par sa correspondante Emilie Linder, qui, toute première, lui donne l'exemple : convertie au catholicisme après la mort de Brentano, Emilie satisfait son zèle de néophyte et dépense son talent d'artiste en brossant de pieuses peintures pour un certain nombre de chapelles indigentes '\

Précisément, en 1845 et 1846, Martin Deutinger, le prêtre philosophe de Munich, publie deux volumes d'esthétique ^\ dans lesquels il montre comment la conscience esthétique a besoin, pour s'épanouir, de la révélation divine. Culte et art,

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