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L AFFAIKE DE COLOG^iE 217
la veille emprisonnait à son tour, par ses raftinements d'exigences, la bonne volonté du Gouvernement prussien; Ton eût dit qu'il voulait rendre pesant à l'orgueil des Hohenzollern le succès de son Eglise. On finit par s'entendre ; et Geissel s'installa à Cologne'. Jamais la ville archiépiscopale ne devait revoir le vieil archevêque; jamais il ne devait adresser à Geissel le moindre conseil
i. Voir, sur tout cet épisode. Pfiilf, Cardinal v. Geissel, I, p. 7G-112. — l^Alhjemeine Zeitunçf (d'Augsbourg). en son numéro du 25 octobre 1841, n" '298, p. 2383, publiait une lettre de Westplialie, datée du 18 oct(jbre, et ainsi rédigée :
« On avait annoncé, de Cologne, que l'archevêque avait résigné *!ia charge ;déjà \q Mercure loestphalien, de Munster, a démenti cette nouvelle. Mais sous quelque nom que se doive produire la retraite de ce piélat, tant prôné et tant outragé, le fait^subsiste. Il semble que l'archevêque retournera à Cologne pour quelques jours, et qu'ensuite, après avoir contribué lui-même à la solution des différends qui durent depuis si longtemps, il quittera le terrain. Tous les renseignements sont unanimes sur la résignation douloureuse avec laquelle l'archevêiiue a cédé devant une plus haute autorité et s'est r.uigé à nnr entente que. dans la foi intime de sou cœur, il répudie. On ne l'entend pas se plaindre: il observe toujours son strict silence, car le Pape l'a fait prier de se taire; mais on raconte que souvent, depuis le départ de Févèque d'Eichstâtt, ou a vu en larmes cet homme naguère si inébranlable ; il reçoit de vieux amis avec une certaine gravité solennelle; ils neretrouvent plus sa nature gaie, cordiale. On se croit autorisé à admettre que Rome a cédé à l'influence diplomatique d'une grande puissance allemande qui veut la paix à touti)rix,et qui, plus que toute autre chose, a en vue l'harmonie de l'Allemagne. Que l'archevêque reçoive le chapeau de cardinal, on ne le croit pas. » — Cet article fit mauvais effetsur certains esprits :tous les ennemis rie la Prusse étaient enclins à murmuier contre Rome, qui leur semblait avoir fait trop de concessions. Témoin l'historien protestant Bœhmer. lui, à la lecture de l'article, exprimait en une lettre sa « profonde doueur sur la solution ./7/s/e milieu qu'a reçue l'affaire de Cologrne. Vraisemjlablement cette paix coûte la vie à l'archevêque, et ce n'est pas une .)aix » (Janssen. Dotimer's Leben und Briefe, II, p. 328; cf. H, p. 340). — rémoin le canoniste catholique Phillips, qui écrira quelques années iprès : «Peut-être eût-il été à souliaiter, pour le l)i('n des deux partis, ine cet accummodemimt n'eût pas été fait j)ar les voies diplomatiques, nais par une reconnaissance et une réparation C(tmpléte du droit lésé. • ')u droit ecclésiastique dans ses principes (jénéraux, trad. Crouzet, III, ). 307.) — Voir dans Raidi, briefe von und an Kelleler, p. 63, 75, 87-88. es traces très claires de l'espoir qu'on avait, en Westphalie, de voir entrer l'archevêque à Cologne, et de la demi-déception que fit éprouver a solution.
d'administration. Grâce à son emprisonnement, l'Eglise catholique de Prusse jouissait d'une victoire ; il ne recouvrait la liberté que pour être la victime de cette victoire. Sa conception de l'autonomie ecclésiastique triomphait ; mais sa personne môme était immolée. Il était, tout ensemble, exalté et sacrifié ; il se sentit, sans doute, plus sacrifié qu'exalté. Il était de ceux à qui la spontanéité du martyre est moins dure que la simple obéissance. Cette obéissance, il l'accorda, mais sans qu'on y retrouvât cette grandeur de courage qui naguère avait incliné devant lui l'admiration de l'Europe. II vécut trois ans encore, assombri, malade, un peu boudeur; il écrivit un livre sur l'alFaire de Cologne S s'en fut chercher à Rome quelques consolations, les trouva dans une visite que lui fit Grégoire XVI, et s'en revint mourir à Munster, où la suprême amertume d'être en sa vieillesse un « serviteur inutile » lui faisait vraisemblablement méconnaître la valeur de son triomphe*. La blessure d'amour-propre qu'il sentait béante en son cœur lui dissimulait l'éclat d'une gloire dont cette blessure était comme la rançon. Cette gloire, c'était le réveil de l'Eglise d'Alle-
• ^' ^^iff^L'^''"' ^'''''^'^''" ""'^'' '^'''" A'//T/te und dm Staaten (Munster, Theissing, I8i3.) « Ce livre, écrivit Gœrres, se répandant en masse parmi les masses, apprendra au peuple catholique ce qu'il peut réclamer, ce qui! doit reclamer, et inversement ce qu'il a à permettre... On p. m espei-CM- que la parole de l'archevêque provoquera, sinon l'œuvre >W 1 umncation, pourtant une meilleure entente que celle qui existait jusqu Kl n oin o!'/!'''^ '"''""'' hy,)ocrisie. .. (Gœrres, PoUtische Sckriften, M, 4,.:^ - Cf. dans Raich, Bnrf,' von und an KetleUn; p. 131-132, une lettre enthousiaste du futur évèque Ketteler.
