‹ L'Allemagne religieuse; le catholicisme, vol.2Chapitre 84 sur 236 · l>c Ja Prusse et de sa duminalion, p · texte numérisé non relu

l>c Ja Prusse et de sa duminalion, p

2. Voir la lettre de Stein à Spiegel, du 26 féviier 1822, citée par Reusch, op. cit., p. xxii ; et Spectator, Beilar/e zur Allt/eineinen Zeituny, 2 mai 1898. — Sur la politique religieuse de Stein, voir aussi Lcliuiann,

avaient pris l'habitude de tout régler par des ukases^ et voici qu'Alstenstein, qui déduisait de la philosophie hégélienne sa politique religieuse comme le corollaire se déduit d'un théorème, se sentait soudainement dérangé dans sa sécurité d'esprit, et se heurtait à la résistance passive d'une force qu'il avait ignorée : la conscience chrétienne.

Alors, pour rassurer et plier cette force, Bunsen et les bureaux berlinois appelèrent l'épiscopat à collaborer avec eux'. Une interprétation du bref papal fut élaborée à Goblentz par Bunsen, l'archevêque Spiegel et son vicaire général Mûnchen'^ : clic servit de fondement pour la convention du 19 juin 1834, signée entre Spiegel et Bunsen^ La convention se référait au bref, mais elle le falsifiait en prétendant l'appliquer. Elle concluait, dans son ensemble, à l'acceptation par le clergé de l'édit royal de 1825; elle ordonnait aux curés d' « abandonner entièrement la demande préa-

/■•n-il^-r von .S7.,«, 1807-1808 (Leipzig, Hirzel, 190:5) : il résulte de ce livre que Mcin avait une certaine conception de l'autonomie ecclésiastique.

1. La tendance d esprit jacobine, très analogue à celle des révolutionnaires français, avait inspiré la politique religieuse de Hardenberg, comme auparavant sa politique de réformes sociales (Voir Cavaignac, sn«'"'"'"/r" ' '• '?/'''"*'^ contemporaine, II. ,,. 12M23. Paris, Hachette, ibJ8; - Quant a Altcnstein, nul ne l'a mieux défini que Sulpice Boisseree flans une lettre de Wiesbaden, du 13 septembre 182'.. « Altenstein, um-ii, est un homme étrange, un ministre philosoj.hant, un idéaliste u^'A ^"^ ," "" '''' '"?"* *'"'''••■'' rencontré parmi les hommes dafifaires de i^ Mn ^ . ""' "".^'^"""^•^ ^l"i P'-end avec piété la philosophie de Hegel tqu cherche, par lentren.ise de la morale et de la religion, à l'appliquei a la vie. >- {Sufpiz noisserée,ï,\) 441 )

sen ^1;n^Tiïi''P-'''\%^""'"'' ^- P- ^"'l-S^G, le mémoire par lequel Bunsen, le 27 mai 1834, justihe cette détermination,

T n a"' ;'r "^'^[f^'^^es entre Bunsen et Spiegel, voir Nippold, Bunsen, crè dè'rohi;^..?" \'°"'''''^'^ ]^ traduction française de r « instruction secrète de Goblentz .. dans : Agraires de Colo,jne. p. 77-78.

lable d'une promesse relativement à l'éducation des enfants dans la religion de l'un ou de l'autre époux » ; elle restreignait le plus possible les cas où le prêtre devait se borner à une assistance passive. En délinitive, le Pape avait fait un bref pour s'opposer à l'édit de 1825 ; le pacte nouveau qui portait la signature de Spiegel inclinait devant cet éditTépiscopat rhénan ; et c'était en apparence au nom du Pape et en vertu du bref que Pépiscopat commettait cette capitulation^ L'archevêque s'était longtemps morfondu de ne jouer aucun rôle directeur dans la politique religieuse de son pays ; désormais, grâce à l'adresse de Bunsen, sa vanité était conquise ; il se considérait enfin comme un initiateur, mais l'initiative qu'il avait prise était celle d'un mensonge. Spiegel et ses suffragants de Trêves, de Munster, de Paderborn, fourvoyaient à la fois le Saint-Siège et leurs ouailles.

Il m'est dilïicile de dire, écrivait Bunsen, si dans ces négociations l'archevêque et son auxiliaire, éminemment pénétrant et actif, ont montré plus d'habileté, ou les évéques plus de bonne volonté, pour répondre aux intentions de Sa Majesté.

