Voir Les Français sur le Rhin, p
2. Voyez la réponse de Napoléon dans la Correspondance de Napoléon fer^ 2 octobre 1804.
3. Bignon, Histoire de France depuis le 18 brumaire^ t. IV, p. 127.
clarer à l'électeur que l'Empereur « comptait sur lui pour être l'homme d'armes de la confédération projetée; » mais les exigences de Guillaume étaient extrêmes; il aurait voulu, assure-t-on, que Napoléon lui sacrifiât ses cousins de Hesse-Darmstadt. Déjà il avait déplu par son obstination à garder à sa cour l'intrigant ambassadeur anglais Taylor, dont Napoléon voulait se débarrasser. Après Austerlitz, il ne fut pas compris dans la grande promotion de rois et de grandsducs qui accompagna la conclusion de la confédération rhénane. Son dépit fut extrême. Il déclarait hautement qu'il « aimait mieux être un simple maréchal prussien qu'un roi de la fabrique de Napoléon;» mais il imagina, pour se donner de l'importance, (( de faire entendre à la cour de Prusse que la France était très-jalouse d'attirer la Hesse dans la Confédération du Rhin ; à l'en croire, le ministre de France à Cassel lui aurait offert, pour le décider, les dépouilles de la maison d'Orange-Fulda, alliée à la Prusse ^ » Cette vanterie fut une des choses qui contribuèrent le plus à exciter la cour de Prusse contre Napoléon et à précipiter la catastrophe dont l'électeur de Cassel devait être nécessairement victime. A ce moment, d'ailleurs, Napoléon devait avoir déjà d'autres vues sur ses états. Prévoyant le cas où il lui faudrait reprendre le Hanovre à la Prusse pour le restituer à l'Angleterre, il se réservait la Hesse, à Toccasion, pour indemniser les Hohenzollern.
La situation de l'électeur, au commencement de
i. Bii<n)n, t. V, p. 382.
1806, était devenue fort difficile. Il se sentait repoussé de la Confédération du Rhin, pour laquelle il avait d'ailleurs de la répulsion, exclu de la protection hautaine de Napoléon, peut-être en butte à ses convoitises; mais il ne pouvait se décider à entrer dans la Confédération du Nord, que la Prusse essayait alors de fonder. Vis- à-vis de Frédéric-Guillaume III comme de Napoléon, il se faisait valoir, tenait à se faire payer cher. Il cherchait aussi à constituer autour de lui, avec les petites principautés de "Waldeck et de Lippe, une sorte de confédération des Cattes; mais ces faibles états se trouvaient bien autrement attirés par le Rheinbund. Son collègue en maréchalat, le duc de Brunswick, était prêt à se sacrifier à la grandeur de ia Prusse et à reconnaître son hégémonie. Ouillaume ne voulait rien céder, rien hasarder, rien conclure. En août 1806, il ordonna au baron Waitz de rédiger un traité d'alliance avec la Prusse ; puis, quand il vit que la situation tournait à la guerre, il refusa de signer. Si la Prusse, en cette fameuse année 1806, se montra indécise par faiblesse, Félecteur fut bien plus indécis encore, par avarice et par ambition.