„»î/„l!*/'" /'^"'^' f/''':^'"«^ '■ ^'«^■•^««^ I, P- 418 et suiv., et Walter, Ihs Hn 1 '''''••'•'• ^■'^"^''^■^' ^"' ^"t témoin de la sauvafjerie où se renfern.,., monstique '"'*'''"''' ^""'^'''' ""' ^*-''"l'^'"^i"ent naturellement cordial et lui- .
magne. A la servilité, l'initiative avait succédé : l'Eglise se sentait distincte de l'Etat et se voulait libre dans l'Etat. La Prusse avait cédé, dans la question des mariages mixtes ; elle avait renoncé, pour l'instant, à s'improviser théologienne ; Geissel commençait à Cologne un épiscopat auquel rhermésianisme ne devait point survivre, et qui opposerait aux maximes fébroniennes un perpétuel démenti. L'exemple de la Prusse devenait une leçon pour les souverains des petits Etats protestants : l'heure était proche où ils devraient cesser d'être des rois sacristains ^ Car l'Eglise d'Alleimagne, rajeunie par Taudace d'un vieillard, reprenait une fierté d'allure contre laquelle les bureaucraties laïques ne prévaudraient plus. Keller, le ifrèle prélat qui régnait à Rottenburg, avait cessé de craindre que les actes de ridicule tyrannie qui ipesaient sur la vie diocésaine fussent évoqués ^devant la Chambre wui'tembergeoise ; il se mettait iui-meme à interpeller le ministère, directement. Et dans le catholicisme badois un souffle circulait-, qui, peu de temps après, allait inspirer et soutenir les actes émancipateurs de l'archevêque Vicari. « Le sentiment du droit dans le cœur des Allemands, écrira bientôt Gœrres, s'est réveillé contre les assauts de l'arbitraire; ils ont senti la
1. Voir dans Friedrich, Lpiaz von iJn'llinfjcr, II, p. 43-45, d'intéiessantes lettres de Mack (de Tubingue), et du futur évèque Weis, sur l'effet proluit eu Wurtemberg et eu Palatinat; — dans Bnick, Adam Fninz Lcnnif/, |t. V.l. uue lettre de Lenuig notaut l'heuieuse ri'percussiou de laffaire de Col(/gne daus le diocèse de Mayeuce. — Cf. Cazalés, Kliidcs Instar i(/ur.,s •l politii/iu's sur V Allumaijne con(emporai)a\\). 294 (Paris, Sagnier, 1853).
•2. En 1841 paraissait, au sujet de la situation de l'Eglise eu Bade, une itrochure intéressante : Katholisc/œ Zustthulr in ^w/ck (Ratisboune,Manz), lue le uiinistre Nebenius (1784-1857) jugea nécessaire de réfuter (Schulte, j/;. cit.. III, I, p. 33'J-340).
LÎBRARY ST. MARY'S COLLFOF
supériorité, la sécurité, la logique de la constitution catliolique de l'Eglise ^ »
Le futur cardinal Hergenrœther, dans le cours d'histoire ecclésiastique qu'il professait à Wurzhourg, enseignait que, depuis la Réforme, l'Eglise d'Allemagne n'a pas connu d'événement plus important que l'atlaire de Cologne-. Et cela était vrai. Beaucoup d'âmes pieuses, au sein de la Réforme, déploraient cette façon de césaro-papisme où s'étaient attardées, à l'encontre de la liberté des consciences,les diverses souverainetés protestantes; mais que pesaient, en face du despotisme bureaucratique, les doléances des âmes pieuses ? En amenant le roi de Prusse à capituler, Droste- Yischering avait fait capituler tout un système d'administration ecclésiastique ; il avait brusquement interrompu des habitudes de tyrannie vieilles de trois cents ans ; il ferniai t une période qu'avaient inaugurée, dès les débuts de la Réforme, les premiers adeptes couronnés de la confession nouvelle : et longteaips en Allemagne, sur toutes les lèvres qui traduiront un soulèvement de consciences, c'est le langage de l'archevêque Droste qui continuera de retentir.