II
« C'est un ragoût panthéiste avec une sauce chrétienne ^ » disait de la philosophie de Schelling son collègue et ancien ami, François-Benoit Baader. On eût pu dire de Baader, à son tour, qu'il donnait un ragoût théosophique avec sauce catholique-. Munichois d'origine, appelé en Russie comme ingénieur, il avait, en 1S14, adressé aux trois souverains de Russie, d'Autriche et de Prusse, un mémoire « sur les liens entre la religion et la politique, rendus nécessaires par la Révolution française-^)) : le manifeste de la Sainte-Alliance lui fut une satisfaction. Alors, encouragé par les questionnaires scientiUques que lui adressait le prince Gallitzin, il rêva d'une autre Sainte-Alliance entre la science et lareligion4: Saint-Pétershourg en serait le centre, et les héritiers du parti des p]ncyclopédistes, qui voulaient, eux, séparer la science d'avec la religion, trouveraient désormais avec qui compter.
Mais Baader, suspect aux uns d'être un démagogue, aux autres d'être un Jésuite déguisé, dut abréger, en 1823, un nouveau voyage qu'il faisait en Russie : le mémoire dans lequel, en 1824, il dénonçait au roi de Prusse le protestantisme libéral^'
1. Locanuot, Montalcmbcrl, I, p. :î8?. — Baader était d'autant plus ' malveillant que le succès de Schelling connue professeur nuisait à celui de Baader, comme le raconte à Gœthe Sulpice Boisserée, eu une lettre de lS'.>8 {Sul[n: /Juisserée, H, p. r)UO).
2. Sur Baader (17().VI841), voir les deux volumes intitulés: F)-a7iz v . JJaaders Lcben und ihe.osopliische Idcen zur Kricenntnislehre, Kunst, Sprache, ■Philo.ioiihic und Helùjion, eine Apolof/ie des Christentums, par Johannes Classen (Stuttgart, Steinkopf, 1886). - Ses œuvres ont été publiées par son disciple Franz Hoffmann, qui, de 1835 à 1881, enseigna la philosophi e de Baader à l'Université de Wurzbourg.