L'armée prussienne venait d'envahir la Saxe et de commencer la guerre. L'élecleur commit, en cet instant critique, la plus grave imprudence. Sans doute il refusa avec une certaine fermeté l'offre que lui fit le roi de commander, outre ses propres troupes, un des corps de l'armée prussienne, sans doute il fit respecter la neutralité de son territoire par la puissance dont il était l'alUé honteux , mais il mit sa petite armée sur le pied de guerre et sa forteresse de Hanau
en état de défense. Son agent à Paris, M. de Malsburg, fut alors prévenu que tout armement de la Hesse serai* considéré par la PYance comme un acte d'hostilité; sans donner aucune explication, le ministre hessois quitta 'brusquement Paris. Cette conduite ne laissait aucun doute sur les intentions de l'électeur. Il était évident que, dans aucune hypothèse, le feld-maréchal prussien ne se joindrait aux troupes françaises ; s'il armait, c'était uniquement pour tomber sur leurs derrières lorsque l'occasion s'en présenterait. Peut-être aussi était-ce une spéculation de son avarice. Gentz pense qu'il « comptait négocier pour son propre compte et obtenir des subsides de l'Angleterre. »
L'électeur parut un moment avoir compris la situation. Il envoya Bignon proposer à l'Empereur sa neutralité, et partit lui-même pour le camp prussien dans l'intention, assurait-il, d'obtenir qu'on la respectât. Bignon ne trouva plus l'Empereur à Mayence^ Tallepand le renvoya h Cassel avec un employé des affaires étrangères et les pleins pouvoirs nécessaires pour conclure avec la Hesse une convention de neutralité. « Si l'électeur veut rester neutre, portaient les instructions, il convient qu'il le déclare moins encore par des paroles que par des faito. La situation géographique de la Hesse ne lui permet guère cVêtre à la fois neutre et armée... L'Empereur respectera fidèlement la neutralité de la Hesse tenant ses troupes sur le pied de paix et ne recevant aucunes troupes prussiennes. )>
En l'absence de Télecteur, un grave incident s'était
produit. Un détachement du corps de Rûchel, conduit par Bliicher, était entré dans FÉlectorat. Le prince électoral, en uniforme de général prussien,* était allé au-devant de lui et avait fait son entrée dans Cassel, chevauchant aux côtés de Bliicher. Bignon protesta contre cette violation de la neutralité ; mais, si les troupes prussiennes évacuèrent la Hesse, il parut que c'était bien moins en vertu de cette protestation qu'à la suite d'un mouvement général de concentration ordonné par Brunswick. L'électeur à ce moment revint de Naumburg ; sur le résultat de sa démarche au camp prussien, il garda un silence suspect. Il fit mine de disperser quelques régiments, érigeait le long de sa frontière des poteaux de neutralité, distribuait des cordons de troupes, lorsque le prince électoral Guillaume quitta tout à coup la capitale et se rendit à son tour au quartier-général du roi de Prusse. On répandit le bruit qu'il y avait brouille entre le père et le fils, et que le ministre von Waitz avait couru après l'enfant prodigue sans pouvoir le ramener. Malheureusement, les Français savaient que lord Morpeth, chargé de négocier le traité de subsides avec la Hesse, était attendu au quartier-général prussien. Ils pensèxent que le prince ne fuyait pas son père ; il allait à un rendezvous.
Le prince revint peu (Je jours après avec la terrible nouvelle d'Iéna. L'électeur se hâta de réduire son armée, qui était montée au chiffre énorme de 20,000 hommes ; il était trop tard. Il affecta de mettre sa confiance en cette neutralité qu'il avait si mal gardée. Quand Bignon fut appelé auprès de Napoléon, l'électeur
Iri remit une lettre où il recommandait à la clémence impériale l'un de ses gendres, le prince d'Anhalt-Bernburg ; croyait-il vraiment n'avoir rien à craindre pour lui-même ? Son illusion ne fut pas de longue durée. Le 31 octobre, le chargé d'affaires de France lui remit cette « terrible note )> qui était la réponse de l'Empereur : on y énumérait les griefs de Napoléon contre l'électeur; on exigeait le licenciement de son armée, la remise de ses places et de son matériel de guerre. « Il restait au prince de Hesse-Cassel à voir si, dans la situation des choses, il voulait repousser la force par la force et rendre son pays le théâtre des désastres de la guerre. )> 11 apprit en même temps que déjà le roi Louis de Hollande était entré dans la Hesse- Cassel par la frontière du nord et le maréchal Mortier, avec 6,000 hommes, par la frontière sud-est. Les instructions de l'Empereur à ce dernier, en date du 22 octobre, étaient conçues dans les termes les plus rigoureux. Mortier devait désarmer toutes les troupes, envoyer prisonniers à Luxembourg tous les ofticiers au-dessus du grade de lieutenant, arrêter « comme généraux prussiens )) l'électeur et le prince électoral, faire abattre leurs armoiries, mettre les scellés sur leurs propriétés, déclarer aux populations qu'ils avaient cessé de régner. « Ordonnez, ajoutait-il, que tout homme qui gardera des armes, après l'ordre de désarmement, sera fusillé. )> •^
Le soir même, l'électeur réunit son conseil. Le conseiller intime von Malsburg, le général de Webern et le référendaire intime Schmerfeld allèrent au-devant de Mortier pour lui déclarer que leur maître était prêt
L'ALLEMAGNE SOUS NAPOLÉON I^r.
