‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 131 sur 236 · Soinf-Reiié Taillandier, op. cit.. II, ]•. 3<)ti · texte numérisé non relu

Soinf-Reiié Taillandier, op. cit.. II, ]•. 3<)ti

vint solennellement à la cathédrale de Cologne, posa la première pierre du portail méridional', et donna le branle, ainsi, à rachèvement de l'éditice, œuvre cinquantenaire, qui n'aura son terme qu'en 1881'. Quarante ans de songes romantiques recevaient, ce jour-là, leur consécration. « En son état d'inachèvement, en ses décombres, en son délaissement, avait écrit Gœrres en 1814, la cathédrale de Cologne est une image de l'Allemagne depuis la confusion des langues et des pensées ; qu'elle devienne donc un symbole de l'Empire que nous voulons édifiera » Gœrres, en 1842, élevait de nouveau la voix : il comparait la basilique de Strasbourg et celle de Cologne ; la première, pour lui, résumait « l'histoire entière de l'Allemagne telle qu'elle s'est elFeclivement réalisée en tous ses moments » ; la seconde, au contraire, était à ses yeux (( la représentation épique et symbolique de ce devenir qui hantait l'esprit des vieux maîtres politiques et qui se fût réalisé si le mauvais ennemi n'était survenu, messager de discorde^ ». La re-

1. Saint-Marc Girardia, racontant, on 1835, la légende d'après laquelle une malédiction dn démon avait V(.né la cathédrale au malheur de nétre jamais achevée, ajoutait : « Il faudrait je ne sais comhien de millions l)our achever la cathédrale de Cologne. Voilà ce qui confirme d'une mamèrc irrévocable la malédiction du démon » [Notices politiques et littéraires sur l'Allemagne, p. 197). L'histoire a donné tort au « démon ».

± Voir, sur la cérémonie, PlïiU', Cardinal von Geissel. I, p. l.")6 et suiv.

:j. Cet article du Mercure, du 28 novembre 1814, est traduit en appendice dans Keichensperger, l'Art (jothique au XIX'^ siècle, p. 2(i3-267, tr.nl. Nothomb (Bruxelles, Devaux, 1868).

4. Galland, Joseph von Gœrres,]). 589. — Cf. Rio, Epilor/ue à l'art chrrtteii, U, p. 244 : « .\ux yeux de Gœrres, le plus beau litre de gloire de l.i l)atrie commune était le système d'architecture inauguré par le génie germanique au moyen âge, et il aurait voulu propager cette convicli(Hi pour en laire un article de foi patriotique à laquelle on donnerait ix.iii' symbole la cathédrale de Cologne. » — « Cet ouvrage, disait, de son cote, Auguste Reichensperger, est destiné à annoncer et à rendre visil^le

prise des travaux annonçait aux imaginations allemandes la préparation de ce « devenir » : Sulpice Boisserée, qui depuis un demi-siècle, suivant le mot d'Overbeck, réédifiait la cathédrale de Cologne dans le cœur des contemporains ^ se félicitait que « le sentiment de la nécessité d'une forte cohésion des Allemands fut enfin devenu prédominant^ », et saluait dans la cérémonie de 1842 « le symbole d'un nouveau développement allemand-^ ». 11 faut lire les pages orgueilleuses et naïves dans lesquelles il souhaitait que le parvis futur se constellât d'inscriptions et de sculptures commémorant les fils les plus illustres de la race germanique, et qu'un tribunal d'honneur, commun à toute l'Allemagne, possédât l'auguste mission de prononcer cette sorte de canonisation nationnale''. La Walhalla en Bavière, le dôme de

l)Our les j)eui)les la jîloire de notre nation, la force et la grandeur du génie gerniani(iue. » (Pastor, Aiigust Beichensperf/er, I, p. 170.) Et Reichensperger s'emportait contre les patriotes ;qui, réclamant l'Alsace et la Lorraine, faisaient chorus, dautrc part, contre toute tentative de recomposer Ihéritage démembré du glorieux art national {l'Art yothique au XfX' siècle, \K 17).

