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CHAPITRE m

l'évolution du protestantisme contemporain les faits

D'une façon toute spéculative, et comme il conviendrait pour de simples opinions d'école, nous avons étudié le conflit des doctrines au sein du protestantisme allemand. Mais c'est une Eglise, et non point une académie religieuse, c'est une société ouverte à toutes les consciences, et non point seulement à quelques esprits distingués, que Luther voulut instituer. Tout de suite les courants théologiques, dès qu'ils ont entraîné quelques intelligences de pasteurs, aspirent à charrier, en foule, les âmes des fidèles ; le choc des affirmations et des négations, de la croyance et des diverses formes d'incroyance, se répercute et se multiplie dans la vie entière de l'Eglise. Sauf dans les « congrès évangéliques sociaux », qui rallient les différentes fractions du protestantisme *, le

' Sur les congrès évangéliques sociaux, voir ci-dessous, chapitre IV. Même dans ces congrès, les divergences théologiques ont parfois éclaté, tantôt brutalement et tantôt discrètement : brutalement au Congrès de Francfort-sur-le-Mein, en 1894,

souvenir des antagonismes dogmatiques maintient, entre protestants de bonne volonté, des barrières de défiance : c'est ainsi que l'Association de Gustave-Adolphe et la Ligue évangélique, créées, disait-on, par des libéraux et destinées à la diffusion du protestantisme, eurent à combattre, quelque temps durant, la malveillante réserve des orthodoxes ^ Rarement un théologien croit au

lorsque M. Weiker, pasteur de Hesse, orthodoxe implacable, invita M. Harnack à faire une pénitence d'Eglise; — discrètement au congrès d'Erfurt, en 189:;. à l'occasion d'un rapport de M. Furrer, de Zurich, sur le christianisme et les sciences naturelles: M. le pasteur Stocker aj-ant insisté sur le récit biblique de la création, M. le candidat de Brucker déclara que beaucoup d'ouvriers sont détournés du christianisme par ces enfantillages (Bericht ûber den sechsten evanr^elisch-socialen Kongress, p. 37 et 42. Berlin, Wiegandt, 1895). Un certain nombre de théologiens positifs ont toujours conservé contre ces congrès éclectiques une hostilité latente, estimant qu'en laissant dans l'effacement les croj-ances positives on favorise la « victoire des négatifs » (Rôder, Der evangeiisch-sociale Kongress in Frankfurt, p. 3 et 9. Stuttgart, Belser, 1895). M. de Nathusius, après avoir pris part aux premiers congrès sociaux, s'abstint de celui d'Erfurt, en 1895, pour des raisons en grande partie théologiques (D. ev. Kz., 1895, p. 213- 214 et 243). Et la Kreuzzeitiing, en 1896, se félicita du demi-échec du Congrès de Stuttgart, en déclarant que ce qui importe, c'est « un rapport correct avec la vérité chrétienne », et que. d'un « rassemblement de baptisés évangéliques », on ne peut rien espérer de sérieux {Chronik, 1896, p. 235).

1 L'organisation des missions en pays païen subit la répercussion des différends théologiques (Voir Chronik, 1893, p. 103) ;M.le pasteur Warneck le déplore : « Qu'importent nos divisions aux Cafres et aux Maoris ? » {Allgemeine Missionszeitschrift, 1893, p. 91). Certaines sociétés de missions se rattachent à une nuance théologique exclusive ; par exemple YAllgemeiner evangelisch-prolestantischer Missionsverein, fondé à Francfort en 1883 par les libéraux ';Gundert, Die evangelische Mission, 3° édit., p. 30. Calw, 1894). — Sur les difficultés que rencontra à l'origine le Gustav-Adolf Verein en raison des divergences théologiques, voir Wurster ; Die Lehre der inneren Mission, p. 58 (Berlin, Reuther, 1895), et 8 irtout Karl Zimmermann: Der Gustav-Adolf Verein, -ç. 101 et

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désintéressement de ses adversaires; bien plutôt il les soupçonne, lorsqu'il les voit apôtres, de vouloir gagner, non point des âmes à Dieu, mais des cerveaux à leur doctrine. Dans les universités, les écoles rivales passent la revue de leurs forces et font l'épreuve de leurs armes ; mais c'est au champ clos des communautés qu'elles prétendent descendre pour préparer lentement la collision décisive, suprême, entre ceux qui veulent retarder l'évolution du protestantisme et ceux qui la veulent précipiter. Dans quelle mesure, au prix de quels inconvénients, survit à ces hostilités intestines une certaine unité de lEglise protestante ? à ces inconvénients, quels remèdes pourraient être apportés? mais quels obstacles s'opposent à l'application de CCS remèdes ? Voilà ce qu'il nous faut à présent chercher.