à accéder à la confédération du Rhin. Le maréchal répondit que la politique n'était point son affaire, et il continua sa marche sur Cassel. L'électeur Sv.^ décida dès lors à réserver précieusement sa personne pour des temps meilleurs. Revêtu, pour la première fois peut-être dans sa vie^ d'habits civils, accompagné de son fils, il essaya de sortir par la porte de Leipzig, ensuite par la porte du nord, qu'il trouva occupées par les avantgardes françaises ; il finit par gagner celle de Cologne, d'où il s'enfuit dans la principauté de Waldeck, puis en Danemark, pour tâcher de négocier d'un lieu sûr avec Napoléon.
Cependant, si l'on voulait épargner au pays d'être « le théâtre des désastres de la guerre, » les ministres électoraux n'avaient que le temps de signer l'ordre de désarmement. Les Français firent leur entrée dans Cassel le T" novembre, à neuf heures du matin, les: Hollandais dans l'après-midi. Le maréchal adressa aux habitants une proclamation rassurante pour leurs intérêts privés, fort peu pour leur dynastie. L'impression de cette soudaine conquête fut profonde. Les campagnes et les petites villes, absolument dévouées à rélecteur, éprouvèrent la plus vive douleur ; pourtant la population de Cassel, qui, connaissant mieux son maître, le jugeait plus sévèrement, se montra plus calme. Les troupes étaient indignées d'être ainsi contraintes à poser les armes sans même avoir combattu. Plusieurs officiers entrèrent, de dépit, au service de Napoléon. C'est ainsi que l'ingénieur Eckemeyer, en 1792, était passé, sans transition, du service de Félecteur-archevê* que de Mayence à celui de la République française.
CHUTE DE hA MAISON DE; HESSE-CASSEL. 115
L'électrice Wilhelmine-Caroline de Danemark resta encore assez longtemps à Casse! ; à la fin, elle dut s'en éloigner sur l'ordre de Napoléon, et se retira chez son gendre, le duc de Saxe-Gotha. Quant à la femme du prince électoral, Augusta, sœur du roi de Prusse Frédéric-Guillaume 111, Napoléon tint à honneur -de lui témoigner la plus grande courtoisie, à un moment où il était si peu courtois pour les reines malheureuses ; mais de cette générosité il fit grand étalage dans les bulletins qu'il adressait à la Grande-Armée. « ...Dans le [palais qu'habite l'Empereur à Berlm se trouve la sœur du roi dé Prusse, princesse électorale de Hesse-Cassel. Cette princesse est en couches. L'Empereur a ordonné à son grand-maréchal du palais de veiller à ce qu'elle ne fût pas incommodée par les bruits du quartier-général... » On trouve dans sa Correspondance plusieurs lettres de consolation adressées à cette princesse, si cruellement frappée dans la fortune de son frère et dans celle de son beau-père et de son mari. « Je désire, lui écrit-il, trouver des occasions plus réelles de donner à Votre Altesse des preuves de l'estime que j'ai pour elle \ » Il lui accorda, sur les dépouilles de la Prusse et de la Hesse, une pension de 50,000 thalers, dont elle employa d'ailleurs la plus grande partie à lui susciter des ennemis. 11 ordonna de laisser au frère de l'électeur « la jouissance absolue des biens patrimoniaux qui lui appartiennent ; » mais, suivant une règle invariable, P le fit éloigner du pays.