‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 165 sur 236 · llurter, o;j. cit., II, p · texte numérisé non relu

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LtttfcS DANS l'église âÔb

parmi le peuple, la contagion qu'on eût pu redouter.

Entre ce peuple et l'Eglise revivifiée, les grandes fêtes de Trêves, de Tannée 1844, furent Toccasion d'un somptueux rendez-vous. Evèques et chanoines de Trêves s'enorgueillissent, à travers les âges, d'une relique auguste, que leurs traditionsappellent la sainte Tunique du Christ : en 1844, l'évêque Arnoldi la fit exposer. Trêves, alors, n'avait pas de chemin de fer. Sept semaines durant, d'innombrables pèlerinages cernèrent et envahirent la ville ; les uns venaient à pied, de très loin, par longues étapes; les autres arrivaient par la Moselle, sur des barques ; parfois on statiounait des journées entières avant de pouvoir franchir l'enceinte de Trêves. Avec un emportement de dévotion qui faisait songer aux croisades, avec une soif de miracles dont le siècle antérieur eût été déconcerté, ces foules se ruaient vers la Tunique, pour approcher, une seconde seulement, le vénérable lambeau ^ (( Est-ce bien la môme tunique ? Je ne sais, écrivait la comtesse de Hahn-Hahn, la célèbre romancière ; mais c'est la même foi qui jeta jadis la femme malade aux pieds du Christ, pour toucher seulement la frange de son vêtement'. » La critique historique de Sybel, qui, dans une érudite brochure, affirmait « savoir », lui, que « ce n'était pas la môme tunique-^ », était dédaigneusement

I. Voir sur cette manifestation récrit de Gœrros : Dœ Wallfnhrl von Trier (Ratisbomie, Manz, 1845); et les souvenirs dAuguate Reichensperger dans Pastor, Aur/ml lieichcnspenjer, L P- 184.

l. Halîner, GrafinJda Halui flahn, p. 19 (Francfort, Fœascr, 1880).

3. Svbel und Gildemeister, Der heAluje Rock zu Trier xmd die zwanzi,/ andern heili(/en un,/endliten /locke (Dusseldorf, Buddeus. 1844). En 18/6, le chanoine Wilmowskv. d.' Trêves, a émis de nouveaux doutes sur 1 au-

étouffée par la voix du peuple. Et les cortèges repoussaient les cortèges, et l'on s'en retournait, toujours chantant et toujours en procession ; et d'un bout à Tau Ire de la région rhénane soufflait une brise de cantiques.

On évalua les pèlerins à onze cent mille; et soudain, pour bafouer cette foule, un jeune prêtre éleva la voix, à l'autre bout de rAllemagne^. Il s'appelait Jean Ronge, et déjà, précédemment, dans un journal saxon, avait interpellé le Saint- Siège sur les retards qu'on mettait à pourvoir le siège épiscopal de Breslau^. A l'automne de 1844, la presse reproduisit à profusion la lettre qu'il écrivait à l'évêque Arnoldi^ : au nom de la chrétienté, de la nation allemande, des instituteurs allemands, ce vicaire suspendu, devenu précepteur,

thenticité de la sainte Tunique : elle serait, d'après lui, un vêtement byzantin auquel aurait été cousu un morceau authentique de la Tunique du Christ. — Voir, en faveur de lauthenticité, le livre du P. Beissel, Geschichir. des hriligen liockrs (Trêves, Paulinus Druckrrri, 1891), et Kannenjîieser, Catholir/ues allcmamls, p. 319-35^ (Paris, Lethielleux. 1892).

1. Le livre de Kampe, Geschichte der irli/jiôsen. liewcj/unf/ der itruorn Zeit, 4 vol.(Leii)zig, Wagner, 1852-1800) est la iirincipale source i)our l'étude du mouvement de Ronge.

2. Sur .lean Ronge, né à Bischofswalde, le 1G octobre 1813, et sur ses l>remières ])olémiques dans les Feuilles patriotiques saxonnes (18'i2, n» 135) contre le Saint-Siège, voir Kampe, op. cit., I, p. 63 et suiv. « Les temps doivent-ils revenir, demandait Ronge, où il fallait, pour devenir évêque, envoyer à Rome des chevaux chargés d'or? La guerre de Trente Ans fut causée non i)ar Luther et Melanchthon, mais \m' Rome. » Ronge refusa de répondre à ladministrateur épiscoiial Ritter, s'il était l'auteur de cet article ; il fut suspendu; et n'ayant i)as été réintégré par le nouveau prince-évêque Knauer, il devint "précepteur dans la bourgade minière de Laurahvilte.