Si les simples fidèles, par tout l'Empire, prenaient une part active aux luttes théologiques,

«uiv. (Dariustadt, Zcrnin, 1878). M. Zimmermann, fondateur de l'Association de GustaA'e-AdoIphe, cite en particulier le mot de Hengstenberg, le théologien orthodoxe contemporain de Frédéric- Guillaume IV, qui appelait le Gustav-Adolf Verein « un grand mcusonge », et appliquait à cette association la terrible menace de Jésus contre « les plantes que le Père céleste n'a pas plantées ». — Quant aux résistances que rencontra dans les sphères positives VEvangelischer Dund, réputé libéral, voir Wurm : Die MoçiUchkeit eines ehrlichen iind {lescfiuetcn Zusammenirirkens von kirchlich-konservaliven und liberalen Ê/emenien (Leipzig, Brauû), et D. eu. /û., 1892, p. 374.

l'apparente unité de l'étaWîssement religieux disparaîtrait. Il sufîit, pour s'en convaincre, d'observer ce qui se passe en Bade, ou à Berlin, lorsqu'on renouvelle les représentations des communautés : entre les deux listes opposées, « croyante » et libérale, les polémiques se déchaînent ; les libéraux publient des appels contre la « servitude spirituelle », contre les « hypocrites », contre les « porteurs de manteaux ' » ; et les « croyants » rendent injure pour injure. Après le vote, l'àpreté des haines subsiste : vaincus en Bade en 1895, les orthodoxes traitèrent de sots fîefies [ausgemachte TrOpfe "-) la majorité des électeurs, et se plaignirent d'ailleurs que certains fanatiques de l'irréligion se fussent pressés aux urnes pour faire triompher, dans l'Eglise, les opinions les plus avancées. ^ Echauffé par ces arguments un peu grossiers qu'on appelle des arguments électoraux, le suffrage universel, en l'espèce, laisse volontiers aux théologiens de profession l'art et l'intelligence des nuances ; aux subtiles cottes de mailles, aux jolis et pénétrants stylets, que l'école de Ritschl a forgés

i Sur les élections de Berlin en 1893, voir la D. ev. Ks., 1895, p. 417. Les insultes dont nous donnons ici des échantillons sont extraites d'un manifeste des libéraux, en 1893. à Toccasion des élections delà Ziongemeinde à Berlin ; on en trouve le texte dans la D. ev. Kz., 1803,'p. 93-94. — Cf., même revue, 1894, p. 406-407, le manifeste des libéraux en 1894 pour les élections de la paroisse Saint-Thomas à Berlin.

2 Nous avons trouvé l'expression dans la Badische Landpost, journal protestant-conservateur de Bade, en janvier 1895.

3 On trouve la même plainte, à l'occasion des élections de Berlin, dans un article de la D. ev. Kz., 1894, p. 381-382, article commentant une lettre officielle de M. le surintendant général Faber, qui conseillait d'éviter l'agitation de partiel d'éloigner tout esprit de haine.

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pour une élite, le commun des laïques préfèrent, lorsqu'ils se mêlent en ces bagarres, la lourde artillerie de l'orthodoxie ou du vieux libéralisme, grosses affirmations qu'aisément ils saisissent, gros mots aussi, parfois, qu'aisément ils redisent ; ce n'est point une vertu plébéienne que l'élégance théologique. Mais cet attrait des ouailles pour des discussions qui les dépassent est un fait exceptionnel. Dans les communautés, mettez à part une élite, qui s'intéresse aux choses d'Eglise, et qui, lorsqu'il est besoin, pétitionne, proteste, et fait du bruit au nom de la masse : cette masse ellemême se répartit en deux groupes, dont les uns, docilement pieux, suivent le pasteur tel qu'il est, et dont les autres, indifférents, le négligent quel qu'il soit.

Tièdes ou dévots, pourtant, il est un cas oîi presque tous deviennent attentifs et volontiers susceptibles : c'est lorsque des doutes s'élèvent sur la loyauté du pasteur. De ses rapports avec les autorités de l'Eglise, de son orthodoxie, de sa foi en un mot, on s'inquiéterait assez peu ; mais ce qu'on épie, ce sont ses rapports avec sa conscience, sa sincérité, sa bonne foi, bref son état d'âme ; et parmi le branle-bas des négations théologiques, l'âme d'un pasteur est parfois fort oscillante et par là même endolorie. Au contact de ses manuels, au pied des chaires universitaires, il a appris à critiquer le dogme ; on a mis à nu, sous ses yeux, ce que l'Ecriture et le symbole renfermaient d'erreurs ou d'interpolations humaines ; et ces détails se sont j2;Tavés dans sa mémoire avant que les vérités divines, exprimées en ces documents sacrés,

n'aient mis leur empreinte dans son cœur. Par surcroît, les grands faits de l'histoire évan£:élique sont pour lui comme une écorce, que la hache de la critique a fait tomber. On lui assigne une paroisse ; il y doit prêcher ce dogme, expliquer ces grands faits, les célébrer même ; car précisément les fêtes de la communauté, Noël, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, en ramènent l'anniversaire ^ Pour être fidèle, tout ensemble, à ses professeurs d'hier et à sa profession d'aujourd'hui, comment s'y prendra-t-il ? Il n'y a qu'un recours : c'est l'équivoque.

