‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 23 sur 236 · II · texte numérisé non relu

II

Ainsi c'est à la philosophie — ou plutôt c'est aux systèmes muables et successifs, car Giïnther se flattait-il que le sien serait le dernier ? — qu'appartiendrait le rôle directeur dans le développement du dogme : la tradition est ramenée à une place subalterne ; la doctrine révélée devient une sorte d'ébauche que l'intelligence humaine perfectionne, et le progrès des sciences, par une sorte de maîtrise, détermine d'âge en âge le sens de la foi.

Telles sont les doctrines qui s'affichaient ou s'insinuaient, à partir de 1828, dans les écrits successifs de Gûnther. C'est sous forme de lettres ou de dialogues qu'il procédait : ses livres ne sont pas des traités, ce sont, le plus souvent, des conversations épistolaires, reproduisant les mouvements mêmes de la pensée de Giïnther et tous les accidents successifs de cette vie intellectuelle qui, lors même qu'elle se crut assise dans la possession de la foi, ne cessa jamais d'être une crise. Les étrangetés abondent dans ces livres ; tout, jusqu'aux titres, y est d'une singularité voulue. Après V Introductmn à la théologie spéculative du christianisme /J05z7z/ paraissaient le Festin de Péré- (jrin, les Lueurs boréales et australes à l'horizon de la théologie spéculatice, les Têtes de Janus, Thomas à Scrupulis, les Juste-Milieu^ Eurysthêe et Hercule * ; et l'Allemagne catholique ne se fatiguait pas de lire Gûnther, et même de le méditer, encore que les lettres de Gœrres, de Windischmann, de Staudenmaier, déplorassent s;*«5 cesse, chez Gûnther,

1. Les œuvres complètes de Gïinthe i «^nt, été réim|)rimées en 1881, en 9 vohiiuea (Vienne, Braurnùller).

îs bizarreries épineuses du style, et la façon éconcertante dont il accoutrait ses spéculations K

(( C'est un très bon livre, écrivait Gœrres, en S28, au sujet de la Théorie de la création, qui »rmait la première partie de flntroduction à la léolocjie spéculative : cet ouvrage était réclamé ir l'époque, il répond à un grand besoin^»;

Ton pourrait saisir, dans la préface mise par œrres à la Vie de Jésus de Sepp, quelques traces idées guntheriennes '. L'évèque Sailer voulait lire nommer Gunther à l'Université de Munich, •)ur qu'il prêtât son aide dans la « lutte engagée ir l'Eglise contre des lils aveuglés » ''. Mœhler ettait un grand espoir en Gunther pour les disissions religieuses avec les protestants •', et commandait V Introduction à la théologie spécu- 'tive comme un travail <( très pénétrant » et « bien ussi »'*; le vieux Windischmann, de Bonn, lui rivait des lignes llatteuses qui contrastaient avec

sévérité contre Hermès ^ ; Dœllinger, dans ses urs de 1837, exploitait la philosophie de Gûner, en la qualifiant de profonde, de fondamenle ^. Dans Tépiscopat môme, Giinther garda

Kn<3edt, op. cit., I, p. 2G5, 260, 280.

Knoodt, op. cit., I, \^. 253.

Galland, Joseph von Gœrres, p. 520.

Knoodt, oj3. cit., I, p. 280.

Knoodt, op. cit., I, p. 28S.

Mœhler, GesammeUe Schriflen und Aufsâtze, H, j). 252. — Il convient iserver, d'ailleurs, que la théorie de Mœhler sur le plan divin dans ;toire (op. cit., II, p. 263 et suiv.), est singulièrement contraire à l'opi- 1 de (Jùnther d'après laquelle Dieu ne crée pas les honunes pour sa re.

Knoodt, op. cit., I, p. 260.

Kno(.dt. op. cit., I, p. :^|n. — Friedrich, Ii/im: ton nii'llinyer. II, 73. nftinne d'ailleurs que Dœiliujicr était niu> prè.^ du sy.-tènie de tinKer, dont nous parlerons en son tenips, qu.' de celui de' Gtintheri

longtemps d'ardentes sympathies : celle d'Arnoldi l'évêque de Trêves, qui fit venir près de lui comme secrétaire, un guntherien passionné ^ celle de Diepenbrock, le prince-évéque de Breslaus qui en i847 voudra faire de Gûnther un chanoine et qui, jusqu'en 1852, écrira à son ami Passavar; que, dans l'orientation de ce philosophe, il n trouve « rien d'anti-ecclésiastique », mais « seul( ment de loyales aspirations scientihques^ ».

Cependant, dès 1836, le nonce de Vienne disait Schwarzenberg, le jeune archevêque de Salzbour^- Via Guntheri non est acatholica, at est inutilis «« pericîdosa ^. Les aventures intellectuelles cl Gimther suivront leur cours ; Rome, avec le temp ^ se fera de plus en plus vigilante ; un jour viendir — il faudra vingt ans pour l'amener — oii la vo ij suivie par Gunther paraîtra formellement acatlu lica. C'est ainsi qu'en sonréveil la pensée catholiqi allemande s'était attachée, avec une sorte d'ivros; confiante, à des spéculations qui, s'inspirant d systèmes philosophiques les plus modernes, 1 semblaient qualifiées pour rajeunir les aspects ( dogme et pour en ressusciter l'intelligence. El se flattait que le succès môme de la philosoph guutherienne confondrait les hommes du dehoi prompts à dénoncer l'immobilité catholique et 1 exigences paralysantes de Torthodoxie théol gique. Les illusions envolées laissent au fo des âmes un dépôt d'amertume: la condamnati

Page 1