‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 140 sur 236 · Drosch, op. cit., p · texte numérisé non relu

Drosch, op. cit., p

brageuse dureté toutes les protestations de la pensée contre sa propre orthodoxie du moment, religieuse ou politique.

Or un jour vint oii, dans ce réseau de précautions et de surveillances, quelques mailles cédèrent ^ ; avec fracas, une déchirure se produisit : c'était l'idée catholique qui faisait violence aux dogQies de l'Etat prussien, et c'était l'Eglise catholique qui revendiquait, contre lui, l'autonomie de la société religieuse. Partout en Allemagne, l'omnipotence des Etats avait installé des bureaux pour régir l'âme humaine, et une maréchaussée pour exécuter les ordres des bureaux : nulle part l'outillage d'asservissement n'était aussi perfectionné qu'en Prusse, et nulle part — les « vieux luthériens » l'avaient appris à leurs dépens — le maniement n'en était plus impitoyable. C'est contre cette organisation raffinée que l'Eglise romaine, dans l'affaire de Cologne, avait engagé la lutte : passant outre à l'esprit de servilité de ses propres chanoines, à l'esprit de timidité de ses propres évoques, s'appuyant à l'Ouest sur le peuple rhénan, à l'Est sur le peuple polonais, l'Eglise, en la personne de deux archevêques, avait cerné la Prusse, et la Prusse avait cédé. La (( sainte Cologne, fille fidèle de l'Eglise romaine », Cologne, « la seconde Rome », — comme l'appelaient ses vieux historiens, — fut dans la Prusse du xlx' siècle le sol d'élection sur

1. Que les démocrates prussiens, comme Gutzkow, loin de se réjouir (ie cette déchirure, aient appuyé le Gouvernement contre l'archevêque Droste, c'est de quoi Ion peut ètr<' surpris, mais on en trouvera la preuve dans Drescli, op. cil., p. 298.

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lequel la conscience religieuse reconquit le droit de respirer.

Il n'y a pas d'années plus fécondes, dans l'histoire du catholicisme allemand, que celles qui suivirent cette capitulation prussienne. Elles sont d'une étude complexe et subtile : on y voit périr le romantisme, qui s'attardait à contempler, par-dessus la structure interne du catholicisme, la vieille patine déposée par les âges ; on y voit se développer des revendications catholiques, une action catholique, une force populaire catholique, qui prédestinent l'Eglise, hier admirée comme une auguste antiquité gothique, à jouer, dans la prochaine Allemagne, un rôle public et social.

Gœrres, dès l'avènement de Frédéric-Guillaume IV, avait élevé la voix pour la liberté religieuse du peuple rhénan :

l/Etat auquel se trouvent liées ces populations catholiques, écrivait-il, doit, vis-à-vis d'elles, renoncer à tous ces pensers d'omnipotence, qui ont pris leur origine dans la foi qu'il professe ; il doit se contenter du droit de surveillance générale. Il faut que ces populations puissent développer librement leur foi de tous côtés, extérieurement dans un libre contact avec le chef de l'Eglise, intérieurement par tous les groupements qui appartiennent à l'essence d'une Eglise. IJans leur coexistence avec les protestants, elles doivent, ecclésiastiquement, se mouvoir avec autant de liberté que si ceux-ci n'étaient point là; de même que, de

leur côté, elles ont la volonté de ne leur contester en aucune façon la même liberté. Car elles veulent être considérées comme partie intégrante de ce groupement social, y entrer sous des conditions d'égalité de droit, et non pas comme des enfants trouvés. Elles ne veulent pas que, dans une guerre permanente, calme, perfide, on provoque une extension constante de l'une des confessions aux dépens de l'autre; et si des troubles surgissent dans les rapports extérieurs entre les confessions, elles ne veulent pas être repoussées violemment, parce que leur juge est d'ores et déjà favorable à leurs ennemis; mais elles espèrent trouver dans leur roi un juge équitable. Ce roi doit s'attacher, aussi, à ce que ces populations soient convenablement représentées dans les fonctions publiques, et, avant tout, dans les charges attachées à sa personne K

Tel était le programme que le vieux publicisle de Munich proposait au nouveau roi de Prusse ; et lorsque la plume d'un Gœrres propose, peu s'en faut qu'elle n'impose. Défait, c'est avec l'avènement de F'rédéric-Guillaume IV que commence pour l'Eglise de Prusse la conquête de ses libertés. Dans les premiers mois de 1841, le seul pays germanique où le clergé pût communiquer sans entraves avec le Saint-Siège et, sans entraves, publier les actes de Rome, fut le royaume de Prusse : Frédéric-Guillaume IV, reconnaissant ainsi, par un don de joyeux avènement, les légitimes prérogatives de la société religieuse, donnait un exemple décisif, et qui devait être suivi-. « Le roi protestant, écrivait le célèbre éditeur

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