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cotre et l'émancipateur, mais elle en prend plus à son aise avec le docteur ^ Cependant, puisqu'on ne s'accorde plus sur la parole de Dieu, ne pourrait-on se référer, provisoirement, à la doctrine de Luther, pour y chercher des arguments? Ainsi font en effet les diverses écoles ; et des arguments, toutes en trouvent. Car il y eut, en définilive, deux hommes en Luther : le théologien et le fondateur d'Eglise, le penseur et l'administrateur, celui qui refusa l'obéissance et celui qui exigea l'obéissance : et il advint à ces deux hommes de rendre des échos différents '^.
L'épitre de Jacques, l'épître aux Hébreux, le livre d'Esther, un livre des Machabées, lui furent suspects 3 ; et par cette brèche qu'il ouvrit lui-
1 « Les premiers réformateurs, écrit M"' de Staël, croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit humain au terme de leurs propres lumières ; mais ils avaient tort d'espérer qu'on se soumeltrait à leurs décisions comme infaillibles, eux qui rejetaient toute autorité de ce genre dans la religion catholique » {Del Allemagne. 4° partie, chap. ii).
^ Luther, a écrit M. Harnack, n'a jamais triomphé de ses hésitations entre une estimation qualitative et une estimation littéraliste de l'Ecriture Sainte ; et la dispute sur la Cène l'affermit dans le second de ces points de vue. Il n'a donc pas brisé la servitude de la lettre. Son église en arriva à la doctrine de l'inspiration la plus stricte, tandis que, d'autre part, elle n'oublia cependant jamais complètement que le contenu de l'Evangile, ce n'est pas tout ce qui est renfermé sous la couverture du livre de la Bible, mais la proclamation de la libre grâce de Dieu en Christ» [Précis de VHisloire des Dogmes, trad. Ghoisy, p. 445-446. Paris, Fischbacher, 1893).
3 Meinhold, VVider den Kleinglauben, p. 64 (Fribourg, Mohr, 1895;. Luther, pour apprécier les livres de l'Ecriture, examinait dans quelle mesure ils révélaient le Christ {Christian zeigen) et s'ils avaient une façon évangélique {evangelische Art) : toute l'évolution libérale et moderne du protestantisme n'est-elle point eu germe dans ces premiers exemples d'une appréciation subjec<
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même dans le canon, la théologie moderne prétend expulser d'autres écrits bibliques : Luther est un précurseur ^ . Mais cette dévotion de génie qu'il eut envers la parole de Dieu, et qui déborde en d'admirables pages, ne justifie-t-elle pas les pieuses réserves de la théologie positive au sujet des audaces de l'exégèse'-? Ce n'est point Luther, assurément, qui eût marchandé sa foi à la vérité objective du surnaturel ; il n'y croyait point seulement avec sa raison, mais avec son imagination;
tive? Luther, pour épurer le canon, se fondait sur des raisons de critique dogmatique ; avec Cheumitz. le grand théoloi;ien de la seconde moitié du xvr siècle, on commença d'alléguer des raisons historiques. Voir Lulhardt, Kompendium der Dogmalik, p. 28-29 (Leipzig, Dôrffling, lS9o).
J C'est ce qui permet à M. Rade d'écrire, Der redite evangelische Glaube, p. 24 : « Nous pensons malgré tout, dans notre critique historique, être les vrais disciples de Luther. Il n'a pas eu et n'a pas connu notre critique historique, bien qu'il en ait été un précurseur par des remarques de détail. Mais quand, dans l'Ecriture, nous recueillons notre Christ, et quand, avec ce Christ dans le cœur, nous pesons toutes les autres choses d'après leur rapport avec ce Christ, nous sommes dans le sillage de Luther. »
2 Cette souveraine, disait Luther au sujet de l'Ecriture, doit dominer et régner ; et tous les autres, de quelque nom qu'ils s'appellent, lui doivent être soumis; ils n'en doivent point être les \ maîtres et les juges, mais seulement les pauvres témoins, disciples et adhérents, fussent-ils le pape, Luther, Augustin, ou un ange descendu du ciel. » Les orthodoxes allèguent volontiers ce texte. Voir Rôhricht, Aufzum Kampf wider die libérale Théologie iind fiir Christus imd die Kirche ÎËin Weckruf, p. 16 (Gutersloh, Bertelsmann, 189o). Cf. id., p. 25, cette autre citation, également chère aux orthodoxes : « C'est le plus haut article de notre foi, que le fils de Marie est le fils éternel de Dieu, envoj-é par le Père. » Et ceux qui nient, au contraire, que la foi implique aucune adhésion dogmatique ou l'acceptation d'aucune littéralité, citent cette définition du même Luther : « La foi est la confiance vivante, abandonnée, dans la grâce de Dieu, die lebendige uiid venreyene Zuversicht auf Gotles Gnade » (Meinhold, op. cit., p. 62).
