U4 L'ALLEMAGNE RELIGIEUSE
Lorsque, en 188 i-, M. Christophe Schrempf, alors âgé de vingt-quatre ans, devint curé de Leuzendorf, il déclara loyalement aux autorités religieuses du Wurtemberg qu'il ne prôchorait que les trois évangiles synoptiques ; elles le tinrent quitte de tout surplus i ; et M. Schrempf, tout en repoussant, comme n'étant pas formellement contenues dans les synoptiques, la Trinité, la faute originelle, la divinité du Christ, les notions d'inspiration biblique et de sacrement ^, fut chargé d'une communauté ~. « A Noël, racontet-il, je prêchais, non point sur l'enfant Jésus, l'étable et la crèche, mais sur Christ, ce qu'il nous apporte, ce qu'il veut de nous. A Pâques, je disais volontiers que seule la foi du Sauveur, qui s'est révélé vivant après la mort, assure au chrétien la vraie joie :cela, je le savais par ma propre expérience ; sans la foi au Christ vivant, on n'obtient point la vraie joie. A l'Ascension, je parlais de la maîtrise du Christ sur l'Eglise et le monde entier ; je ne me servais du mot Ascension que comme d'une épigraphe. A la Pentecôte, je parlais de l'Esprit-Saint; du récit de la première Pentecôte, je n'utilisais que le discours de Pierre ^ ». Ce ne fut point le consistoire qui s'inquiéta de cette tactique, ce fut la conscience de M. Schrempf, choquée, surtout, parce que ce
^ Chr. Schrempf, Akfen zu meiîier Entlassung aus dem wilrttemhergischen Kirchendienst, 2° édit., p. 3 (Gbitingue, Ruprecht, 1892). — Id. : Eine Frage an die evan^elische Landeskirche Wurttember'js, p. 24 CGôttingue, Ruprecht, 1892).
'- Schrempf, Akte?i, p. 8-9. — Eine Frage, p. 30.
3 Schrempf, Eine Fraye, p. 29.
l'évolution du protestantisme contemporain 14S
« manque de véracité » [Unwahrheit) lui procurait un « poste et des appointements ^ ». Avec une délicatesse qui dut sembler maladive à ses collègues incroyants, il fit savoir à l'autorité supérieure, le 5 juillet 1891, que, fatigué de feindre toujours, il supprimerait le symbole, à l'avenir, dans la cérémonie du baptême ~. « D'une façon ou d'une autre, expliqua-t-il plus tard, je devais violer la promesse de mon ordination. A l'origine, conformément à ma promesse, j'ai simplement énoncé le symbole ; et contrairement à ma promesse, je n'ai pas laissé voir ma position subjective à l'endroit de ce symbole ; ensuite, conformément à ma promesse, j'ai déclaré ma position subjective à l'endroit du symbole ; et contrairement à ma promesse, j'ai énoncé des opinions qui divergeaient de la doctrine évangélique 3. » On eût préféré, à Stuttgart, que M. Schrempf appréciât avec moins de minutie l'esprit et la portée de ses serments d'ordinand, et qu'au pied de l'autel il marquât à la liturgie une obéissance plus littérale, s'arrangeant avec sa conscience comme il le voudrait ou comme il le pourrait. Le 14 juin 1892, il dut quitter le service pastoral, et malgré la ferveur orthodoxe de beaucoup de prêtres wurtembergeois, la noblesse de sa conduite inspirait un tel respect que la décision du consistoire fut l'objet d'une générale défaveur ^.
1 Schrempf, Eine Frage, p. 42.
2 Schrempf, Aklen, p. 23.
* Schrempf, Akien, p. 47.