1. Lettre dOverbeck à Sulpice Boisserée du 21 janvier 1835, dans Sulpi: IJoisserée, l, \). 030.

2. Lettre de Sulpice Boisserée à Schclling, du 10 janvier 1842, dans Sulpi:: Boisserée, L p. 805-800.

3. Lettre de Sulpice Boisserée à Schelling, du 3 décembre 1842, dans Sulpiz Boisserée, 1, p. 821-822. — « .Je ne peux comiiarer le riche tenii)s présent, disait-il encore, qu'avec les jours de 1813, 1814 et 1815. » {Sulitiz Boisserée, I, j). 810-817.)

'i. Sulpice Boisserée, Histoire et description de la cathédrale de Colof/ne, nouvelle édition refaite et augmentée (Munich, Cotta, 1843), p. !)5 : « Le porche de Cologne otTrirait un coupdœil dont il n'existe pas encore de semblable jusqu'à ce jour. Comment pourrait-on d'ailleurs mieux répondre à l'idée que l'enthmisiasme des contemporains a voulu attacher à la cathédrale de Gol(»gne, en la considérant comme moiuinu'nl commun à toute l'Allemagne, que par l'achèvement ^de ces arcades dont les parois offrent l'espace le plus convenable pour honorer par des inscriptions et des sculptures tous les Allemands (sic), qui, par de grands services, ont bien mérité de la patrie. Et vraiment les arcades du porche

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Cologne sur le Rhin, se fussent ainsi partagé la fonction de Panthéons ! Le discours prononcé par Frédéric-Guillaume IV vibrait à l'unisson de ces rêves échauffés : lorsqu'il rappelait que l'esprit qui avait jadis présidé à la construction de la cathédrale était le même esprit qui avait gagné les victoires de 1813 et 1815, il y avait sur ses lèvres je ne sais quel accent de défi à l'adresse de la France, de cette France qu'en 1840 on avait réputée provocante. Metternich, qui était présent, constatait avec quelque inquiétude ce qu'il appelait un «enivrement mutuel ^) . Le roi dePrusse,

de la nef et du transept pourront être employées à ce but, sans que la moindre atteinte soit portée à la destination principale de l'éditice, à l'exercice du culte catholique. Or, autant que je souhaite à nos descendants la jouissance de voir les deux tours élancer leurs flèches dans les airs, d'autant plus je leur souhaite de voir avant tout l'intérieur de l'église achevé. Quand un jour l'église intérieure sera terminée dans tout son ensemble, puisse alors, avec l'aide de Dieu, une tour après l'autre s'élever vers les cieux ; mais jusqu'à, ce moment que la grue leste toujours comme un emblème sur la cathédrale de Cologne, que la vue de cette machine anime les habitants du Rhin et tous les Allemands à coutril)uer au grand monument de l'union allemande. » — Cf. p. 1()4 : « Finalement je reviens à la pensée déjà exprimée, que les parois des bas-côtés de la nef et du transept devraient être destinées à recevoir les monuments que l'on érigera à l'honneur des honuues bien mérités (.sic) de l'Allemagne. En exécutant cette pensée, il faudrait chercher à conserver l'unité nécessaire à la dignité d'une semblable réunion de monuments, en imposant certaines limites, les(iuelles ni les inscriptions ni les statues ponrraient dépasser (sic), i.boiuieur d'obtenir un soiivenii' dans la cathédrale de Cologne ne devrait être accordé que par un tribunal d'honneur commun à toute l'Allemagne; la signification de l'édilice, .considéré connue monument iiational, serait ainsi toujours conservée en pleine vie. » - En 18'.8, le philosophe Schelling enverra tout un i»rogrannne à Sulpice Boisserée pour la décoration sculpturale du portail : il eût voulu que le portail relatât le développement du christianisme {Sulpi: Uoisserée, I, p. 85(3).

