Hurter, Hurter und seine Zeit, II, p
3. Sur le rapport écrit par Lennig, le 5 avril 1848, en faveur du projet d'une réunion dévêques, et sur la façon dont il en fit presser Geissel pai' l'entremise de AVeis, voir Briick, Admn Franz Lennif/, j). 108-118. — Les lettres adressées par Weis, en avril et mai 1848, à l'archevêque de Munich et aux évèques d'Augsbourg et de Passau, sur la nécessité de synodes, et les correspondances échangées par Weis avec les évèques de îiaviè]r en août et septembre au sujet de la prochaine assemblée de Wurzbourg,
Déjà d'ailleurs, Geissel, depuis qu'il dirigeait la province ecclésiastique de Prusse rhénane, avait l'habitude, en d'intimes réunions, de causer avec ses sutïragants et de les faire causer entre eux : la plus importante se tint à Cologne, en mai 1848^. Pourquoi les prélats d'Allemagne ne se rencontreraient-ils pas, comme se rencontraient déjà les prélats rhénans et vvestphaliens? Les députés catholiques, à Francfort, éprouvaient le besoin de connaître, officieusement, l'opinion de leur Eglise, et d'aucuns, parmi eux, songeaient à une réunion de canonistes, qui concerterait, en vue d'un prochain parlement, une série de vœux concernant les libertés ecclésiastiques -. Pour rédiger ces cahiers, des professeurs de bonne volonté ne manqueraient point; mais n'était-ce pas, plutôt, l'affaire des évoques? Les professeurs parlaient haut dans l'Eglise, et trop haut, parfois, au gré de l'épiscopat ; il serait plus prudent qu'au lieu de leur abandonner une aussi grande mission, la hiérarchie elle-même, gravement rassemblée, entreprît l'éducation de l'opinion catholique. Un voyage à Francfort acheva d'en con-
nut pul)liées par Reniling, Xikolmis von Weis, II, p. 4ÔÔ-458 et 160-478. - Sur la part d'initiative qui revint à Arnoldi, voir sa lettre à l'évèque .aurent, du 5 avril 1848, dans Karl Mœller, Leùen nvd firiefe von Johaimes '.anrent, 111, p. 8-'.». — Cf. Pfûlf, Cardinal v. Geisfiel, I, p. 592, n. 1 ; t voir surtout dans Pfiilf, 1, p. 5!I8 et suiv., et dans Friedrich, Jgnaz on /)œllivf/er, II, p. 43(i-'i3'J, les correspondances de Geissel avec le reste e I épiscopat, les nonces de Munich et de Vienne et le professeur Dœlinger. — Voir enfin, sur les démarches de Diepenbrock auprès des évèques 'Autriche, Reinkens, Melchior von Diepenbrock, p. 40.-I.
1. Le compte rendu en est publié dans la CoUectio fMcemis. V, p. 942- '.8. — Cf. Pfûlf, Cardinal v. Geinsel, I, p. .^21-52:1
2. Sur cette idée dune réunion de canonistes, voir Hraun, oy*. cit., p. 9, t Pfùlf, Cai'dinal v. Geissel, I, p. 520-521.
vaincre Geissel ' ; et le 1" octobre 1848, de l'archevêché de Cologne, une lettre de convocation fut expédiée. C'est a Wurzbourg, le 22 octobre, que devait s'ouvrir cette sorte de Pentecôte de l'Eglise germanique ressuscitée.