* Il ne se trouva aucun journal dans le Wurtemberg pour défendre le consistoire, comme le constata, non sans regret, la D. ev. Kz., organe de M. Stocker, 1893, p. 30. — M. Ziegler, pro-
Son exemple fut contagieux : M. Lisco, pasteur en Prusse i, M. Steudcl, pasteur en Wurtemberg -, signifièrent qu'ils refusaient à l'avenir l'usage du symbole; leur déposition suivit. Lorsque Schleiermacher, en 1829, informa son consistoire qu'il emploierait les formules liturgiques comme bon lui semblerait ^, on toléra l'incartade ; mais il est des exceptions qu'on ne peut étendre. Et puis, aux yeux des autorités religieuses, le vrai crime de MM. Schrempf, Lisco, Steudel, était moins d'avoir violé les rites que de s'en être targués, M. de Schmid, prédicateur à la cour de Stuttgart, voulut un jour convaincre M. Steudel qu'on peut accepter et suivre toute la liturgie ; au hasard, pour en donner les preuves, il saisit un vieux livre d'église qui avait appartenu à l'ancien prédicateur, M. de Gerok : quel ne fut point son embarras en constatant, sous les regards victorieux de M. Steudel, que M. de Gerok, tout le premier, avait, au crayon bleu, pour son usage, corrigé plus d'un passage ^ ! Mais le défunt prédicateur n'avait point avoué ces actes de désinvolture, tandis que M. Schrempf, M. Steudel, M. Lisco, furent punis, suivant la
fesseur de philosophie à l'université de Strasbourg, a écrit quelque part que « M. Schrempf dépasse en courage moral la plupart de nos contemporains » {Der deutsche Sludent am Ende des A7A''«» Jahrhunderts, p. 9o. Stuttgart, Gôschen, 1895).
1 Voir Lisco, Akten zu meiner Amtsentselzung (Berlin, Mùller,1893).
2 Sur l'affaire Steudel, voir Chronik, 1895, p. 43, 125, 176, 277, 313, et 1896, p. 105-108 et 162-166.
" Le précédent de Schleiermacher fut allégué par M. Lisco, Akten, p. 14.
* Voir Chronik, 1896, p. 106-107.
brutale expression du dernier, pour « n'avoir pas voulu devenir menteurs ^ ».
Ces partis pris de loyauté sont fort gênants pour les chefs de l'Eglise. Entre eux et les pasteurs rebelles, on observe d'étranges divergences dans la façon même de définir les litiges. « Nous nions tel et tel article du symbole ; faites-nous un procès pour erreur doctrinale {Irrlekre), » réclamaient M. Schrempf etM.Lisco ". A l'aide d'un tel procès, ils espéraient atteindre le fond même du débat. Le principe de l'absolue liberté d'examen permetil cette harmonie nécessaire à la vitalité d'une Eglise? Si chacun pense à son gré, l'Eglise peutelle faire figure ? Primordialement, lequel de ces deux faits est le plus essentiel au protestantisme, l'existence d'une Eglise ou l'autonomie effrénée de toutes les consciences? Prudemment, les autorités religieuses déclinèrent ces discussions : de son indocilité, M. Schrempf voulait qu'on examinât l'esprit ; on s'en tint à la lettre ; on ergota sur des détails de procédure pieuse. A Luther révolté, l'Eglise romaine accorda, demanda même, qu'il s'expliquât sur le dogme ; avec M. Schrempf révolté, le consistoire n'osa point engager un pareil colloque.
1 Lisco, Akfen, p. 3 : Ich will kein unveahrhaftiger Mensch werden. Cf. Schrempf, Akten, p. 42 : « Un grand nombre d'ecclésiastiques wurtembergeois sont contraints aune réserve mentale. » Lisco, Akten, p. 13 : « il n'était pas possible à l'accusé de professer à l'autel un fait qu'il ne croyait pas ; il était donc requis par sa conscience qu'il négligeât le symbole contenant ces mots : né de la Vierge Marie ».
2 Lisco, Akten, p. 43-46, expose les raisons au nom desquellca il réclama vainement un procès pour Irrlekre,
Cependant M. Schrempf, spolié de sa paroisse et qualifié de « génie religieux » par M. le professeur Ziegler, de l'Université de Strasbourg % importuna FEglise de Wurtemberg par un opuscule passionnant, qui se ramassait en une question : « Ayant retiré, d'une façon publique, ma profession de foi de confirmation, suis-je encore membre de l'Eglise ? » La réponse me permettra, expliquait-il, de « rentrer dans un rapport naturel avec mon Eglise. Souffrir en silence qu'on m'inscrive toujours, sur les registres, comme membre d'une Eglise, et rompre, en silence, la communion qui m'unissait à elle, c'est une combinaison dont je ne veux point, bien qu'elle soit fort pratiquée. Esthétiquement, moralement, religieusement, je la trouve odieuse ; je préfère le franc conflit, et, s'il le faut, la séparation définitive -. » La question de M. Schrempf resta sans réponse, et pour cause ^. En lui concédant qu'il était toujours chrétien, le consistoire eût couru le péril d'une seconde interrogation : « Pourquoi dès lors ne suis-je plus capable de servir FEglise ? » et, sur ce terrain-là, il n'est pas un théologien « moderne » qui n'aurait prêté renfort à M. Schrempf *.
