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CHAPITRE PREMIER

lia Confédération du Rhin i.

La troisième coalition venait d'arracher Napoléon à sa contemplation irritée des côtes d'Angleterre : la Grande-xArmée se reportait à grandes marches des rivages de l'Océan aux bords du Danube. La situation des princes de l'Allemagne occidentale était fort difficile. Malgré la neutralité probable de la Prusse, ils ne

1. Lucchesini, Ursachen und Wirkungen des Rheinbundes, 3 vol, in-S», Leipzig, 1821-1825. — Demian, Statistik der Rheinbundstaateriy 2 vol. in-8o, Francfort, 1812. — "Winkopp, Die Rheinische Konfœaérations- Aide, in-S», Francfort, 1808. — Bignon, Histoire de France depuis le 18 brumaire, t. IV et V.

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pouvaient rester neutres. iVllaient-ils suivre l'Empereur d'Occident ou l'empereur d'Allemagne, l'ancien suzerain de la Germanie ou le nouveau? Le plus sûr eût été d'attendre, pour se prononcer, la tournure que prendraient les événements : mais Napoléon le permettrait-il? Déjà l'Autriche ne le permettait pas. Maximilien-Joseph de Bavière avait été jusqu'alors fort indécis : son principal ministre, Montgelas, qui attendait de l'alliance française la grandeur du pays, soutenait Otto, l'ambassadeur de France, tandis que l'électrice, princesse badoise, appuyait les demandes de l'ambasadenr d'Autriche Schwartzenberg.

Le 24 août, l'électeur avait signé avec Napoléon un traité qui mettait l'armée bavaroise à la disposition de l'Empereur, et assurait à la Bavière un agrandissement. Or, le 6 septembre, Schwartzenberg sommait Maximilien-Joseph de se joindre à la coalition : le 8, pour forcer la main à ce prince et aussi pour prévenir l'armée française, les troupes de l'empereur François franchirent à Schardiiig la frontière bavaroise. Cette brutale agression des Autrichiens irrita l'électeur : la colère de son armée, que blessait une telle violation du territoire national, les cris de son peuple , contre lequel les Autrichiens usaient impitoyablement de tous les droits de la guerre, les convoitises peu dissimulées du cabinet de Vienne à l'endroit de la Bavière occidentale , achevèrent de décider Maximilien. Mais il fallait gagner du temps. Il écrivit une lettre pathétique à l'empereur d'Allemagne : « Que Votre Majesté Impériale me permette de m'adresser à son cœur paternel... le l'im-

plore à genoux de me permettre de rester neutre. J'ose lui engager ma parole sacrée que mes troupes n'empêcheront en rien ses opérations... C'est un père livré à un affreux désespoir qui implore la grâce de son fils. » Le prince héréditaire, ajoutait-il, voyageait à ce moment en France et se trouvait à la discrétion de Napoléon. La même nuit, l'électeur donna l'ordre à ses troupes de marcher à la rencontre de Bernadotte et courut luimême à Wiirtzburg opérer sa jonction avec les Français. Le 25 septembre, celui qui n'avait plus que si peu de temps à s'intituler empereur d'Allemagne faisait son entrée dans Munich.

Le 15 septembre , Napoléon avait donné l'ordre à Murât de protéger les états de l'électeur de Bade. Salué par ce prince à Strasbourg, il signa avec lui le traité d'Ettlingen (l^"" octobre 1805), par lequel ce prince mettait à sa disposition un contingent de 3,000 hommes, qui d'ailleurs ne dépassèrent pas la frontière d'Autriche. Louis de Hesse-Darmstadt dut fournir un pareil nombre de troupes. «Mon intention, écrivait Napoléon à Talleyrand, est de comprendre Darmstadt dans ma Confédération germanique... En un mot, il me faut 3,000 hommes de Darmstadt, ou le landgrave renoncera pour toujours à ma protection et rompra brusquemeat ce qu'il a le droit d'attendre de deux cents ans de liaison. » (2 octobre 1805.) L'électeur Frédéric de Wurtemberg ne se laissa pas prendre facilement. Il n'aimait ni l'empereur Napoléon, ni les Français. S'il en avait eu les moyens, il eût fait respecicr par les armes sa neutralité. Il aurait voulu, du moins, empêcher les troupes du maréchal Ney d'oc-

cuper ses deux résidences de Ludwigsburg et deStuttgard. On lui accorda Ludwigsburg; mais Stuttgard ayant voulu fermer ses portes, Ney menaça de les briser à coups de canon. Frédéric prétendait avoir aussi à se plaindre de Dupont, qui avait laissé commettre des dégâts dans ses écuries, et de Berthier qui avait traité l'affaire de bagatelle.

