Guerber, op. cit., p
3. Henri Klee (1800-1840) fut à l'Université de Bonn le seul adversaire sérieux de l'hermésianisme. La partialité de la Prusse pour les herniésiens le contraignit de quitter cette Université en 1839 : il devint professeur à Munich, et, Tannée d'après, mourut. Sa Dogmatique et son Histoire des doijmes sont le témoignage de l'éducation solide qu'il avait reçue à Mayence et de l'attitude théologique dont il avait pris l'habitude à l'école de Liebermann : la Dogmatique a, très longtemps après lui, dans l'édition nouvelle qu'en donnait Heinrich, été employée dans l'enseignement. Voir
Werner, Geschichte der Katholischen Théologie, 2^ édit., p. 584-085.
UHistoire des dogmes fut traduite en français par Mabire (2 vol. Paris, Lecoffre, 1848.)
4. Friedrich, Geschichte des Vatikanischen Konzils, I, p. 188.
5. Guerber, op. cit., p. 305-308. — Cf. une lettre de Raess, du 2 juin 1831 : '< La théologie de Liebermann vient d'être reçue à la Propagande à Rome. Le Pape actuel (Grégoire XVI) avait été chargé d'examiner l'ouvrage, et il en avait fait à Pie VIII un rapport très flatteur : seulement il aurait désiré que lauteur se fût prononcé un peu plus décidément en faveur des principes ultramontains, et, chose étrange, M. Liebermann. sans savoir ce qui se passait à Rome, avait justement fait quelques changements en ce sens dans le second volume de son ouvrage. ). {nevue catholique d'Alsace. 1903. p. 264.)
LES liNlTIATIVES THÉOLOGIQUES 19
Rome et l'Allemagne catholique des nuages opaques, c'est parmi les disciples, immédiats ou indirects, de l'école de Mayence, que se recruteront les meilleurs champions du nouvel article de foi'.
Ce fut enfin l'honneur de l'école de Mayence d'avoir restauré dans les consciences une exacte notion de la vocation et de la vie sacerdotales, et d'avoir rendu au prêtre, vis-à-vis de lui-même, ses titres de dignité. Ceux-là mêmes, en Allemagne, à qui la nuance du Catholique fut souvent importune, et pour qui l'infaillibilité futlongtemps un épouvantait, prodiguent pourtant leur estime, sans ambages, à cette colonie alsacienne transplantée dans la ville épiscopale de saint Boniface, et qui travailla si noblement au relèvement du clergé allemand.
Restituer à la théologie le prestige scientifique dont elle semblait déchue, c'est à quoi se dévoua, dès 1818, l'école de Tubingue. Elle ne ressemble nullement, en ses origines, au sévère petit groupement, fortement uni dans la possession d'un ru-
1. " Pour que, dès le début, on évite toute erreur sur notre compte, écrivait Raess dans le premier numéro du Catholique, nous expliquons ici que nous ne tenons un homme et une opinion pour vraiment catholiques que si cet honmie et cette opinion sont d'accord avec le Saint- Siège. Qui n'enseigne pas comme le Saint-Siège, nous ne le tenons pas pour catholique. > (Guerber. op. cil., p. 310.)
diment délini, dont nous observions à Mayence la solide assiette et la fructueuse action. Au de'but de l'école de Mayetice, une figure d'éveque surgissait, pour fonder et pour bénir ; la faculté de Tubingue est une réunion de prêtres, auxquels le roi de Wui*temberg, avant même qu'il n'ait achevé ses pourparlers avec Rome, donne mission de bien instruire le clergé de ses Etats ^. Ces prêtres sont des chercheurs beaucoup plus que des docteurs : entre leur œuvre et celle de Liebermann, il y a la même diiîerence qu'entre des essais théologiques originaux et un sage et sûr manuel ; et dès qu'ils commencèrent de travailler, la Theologische Quarialschrift fut Créée pour abriter leurs essais.
