Reusch, op. cit., p. xvii
6. Les plaintes abondent dans ses lettres; voir ci-dessus, p. 125. — Cf. Reusch, op. cit., p. im et l'27: « Je suis, dans la force du terme, écrit-il à son frère le 3 février 1831, la bête de somme de mon archidiocèse... J'ai sans cesse à combattre pour l'Eglise et sa constitution ; et parmi des circonstances très défavorables, je dois innover, améliorer, pour que mes successeurs moissonnent la où j'ai semé. » — « Le gouvernement protestant, reprend-il le 2v; septenibre 1831, est plus auticatholicisé que jamais, et — qui le croirait? — il se transforme en une propagande évangélique : de là l'impulsion illimitée donnée aux néfastes mariages mixtes, et les empiétements du jus circa sacra, sur les choses proprement sacra, un terrain où naturellement j'entre en opposition. »
En présence de l'ordonnance de 1825, il consulta Schimonsky, prince-éveque de Breslau, sur la pratique des mariages mixtes en Silésie ; il constata que, là-bas, le clergé se pliait aux exigences royales. Le contraste était si frappant entre les désirs du roi de Prusse et le droit canon, que Spiegel et ses sutTragants rhénans jugèrent difficile d'imiter purement et simplement, dans leurs diocèses, la pratique silésienne. Ils savaient, au demeurant, qu'une fraction du clergé correspondait secrètement avec Rome par l'habile entremise du prêtre Marx, de Francfort-sur-le-Mein ^ et que le Saint-Siège serait exactement informé de leur conduite, par ces voies occultes et détournées. Respectueusement, ils sollicitèrent de Frédéric-Guillaume la permission d'entrer en pourparlers avec le Pape; elle leur fut accordée, sous cette réserve que leur courrier serait transmis par l'intermédiaire de Berlin-; mais provisoirement — et pour Berlin c'était l'essentiel — ils décidèrent que le prêtre cesserait d'imposer aux iiancés un engagement relatif à l'éducation des enfants, et que le conjoint catholique qui laisserait inscrire un nouveau-né dans lEglise évangélique ne serait pas exposé à un refus d'absolution.
Les évéques, en somme, s'agenouillaient devant
1. Sur Ip rùlo joiu; par Lotliaire-Franrois-Philippe Marx (1704-1830'., ^'»lr Reusch, o;;. ci7.. p. <).S-!)5. v ,,
2. Voir dans Mppold, liunsen, I, p. :,47-.-.51, le mémoire adressa à Bcr-
l' r .Tn ""ï"' ' ^ ^''■'*'' ^^'-'^' ^^ ^•^"^ '«q"»^! i' conclut qu-il faut né-
, n « .L J^^™V^ demander aux évéques, jusquà ce que le Pape les
a su e sur leurs doutes, déviter « toute explosion de fanatisme » : - et
et la Curie '""'" ''^''''^ ''''^'''"'^ '^''' négociations de 1829 entre Bunsen
Tabsolutisme royal, et s'adressaient au Pape pour avoir le droit de rester prosternés. Pie VIII répondit par un bref du 25 mars 1830, auquel fut jointe une instrucUon explicative du cardinal Albanie Le Pape consentait à ne frapper d'aucune peine canonique les conjoints qui feraient leurs enfants protestants ; mais il obligeait les prêtres à réclamer des fiancés, avant la célébration du mariage, la promesse que tous les enfants seraient catholiques ; et, si cette promesse était refusée, il permettait au prêtre de donner aux mariés non point la bénédiction, mais une assistance passive^ sans nulles prières, sans un acte liturgique quelconque.
Ce bref déplut à Berlin ; on y redoutait les effets que cette assistance passive produirait sur Fopinion : le prêtre, par un silence systématiquement inactif, par une bouderie officiellement présente, semblerait condamner le mariage dont il prendrait acte ; il paraîtrait souligner par son attitude le reproche même de Dieu; ministre du Dieu justicier, il aurait l'air, en écoutant le oza* sur les lèvres des conjoints, d'être le témoin d'un péché. C'était là, pour la politique religieuse de la Prusse, une irréparable gêne : le cabinet de Berlin, dérobant le bref aux regards, le serra dans ses cartons et mit tout en œuvre pour fléchir le Saint-Siège.
