II
tique
désormais le pontife de la régénération sociale, en même temps que celui de la réforme panthéis- 1. »
Mais pouvait-on s'étonner, dès lors, que les gouvernements allemands s'inquiétassent, et que les adhérents de Ronge leur apparussent comme un noyau d'insurgés - ? Metternich et les évoques prussiens éclairaient à ce sujet le Gouvernement de Berlin^; et le vieux Gœrres, à Munich, constatait que la situation était nette, que « Dieu et le diable
1. Matter, De Vélal moral, poliliqup el littéraire de rAllemagne, I, j). 137.
2. Dès le 10 novembre 184 'i, Fœrster, le futur prince-évéque de Breslau, signalait en une prédication les visées suprêmes des dissidents : « Pensezvous, disait-il, que rabaissement et la destruction de l'Eglise soient le dernier but auquel ils tendent? Nest-ce pas plutôt le renversement de tout ordre social, le bouleversement des Etats, l'abaissement de la royauté? » (Kampe, op. cit., I, p. 85.) Comparer la prédication du chanoine Lennig à la cathédrale de Mayencc, montrant comment, après les mystères de la foi, Ton sonde les mystères de la vie sociale (Bnick, Adam Franz Lennig, p. 99-100).
3. A Berlin, d'abord, au témoignage de l'archevêque Geissel, on eut, dans certains cercles, des sympathies pour ces prêtres tombés, et l'on regarda vers eux avec une joie secrète. Mais l'adjudant Brûhl mettait le roi de Prusse en défiance contre eux, au nom de la discipline; et Diel)enbrock, plus rassuré que Geissel. sentait que les gouvernements finiraient par voir, dans cette secte, une étiquette du radicalisme (Pfùlf. Cardinal r. Geissel, I, p. 344-345). Geissel cependant continuait de s'inquiéter : il écrivait à Diepenbrock, au ministre Abel. à Louis de Bavière qu'à Berlin les bureaux étaient propices à ce mouvement et que les protestants cherchaient une revanche des troubles de Cologne (Pfûlf, op. cit. I, p. 322-323 et 346-349) ; et l'archevêque de Cologne, dans une lettre au nonc( Viale Prela, rêvait, par découragement, de s'en retourner en Bavière comme doyen de chapitre (Pfûlf, op. cit., I, p. 350). Des ordres de Cabine contradictoires se succédaient : en avril 1845, il fut défendu aux pro testants de prêter leurs églises aux Deutschkatholiken jusqu'à ce que l'orfût mieux édifié sur le mouvement (Kampe, op. cit. ,111, y». 258-262); ei-' juillet, il fut permis aux Deutschkatholiken de garder l'usage des églisesprotestantes qui leur avaient été ouvertes antérieurement, et stipulé, i)ai surcroit, que si les membres d'un corps presbytéral protestant, à l'una nimité, leur offraient une église, ils en pourraient profiter (Kampe, op. cit. in,P- 266-267). Varnhagen, en son journal [rafjebiicher, III, p. 55, 08, 85, 142) se plaint vivement de l'attitude réservée et à demi-défiante du Cabinet d( Berlin à l'endroit de la secte nouvelle. En septembre, le roi vint à Co logne ; Geissel l'entretint des tendances radicales et conniiunistes di mouvement ; Metternich, d'abord dans une note, adressée au ministn i Eiclihuin a?rûck, IT, p. 551-553), ]iuis dans une promenade faite ave.^
restaienten présence ^ » ; dans un pamphlet qui charriait l'invective, il traçait en lettres sanglantes les mots fatidiques : Manc^ Tltecel, Phares^ sur l'horizon des hommes d'Etat de l'Allemagne-. Les rassemblements tumultueux qui se formèrent à Leipzig, au mois d'août 1845, devant l'hôtel du prince Jean de Saxe'^, et l'impétueuse éloquence avec laquelle les radicaux badois défendaient la secte nouvelle'^, justifiaient les avertissements de
Frédéric-Guillaume IV sur le Rhin, parla comme avait parlé Geissel, (Metternich, Mémoires, VII, p. 135-137). Le roi déclara qu'il allait faire mander à Czerski d'adhérer à la confession dAugsbourg sous peine d'être traité comme les membres de la secte connuuuiste ; « (juantau sieur Ronge et consorts, ajoutait-il, je les mènerai rondement...» Metternich était ravi de la coïncidence entre sa présence sur le Rhin et les troubles de Leipzig : « Si Robert Blum et ses acolytes m'avaient consulté sur l'époque de la débâcle, écrivait-il à l'archiduc Louis, je leur aurais indiqué le moment qu'ils ont choisi eux-mêmes. » (Metternich, Mémoivcs, VII, p. 137-140.) — A la suite de ces pourparlers, "Wedell, qui avait succédé à Merckel comme président supérieur en Silésie, délimita le terrain d'action de chaque prédicateur, et défendit aux « catholiques-allemands » d'instituer un service religieux sans le consentement de l'Etat ; et la pénalité édictée fut de quatre semaines de prison (Kanipe, op. cit., 111, p. •26'J-273). Ronge, coui)able d'avoir contrevenu à cette réglementation nouvelle, fut empris<jnné ; des foncti(mnaires « catholiques allemands » furent disgraciés (Kampe, op. cil., III, p. ■■Zlô--2''()) ; eniin la « Patente de tolérance » du 30 mars 1847 (Kampe. op. cit., m. p. :28l-288). les commentoires qu'en donna le ministre Kichhorn (Kampe, op. cit., III, p. 295), et les circulaires ministérielles limitant, au point de vue de l'état civil, la valeur des cérémonies faites par les - catholiques allemands » (Kampe, op. cit., III, p. 2!)7-298'j, tout en témoignant encore de certaines oscillations dans la politi(iue religieuse du cabinet de lîerlin. furent interprétées, eu leur ensemble, comme l'indice d'une malveillance définitive à l'endroit des « catholiques allemands ».