S"indigner est facile ; mais l'équivoque, ici, loin de trahir une hichcté, traduit une nécessité ^ ; et si la cohésion de l'Eglise protestante requiert, comme une condition sine qua non, l'emploi de ce procédé, pourquoi l'impuissante orthodoxie dénonce-t-elle si durement ceux qui s'en servent ? De ces accommodements avec le ciel, commandés par l'intérêt même du ciel, Fliistoire de la Réforme est d'ailleurs toute pleine. Le théologien Bahrdt, un triste personnage au demeurant, disait au xviii" siècle : « On n'a qu'à prononcer le nom de Jésus bien fréquemment, pour persuader ù la

i Voir à ce sujet les observations inquiètes d'un théologien orthodoxe, M. le professeur Grenier, W'arum kônnen wir clas apostolische Glaubensbekennlnis nicht aufgebeni p. 3G-37 (Berlin, \\^iegandt, 1893).

2 C'est celte nécessité que peut-être oublie M. le pasteur Drej'er lorsqu'il écrit avec un courage éuju : « L'esprit de vérilr, la rigueur de conscience de Luther, seraient donc oubliés parmi nous? Sinon, quiconque veut parler des choses saintes devrait avoir ce principe souverain de ne jamais dire un mot de la vérité duquel il ne soit pleinement convaincu.» {Undogmatischer C'hristenlum, p. 52, Brunswick, Schwetschke, 18901.

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grande masse que l'on enseigne le vrai christianisme ^... » Son contemporain, Semler, homme de science et de foi, professait une religion subjective ; « mais de peur que l'institution si utile de la communauté chrétienne ne fût ébranlée, il consentait à s'accommoder, si ce n'est aux idées, du moins aux termes conventionnels, et à s'associer au culte de la communauté, alors même qu'il ne partageait plus les convictions qu'il était chargé d'exprimer ». C'est M. Lichtenberger, en son instructive Histoire des Idées religieuses en Allemagne^ qui rend à Semler cet hommage-. « Il faut avoir une pensée de derrière la tête et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple. » Strauss, chargé d'édifier, au fond de la Souabe, quelques âmes rurales, racontait cette tactique à son ami Marcklin 3. On s'est, il y a deux ans, scandalisé, dans certains cercles croyants, de cette phrase de M. Meinhold, professeur à Bonn : « Si une vieille petite mère me parle du bienheureux Abraham, je ne la trouble pas, je me réjouis de la simplicité de sa foi, et je pense à cette parole du Christ, que quiconque ne recevra pas HP»royaume de Dieu comme un enfant n'y enïrora point ^. » De quelque irrévérence qu'elle témoigne pour la vieille petite mère, pour Abraham, peut-être môme pour le royaume de Dieu, une telle maxime

* Lichtenberger, Histoire des Idées religieuses en Allemaijne depuis le xviii' siècle jusqu'à nos Jou7's, 2' édit., I, p. 63 (Paris, Fischbacher, 1888).

2 LichtenberfTer, op. cit., I, p. 119.

3 Cherbuliez, Etudes de Littérature et d'Art, p. 1:^5.

* Meinhold, W'ider den Kleinglauben, p. 78 (Kriltourg, Mohr, 1895).

n'a rien de plus étrange que la conduite de M. Pileiderer, le célèbre professeur de Berlin, qui conteste, devant les étudiants, l'apparition de Jésus sur le lac de Génésareth, racontée dans l'Evangile de Jean, et qui, devant les fidèles, à la Quasimodo de 1881, prêcha, dit-on, sur cette apparition ^ « Le mensonge dans les chaires est pire que le manque de chaires, » s'écriait, il y a deux ans, un pasteur croyant de Hambourg, M. Glage, bientôt châtié par ses supérieurs pour son appel à la franchise et pour son exemple de franchise 2. H avait souvenance, peut-être, d'un gracieux distique inscrit sur les murs de la Wartburg : « Lorsque le cœur et la bouche sont d'accord, c'est bien la meilleure musique". » Mais si ce distique est aujourd'hui lettre morte, la faute en est-elle aux prédicateurs, ou bien au travail théologique qui a divisé l'Eglise contre elle-même ?

Une Bretonne, un jour, entendant Ernest Renan parler du « divin », trouva qu'il causait comme M. le recteur, et même mieux ; et certaines personnes, plus confiantes que sagaces, ne virent point de différences entre la VJe de Jésus et un livre d'édification. Si sévères que soient les théologiens d'Allemagne pour la science d'Ernest Renan, il serait un excellent maître de rhétorique pour beaucoup de prédicateurs, qui cherchent à pro-

1 Le fait est rapporté dans Rôhricht, Auf zum Kampf wider die libérale Théologie; p. 30-31 (Giïtersloh, Bertelsmann, 1893).

2 Max Glage, Notschrei an die Christen auf und unter den Kanzebi Hanibiuyjs, p. 13 (nambourg, Herold, 1894).

3 Dus viuii die beste Musik sein,

Wenn Mitnd und Herz stimint Uberein.