1 Le mot est cité, Ckr. W., 1893, p. 162.
2 Schrempf, Eine Frage, p. 53.
s Schrempf, Eine Frage, p. 50. « La seule chose que j'aie pu apprendre, c'est que le fonctionnaire d"Eglise, en Wurtemberg, ne peut pas exprimer dans l'église des opinions telles que les miennes; mais comme tel, et surtout comme membre de son église, peut-il avoir de pareilles opinions ? Là-dessus, dans les rescrits, je n'ai pu trouver aucune réponse. »
* Rade, Ler rechte evangelische Glaube, p. 29 : * Si l'on nous dit: Oui, que vous soyez chrétiens, nous vous l'accordons; mais vous ne pouvez plus être honorablement serviteurs de votre
« S'il doit y avoir conflit, proclamait-il, je préfère qu'il soit notoire. » Les autorités de l'Ei^Iise ont d'autres goûts ; elles aiment mieux que les conflits soient occultes, tout au moins discrets ; elles ne sévissent, même, que lorsqu'ils sont suftisamment notoires. M. de Sydow, dont nous parlions tout à l'heure, fut absous, en 1877, par le conseil suprême évangélique de Prusse, parce qu'il réservait ses opinions hétérodoxes pour des assemblées privées; le vieil empereur Guillaume I" s'indigna de cette tolérance; mais inutilement ^ M. Schwarz, pasteur badois, iiî, imprimer, en 1804, en une brochure de propagande, un certain nombre de propositions : elles établissaient que « les églises conservent de vieilles erreurs et entretiennent l'hypocrisie ; que i' Evangile n'enseigne point la rédemption, mais l'évolution de l'être humain vers une grandeur divine : que la Trinité est une doctrine néfaste; et que l'Eglise évangélique, en maintenant des dogmes, se met au service du papisme-». Le conseil supérieur de l'Eglise de Bade jugea tout procès doctrinal inutile ; il estima que le pasteur Schwarz avait « ravalé la conviction religieuse de
Eglise, nous répondons : Si nous sommes chrétiens, nous pouvons aussi servir noire Eglise, avec le témoignage de la foi que nous possédons. » — Aujourdhui, comme conlérencier religieux, M. Schrempf groupe dans les salles où il parle un public attentif et dévoué.
1 Chronik, 1892, p. 7.
'- Voir la formule complète de ces thèses et de plusieurs autres dans la D. ev. Kz., 1894, p. 415. Pour M. Schwarz, « Je crois à Dieu le Père » veut dire : je veux devenir un fils de Dieu; « Je crois à Dieu le fils » veut dire: Jésus est mon idéal; « Je crois au Saint-Esprit » veut dire : je puis acquérir l'esprit de Dieu, et c'est en lui seul que je cherche mon salut.
ses collègues, qui, eux aussi^ ont le droit d'avoir une conviction et de la faire protéger ^ », et que la diffusion de ces thèses dans un écrit populaire, dépourvu de tout caractère scientifique, pouvait troubler les consciences : pour ces motifs, M. Schwarz, qui refusa de retirer sa brochure, fut déposé ; il expiait moins ses propositions ellesmêmes que l'indocile acharnement qu'il mettait à les répandre et la notoriété prolongée qu'il leur avait voulu garantir 2. On ne pouvait alléguer ni l'un ni l'autre grief contre le pasteur Làngin et le pasteur Wimmer qui, vers la même époque, soutinrent dans des réunions publiques des thèses également subversives ; malgré la campagne entreprise par l'orthodoxie, l'autorité badoise leur fut clémente ^. En somme, l'incroyance paraît bien être un droit ; mais une certaine correction dans l'incroyance est un devoir ; quant à la ligne idéale
• Cité d&ns Gotthilf Treulich : Der Zersetzungs-Pvozess in der evannelischen Landeskirche des Giossherzogtums Baden, p. 11 (Hekielberg, Winter, 1893).