3. La lettre parue dans les Feuilles patriolitjue.s saxonnes (1844, n» 1G4), et traduite peu après dans le Courrier Français, est publiée dans Kampe, op. cit., I, p. 69-72. Ai)rès un échange de correspondances avec le vicariat général, Ronge fut excommunié (Kampe, op. cit., I, p. 94-97). — Avant 1 attaque de Ronge, Arnoldi se ])Iaignait déjà, dans une lettre à Geisse!, que les journaux de Francfort, Mannheim, Heidelberg, Berlin, attaquassent quotidiennement le pèlerinage (Pfùlf, Cardinal von Geisscl, L p. 327).

sommait Tévêque de cacher la Tunique, qui faisait de F Allemagne « la risée des autres nations », et s'attendrissait sur la masse des pauvres gens, qui, rentrant de Trêves, trouvaient à leur foyer le chômage et la faim. Une série de brochures succédèrent à cette lettre : Ronge les adressait « à ses concitoyens », au petit clergé, aux instituteurs catholiques, aux « Romains en Allemagne ». H invitait les prêtres à se montrer des hommes, des éducateurs populaires allemands; il sommait les instituteurs de s'émanciper de Rome, sous peine de passer pour des âmes de valets ; et quant aux « Romains », il leur demandait compte de l'outrage qu'ils faisaient à la pudeur de la jeune fille allemande en la forçant de prendre à l'avance des engagements au sujet de l'éducation de ses enfants. Il n'était pas jusqu'aux autres peuples que Ronge n'interpellât : « Les nations, disait-il, et avant ^out la nation allemande, ont le devoir de convoquer une libre assemblée ecclésiastique nationale, Ijui anéantira la prêtrise et le jésuitisme, réconciiera les classes sociales et les peuples. Debout, liiommes d'Allemagne, liommesde France, hommes lie Grande-BretagneM »

A ce moment même, à Schneidemiihl en Posnalie, un prêtre concub inaire, Czerski, groupait auourde lui quelques catholiques qui se détachaient ie Rome-. L'esprit de dissidence avait déjà, là-

1. Kampe. op. cit., I, j). lOO-lOi. donne des cilatiims de ces divers .Tuiphlets.

2. Sur Czer^;ki, ancien vicaire à Posen, sur la prétention qu'il avait de l'aire reconnaître sa femme par tout le monde », la suspension dont il it frappé, en mai 1844, jiar le consistoire de Posen, et la fondation en 'I)tembre 1844 d'une communauté qui. dès le 20 octobre, introduisit la

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bas, une ébauche crorganisation. Ronge et Gzerski prirent contact, et l'Eglise a catholique allemande » naquit'. Elle survenait, comme un dissolvant du catholicisme, à l'instant précis où les allures nouvelles de la foi romaine en Allemagne inquiétaient le protestantisme : c'en était assez pour que certaines notabilités de la Réforme, Bretschneider, Rohr, Paulus, honorassent de leur sympathie cette église nouveau-née 2. C'était Fépoque, aussi, où le radicalisme suisse achevait de persécuter les couvents d'Argovie : la guerre du Sondcrbund était proche^. Le radicalisme allemand pensait en ma-

coinmunion sous les deux espèces et la messe allemande, voir Kampe, op. cit., I, p. 74-75. La profession de foi de Schneidemûhl divergeait d'avec le Credo catholique romain au sujet de la communion sous les fleux espèces, de la ])rière aux saints, des indulgences, des jeûnes, de la liturgie latine, du célibat, des mariages mixtes, de la primatie pontificale (Kampe, op. cit., T, p. 7Ô-77). — Matter {De l'état moral, politique et littéraire de l Allemagne, I, p. 115-119) notait que, dès le début, il y avait une différence entre la défection de Ronge et celle de Gzerski.