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duire sur leur auditoire l'impression qu'il fit, à son insu, sur la paysanne bretonne. L'art suprême, la souplesse accomplie, consiste, devant une communauté croyante, à prêcher comme si l'on croyait, et devant un auditoire mêlé d'orthodoxes et de libéraux, à satisfaire les uns et les autres. On se rappelle la réflexion de Marguerite sur le mystique pathos de Faust : « Le prêtre dit bien à peu près la même chose, mais avec des mots un peu différents. — En tous lieux, réplique Faust, tous les cœurs que la clarté des cieux illumine parlent ainsi chacun dans sa langue ; pourquoi ne le ferais-je pas, moi, dans la mienne ? » Et Marguerite, alors, de reprendre: « A l'entendre ainsi, la chose peut paraître raisonnable. Cependant j'y trouve encore du louche, car tu n'as point de christianisme ^. » Les prédicateurs incroyants, en Allemagne, procèdent souvent comme Faust, et les auditeurs croyants n'ont pas toujours le flair da Marguerite -.

* Das ailes ist recht, schôn und gut;

Unnefâhr sagt das dei- Pfavrer auch,

Niir mit ein bisschen andern Worien.

Wenn man's so hôri, mochl's leidlich scheinen,

Es sieht aber doch schief darian,

Denn du hast kein Chrislentum!

2 II y a pourtant, dans le « libéralisme » de certains pasteurs incroyants, quelque chose de desséchant qui empoche leurs prêches d'éveiller une impression religieuse dans l'àme même des auditeurs incroyants. C'est ce que remarque M. Dreyer, pasteur à Meiningen. Peu suspect de tendresses pour l'orthodoxie, il reconnaît que parfois les fidèles libéraux ont le sentiment que des pasteurs orthodoxes sciaient mieux faits pour l'office spirituel et que l'orthodoxie possède certaines vertus essentiel es, qui font défaut au libéralisme {Undogmatisches Chrislentum, p. 19 Brunswick, Schweltschke, ISOûJ.

132 L ALLEMAGNE KELlGlliUSE

De cette élasticité qu'on peut atteindre dans l'exposition du dogme, M. le professeur Herrmann se pique de donner un exemple, à propos de cet article du symbole: « Conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie. » Il fera comprendre aux orthodoxes que, « pour la foi, cela veut dire que Jésus, en nous rachetant, nous convainc qu'il n'est point un produit du développement naturel de l'humanité, mais qu'en lui Dieu lui-même fait son entrée dans l'histoire humaine » ; et quant aux prétendus «incroyants, » il les préviendra que, du moment qu'ils ont confiance en Christ, ils ont « saisi la pensée qu'exprime le symbole * ». Observez pourtant que, pour tenir un tel langage, il faudrait que le pasteur appartint à la théologie « moderne » et que sa foi, comme le dit ailleurs M. Herrmann, fût comme un diamant nettoyé de sa gangue, — la gangue, ce sont les croyances des orthodoxes. Et ceux-ci de traduire qu'au jugement de M. Herrmann le prédicateur le plus séant pour tous, dévots et incrédules, ne saurait être qu'un incrédule : on comprend qu'ils s'emportèrent contre une pareille conclusion. C'était en 1893 : ils trouvèrent un écho, légèrement inattendu, dans une longue lettre pastorale des surintendants de Hesse-Cassel.

« Nous ne pouvons admettre, disait celte lettre, lorsqu'il s'agit d'entrer dans la charge où l'on prêche la Rédemption, qu'il soit question d'un autre Christ que du Seigneur-Christ effectif {loirklich), tel que les évan-

1 Herrmann, Warum handelt es sich in dem Slreit um das Aposlolikum ? p. 31-33. Leipzig, Grimow, 1893;. — AI. Guillaume Herrmann, né en 1846, est prol'esseur à Marbourg.

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gélistes et les apôtres l'ont annoncé et à qui l'Eg-Iise a cru et croit encore jusqu'à ce jour, conformément ù ses symboles, spécialement au symbole apostolique, qui nous met sous les yeux, dans ses grandes lignes, l'image du Seigneur... C'est maintenant un fait notoire, que, de nos jours, on s'efforce de substituer à ce Christ l'image d'un Christ prétendu historique^ qu'aucune source historique ne nous fournit, que nous ne trouvons ni dans les lettres des apôtres ni dans un seul des évangiles, et dont on ramasse les traits çà et là dans les évangiles en écartant tout ce qui paraît choquer le sens propre, la pensée personnelle, — l'image d'un simple fils de l'homme, dont on ne veut connaître ni la naissance de toute éternité, malgré les témoignages que, d'après touslesevangiles.il en a donnés lui-même, ni la résurrection effective, ni le séjour sur terre après sa mort... On nous enseigne maintenant que la vraie foi évangélique, séparée des grands événements qu'a concertés Dieu pour le salut, doit reposer uniquement sur l'impression du Christ humain « historique », et que, subsidiairement, ce point de départ étant admis, les pensées religieuses {Glaubensgedanlien) qui concernent ces événements eux-mêmes, naissance, mort, résurrection et ascension du Christ, prendront une forme différente dans les différents individus, mais que cela n'intéresse en aucune façon l'essence de la foi, puisque, pour la foi, ces matières n'ont point une importance essentielle. On nous dit que les prédicateurs doivent avoir pour mission, non point d'annoncer les actes de Dieu pour notre rédemption, comme les célèbre la chrétienté dans ses grandes fêtes, mais bien plutôt d'annoncer leurs propres pensées religieuses [Glaubenxgedanken), que par là ils servent aussi bien les membres de la communauté chrétienne, qui conservent une fidélité coutumiôre au symbole, que ceux qui, par l'histoire mémo de leur vie spirituelle, résultant de l'action divine, ont