2 Treulich, op. cit., p. 11-16.
s M. Lângin, pasteur à Karisruhe, ancien membre du synode général de Bade, nia la divinité du Christ, en novembre 1S93, dans une réunion tenue à l'hôtel de ville de Karisruhe. Il eut l'approbation publique de 99 théologiens badois. — Le pasteur "W'immer, de Weisveil, soutenait, à la réunion ecclésiastique libérale de l'Oberland, des thèses comme celles-ci: « Jésus continue de vivre parmi nous, et il est notre réconciliation avec Dieu : c'est là le fait qui a trouvé sa forme historique dans la conception [Vorslellung] de la résurrection corporelle de Jésus; » — « Notre peuple chrétien, en général, nest pas assez avancé pour pouvoir distinguer entre l'essence de notre espoir en une vie éternelle et la lorme historique de cet espoir; mais un temps viendra où il devra apprendre à saisir cette distinction » (Cité dans la D. ev. Kz., 1894, p. 491). Voir, sur la conduite du c nscil suprême, Treulich, cp. cit., p. 16-18.
l'ÉVOLUTIO.N du PROTESTAISTISME CONTEMPORAIN 151
qui sépare cette correction d'avec la dissimulation, jamais on n'a tenté de la définir ; et c'est tant pis pour le pasteur qui, considérant ses auditeurs laïques comme des frères en Christ ^, leur veut exprimer toute sa conscience, en y risquant son gagne-pain.
« Ou bien l'Eglise devrait expliquer sans équivoque que chez ses serviteurs, qui sont en même temps ses membres, elle présuppose une adhésion, sans conditions ni réserves, à son symbole et à son enseignement, et par là faire connaître sans équivoque aux théologiens hétérodoxes qu'ils ne conviennent point pour le service divin. Ou bien elle devrait fixer de telle sorte sa position à l'égard du symbole et réglementer de telle sorte le service divin que l'ecclésiastique, en communiquant suivant sa conscience le symbole de l'Eglise devenu un document historique, pût exprimer comme il convient sa position personnelle à l'endroit de ce symbole, et ne fût jamais obligé de laisser croire que sa foi à lui est sans réserve. Mais l'Eglise n'accepte ni l'une ni l'autre solution, ou, plus exactement, elle fait le contraire des deux -. » Ces fortes paroles sont de M. Schrempf : inattaquable en est la logique ; mais en imposant une orthodoxie réelle, la Réforme abdiquerait ses principes de libre examen ; en cessant d'imposer une certaine apparence d'orthodoxie, elle dissoudrait les cadres de l'Eglise ; sous peine de se démentir ou de se tuer, elle ne peut admettre raltcrnalivc que lui définit M. Schrempf.
1 Schrempl, Eine Frage, p. 45.
* Schrempf, Akten, p. 49.
Peu s'en fallut, toutefois, entre 1892 et 1894, que l'Eglise de Prusse ne se laissât séduire au second terme de cette alternative, et que, par des concessions au sujet du symbole, elle ne rectifiât la conscience et la situation des pasteurs incroyants : l'épisode est d'insigne importance et mérite d'être relaté.
En 1829, avec la haute approbation de Frédéric- Guillaume III, la liturgie prussienne avait été fixée dans un rituel appelé Agende. En 1846, en 1879, on projeta la revision de cette liturgie et la composition d'une nouvelle « Agende » ; c'est seulement en mars 1892 qu'une commission de vingtquatre mem^bres, appartenant la plupart aux fractions croyantes de l'Eglise, se mit sérieusement à l'œuvre. Tout aussitôt, la question du symbole surgit. Les plus fervents d'entre les orthodoxes souhaitaient profiter de cette* revision pour donner au symbole, dans la cérémonie de l'ordination, une force juridiquement obligatoire. Les « libéraux » auraient désiré l'évincer à peu près complètement de r « Agende » tout entière, à l'exemple de Hambourg et de Gotha ^ ou lui substituer autant
1 L'exemple de Hambourg et de Gotha est rappelé par Rade: Ler rechle evangelische Glnube, p. 8. Voir Kôhler: LehrLuch der deutsch-evangelischen Kircheivechts, p. 207-208 (Berlin, Reuther, 1893).
que possible, suivant la coutume saxonne, des chants d'Eglise ; les théologiens du « juste milieu ^ », les jeunes et laborieux adeptes de la théologie « moderne » cherchaient avant tout des procédés pour que le symbole fût énoncé in referierender Fonn, c'est-à-dire à titre de document, presque à titre de récit intéressant la vieille foi chrétienne et reliant, en une communion réciproque, les chrétiens d'aujourd'hui et les cliréliens de jadis, Frédéric-Guillaume III, en publiant la précédente « Agende », avait spécifié qu'elle ne devrait point « limiter la liberté de foi et de conscience, si chèrement obtenue » : tous les théologiens étrangers à la stricte orthodoxie redoutaient que sous Guillaume II les fanatiques du dogme intégral ne prétendissent revenir sur la déclaration de Frédéric-Guillaume III.