Ils ne se sont pas dissimulé, tous les quatre, qu'avec le moment de l'exécution commencerait pour eux une période très pénible; l'évéque de Trêves et celui de Munster sont en particulier convaincus que, parmi leurs prêtres, ils pourraient, ici et là, trouver résistance, que môme des

I . La confiance de Spiegel en Bunsen demeurera si grande, que c'est à lui qu'en i83."i il fera transmettre ses dernières volcnités, et sou vœu, certainement très sincère, qu'après sa mort le diocèse soit administri' dans un « esprit sérieusement catholique » i)our résister à l'esprit do frivolité qui vient du voisinage de la France et de l'accroissement de l;i richesse (leUre de Miinchen à Bunsen, citée par Reusch, oj,. cit.,

it)6 LUTTES ET VICTOIRES

f;inatiques pourraient les dénoncer, secrètement à Rome, publiquement dans les journaux. Mais ils sont décidés à ne pas se laisser égarer.

Au sujet de Rome, ils peuvent, après quelque temps, annoncer au Pape, sous la forme d'un remerciement, qu'ils ont reçu le bref et qu'ils Texécuten t. J 'ai seulement remarqué à ce sujet qu'un écrit au Pape ne peut survenir qu'après un délai convenable, lorsque la nouvelle discipline aura eu le temps de prendre pied. En attendant je leur ai volontiers promis d'agir auprès de la Cour papale pour que le Pape soit tenu éloigné de toute méfiance, et pour recevoir la nouvelle contidentielle des dénonciations qui pourraient venir. Je crois pouvoir, pour ces deux points, me porter garante

Ce rapport de Bunsen, qui porte la date du 4 août 1834, est comme le programme d'une complicité, définitivement consentie, entre Tépiscopat des pjovinces rhénanes et le plénipotentiaire du roi de Prusse.

Il y a des circonstances où le désir de la paix à tout prix conduit certaines âmes, même d'une honnêteté moyenne, à se leurrer elles-mêmes, et puis à leurrer les autres ; ainsi faisaient les prélats de la Prusse rhénane, ignorant qu'il n'est pas de points d'arrêt sur la pente des duperies. L'un

1. Nippold, liunsen, I. p. 420. — L'évoque de Paderborn eut deux jours d'hésitation, celui de Munster trois jours, avant dadiiérer à la convention Spie^'el (Friedberf;, op cit., p. y). Le premier, Ledebur, semble avoir été un prélat médiocrement zélé, si Ton en juge par lindifférence qu'il témoifîuait aux missions du nord de rAllemagne, dont il avait la charge (Lebrecht Dreves, Gcschichle (fer Katholisrlien Geuieinden zu Hambui-f/ und Aliona, p. 288. Schaffouse, Ilurter, 186(i) ; quant au second, (iaspard- Max de Droste-"Vischering, nous savons par son vicaire général Melchers ({ue celait un « bon, pieux et brave évêqué, qui ne savait rien d'une administration d'évèché et ne consultait pas son vicaire général, cela ex wnoranlia, non ex niala voluulalt' » (Pl'ùlf, Cardinal r. Geissel, l, p. 404). - L'évèque de Trêves, enfin, espérait acheter par cette complaisance radjduction dune église à son grand séminaire (Reusch, on. cit., 1>. 170-182). •

d'entre eux, Gaspard-Max de Droste-Vischering, avait, vingt-trois ans auparavant, tout jeune évoque de Munster, étonné par son audacieuse franchise le Concile national de Paris, en réclamant de Tempereur Napoléon la liberté du pape Pie Vil; écartait-il ce glorieux souvenir, ou bien en rougissait-il, lorsqu'il sacrifiait momentanément aux volontés de la Prusse Thonneur de l'Eglise de Miinster? La Prusse, décidément, savait môme dompter la fierté sacerdotale; elle la désarmait et la diminuait par le savant apprentissage d'une demi-lâcheté; et tout porte à croire qu'aux heures oi^i frémissait en leur for intime une légère brise de remords, ces pauvres évéques, pieusement confinés dans la quiétude capitonnée de leur oratoire, trouvaient de subtiles façons de se prouver à eux-mêmes que l'intérêt de leur calme était celui de leur Dieu.