11 est cui'ieux de constater, dans les premières années de cette revue, l'alternance des tâtonnements heureux et des faux pas, des écarts et des résipiscences-. Sous l'empire des opinions troublantes qu'avait soutenues Drey, en 1815, à propos du sacrement de pénitence, la Quarialschrift, en 1821, inclinait à souhaiter l'introduction, dans Téglise, de confessions publiques d'un caractère général; mais Drey lui-même, en 1832, y rompra une lance pour la confession auriculaire 3. Mœhler, de 1823 à 1825, y soutenait le droit des laïques
1. Sur la fondation de l'Université catholique d'Ellwangen, en 181:^. et sur son transfert à Tubingue, voir Golther, Der Staat und die Kalholische Kirchfi lin Koniyreich Wûrltemberg. p. 39-40 et 49-50.
2. Voir tous les détails dans l'article où M. Schanz retrace l'histoire de ]yevue{Tûbmger Quarialschrift, 1898, p. \-lO). - Friedrich, Geschichte des \atikanischen Konzils, 1, p. 193, note que la Quartatschrift, en 1824 et 182o, reproduisait des documents émanés de Wessenberg.
3. Schulte, Die Geschichte und Literalur der QuHlën des canonischen fîechts, III, I, p. 325;
au calice et ropportunit(' d'une liturgie en langue nationale; mais tout le premier, en 1830, il s'y montrera l'ennemi de la messe allemande ^ D'aventureuses idées sur les pratiques pieuses, les rites, la valeur des œuvres et l'organisation ecclésiastique, qui vaudront à liirscher, en 1848, de sérieux désagréments, s'étalaient déjà dans la Quartahchrifi de 1823; mais on les trouverait amendées, dans les fascicules ultérieurs, par des collaborateurs plus assagis. Il n'y eut d'évêque à Rottenburg qu'en 1828 ; l'école de Tubingue avait eu le temps de s'installer et de se discipliner, avant qu'une autorité ecclésiastique ne s'occupât d'elle. L'atmosphère un peu lourde du rationalisme ambiant pesait encore sur ces professeurs, lorsqu'ils furent appelés à enseigner la vérité religieuse ; il leur manquait môme, peut-être, et la pleine conscience de leurs croyances, et la vraie maîtrise de leurs opinions; et quelques années d'érudition les amenèrent adonner l'exemple, périlleux mais décisif, d'un acte de foi dans lequel il entrait autant de travail critique que de besoin de soumission, et qui, sanctionnant leur étude analytique des sources, était comme la dernière étape de leur libre science. Plus de trois quarts de siècle ont passé ; l'école et la revue de Tubingue, toujours en labeur, illustrent la théologie allemande. Voilà quatre-vingt-six ans qu'elles forment et tiennent en haleine le clergé wurtembergeois, aujourd'hui l'un des meilleurs de l'Allemagne, et que, par un recrutement indigène, elles
1. Knœpfler, Johann-Adam Ma'hh'v, p. 08-09 et 118-124 (Munich, Lentner, 1896). — Sclunid, Historisches Jahrbuch, 1897, p. 572-573.
puisent parmi ce clergé même professeurs et collaborateurs, perpétuant ainsi, avec constance et sécurité, certaines nuances d'opinion, certaines méthodes d'analyse, certains accents de langage, certaines traditions d'une science ecclésiastique tout à la fois autonome et orthodoxe, et satisfaisante, tout ensemble, pour l'esprit de recherche et pour l'esprit de foi ^
Jean-Sébastien Drey ' fut le vrai fondateur de l'école. Dès 1812, Drey adressait à VArchiv de Constance un article sur l'état de la théologie ; il affrontait, directement, le radicalisme de Wessenberg, et réhabilitait les penseurs du moyen âge. La rédaction de VArchiv sentit la portée de ces pages et ne les publia qu'en les critiquante Elles furent bientôt oubliées, et n'empêchèrent point Hirscher de commettre à l'endroit de la scolastique, dans un opuscule de 1823, un grave péché de mépris 4; mais elles témoignent qu'au moment où la théologie des xn^ et xiii"' siècles était systématiquement bafouée par l'Allemagne savante, le futur chef de l'école de Tubingue voyait plutôt dans cet irrespect une marque de routine qu'une preuve de « lumières ». Devenu professeur à Tubingue, l'origiual penseur eut le souci, vingt-cinq ans avant xNewman, d'acclimater dans les cerveaux l'idée de l'évolution dogmatique
l/xix.^iiiHr''" "■?' P''' l^\ faculté catholique de Tubingue à travers M Tp nrnfP «; °"J^'°;V'e'\^^'*'^^^^'««^^"ts détails dans la conférence de
J-riede, p 38-41 (Berlin, imi)r. de la Germania, 1905^.
