‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 22 sur 236 · Kloutgeii, op. cil.. IV, |). G · texte numérisé non relu

Kloutgeii, op. cil.. IV, |). G

•1. Kloutfion, o[t. cit., IV, p. 571.

48 PENSÉE CATHOLIQUE ET PEiNSÉE ALLEMANDE

il y a un moment où l'esprit est à l'état de repos, comment s'expliquer cette mise en activité de l'esprit qui n'est autre, d'après lui, que l'éveil de la conscience? et par quels procédés, purement!

spirituels, peut se réaliser, sur cet esprit en sommeil, l'inlluence excitatrice d'un autre esprit? Le dualisme guntherien, brisant à force de la disséquer l'unité de l'âme humaine, se débat avec embarras contre ce problème : Gtinther analyse avec une érudition spécieuse la vie intellectuelle; mais, après l'avoir analysée, il est impuissant à la remettre en branle. Rt lorsque, finalement, pour justifier sa théorie de la conscience, il s'en va chercher des analogies dans le dogme même de la Trinité, ou plutôt dans l'interprétation qu'il donne à ce dogme, c'est là une démarche à laquelle les philosophes risquent de n'accorder aucune valeur probante et que les théologiens, d'autre part, seront naturellement enclins à suspecter comme une compromission pour la foi'.

Après avoir détruit toute solidarité entre la foi catholique et l'aristotélisme médiéval, Gûnther introduit dans l'explication de la foi sa propre philosophie; il s'occupe à son tour d'encadrer le dogme dans un système philosophique ; et ce système, c'est le sien. Au terme de son travail, tout lui paraît s'expliquer. Le mystère de la Trinité, c'est Dieu s'opposant à lui-même comme sujet, à lui-même comme objet, et affirmant en même temps l'égalité de ce sujet et de cet objet : le

1. C'est dans les ouvrages du P. Kleut-eu et do l'abbé Vacant, dôjà cites ci-dessus a 1 occasion de rherniésianisnie, qu'on trouvera la meilleure discussion du système de Gûnther.

sujet ayant conscience de lui-même est la première personne ; l'objet ayant conscience de luimême est la seconde personne ; la conscience de l'égalité de ce sujet et de cet objet constitue la troisième personne. Le mystère de l'Incarnation, c'est la nature humaine, dans le Christ, ayant conscience d'être subordonnée à la nature divine et de lui appartenir. Le mystère de la Rédemption devient une nécessité, comme le fut, d'après Gunther, l'acte même de la création : Dieu créateur, en effet, a pour fin dernière, non sa propre gloire, mais le bien des créatures, et dès lors la Rédemption s'impose comme une nécessité logique.

Mais si le mystère de la Trinité, ainsi envisagé, n'est qu'une sorte d'adaptation à la personnalité divine des idées de Gunther sur la conscience; si la création, si la rédemption, sont des actes dont la nécessité est logiquement prouvée ; n'a-t-on pas le droit d'en conclure que la raison, à elle toute seule, pourrait à la rigueur découvrir, à mesure qu'elle se perfectionnera, les vérités que la révélation nous apporte; ou, tout au moins, qu'elle doit, par l'intelligence même qu'elle acquiert des dogmes chrétiens, aider ces dogmes à s'habiller en des formules nouvelles, indices d'un sens toujours plus riche et toujours plus satisfaisant ? De la, la double tendance de Gunther à nier que la révélation, en tant qu'elle manifeste des vérités, soit d'une nécessité absolue, et à proposer pour les dogmes certaines interprétations nouvelles qui permettent à la raison, non point seulement de comprendre ces dogmes, mais de se sentir apte à les découvrir par ses propres ressource^.

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