été arrachés à cette accoutumance ; et qu'il devient donc tout à fait indifférent de savoir auquel des deux groupes le pasteur lui-même appartient... Nous ne pouvons point acquiescer à ces conseils, par lesquels on donnerait accès à une doctrine nouvelle... Que dirait Luther à des prédicateurs qui songeraient à remplir leur office avec une telle théorie d'équivoque ? Au lieu de réclamer des candidats qu'ils fassent preuve de leur aptitude à traiter le symbole d'une pareille façon, nous devons plutôt dénoncer, comme une dangereuse tentation, ces conseils qu'on insinue ànos ecclésiastiques; d'admeître à une fonction un homme qui aurait de pareilles pensées, nous n'en prendrions pas la responsabilité, tant pour sa propre conscience que pour celle de la communauté. Il n'échapperait point à la tentation de jouer un double jeu et de professer de bouche des enseignements qu'il ne pourrait justifier aux yeux de sa conscience que par des réserves mentales. La communauté aurait toujours à craindre d'être trompée sur l'objet de sa foi... Celui qui ne peut plus, à Noël, au Vendredi- Saint, à Pâques, à l'Ascension, à la Pentecôte, célébrer avec nos communautés les grands actes de Dieu pour notre salut, celui-là doit loyalement s'abstenir de rechercher, dans nos églises, une fonction ecclésiastique '... »

Il paraîtrait qu'en effet, parmi les fidèles, la confiance s'en va. « Croyez-vous à ce que vous nie dites ? » demande un malade au candidat en théologie assis près de son chevet 2; et sous la gros-

1 Chronik, 1893, p. 149 et suiv.

2 Le trait est rapporté par M. Hering : Unsere persônliche Stellung zum (jeistlichen Beruf, p. 1 (Gôttingue, Huprecht, 18.^5). Ce n'est pas d'aujourd'hui, semble-t-il, que les laïques, dans le proti'stantisme allemand, mettent en doute la bonne foi des thôologiens. M. Lichtenberger, Histoire des Idées religieuses, I, p. 77, parlant du grand émoi qui suivit la publication par Lessiog des hagraenls de l'orienta'iste Reimarus, ioit subversifs pourleNou-

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sière accusation de duplicité, exploitée par les publicistcs des sectes indépendantes, comme M. Cari Scholl *, et par les journaux socialistes, chancelle le crédit du clergé tout entier. Ce sont surtout les maîtres d'école, ses auxiliaires officiels pour le catéchisme, qui dessillent les yeux. Longtemps ils réclamèrent une édition scolaire de la Bible ; on leur ajourna cette satisfaction, parce qu'on craignait de s'entendre malaisément, entre orthodoxes et libéraux, sur le choix des fragments bibliques. De crainte que les incroyants ne voulussent expulser les récits miraculeux, certains croyants voulaient donner à l'enfance la Bible intégrale : « Tout est pur pour les purs, » observaient-ils. Finalement, pour rédiger à Brème un livre de lectures bibliques qui ne pût encourir la suspicion d'aucune fraction théologique, onze théologiens et vingt-neuf pédagogues, d'opinions et de tendances diverses, collaborèrent ~. Que, surpris de tous ces manèges, les instituteurs prêtent l'oreille; qu'ils entendent dire qu'on dédaigne et

veau Testament, s'exprime en ces ;eraies : «Il y eiitbeanronp de lectem's qiii afiirmèrent que la^ Fragments étaicu'. inéruIiiLLcs : les ihéologiens p luvaient bien multiplier leurs répliques, mais nul ne pouvait savoir s'ils ajoutaient foi eux-mêmes à ce qu'ils écrivaient. »

1 En pariiculier dans sa brochure : Dns Staatsfjfep'lhrliche der freien religiôsen Gemeinden (Bamberg, Ilandels-Draclierei, 1895).