Jésus, Satan, étaient pour lui des physionomies nettes. Mais il a dit en un endroit que les miracles, les prophéties, sont des signes pour les païens, et que « nous devons célébrer les grands et insignes miracles, le Christ brisant quotidiennement la force du démon et assurant le salut des âmes ^ » ; et vous pressentez quel profit un bon disciple de Ritschl peut tirer de ces réflexions, quel commentaire il en peut donner. Il y a tant de façons de lire et d'interpréter Luther- qu'entre ces divers héritiers il ne peut jouer le rôle de médiateur: at-il jamais pressenti, d'ailleurs, le genre de problèmes oii se laisserait engager la Réforme, après trois siècles d'existence, sous les influences combinées du subjectivisme kantien et des divers systèmes panthéistes?
« Jésus répondit : Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité... Pilatc lui demanda: Qu'est-ce que la vérité? Et ayant dit cela, il alla de nouveau vers les Juifs. » C'est dans l'Evangile de l'apôtre Jean qu'on trouve ces lignes. Constamment elles
1 Cité dans Luthardt, Kompendium der DoQinatik, p. 90.
2 M. Harnack, par exemple, reproche à la doctrine de Luther quatre confusions : 1° confusion de l'Evangile et de la doclrina Èvangelii ; 2° confusion de la foi évangélique et de l'ancien dogme; 3° confusion entre la parole de Dieu et l'Ecriture Sainte ; 4° confusion entre la grâce et les sacrements. Et, d'après lui, le rôle du protestantisme contemporain est d'amender ces quatre points de la doctrine luthérienne. Mais il estime qu'en les amendant on ferait acte de fidélité à l'esprit même de Luther, et c'est ce qu'il appelle envisager sérieusement le christianisme de Luther en regard du « tout Luther » {Précis de l'Histoire des Dogmes, traiî. Choisy, p. 444-446. Paris, Fischbacher, 1893).
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nous revenaient à la mémoire, après l'audience et la lecture des théologiens allemands contemporains; elles résument, avec une insurpassable précision, l'esprit et la lettre des dialogues que les diverses écoles protestantes engagent entre elles et qu'elles poursuivent toutes avec Jésus. Que le Maître ait rendu témoignage à la vérité, il n'en est aucune qui ne l'affirme, aucune, même, qui ne s'en montre pieusement édifiée. Mais « qu'est-ce que la vérité ? » Il ne s'agit point seulement de décider quel en est le contenu, quels en sont les dogmes fondamentaux, indissolubles ; longtemps, les « variations » des églises protestantes portèrent sur cet unique objet : la longueur et le détail de leur catéchisme ; mais elles ont, aujourd'hui, une tout autre portée. C'est sur la nature même de la vérité religieuse que s'engagent à présent les discussions.
Cette vérité existe-t-elle en dehors des croyants? répond-elle à une réalité objective? s'impose-t-elle du dehors ? est-elle comme une émigrée de l'audelà? Ou bien serait-elle, au contraire, dans le for intérieur de chacun, le fruit de la conscience personnelle, la résultante de la religiosité individuelle, l'expression et la traduction de la piété intime, serait-elle, en un mot, subjective? C'est à ces termes que se ramène, aujourd'hui, l'antagonisme des écoles de théologie protestante en Allemagne. La vérité religieuse vient-elle de Dieu, ou s'élaboret-elle en chacun de nous ? Au premier cas, elle est ; au second cas, elle devient. Au premier cas, elle risque de gêner la libre science ; au second cas, c'est affaire aux hommes eux-mêmes, auteurs
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et sujets du « devenir » religieux, d'esquiver un pareil risque. Et, dans la première hypothèse, enfin, elle prétend demeurer quelque chose d'instructif, tout comme la science ; dans la seconde, au contraire, elle ne vise à rien plus qu'à émouvoir, à affecter. L'évolution de la pensée protestante en Allemagne, au cours de notre siècle, a développé sans cesse cette dernière conception. Gomment elle s'accommode aux nécessités pratiques, administratives, qu'impliquent la vie et la conduite des diverses églises protestantes, nous le verrons au prochain chapitre.