1. Le niot est rapporté par Sulpice Boisserée (Sulpiz noisscrév, I, p. 81(j-8l7). — Metternich écrit à sa femme, le 4 septembre 1842 : « Le Roi, avant d entrer dans le Dôme, m'a sauté au cou (prenez la phrase à la ettn-). Je vous conterai de vive voix ce qui est relatif aux nuances d.'licales, On voit que l'archevêque entend s(mi métier, et (jue le Roi entend le sien. » '^Mémoirrs, VI, j). 634.) - Cf. lettre de Metternich à Apponvi, au 10 septembre Wd ■ . Ce qui a eu lieu à Cologne a complèlement

La t'iN DU ROMAiMiSMË ^30

(railleurs, saulaitaiicou du chancelier d'A.u triche : Berlin et Vienne, à Tavant-veille de leurs irrémédiables conflits, échangeaient devant cette cathédrale, incarnation de Funité germanique, un dernier baiser. Enhn Louis I"'' de Bavière, le romantique du Midi, allait bientôt demander officiellement aux divers Etats allemands de subvenir, par des cotisations périodiques, aux dépenses d'achèvement du grandiose édifice, et soUiciteren faveur du dôme les générosités du pangermanisme d'alors [All-DeutschlandY .

De par la volonté des rois de Prusse et de Bavière, un édifice catholique était érigé en symbole ;patriotique, dans cette ville même où l'archevêque •et ses fidèles, peu d'années auparavant, étaient 'taxés de séditieux et de mauvais Allemands. 11

réussi dans le sens de la c/iosr, qui n'est auti'o que rachèvenuMit projeté l'iui monument sans pareil. A ccUe chose viennent se joindre tout natu- ■ellement des sentiments patriotiques que h' Roi s'entend très bien à îxalter... La politi(iue d(> M. Thiers a éveillé un sentiment national lUemand qui ne trouve son pendant que dans le sentiment catholique lue le feu Roi de Prusse a trouvé moyen d'évoijuer par ses fausses meuires proleslanles ! La cérémonie de Golojine a rendu bien frappante 'existence d<>s deux effets d'uni' égale faute. >• {iJétuoircs, VL p. m'A.)

\. En l'ait, de la bmcliure puldié-e par Auguste Reichensperger en 1881 : ?«/■ nCKcrn Geschichle dt-s Dombam-s in Koln (Cdogne, lUlcbem), il résulte. (Ut", sauf en Prusse rhénane, il n'y eut pas viu'ilablement, en faveur de la •onstruction de la cathédrale, un courant naticmal {Ci. Pastov, Au(/ us t Heirhensperi/e}\ U, ]). 272-27:{), et que la phrase : AUdeutscIdnnd habe dcn lou, coUeiuiet, exprime plutôt une légende que l'histoire. Mais il demeure •ertain (lue L<nus de Bavière voulut émouvoir VAlldculscItlnnd en faveur le cette initiative. Voir, à ce sujet, Pfiilf, Cardinal con Geissel, I, p. 380 H suiv. : en 1843, Louis de Bavière songea à réunir, en un Domônurerein, es membres de la Goufédérution germanique ; mais, en 1844, il dut

nncmcer que le Wurtemberg et la Hesse électorale refusaient, que a Saxe ne souscrivait que pour deux ans, et que, seul, le prince de

.iechlenstein faisait des offres généreuses. — Lune des plaques commeaoratives, dans la Walhalla, fut dédiée par Louis de Bavière à l'archi-

•cte primitif de la cathédrale de Cologne : « Ce n'est pas seulement une

hose dart, écrivait-il encore à (leissel in\ 1847, c'est une allawe alle-

aande, que la construclimi de cotte cathédrale. .- (Pfi'ilf. Cardinal, von

icisscl., l, p. 481.)