1. Le bref ot l'instruction sont piil)liés dans Affaires de Cologne, p. 58- 77. — Bunsen, qui avant la mort de Léon XII avait entretenu ce Pape de la question, prétendait que Léon XII eût été plus conciliant que Pie VIII ; mais il ajoutait : « Je n'ai aucun document entre mes mains pour constater la promesse réitérée du Pape défunt, sa ferme résolution de la remplir, et même le commencement du travail du secrétaire d'Etat et du Pape lui-uîème. » (Emil Friedherg, Die Grundlngen der Preussische» Kirfhenpolitik unter Friedrich Willhclm IV, p. 4. Leipzig, Grunow, 1882.)
\^-) LUTTES Er VlCTOlilES
Bunsen et le cardinal Lambruschini étaient les deux interlocuteurs. La causerie fut piquante, les mots d'assistance active et passive s'échangeaient et se croisaient : c'était le plénipotentiaire protestant qui réclamait que le prêtre catholique fut « actif », et c'était le cardinal qui s'y opposait. Grégoire XVI tint bon; il n'ajouta rien aux concessions et ne retrancha rien des exigences de Pie YIIl. Au bout de deux ans, l'on cessa de dialoguer, faute d'arguments nouveaux; et l'on sonda les évoques pour voir s'ils ne seraient pas d'humeur à passer outre au bref papal K II y avait dans les bureaux, à Berlin, un conseiller fort expert, calholi([ue d'origine, Schmedding'; il prit à cœur cette besogne, qui lui procura plus de notoriété qu'elle ne lui lit honneur. Les évoques répondirent avec ambiguïté : ils firent espérer au Gouvernement que l'assistance passive pourrait peu à peu se transformer en assistance active; ils eussent voulu que Bome s'ellaçât, que Berlin s'etïaçàt, confiants que le temps arrangerait tout.
Mais s'en remettre au temps, c'était donner,
1. cotait l'époque où l'évêquo, de Paderborn, très docileiaent, transmettait à son clerjîé un ordre du ministre prussien, d'après lequel les curés, pour mettre l'Etat en mesure de surveiller le proséh-tisme catholique, devaient expédier à la bureaucratie officielle une notice détaillée sur les conversions successives qu'ils recevraient; la souplesse de l'évèque laissait ainsi intervenir l'Etat dans le secret des consciences, quoique domniafîe qu'en pussent éprouver les fonctionnaires discrètement convertis. Voir le document dans Karl Mœller, o;j. cit., T, p. 17), n. 1.
•.'. Sur Jean-Henri Schmedding (1774-1846), professeur de droit aux universités de Munster et de Berlin, voir Reusch, op. cit., p. XXX-XXXV. Une lettre de Schmedding à Bunsen, du T) novembre 18-8, concernant k's questions litigieuses des facultés de théologie (Reusch, op. cit., p. -M4 et suiv ), est très instructive pour la connaissance de ce personnage. — Spiegel, dans ses lettres, se plaint sans cesse de l'esprit étatiste et des procédés de Schmedding (Reusch, op. cit., p. 111, 113, 118, 119, 140, 145). Stein également était très sévèie pour ce bureaucrate (Reusch, op. cit.,
p. XXX-XXXI).
LA SUJÉTtON DES ÉGLISES 1B3
aux dépens de l'Eglise, pleine liberté à TElat. Par lin nouveau rescrit de 1832, TEtat stipulait que l'entente par laquelle les parents décideraient d'élever leurs enfants dans une confession autre que celle du père ne serait valable qu'avec l'autorisation du président supérieur de la province ^ On voyait, chaque jour, sur le Rhin, l'elfet de cet ukase. Un père protestant, profitant de la licence que lui laissait encore l'édit de 1825, accordait-il à sa femme que le nouveau-né serait catholique, le haut fonctionnaire prussien protestant, qui incarnait la volonté du roi de Prusse, pouvait annihiler cette concession par un refus, ou môme, s'il se trouvait en présence d'un salarié de l'Etat, le châtier par une disgrâce. Les évoques, au nom de leurs maximes de temporisation, travaillaient pour que Rome n'intervîntpoint ; mais plus ils souhaitaient que Rome se fit discrète, plus Rerlin s'ingérait.
Heureusement, une autre puissance existait, puissance impatiente, à laquelle ils devaient avoir égard : c'était l'opinion d'un certain nombre de prêtres et de fidèles, qui connaissaient l'existence d'un bref, et voulaient que ce bref fût respecté. Sans prêter audience aux conseils du baron de Stein, qui avait maintes fois souhaité l'établissement, à la direction des cultes, d'une section composée de catholiques, et capable de pressentir et de respecter les susceptibilités catholiques-, le chancelier Hardenberg et son ministre Altenstein