2 Sur la Composition de la Schulbihel de Brème, publiée en 189 'j, voir Kdmund Oppermann : Die Schulbibelfrage, ihre Geschichte, Bedeutnng und ihr gegenwârtiger Stand, p. 41-13 (Géra, Hofmann, 1896). Il est très instructif de suivre, dans cette brochure, les diverses raisons allé-uées contre l'introduction d'une Bible scolaire ; on y voit que, si beaucoup de croj'ants y sont hostiles, c'est de peur que les incroyants, en faisant un choix dans la Bible, n'en retranchent le surnaturel.

qu'on réfute, à l'université, les vieux dogmes qu'ils ont mission d'enseigner aux enfants ; alors, écrit M. le pasteur Seydel, de Berlin, « ils se croient dupés et trompés par les pasteurs, qui se serviraient d'eux pour tromper le peuple et le maintenir dans sa sottise. Et cette pensée, qu'il leur a fallu devenir des instruments de mensonge, contient tant de poison que l'estime qu'ils avaient jusque-là pour toute notion religieuse se peut changer en haine, et que, dès linstant d'une telle, révélation, ils considèrent comme leur devoir d'être ennemis des pasteurs. » M. Seydel, adepte du libéralisme, conclut que les archaïsmes dogmatiques devraient être bannis du catéchisme, et que l'esprit de liberté qui souffle dans les universités devrait circuler partout *.

Moyennant une certaine technique du genre vague, la prédication, le catéchisme même s'assouplissent aux exigences simultanées des écoles théologiques les plus divergentes. Mais le mobilier du temple ne se réduit point à la chaire ; non loin d'elle, il y a l'autel. Intendante des services divins, des baptêmes, des confirmations, des ordinations, la liturgie prétend à une certaine fixité;

1 Seydel, Wie gewinnl die evangelisclie Kirche ihre verlorenen Glieder wieder? p. 28-29 et 33 (Berlin, Haack, 1895).

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elle est la même pour toutes les communautés et pour tous les pasteurs d'une église, sous le contrôle des autorités administratives; et, dans une mesure plus ou moins large suivant les Etats de l'Allemagne, elle impose, en des circonstances déterminées, l'usage du symbole apostolique.

Pour les orthodoxes, rien certes n'est plus naturel ; mais il n'en faut pas plus, d'autre part, pour que les libéraux protestent, pour que les théologiens du « juste milieu » s'inquiètent, et pour que les disciples du ritschlianisme épiloguent longuement. Des milliers de protestants ne croient plus au symbole : première objection, qu'on justifie par des faits K Imposer à quelqu'un, pasteur ou fidèle, la récitation du symbole, c'est l'obliger à professer la foi d'autrui, une foi qu'il n'a pas personnellement conçue : seconde objection, que semblent légitimer les principes individualistes de la Réforme, développés par Schleiermacher, épuisés par Ritschl -. Enfin, une fois grattées, ces vieilles effigies, qui sont les phrases du symbole,

1 Voir en particulier Brieger: Die fortschreitende Entfremdunçf von der Kirche (Leipzig, Hinrichs, 1894), et Seydel : Wie gewinnt die evanaeliche Kirche ihre verlorenen Glieder wieder ? (Berlin, Haack, 1895.)

- Pour iM. Herrmann, de Marbourg, les théories orthodoxes sur le symbole conduisent à Timpiété ou à l'hypocrisie. Si ces théories avaient le succès qu'elles réclament, dit-il, les chrétiens ne seraient plus des « témoins » {Zeiigen), ils seraient des « rapporteurs » [Referenlen). « Tout jugement historique qui ne résulte pas de la recherche personnelle, ou qui ne se forme pas de luimême, comme une accoutumance, sous l'influence discrète de l'autorité, mais qui est seulement produit par une décision, est une séparation de l'âme d'avec Dieu, un engagement dans la voie du mensonge » (Herrmann, Warum liandelt es sich in dem Slreit um das Apostolikum? p. 1 et 17. (Leipzig, Grunow, 1893).

les vérités évangéliques, monnaies précieuses, pourraient être frappées à neuf*; et précisément « la théologie, en même temps qu'elle rend intelligibles les anciennes formes de la loi chrétienne, doit, d'après M. Harnack, suivre les signes impérieux de l'histoire et enseigner d'une nouvelle façon l'antique vérité 2 ». Voilà une troisième objection, précisée, développée par un examen critique du symbole lui-même, d'oïi l'on conclut que le symbole est, tout à la fois, trop surchargé et trop indigent.

M. Harnack et ses disciples en font la preuve. Ils signalent, dansle symbole, des parties parasites : le Saint-Esprit, disent-ils, en qui les premiers chrétiens voyaient un don de Dieu, acquiert, dans ce document tardif, le rôle d'une personne divine ; l'élévation de Jésus au ciel, très vaguement mentionnée, à l'origine, en une sorte de glose qui suivait et délayait le récit de la résurrection, prend l'importance d'un épisode historique, d'un miracle distinct; enfin les versets : « conçu du Saint- Esprit, né de la Vierge Marie » sont, paraît-il, démentis par deux évangiles sur quatre, par un manuscrit syrien récemment découvert, par des généalogies du Christ, enfin par le récit du baptême de Jésus, oii Dieu le père dit à son fils, au

1 Gôhre, Dreî Monate Fahrikarheitei\ p. 218 (Leipzig, Grunow, 1891), demande aux pasteurs de « briser les vieilles formes », d'employer de nouvelles effigies {neue Auspràgnngen), d'adapter les conceptions dogmatiques à l'intelligence de 1' « homme moderne ». Gremer, orthodoxe, proteste contre ces désirs (Cfo'istliche Welt, 1892, p. 1038-1039).