1. Dès iS'iU, le juriste Jean-Otto Ellendorf (1805-1844), dans ses Uislorisch'Kirchenrechtiche Itliitter fur JJeutschland, attaquait l'ultramotanisme comme « non allemand » {undeutsch), « antinational », et se dé clarait « catholique chrétien » [christkatliolisch), à la façon des Firmilier et des Cyprien (Kampe, op. cit., I, p. 43, n. 1). Cf. Schulte, Die Ges c/iichte der Quellen und Literatur des canonischen Rechts III, I, p. 394-395

2. Sur les dispositions de ces trois personnages, voir Kampe, op. cit. III, j). 20ti-207. — Comparer laccueil fait à Ronge à Heidelberg (Kampe op. cit., II, p. 13), le toast qu'il porta à Rawicz au clergé protestant pou; ses dispositions cordiales envers la nouvelle réforme (Kampe, op. cit., II p. 51). Sans beaucoup admirer l'intelligence de Ronge et sans paraitm bien sûr de son caractère, Varnhagen, eu son journal, constate avec allé gresse.et souhaite, lorsqu'il ne le constate pas, le progrès du mouvemen (Taijefmcher, éd. Assing, III, p. 21, 34, 54. Leipzig, Brockhaus, 1861-1870)

3. Matter, Annale.^ de l'Ecole libre des Sciences politii/ues, 1895, p. 307 308 : la supi ression des cloîtres en janvier 1841 .par le Gouvernement cen tral d'Argovie, sans enquête, sans i)reuve formelle des agissements de moines, avait été une violation flagrante du pacte de 1815, qui garantis sait l'existence des couvents; et l'on avait vu, à cette occasion, le radirp Gallus Jakob Baumgartner, qui, depuis dix ans, était le vrai chef du «m ton de Saint-GaU, s'effacer de son parti et du gouvernement (Hinni gartner, Gallus Jakob Ihmmyartner, Landammann von St-Gallen, uml ili neiiere Slaatsenlwickluntj der Schweiz, p. 176-187. Fribourg, Herder, 18!i.'

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tière religieuse comme le radicalisme suisse* : ses faveurs étaient acquises à Ronge, et l'un des premiers livres de prières et de chants dont se servit la nouvelle église fut l'œuvre du caissier Robert Blum, qui deviendra, peu d'années après, l'un des chefs radicaux au Parlement de Francfort, et qui paiera de sa vie sa participation aux émeutes de Vienne-.

Ronge fit à travers l'Allemagne une série de voyages triomphaux^ : il allait de ville en ville, recrutant comme auxiliaires quelques prêtres ou quelques pasteurs^, et fondant des communautés

l.Gœrres, Po//7/sf/((' Schriflen. VI, p. '275-276, rapprochait déjà ces deux adicalismes. — « Je crois avec vous, écrivait à Hurter un de ses corres- Mindauts, ({ue les événements de Lucerne et de Leipzig sont en étroit ■apport, que les pierres lancées par les DeutschkathoUken, à Leipzig, •ontre le prince Jean, viennent du même arsenal que le boulet qui itteignit le conseiller Leu. » (Hurter, Marier und seine Zcit, II, p. 120- 21). — A son tour. Hurler, voyageant en Bade, en 1846. constatait qu'eu iafle comme en Suisse, les agitateurs anticléricaux se flattaient d'avoir le •euple avec eux, et que d'avance ils assignaient un rôle à Bade dans la dévolution allemande (Hurter, op. ci/., II, \). Iâ5).

2. Robert Blum, originaire dune famille catholique de Cologne, tour à our caissier, scribe, secrétaire de théâtre, publia dans les Feuilles pari()ti(/ues saxonnes du 3 décembre 1844 et du 19 janvier 1845 deux articles ur « le combat entre la lumière et les ténèbres » et sur les miracles de la iainte Tunique (Kampe, op. cil., I, p. 92-93). — On trouve de curieux ouvenirs sur ce i)ersonnage dans les Clmrakterbilder du prêtre tyrolien îeda Weber. qui fut son collègue à Francfort {\). 326-328). — Sur son ivre de prières, voir Kamj»e, op. cit., I, j). 181.

3. La première réunion de la secte de Ronge fut tenue à Breslau, le 2 janvier 1845, dans une salle donnée i)ar la municipalité; le 4 mars, la onimunauté de Breslau comptait 2.U0U membres; une église lui fut doné(î. Le lu mars eut lieu le premier baptême ; le 13 avril, la première rdination (Kampe. o/>. cit., I, j». 112, 118 et 127). — Dans son premier raiid voyage (23 mars- 12 avril 1845), Ronge fut accueilli à Halle par une éputation de protestants hostiles au piétisme, et qui le félicitèrent de ne être point fait protestant; à Magdebourg, il reçut la visite des })rotesuits libéraux ; à Leipzig, on lui donna une place d'honneur au théâtre;

Berlin, il officia avec Czerski ; à Polsdam, il fut fêté par une grande; lanifestation (Kampe, op. cit., I, p. 159-163). — Cf. dans Gœrres, Polische Schriflen, VI, p. 279, une description satirique de 1' « armée eutschkatholisch ».