semblait que le soleil romantique eût fait choix des eaux du Rhin — le vieux Rhin des burgraves — pour s'y coucher et s'y éteindre, et qu'avant de venir se reposer dans ces flots qui gardaient l'Allemagne, il eût voulu réchauffer les persécutés de la veille et les embraser d'espoir. Les catholiques, exercés à prévoir les duperies, redoutaient, d'ailleurs, que l'Etat, tôt ou tard, ne voulût faire de cette cathédrale une église simultanée \ et tôt ou tard y fêter, comme disait en une boutade le poète Uhland, le « mariage mixte », entre les deux confessions^; et lorsque Frédéric- Guillaume leur proposera de prendre à sa charge les frais de la construction de la nef en leur laissant le soin d'élever les tours, ils refuseront^, de peur que l'Etat, architecte de cette nef, ne s'y installe en maître. Mais l'avenir rassura leurs craintes. La fête de dédicace nationale, qu'avait célébrée dans le dôme de Cologne le romantisme

1. Geisscl recevait souvent des lettres qui lui conseillaient de faire de la cathédrale Une église simultanée (Pfulf, Cardinal von Geissrl, I, p. 323).

2. Voir la poésie dUhland intitulée iJonipfcnniuf/e, qui se termine ainsi : « Sainte cathédrale de Cologne, élève-toi, symbole de notre époque de paix, de la concorde allemande, de la chrétienté, symbole... du mariage mixte: ). Uhland cite en note un appel paru dans le Supplément de VAllfjemeinc ZcJhmc/ du 10 février 1842 en faveur de la cathédrale de Cologne (Edit. Erich Schmidt et Julius Hartmann. I, p. 470, Stuttgart, Cotta, 1898).

3. Le Domverein décidera, au contraire, de dépenser pour l'édifice même les trois quarts de ses ressources, et un quart seulement pour les tours (Pfiilf, Cardinal ron (ieisnel, I, p. 370-371). — Hurter, passant par Cologne en 1843, constatait parmi I(>s catholiques la crainte que le roi ne transformât la cathédrale en église protestante, et il ajoutait pour sa part : Timeo iJanaos et dona /'('renies (Hurter, Hurler tind neinc Zril, I, p. 304-305). Les catholiques belges, à cette époque, partageaient celU; défiance, et en entretenaient le nonce Joachim Pecci, plus tard Léon XIII (Pfûlf, Cardinal von Geissel, I, p. 394). — Geissel s'opposa à ce que le parchemin joint à la première pierre portât les mots : Itex jyrimwn lapidem /wsu// (Pfulf, Cardinal von Geissel, I, p. 1()3).

expirant, n'effaça ni ne compromit le souvenir de la dédicace religieuse qu'avait faite, pour l'éternité, la piété chrétienne du xm'' siècle. Au contraire, en achevant le monument, la patrie allemande exauçait l'antique dévotion. Gela mettait Henri Heine en rage ; on eût dit que, sardoniquement, il s'essayait à jeter un sort pour faire avorter l'entreprise.

Ce dôme devait être la bastille de l'esprit ; et les rusés papistes pensaient : Dans cette prison de géant se consumera le génie de l'Allemagne. Alors vint Luther, et il jeta un grand cri : Halte ! Depuis ce jour, la construction du dôme est abandonnée... Ainsi inachevé, c'est le monument de la force de l'Allemagne et de sa mission protestante. Pauvres sots du Domverein, vous voulez de vos faibles mains continuer l'œuvre interrompue, et vous voulez achever la vieille prison ! Pauvres fous ! On ne l'achèvera pas, le dôme de Cologne, quoique les sots de la Souabe aient envoyé pour la construction tout un vaisseau rempli de pierres. On ne l'achèvera pas, malgré les cris des corbeaux et des hiboux qui regrettent la nuit du passé et nichent dans

es hautes tours des églises. Un jour viendra où, loin de

'achever, on fera de la nef une écurie K

Ainsi vaticinait Henri Heine ; et puis, une autre ois, il rêvait d'une promenade nocturne qu'il fai- ;ait, escorté d'un licteur, dans les rues de Cologne : 'utrant dans la ténébreuse cathédrale, il y trouvait es Mages assis sur leur châsse, et l'un d'eux, l'inerpellant, réclamait d'être respecté, parce que nort, parce que roi, parce que saint. Le poète 'interrompait d'un sarcasme : un mort, un roi, m saint, ce sont là choses du passé! «Allons,

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