2 Harnack, Antwort auf die Streitschrift D. Cremers, p. 29 (Leipzig, Grtnow, 1892).

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sens de M. Harnack, non point : « J'ai mis en toi toute ma complaisance, » mais : « Je t'ai engendré aujourd'hui ^ ». Même en passant condamnation sur ces excroissances, l'école de M. Harnack maintiendrait que la vieille tradition chrétienne sur Jésus, loin d'être une vérité historique supérieure à tous les doutes, fut forgée comme une arme pour combattre le gnosticisme, et qu'en assistant au culte superstitieux d'une pareille tradition depuis près de deux mille ans on croit proprement rêver ~.

D'autre part, le symbole est trop indigent. Derrière cette végétation de formules, la personne du Christ disparaît ^ ; et l'on ne saisit plus l'objet essentiel de la croyance évangélique, le pardon des péchés obtenu par la foi et procuré par Jésus. Ritschl, dès 1873, écrivait à l'un de ses correspondants que le symbole ne pouvait être une profession de foi, n'étant point une prière; et il ajoutait : « Même comme règle d'enseignement, il est incomplet, et, par suite, insuffisant. On y trouve maints détails indifférents, et l'essentiel y manque, c'est-à-dire l'enseignement du royaume de Dieu et

1 Voir, pour le développement de ces idées, l'écrit, fort répandu, de M. Harnack : Das Aposlolische Glaubensbekenninis, 26° édit. (Berlin, Haack, 1893); et les deux opuscules dus à l'un de ses disciples : Geboren von der Jungfrau, et das BeJcenntnis zum geschichtlichen Christentum (Berlin, Walther, 18Do) ; en particulier le second, p. 26.

2 Das Bekennlnis zum geschichtlichen Christentum, p. 16 et 41.

3 Sulze, Profestantische Kirchenzeifung filr evangeUsches Deutsehland, 1895, n° 25, p. 579 : « Ce qui nous force précisément à combattre le dogmatisme, c'est qu'il relègue à l'écart la personne de Jésus au profit d'une formule. »

de notre filiation à l'égard de Dieu K » Bref, le superflu qu'on dénonce dans le symbole, c'est ce qu'on rejette du christianisme ; le nécessaire dont on y déplore l'absence, c'est la variété de christianisme qu'on s'est à soi-même inventée.

De ces critiques générales, auxquelles MM. Harnack et Kattenbusch joignent de savants aperçus historiques sur le symbole 2, on passe aux diverses cérémonies où cette profession de foi figure. Au baptême, que vient-il faire ? Ce n'est point en une foi, c'est en Christ que l'enfant doit être baptisé ^ ; et puisque l'adulte compte sur le baptême et sur les influences de la communauté pour progresser dans la croyance, lui demander, avant son baptême, la récitation d'un symbole vénéré par les dévots comme l'expression la pbis mûre de la foi, c'est commettre un aussi grave anachronisme que si l'on exigeait d'un arbre, à l'instant même de la plantation, des fruits d'une maturité parfaite : la comparaison est de M. le pasteur de Soden, de Berlin ^. Pour la confirmation, qui constate et qui scelle l'initiative du chrétien évangélique, qu'a-ton besoin du symbole ? Outre que les enfants n'en savent point saisir les formules, une profession de foi librement composée, personnellement énoncée

' Cette lettre est citée dans la Clironik der chrisllichen Well du 23 mars 1893.

2 Ferdinand Kattenbusch, Zur Wûrdigung des Apostolikuma {Leipzig, Gmnow, 1892) ; et Harnack, Das apostolische Glaubensbekenntnis, 26- édit. (Berlin, Haack, 1893).

3 Von Soden, Chr. W., 1893, p. 933, blâme la formule : <f baptiser en cette foi, taufen avf dlesen Glauben ».

* Von Soden, Chr. W., 1893, d. 934.

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par chacun d'eux, n'aurait-elle pas plus de valeur ^ ? Que pour tous les jeunes chrétiens admis à la confirmation une adhésion puJ3Îique à une formule définie soit obligatoire, cela paraît à M. Bornemann, de Magdebourg, une immoralité, une impiété -. Et quant à l'ordination, enfin, il est permis de supposer, chez les futurs pasteurs, des doutes à l'endroit du vieux symbole, et une aptitude d'élite à se faire eux-mêmes leur foi : est-il légitime de négliger leurs doutes en les voulant enchaîner au symbole, et ne ferait-on pas mieux d'éprouver leur aptitude en les priant d'énoncer leur croyance individuelle ^ ?