4. Tels, à Breslau, le chapelain catholique Kerbler; le prédicateur prq-

qui se gouvernaient ensuite à leur gré. Alban Stolz, essayant son talent de pamphlétaire, s'attachait à ridiculiser ce nouveau messie ^ mais le remous de foule dont partout disposait le radicalisme se produisait, comme par consigne, lorsque se montrait Ronge. Les postillons s'enorgueillissaient de le conduire : les maisons se paraient, tendaient leurs murailles, comme pour le passage d'une Fête- Dieu 2; les municipalités le saluaient; les confiseurs faisaient son buste en chocolat"^; les églises évangéliques s'ouvraient parfois à ses prêches^; du haut des balcons de l'rancfort, on jetait une avalanche de fleurs sur la voiture du jeune antipape, comme on eût pu faire jadis, au couronnement des empereurs^; et l'on fabriquait même, à l'imitation des Evangiles, un Evangile dont Ronge était le héros*". Tout ce qu'il y avait, dans les églises officielles, de mécontents et de déclassés, se dévouaient au nouveau Luther : il avait un allié

testant Ilofferichtor ; le candidat ])rotestant Vo{,'therr (Kanipe, op. cit.. I, p. 119 et 1-27-129).

1. Sur les pamphlets de Stolz : Der neiie Komelstem mit seinem Schin-if odrr Johannes Jtoiu/r und spine 7iripftràr/er, — Amulet r/egen die junykalliolische Sîiclit, —Landwrhr i/et/cn den hadischen Landstand, voir Haegele, Al/,nn Siolz, \). \22.

'2. Par exemple, à Offeni)ach : voir le récit dans Kampe, op. cit., II p. 14.

:5. (iœrres, Pnlilische Schriflen, VI, p. 295.

4. Par exemple, à Erfurt (Kampe, op. cit., II, p. 24), quand on refusait à Ronge l'église, il disait i « Nous prierons dans la salle de danse. » — Dresde offrait à Ronge son assistance pour la construction du dôme mdestructil)]e de ladoration de Dieu en esprit et en vérité; et jiarmi les 770 signatures recueillies à Dresde, on remarquait celle d'un Ernest Luther, descendant du réformateur (Matter, op. cit.. I, 1>- IH 1-132).

5. Kampe, o/>, cit.. Il, p. 15. — Cf. dans Kampe, o/>. cit.. II, p 6, le récit (lu grand triomiihe de Ronge à Kœnigsherg ; et dans Hassel, Joseph ^fo}ùavon Kadotrit:, L ]). 4u8, le témoignage de Radowitz sur le triom])he de Rouge à Darmstadt.

6. On en trouvera des citations dans Saint-René Taillandier, Etudes sur ta révolution en Allemagne, I, p. 244-246.

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dans le doyen catholique Kuenzer, de Constance', des alliés, aussi, dans ces pasteurs, « amis de la lumière » qui, à Kœnigsberg, Halle, Darmstadt, créaient des « églises protestantes libres ' ». Mais le vieux Wessenberg, en sa retraite, éconduisit les avances de Ronge : ce lointain descendant des Pères de Constance et de Bâle était trop soucieux de l'avenir du christianisme pour le compromettre en cette aventure".

Et déjà, en effet, dès le mois de mars 1845, les trente délégués des communautés existantes, réunis en concile à Leipzig^, évinçaient le Credo de Czerski, formellement attaché à la divinité du Christ, et acceptaient le Credo ^ beaucoup plus vague, de Ronge. La théologie, forcément, demeurait sans écho, dans un concile dont les membres iles plus actifs étaient des laïques passablement incompétents, gens de métier, commerçants, politiciens en herbe, surpris eux-mêmes d'avoir à élaborer des articles de foi, et beaucoup plus sensibles aux aspirations du radicalisme philosophique qu'aux exigences, môme atténuées, d'une tradition théologique. Czerski et Ronge remorquaient à leur

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