Le mémoire préliminaire que signa Geissel, et dont certaines parties semblent avoir été écrites par Dœllinger 2, est une admirable page d'observations politiques : les faits contemporains y sont résumés, dominés, avec une hauteur et une perspicacité qui étonnent. Les heures d'orage, en général, sont peu propices à l'analyste : un certain recul semble nécessaire pour en interpréter les obscurs et lourds grondements ; avant que l'arc-en-ciel ait spontanément rasséréné l'horizon, il est difficile de voir clair parmi ces soulèvements de poussière humaine que sont les révolutions. Mais le mémoire préliminaire qui convoqua les évéques à Wurzbourg projette une traînée de lumière sur l'Allemagne d'alors. Il nous dépeint, en termes expressifs, la lutte des deux forces politiques, la bureaucratie vieillissante et la jeune démocratie radicale ; elles sont Tune et l'autre hostiles au catholicisme ; en quelque sens que la victoire penche, l'Eglise doit être surla défensive. UnEtat peut survenir, qui se désintéresse de la religion,
1. Sur ce voyage à Francfort, voir la lettre de Geissel à Vialc Prela, du 13 octobre,' dans Pfiilf, Cardinal v. Geissel, I, p. 591-592.
2. Sur la part que prit Dœllinger à la rédaction, voir Friedrich, Ji/nas von Ihfllitujer, II, p. 438. — D'après Schulte, un haut fonctionnaire Ih^ssois, devenu député au Parlement de Francfort, le baron de Linde (IT'.'T- 1870), aurait exercé auprès de Geissel un rôle singulièrement actif pour la préparation de rassemblée de "Wurzbourg : Schulte étant le neveu de Linde, le détail a son prix {Die Geschichte der Quellen und Liieralur dcit canonischen Reclits, III, i, J». 364). \\
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et qui la contraii^^ne de s'aider elle-même; l'Eglise doit être prête ; il faut qu'elle soit en mesure de se passer de TEtat si cet antique conjoint prend congé d'elle, en mesure, aussi, de limiter les droits de l'Etat, si au contraire il veut continuer le ménage ; et c'est une des raisons qui commandent l'entente de la hiérarchie.
Au demeurant, ne voit-on pas le protestantisme s'efTorcer, à travers l'Allemagne, d'unifier ses énergies, et de s'ériger en puissance, avec laquelle l'Etat devrait compter? Il y a là pour le catholicisme une leçon. Mais la complexité de la vie allemande crée pour l'Eglise catholique une autre série de difficultés ; elle coudoie la Réforme, elle coudoie des sectes; et le Parlement de Francfort vient de voter l'égalité politique de toutes les confessions; il importe que l'Eglise, parmi cette mosaïque religieuse, compose son attitude, règle sa conduite, ordonne sa vie ; aux évoques, encore, d'y pourvoir. Ce n'est pas tout : dans l'Eglise elle-même, des nouveautés ont surgi. Les laïques ont senti qu'un rôle les attend; ils ont montré, dans les assemhlées parlementaires, dans la presse, dans les associations, l'intérêt qu'ils prennent aux ([uestions religieuses. Il serait messéant qu'à leur éveil, l'épiscopat répondît par un assoupissement, qu'il accueillît leur action par un silence ; il doit au contraire envisager les moyens de les associer intimement à la vie de l'Eglise, à l'administration de ses hiens, à la police de la communauté chrétienne.
L'éveil du petit clergé, pareillement, mérite attention. Avec une grande sûreté de plume, une
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grande équité de jugement, Geissel observe les divers courants qui se dessinent en faveur d'une résurrection des synodes : les uns y voient une commodité pour lutter contre la bureaucratie de l'Etat, les autres un moyen d'introduire la démagogie dans l'Eglise. Quelque troubles qu'en soient les causes, on ne peut passer outre à une telle agitation : un devoir s'impose aux évoques. Ils doivent, en commun, prendre des décisions qui serviront de point de départ pour les synodes diocésains, de règle pour leur fonctionnement; c'est en avisant à des réformes, qu'ils convaincront l'opinion catholique que les réformes doivent venir d'en haut, non d'en bas. Leur propre situation bénéficiera d'un sérieux échange de vues ; un terme sera mis à leur isolement, tant en face de l'Etat qu'en face des éléments Frondeurs qu'ils peuvent rencontrer dans le clergé. Enfin, — et voici la dernière réflexion sur laquelle insiste Geissel, — les évèques trouveront, dans leur rencontre même, l'occasion d'un hommage au Saint- Siège : ils s'uniront entre eux en s'unissant à lui, tâcheront d'organiser à Rome une représentation permanente des intérêts de l'Eglise allemande et soumettront au Pape leurs décisions, afin de sceller l'alliance de l'épiscopat germanique avec le Père commun des fidèles et la filiation de l'Eglise d'Allemagne à l'endroit du Siège apostolique. Bref, les relations avec l'Etat, avec les autres confessions, avec les laïques, avec le clergé réformiste, avec le Saint-Siège, nécessitent un colloque entre les membres de la hiérarchie ; et le colloque est d'autant plus urgent, qu'au Parlement
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de Francfort les décisions sur la question religieuse, insuffisantes, équivoques, sont aggravées par les votes sur la question scolaire, et qu'au Parlement de Berlin, aussi, l'élément radical prédomine.