D'une façon logique, cette série de conséquences est déduite par les théologiens libéraux ou « modernes » : pour plaider la cause de la liberté, la Réforme n'est jamais à court d'arguments. C'est une ingrate tâche, pour les orthodoxes, d'établir les droits de l'autorité, de commander le respect

1 M. Kôhlcr, conseiller de consistoire à Darmstadt, souhaite que la corifîi'malion ne soit pas « un examen de catéchisme » ; il ciie, à l'appui de sa thèse, l'exemple de Carlos de Gagern, qui avait été instruit de la religion par un disciple de Schleiermacher, et qui, à la cérémonie de la confirmation, après la récitation du Credo par le pasteur et l'invitation : « Si vous croyez cela, confirmez-le par un Oui perceptible, » répondit très hautement un A'em, étouiïé par les Ja de ses camarades {Das Apostolikum aïs Tauf und Konfirmationsbekenntnis, p. 20. Leipzig, Grunow, 1894).

2 Borncmann, Bitlere Wahrheiteii, p. SfJ-S'J. De mùme M. de Soden, Chr\ W., 1893, p. 937, regrette qu'on impose aux enfants la récitation d'un symbole sur lequel ils ne peuvent pas avoir encore d'opinion personneHe.

3 C'est ce que souhaite M. Ilerrmann, Warum handelt es sich in dem Streit um das Aposlolikinn'l p. 24 (Leipzig, Grunow, 1893); une profession de foi personnelle lui semble plus conforme au caractère subjectif de la foi.

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du symbole, de réclamer enfin une déférence uniforme aux habitudes liturgiques et aux traditions dogmatiques de la communauté. On leur objecte la « Formule de concorde », document luthérien du XVI* siècle, où les symboles sont présentés simplement comme un « témoignage » et une « énonciation » de la foi, et oii l'Ecriture est proclamée « juge » de cette foi ^ Ce texte, gênant pour les prétentions orthodoxes, offre aux incroyants un échappatoire ; puisqu'en dernier ressort l'Ecriture est juge, ils finiront par adhérer au symbole, non parce que, mais autant que sa conformité avec l'Ecriture sera pour eux évidente. « Restriction mentale ! » s'exclame M. le Pasteur Glage ~. Préférerait-il l'excuse du célèbre pasteur de Sydow, de Berlin, qui déchirait le symbole devant ses collègues de la libérale « Association protestante », et qui le prononçait, pourtant, devant la communauté ? A quelqu'un qui s'en étonnait : « Je ne professe pas ces articles, répondait-il, je les lis. » Une revue luthérienne accusa Berlin d'avoir, en cette circonstance, « offert au monde le spectacle d'un mensonge jésuitique » ; mais si l'on n'avait point tracassé M. de Sydow, le « mensonge » eût pris moins de relief ^ ; et lorsque les incroyants

1 On lit, dans la préface de la Concordien formel : « Bleibt allein die heil. Schrift der einige Richter, Reyel und Riclilschnur. Die anderen Symbole und angezogene Schriften sind nicht Richter, wle die heilige Schrift, sondern allein Zeugnis und Erklurung des Glaubens » (Cité dans Kôhler, Lehrbuch des deutsch-evangelischen Kirchenrechts, p. 11. Berlin, Reuther, 1896.)

2 Max Glage, Notschrei an den Chrislen auf und unter den Kanzeln Hamburgs, p. 8 (Hambourg, Ilerold, 1894.)

' Lisco, Akten zu meiner Arntsenlselzung, p. 1 (Berlin, Mïillcr, 1893), et Cari SclioU, Das Staatsgcfàhrliche der freien religiosen

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sont flétris comme des auteurs de scandale ; ils peuvent demander, de fort bonne foi, si la faute en est à leurs manèges, toujours discrets, souvent onctueux, ou bien à l'impitoyable étalage, qu'en fait l'école adverse. Pour satisfaire, en dépit de leurs négations, les consistoires et l'élite croyante des communautés, ils se fient à certaines réticences, pardonnées ou admirées par les habiles, inaperçues des simples : dans le silence on pourrait s'entendre... mais seulement dans le silence ; et pourquoi donc les orthodoxes font-ils si souvent du fracas ^ ?

Parfois, à vrai dire, parmi les incroyants euxmêmes, se produisent certains éclats. L'affaire Schrempf, l'affaire Lisco, l'affaire Steudel, pour ne citer que les principales, ont bruyamment rempli les dernières années. A ces trois pasteurs, affamés de franchise, épris des situations nettes, il répugnait de paraître affirmer, par la récitation liturgique du symbole, une foi qui n'était pas la leur.

Gemeinden, p. 12 (Bamberg, Handels-Druckerei, 189S) : c'est M. SchoU qui parle de « mensonge. »

1 M. Kûbel, Ueber den Unterschied zwischen der positiven und der liheralen Richtungin devmodernen Théologie, 2" édit., p. 292 (Munich, Beck, 1893), déclare que le langage systématiquement équivoque des prédicateurs est une vériiable misère de la vie ecclésiastique, wahrer Jammer unseres Kirchenlebens.

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