Quelques mois durant, les polémiques furent discrètes; elles firent explosion, de toutes parts, lorsque M. Harnack, le 18 août 1892, publia dans la revue : Die christliche Welt, une consultation qu'il avait donnée, concernant le symbole, à ses étudiants de Berlin. De prendre ouvertement le parti de M. Schrempf, qui venait d'être révoqué, et de pétitionner contre l'usage du symbole, M. Harnack les dissuadait ; mais il se hâtait d'ajouter que ce document contient plusieurs articles
1 L'avis, très fu5'ant, de la Mitlelparlei (théologie du juste milieu) a été ainsi énoncé par l'un des membres du parti, M. Haupt, à VEcangelische Vereinifjunej de Halle, en 1893 : « L'obligation à l'endroit du symbole est nécessaire ; mais cela ne veut pas dire: à la lettre du symbole, mais : au contenu religieux du symbole. Quant à la lettre du symbole, la conscience a son dïoit-» (Deutsche evangelische Kirchenzeitung, 1894, p. 82-84).
Ib4 L'ALLEilAG^E RELIGIEUSE
susceptibles de choquer un esprit mûr, un ciirétien savant en histoire, et que le verset : « né de la Vierge Marie » ne comportait, même, aucune interprétation satisfaisante. Tout en rendant hommage à M. Schrempf, il admettait qu'on pouvait, en toute sécurité de conscience, entrer dans le ministère pastoral sans chercher un accommodement avec ce terrible verset. Un jour viendrait où le vieux symbole pourrait être remplacé par un autre, et provisoirement il fallait patienter.
Par une très courte déclaration, datée du 20 septembre, le luthéranisme orthodoxe répondit à M. Harnack ; elle se résumait en trois points :
« 1° Toute tentative d'écarter le symbole de l'usage ecclésiastique est un soufflet à l'Eglise du Christ ;
« 2" Il est temps, et grand temps, que nos étudiants en théologie soient efficacement protégés contre le trouble où des professeurs de théologie, par un enseignement subversif, jettent leurs consciences ;
« 3° Que le Fils de Dieu est conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie, c'est le fondement du christianisme, c'en est la pierre angulaire, contre laquelle se brisera toute sagesse de ce monde \ »
Les signataires de ces trois articles étaient beaucoup plus réputés dans les sphères d'Eglise que dans les cercles savants. Point par point, quinze jours après, on eut la l'iposte universitaire; datée d'Eisenach, une ville sainte de la Réforme, elle était ainsi conçue :
i Chronik, 1892, p. 361.
L ÉVOLUTION DU PROTESTAKTISiJE CONTEMPORAIN lb5
« Les nombreuses protestations ecclésiastiques, auxquelles ont donné lieu les propositions récemment émises par le professeur Harnack au sujet du symbole apostolique, contraignent les soussignés, amis et collaborateurs de la Christliche T^e^^, réunis à Eisenach, à l'explication suivante :
« i° Nous ne pensons point enlever à l'Eglise évangélique le symbole dit apostolique ; mais nous contestons que l'autorité de ce symbole dans l'Eglise et l'usage qui en est fait contraigne juridiquement ecclésiastiques ou laïques à en accepter en détail toutes les phrases. Est chrétien évangélique quiconque, en vivant et en mourant, met sa confiance exclusive en Jésus son Seigneur ; nous désirons que cet indubitable principe du christianisme évangélique soit publiquement reconnu comme tel et qu'on cesse de se targuer, contrairement au sain esprit évangélique, de quelques opinions dogmatiques de détail.
a 2° Cette vraie foi évangélique elle-même implique le droit et le devoir de mettre en crédit, même dans l'Eglise et vis-à-vis des traditions du passé de l'Eglise, le travail scientifique, consciencieux et loyal.
« 3° Nous devons donc dénoncer un bouleversement perturbateur des consciences, lorsque, par exemple, dans l'une des protestations publiques on a soutenu que cet article : « conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie » est le fondement du christianisme, qu'il en est la pierre angulaire, où se brisera toute la sagesse de ce monde. Ni l'Ecriture, ni les symboles évangéliques n'ont attribué au récit contenu dans les premiers chapitres du premier et du troisième évangile une importance si décisive pour la foi. Dans la prédication de Jésus et de ses apôtres concernant le salut, il n'y a aucune allusion à ce récit. On commet donc une déviation de la foi et une perturbation des consciences quand, au nom de l'Ecriture et du sym-