Enfin arriva à Ludwigsburg Napoléon en personne. Bien accueilli, en somme, par l'électeur, il voulut faire visite à l'électrice, princesse anglaise et l'âme du parti anti-français en Wurtemberg. On sait s'il s'entendait à séduire les gens, quand il voulait bien s'en donner la peine. Il causa avec elle littérature anglaise, il lui fit l'éloge des institutions britanniques, enfin il la gagna complètement. Puis il eut, avec le gros et colérique électeur, un entretien qui dura quatre heures : il lui dit qu'il le considérait comme le plus intelligent des princes allemands, que le titre d'électeur n'était pas assez relevé, ses états pas assez étendus pour ses capacités. Il fit briller à ses yeux la perspective d'une couronne royale, les dépouilles de l'Autriche en Souabe, l'affermissement de son autorité à l'intérieur, la médiatisation des petites principautés et de la chevalerie d'Empire. Frédéric avait encore plus de goût pour le pouvoir absolu que pour les agrandissements territoriaux : il haïssait les États du Wiirtemberg qui avaient rendu la vie si dure à Charles-Eugène. « Chassez les b...! » aurait dit Napoléon. Quoi qu'il en soit, l'électeur, lui aussi, fut séduit par les façons d'agir et les promesses de Napoléon. Il lui trouvait, disait-il, la tournure d'esprit du

grand Frédéric. Il signa avec lui un traité d'alliance et promit un conting: it de 10,000 hommes. A l'exemple delà Bavière, il publia son manifeste contre l'Autriche, lui reprochant ses exigences, son ambition, son immixtion tyrannique dans les affaires du cercle de Souabe.

Quant à la Diète, elle déclara que l'Empire resterait neutre et n'épouserait pas' la querelle de l'empereur à' Autriche. Dalberg , archichancelier du Reichstag, fit planter autour de Ratisbonne des poteaux de neutralité ; il obtint que les troupes françaises ne les dépasseraient pas.

Vainqueur à Austerlitz, Napoléon imposa à l'Autriche le traité de Presbourg; en même temps que la Yénétie fut réunie au royaume d'Italie, la Souabe autrichienne fut partagée entre Bade (Ortenau et Brisgau) et le Wurtemberg ; le Tyrol, le Yorarlberg, les évêchés de Trente et de Brixen, les territoires épiscopaux dépendants de Passau furent annexés à la Bavière, envers laquelle Napoléon se dégageait ainsi de ses promesses. En outre, l'empereur d'Allemagne dut consentir à ce que la Bavière s'incorporât la ville libre d'Augsbourg et que le Wurtemberg et Bade réunissent les biens de l'Ordre de Saint-Jean et de l'Ordre teutonique, compris dans leurs frontières. Toutefois, un archiduc autrichien prenait le titre de grand-maître de l'Ordre teutonique pour les territoires que cette ancienne milice conservait en Allemagne. Sans doute l'Autriche était autorisée à s'indemniser, — mais aux dépens de qui? des membres mêmes de la maison impériale : Salzburg fut enlevé à l'ancien grand-duc

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de Toscane, qui dut se contenter de Wiirtzburg. L'empire d'Allemagne, tant de fois remanié depuis dix anc», était finalement dissous.

L'article 14 du traité de Presbourg achevai c l'œuvre des traités de Westphalie en déclarant que les princes allemands posséderaient dans leurs états « la pleine souveraineté et tous les droits qui en découlent, au même titre que l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. )) En punition de ses intrigues et de ses velléités de coalition, la Prusse subit le contre-coup de la défaite. Par son envoyé Haugwitz, elle dut accepter le traité de Schœnbrunn (15 décembre 1805), si impopulaire à Berlin et qui était gros de la rupture de 1806 : la Prusse devait accepter le Hanovre, céder à la Bavière Anspach, que les troupes françaises avaient traversé pendant la guerre ; à la France, Neuenburg, Clèveset AYésel, que Napoléon allait comprendre dans le grand-duché de Berg. Quant à la ville et à la principauté de Berg, elles appartenaient à la Bavière, qui dut également les céder a Napoléon. Mais l'Allemagne allait subir des transformations plus profondes encore.

En 1658, Mazarin avait conclu avec un certain nombre de princes allemands V Alliance du Rhin : .Jean-Philippe de Schœnborn, archevêque-électeur de Mayence, l'archevêque-électeur de Trêves, l'évêque de Mïmster, les princes de Waldeck, Hesse-Darmstadt, Wurtemberg, etc., usèrent du droit de s'ahier à une puissance étrangère, reconnu par les traites de West-

phalie, en se confédérant avec le roi de France. Le directoire de V Alliance était à Francfort : le prince de Salm-Salm était feld-rharéchal général ; le chijffre de l'armée était fixé à 10,000 hommes, sur lesquels la France fournissait 1,600 fantassins, 800 chevaux, 5 canons. Les résultats de cette alliance furent l'intervention de Louis XIV en faveur de l'évêque de Munster contre la Hollande, puis en faveur de l'archevêque de Mayence contre Erfurt, surtout la célèbre campagne de Coligny contre les Turcs et la bataille de Saint-Gothard \

Les inquiétudes que Louis XIV donna à ses voisins détruisirent l'œuvre de Mazarin. Mais qu'était-ce que V Alliance du Rhin .de 16S8 en comparaison de la Confédération du Rhin de 1806 ? Peut -on mettre en parallèle cette réuuion d'une dizaine de petits princes avec le système qui, avant deux ans, allait embrasser l'Allemagne entière de Bade au Mecklembourg et de l'Oldenbourg à la Saxe? Quelle figure fait cette petite armée de 10,000 hommes à côté des contingents allemands que Napoléon, dans les campagnes de 1806, de 1809, de 1812, va porter jusqu'à 100 et 150,000 hommes? Et pourtant VAlliaiice du Rhin est le germe de la fameuse Confédération. En 1658 comme en 1806, le but à atteindre, c'est de soustraire les princes allemands à l'influence autrichienne pour les amener à l'alliance française; au dix-septième comme au dix-neuvième siècle, on rend les princes allemands indépendants de l'empereur

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