Ainsi se déroulait ce long mémoire, qui dessinait à l'avance le programme de l'assemblée de Wurzbourg|.
C'en était fait pour toujours de la conception qui ravalait l'évéque à n'être qu'un haut fonctionnaire territorial [Lamleshischof) : sans demander à leurs souverains respectifs aucune permission, les archevêques et évéques de l'Allemagne affirmaient, par là même qu'ils l'exerçaient, leur droit de délibérer sur les intérêts généraux de l'Eglise germanique^. Depuis soixante ans, ce droit semblait périmé; et lorsque leurs prédécesseurs en avaient usé pour la dernière fois, on les avait vus, au Congrès d'Ems, faire front contre le Saint-Siège. D'Ems à Wurzbourg, la roTite avait été dure; il y avait eu, le long de cette route, des étapes d'avilissement, puisdesétapesd'emprisonnement ; mais, a la faveur de la poussée populaire, elle s'était hâtée vers son terme, et l'esprit de l'assemblée de Wurzbourg était exactement l'inverse de l'es-
\ Le texte complet de ce Promemoria est publié dans la Colleclio Lacensis, V, p. 946-958. — Dès la première séance, l'assemblée comprit M archevêques et évèques, 12 théologiens et (i secrétaires ; Dœllinger y siégea comme théologien à partir de la seconde séance {Collectiu Lacensis, V, p. 1003 et 1007).
i. « Les évèques s'assemblent à AVurzbourg pour la première fois iepuis les Ponctations d'Ems. Le calme et la gravité de leurs délibérations essorteiit admirablement au sein «les orages sanglants de la politique, .eurs décrets sont accueillis avec respect; leur autorité est contemplée ivec élonnement ; leurs vœux exaucés sans répugnance apparente. » Monlalembert, Œuvres, V, p. 17.)
prit qui avait animé le Congrès d'Ems. L'épiscopat, à Ems, avait affronté les nonces; Geissel, avant Wurzbourg et à Wurzbourg, allait multiplier à l'égard du nonce Viale Prela les marques de déférence'. Les congressistes d'Ems avaient affiché rimpertinence à Tendroit du Saint-Siège; les congressistes de ^Yurzbourg allaient affecter des raftinements de respect, décidant, par exemple, que le nouveau titulaire du diocèse de Fulda ne siégerait parmi eux qu'à titre de théologien, non à titre d'éveque, parce que Rome ne l'avait pas encore préconisé ~.
La plupart des évéques bavarois, dès le début de la réunion, se distinguèrent par leur gêne, leur réserve, leur incessants gestes d'effroi'^. En présence de certaines questions, ils reculaient alarmés : lors qu'on discuta, par exemple, sur la participation d'un commissaire d'Etat à la prise de possession des cures '% ou sur l'administration des biens ecclésias-
1. Voir dans Pfiilf, Cardinal v. Geissel, I. p. GOO-GOl, la lettre très déférente de Geissel à Viale Prela, expliquant qu'à la suite des attaques de Beisler au Parlement de Francfort, l'épiscopat allemand éprouve le besoin de manifester son union avec Rome.