IV. Les premiers projets de parlementarisme ecclésiastique
— Double origine de ces projets : les deux campagnes contre le célibat et contre la liturgie. — Les frères Theiner; le doyen Mersy. — Confluent de ces deux courants dans le courant synodal. — Hurter et larchevêque Demeter. — Portée du mouvement synodal : la démocratie dans TEglise. — Péril de ce mouvement pour la hiérarchie. — Fidélité du peuple à la hiérarchie.
V. L'esprit du peuple catholique. — La grande manifestation catholique de Trêves (1844). — Les attaques contre la Sainte Tunique. — Jean Ronge. — Sa lettre à Tévéque Arnoldi: ses manifestes. — La secte de Gzerski. — 1/Eglise « catholique allemande » {deutsclikalholiscJi) : coïncidence entre ce mouvement et le radicalisme suisse. — Les voyages triomphaux de Ronge.
— Le concile de Leipzig. — Divisions profondes dans l'Eglise nouvelle. — Caractère politique du mouvement : ses rapports avec l'idée nationale-libérale ; brochure de Gervinus. — Tendances sociales du mouvement. — La politique des gouvernements à l'égard de Ronge et de ses adeptes. — Les destinées du mouvement « catholique-allemand ».
VI. Dernier caractère de cette période de transition : l'accentuation des luttes confessionnelles. — Changement progressif dans les rapports entre catholiques et protestants : intéressants témoignages du libraire Perthes. — Anciens rêves de réunion des confessions : Savigny, Carové, Perthes, l^assavant. — Ell'ets de l'aH'aire de Cologne sur les relations mutuelles des deux confessions. — L'incident de Giessen. — Les controverses : catéchisme deDuisburg. — Les formes de propagande nouvelle: V Association Gustave- Adolphe. — Le glas de la Réforme dans le cercle de Gœrres. — Les livres de Dœllinger et de Staudenmaier.
Avènement d'un catholicisme militant. — Son seul désir : la liberté pour les deux confessions. — Médiocre enthousiasme t\e l'Eglise évangélique à l'endroit de cette jierspective. — Situation différente des deux Eglises au h'ndemain d'une déclaration de « liberté ».
Dans l'Allemagne de la Sainte-Alliance, il n'y avait pas de puissance plus absolutiste que l'Etat
prussien : ce n'était point l'Autriche de Metternich, mais la Prusse de Frédéric-Guillaume III, qui traquait avec le plus d'âpreté les idées et les penseurs ^ Les maximes politiques de riiégélianisme aboutissaient, dans la pratique, à une intolérance d'Etat quasi jacobine. Le Cabinet de Berlin s'instituait inquisiteur, dénonçait à la diète de Francfort les mauvais esprits et les mauvais livres, provoquait les votes d'ostracisme. Il fut l'instigateur, en 1835, de la formidable mesure prise par la diète contre les cinq publicistes de la « Jeune Allemagne » : leurs personnes furent mises au ban, leurs livres à l'index, et Berlin n'était pas encore rassuré 2. « Les Prussiens, notait en 1836 Henri Heine, ont écrit à la Revue des Deux Mondes qu'elle serait interdite en Allemagne si elle renfermait quelque chose de moi qui ne fût pas dans leur sens"^ » Des postiers experts taxaient comme des lettres, à leur entrée en Prusse, les journaux de Paris, et le prix d'un seul numéro s'élevait ainsi à un chiffre imposant de thalers. La Prusse faisait le guet dans l'Allemagne intellectuelle ; et l'on ne pouvait attendre d'elle, dans sa mission policière, cet esprit d'accommodement paternel et de capricieux laisser aller qui souvent tempérait la rigueur d'une autre douane, celle des Etats romains. La Prusse, elle, ne transigeait ni ne badinait : cette royauté qui se donnait volontiers comme la puissance protestante par excellence comprimait avec une om-
1. Cf. Saint-Marc Girardin, Notices politiques et littéraires sur VAllemaf/ne, p. 38.