CHAPITRE YIIÏ
J^o» alliés de la Confédération du Rhin dans la guerre de Prusse (1906-«f^09).
La campagne de 1806 qui anéantit la monarchie prussienne est aujourd'hui, plus que jamais, la mieux connue des campagnes de Napoléon. Un épisode moins populaire de la guerre de Prusse est la conquête de la Silésie par les contingents de la Confédération du Rhin. Il nous a paru intéressant de rechercher la part qu'ont eue à la défaite de la Prusse ces mêmes Allemands du Sud qui sont venus chez nous chercher la revanche d léna. Quelle figure ont faite sous le drapeau français lesWiirtembergeois, lesBadois, ravageurs de l'Alsace et de la Franche-Comté, et ces Bavarois qui se sont illustrés à Bazeilles, — c'est ce que va nous apprendre la correspondance des généraux français.
Une première fois déjà les états du Rhin avaie'^o fourni des troupes auxiliaires à la Grande-Armée.
Avant la capitulation d'Ulm, l'électeur de Bavière avait opéré avec 2o,000 hommes sa jonction avec Bernadotte; les troupes des autres princes n'avaient pris qu'une faible part à la campagne de J805. Soit qu'elles n'eussent pas été fournies à temps , soit que Napoléon n'ait pas voulu exposer des soldats peu aguerris à une trop rude épreuve, nous ne les voyons paraître sur aucun des grands champs de bataille. Les Bavarois seuls rendirent quelques services dans la conquête du Tyrol. Mais depuis les traités de juillet 1806, qui avaient constitué le Rheinôimd et ûxé déûnitivement le contingent de chaque état, les alliés de la France étaient appelés à prendre une plus grande part à la lutte et au danger. La guerre de Prusse allait vraiment serrer les liens de la fraternité militaire.
Ceux qui s'affligeaient en Allemagne de voir les Germains lutter contre les Germains devaient être fort peu nombreux à cette époque. Quand donc les peuples ou les princes auraient-ils appris que des guerres entre Allemands pouvaient être des guerres civiles? Depuis les campagnes romaines sur le Rhin, depuis les batailles d'Attila où les tribus germaniques se combattaient au hasard dans une mêlée universelle, depuis le duel légendaire dPIadebrand et Hildebrand, quand donc le Germain avait-il été sacré pour le Germain ? Ce n'avait été assurément ni dans les guerres des Carolingiens contre tous les peuples tcutoniques, ni dans la longue rivalité des Welff et des Ilohenstauffen, ni dans l'effroyable guerre de Trente ans, ni dans la lutte déjà plus que séculaire de la Prusse et de l'Autriche. En 1866, les Prussiens se sont-ils fait scrupule de rcpan-
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dre le sang des Hanovriens, des Autrichiens et des Allemands du Sud ? ont-ils rougi d'être les vainqueurs et les conquérants de l'Allemagne? Au contraire, assure M. de Sybel, « en politique, le sang a une saveur et une vertu toute particulière. »
Pour le plus grand nombre des généraux, officiers et soldats que l'appel des souverains de la Confédération du Rhin rassemblait sous les drapeaux de l'empereur des Français, une seule pensée, une seule préoccupation. On allait combattre contre l'armée de Frédéric II, on allait combattre aux côtés des soldats d'Austerlitz, on allait combattre sous l'œil de Napoléon. Seraient-ils dignes d'un tel ennemi, de tels alliés, d'un tel général? Cette armée bavaroise qui n'avait jamais pu empêcher une seule invasion de la Bavière, ces armées de Bade, de Wurtemberg, de Darmstadt et de Nassau que l'on n'avait jamais connues que comme « contingents des cercles » et « troupes du Saint- Empire », allaient-elles montrer enfin, bien conduites et bien disciplinées, les vieilles qualités de la race germanique? L'Allemagne tout entière se sentait intéressée au succès des troupes nationales. Qu'elles combattissent des Prussiens, peu importait ; qu'elles les combattissent bien, c'est à cela qu'elle mettait son orgueil. Personne ne trouvait étranges les paroles de Napoléon au roi de Wurtemberg : « Je serai charmé de voir une occasion oîi vos troupes puissent mériter, comme elles l'ont fait dans tant de circonstanceâ;^ de nouveaux titres à la gloire^, »