II
partez, la joyouse cavalerie de l'avenir va camper ici. » Et le licteur, docile, mettait les squelettes en poudre \
Cette pulvérisation n'était qu'une bravade ; Heine allait compromettre Luther dans sa propre défaite. Il criait : « Halte ! » aux architectes du dôme, comme, d'après lui, Luther avait crié. Halte! répétaient au nom du luthéranisme, ou bien au nom de l'esprit moderne, le surintendant protestant Bretschneider, de Gotha, et Hallmann, l'architecte de Berlin ^. Mais les catholiques rhénans passaient outre 3, et l'archevêque Geissel, auteur d'un livre de jeunesse sur la cathédrale de Spire, était excellemment qualifié pour guider leur effort. Tout près de lui, un jeune jurisconsulte se leva, Auguste Reichensperger, qui, succédant à l'énergie un peu fatiguée des Boisserée, allait, sa vie durant, prêcher la foi gothique, corollaire de la foi catholique. Ce que faisaient en France son ami Montalembert, en Angleterre le converti Pugin^, il allait, lui, l'accomplir en Allemagne. Dès son
1. Saint-René Taillandier, la JiMinc-Allemaipic, p. 115. iJ. Voir leurs protestations dans Guiiitt, Die dcuische Kunsl des neunzclmten Jahrhunderls, p. 269-270.
3. lyaffaire de Cologne occupait alors les esprits : certains catholiques redoutaient que la préoccupation de la cathédrale ne détachât les âmes religieuses de la pensée de Droste-Vischering. « 11 s'agit, avant tout, du temple vivant, notre archevêque », s'écriait l'un d'entre eux, en 1840, dans une réunion tenue i)our fonder un DomvercAn, et la réunion se séparait sans résultat (Mœller, Lebcn und Briefc von Johann Laurent, II, p. 123-125). Le Katkolik, de Mayence, fit écho, dans un article, à ces craintes des amis de l'archevêque : l'achèvement de la cathédrale semblait comme suspect, parce que des protestants s'y intéressaient. C'est pour répondre à l'article du Katkolik que Reichensperger, en 1841, publia la brochure mentionnée ci-dessous {Sulpis Boisserée, I, p. 798).