OtZueTunTlT^T'''! ^'"- (^^^-1853), voir Schulte. Die Geschichte der Vuellen und LiUmitur des canonischen Redits, ITI, i, p 395 i. Lauchert, Franz-Anton Staudenmaier. ]). 33-35
Scholaslik, .ufiletch als fieHrarj zur Katechefik (Tubingue. Laupp, 1823).
et de l'évolution disciplinaire; et, par là, il rendit à la pensée catholique allemande un insigne service. Le mécontentement frondeur et le besoin d'innovation religieuse, dans l'Allemagne moderne, affectaient volontiers, si Ton ose ainsi dire, une attitude archéologique, et n'affichaient d'autre prétention que d'exhumer l'Eglise des trois premiers siècles pour la faire revivre, telle quelle, au xix^ siècle. Il suffisait de réintroduire dans renseignement ecclésiastique la théorie du « développement », c'est-à-dire, en définitive, la notion de vie, pour que les tentatives « réformistes » fussent implicitement condamnées, et pour que les archaïsants novateurs qui se donnaient comme les dévots d'une certaine « Eglise primitive » fussent convaincus de n'être nullement des progressistes, mais tout au contraire des réactionnaires. C'est en 1821 que Drey consacra formellement l'un de ses cours à l'histoire des dogmes. On considérait le dogme, autour de lui, comme un système mort-né datant de dix-huit siècles, et protégé contre le néant par un rigide appareil de bandelettes; Drey dévoilait, dans ce mort-né, un organisme vivant. L'idée de progrès, dont le xviii^ siècle s'était engoué, faisait sa rentrée dans la théologie catholique ; et le progrès en matière de dogmes, telque le révélait l'histoire, n'avait point l'audace d'une aventure, mais la sécurité d'une croissance, spontanée, naturelle, organique; les Pères, les conciles, les décisions papales, montraient l'intelligence collective de l'infaillible Eglise s'appliquant sur la révélation, et mûrissant, observant, exploitant le germe divin, sans
jamais le dessécher. Le développement du dogme, ainsi conçu, devenait une réponse incessante de la piété interrogatrice des fidèles à la complaisance révélatrice du Très-Haut, un acte séculaire de collaboration entre l'initiative humaine aux écoutes et le Verbe divin parlant à mi-voix, une inépuisable sanction des aspirations du fini vers l'infini, une incursion permanente de l'Eglise dans le domaine des mystères, non pour les expliquer, mais pour les sentir toujours plus indiscernables et pour en frôler toujours de plus près l'inconnaissablo, — ce qui est encore une façon de comprendre et une façon de connaître. Un immense champ d'études s'ouvrait aux regards. Mœhler survint, j)our s'y installer en maître.
Jean-Adam Mœhler ' était jeune prêtre, et soignait de son mieux des âmes de paysans-, lorsque la faculté de Tubingue, en 1820, eut la penséede rappeler à elle pour des besognes auxiliaires '^ denx ans après, la perspective d'une chaire d'histoire ecclésiastique lui était oilerte. Assez savant
1. Pour plus de détails sur Mœhler (1796-1838), voir le volume qu. 1 ans Bloud. 1i)0o), et dans lequel nous avons rassemblé les principaux
^^^^:^'''''^'''''-'' spécialement la préface dorU nous .rûs
2. C'est à ce moment qu'il fut connu de Sailer. en visite chez le curé e la paro,s8e, et que Sailer déclara que ce jeune prêtre luî inspi ait dé