La simple confrontation du bref papal avec la convention signée par Spiegel eût suffi pour éclairer l'obscurité volontaire de leur regard. Ils ne voulurent pas que l'opinion catholique, dans leurs diocèses, pût faire cette confrontation. Le bref ne fut communiqué aux curés qu'en latin ; on les avertissait en outre que le Pape désirait, sur le contenu de cet acte, le plus grand secret. Ainsi le document authentique exprimant la volonté de Rome n'était révélé qu'aux ecclésiastiques : ils savaient le latin, sans doute, et pouvaient voir clair en cette affaire; mais l'obéissance qu'ils devaient à leurs évoques était garante de leur mutisme. On évitait, d'ailleurs, de leur faire connaître la circulaire du cardinal Albani, annexée au bref; c'eût été déchi-

rer à jamais lartificieiise tapisserie qu'avaien tissée Bunsen et Spiegel sur le canevas pontifical. Tandis qu'on mesurait aux prêtres la dose d'instructions romaines qu'ils étaient dignes de recevoir, les laïques, eux, étaient condamnés à n'être informés de rien ; le breflui-meme, paraît-il, n'était pas fait pour eux. Toutes précautions étaient prises pour que les échos de la chaire apostolique fussent étouffés : l'épiscopat maîtrisait les prêtres à la faveur de leur humilité, les laïques à la faveur de leur ignorance ; les uns ne devaient rien dire, les autres rien savoir.

Bunsen, à Bome, croyait ses positions couvertes par ces multiples silences; mais un journal de Liège, un « livre rouge », publié à Augsbourg avec quelque fracas ', mettaient Bome en éveil^. Interrogé par Lambruschini, Bunsen niait, comme « moralement impossible », l'existence de la convention de 1834, et donnait la a certitude positive que cette prétendue instruction n'avait jamais existé »; et les évoques de Trêves, Munster et Paderborn, dans des lettres élaborées par Schmedding ^, rassuraient à leur tour le Pape en lui expliquant que l'incident des mariages mixtes était

l.ubliSu;^";iJ;;r nn ^t'»''' ^!' ^^"'^''' ^'^"^l*^ ^ Bunsen ces deux

) 3 llT) ?tit. '?'? ^" ^ novembre 1835 (Reusch, op. cit.,

eiL,7 Lw/;/ ^'^'' '^f ^ '^"^ '^ « 1^^-^-e l'ouge « était Beitrrùe Lr Ki-

2. Voi/dan M.L? t r'/^"*'^*'^- augsbourg, Kollmann, 1835. (15 avi-il R36T ^-^"^^'•"^'^hini (25 mars 183G) et la réponse de Bunsen ;

12?; l'eTexl'eïe' Zf''^' ^\r ^'^^' ^^^^ : A/Taires de Cologne, p. 126- Alt^nsteL'^îu d nSlon^^t^nr"^'" ' Schmedding, du 2? aoûl 1830 : « calmer » le Pape provoquer des lettres des évèques pour

heureusement terminé, et qu'ils avaient bien, il est vrai, conclu entre eux une sorte de pacte, mais seulement pour régler certains cas douteux •. Ils se g-ardaient, naturellement, d'en expédier le texte. Rome devait ignorer ce qui se passait sur le Uhin, comme on devait ignorer sur le Rhin ce que commandait Rome; l'épiscopat formait barrière entre le Pape et les fidèles rhénans, entre les fidèles rhénans et le Pape; et la sécurité de ces prélats, auxquels désormais Rerlin faisait bonne mine, semblait endormir en eux la notion du devoir.

Avant d'être une souffrance, Tinquiétude du devoir est une vertu. Trop souvent exilée de la vie deshommes, cette vertu survient aux lits d'agonie, sur lesquels ceux qui s'étaient fait une conscience la sentent se défaire, et, dans un suprême vis-à-vis avec eux-iHvêmes, commencent de se voir à nu, comme Dieu les verra. A la fin de 1836, l'évêque de Trêves regarda s'approcher la mort : Téchafaudage de réticences derrière lequel il avait abrité sa faiblesse de caractère s'effondra soudainement ; il écrivit au Pape pour confesser sa conduite, rétracter ses erreurs, et demander pardon''. Le Vatican comprit la situation, toute nette, toute crue ; et Runsen, interpellé derechef au sujet de la convention de 1834, répondit par une note adroitement embrouillée-^ Les

1. Voir dans Martens-Murhard, op. cil., V, p. 120-127, les lettres des trois évèques.

2. Voir cette seconde lettre de l'évêque Hommer, de Trêves (10 novembre 1836), dans Martens-Murhard, op. cit., V, }>. 124-12(j.

3. Voir cette note, du 1.". janvier 1837, dans Martens-Murhard, op. ciL, V, p. 165-169.

conversations entre Bunsen et Lambruschini menaçaient de se poursuivre longuement : semblable à un duelliste qui se dérobe au lieu de viser et s^évade au lieu de foncer, Bunsen excellait à se mettre sur un autre terrain que son interlocuteur, et déroutait les questions au lieu d y satisfaire. Le Vatican ne pouvait alléguer, à l'appui de ses réclamations, qu'une voix repentante d'outretombe... Les morts ont toujours tort, et Bunsen comptait sur le concours des évoques vivants.

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