‹ L'Allemagne sous Napoléon 1erChapitre 25 sur 66 · Corresp. de Nap. ^^ t. XVI, 11 sept · texte numérisé non relu

Corresp. de Nap. ^^ t. XVI, 11 sept

journées sur Berlin. Elles reçurent l'ordre d'occuper la Saxe. Cette mission terminée, on les destina araire la conquête de la Silésie. Jérôme, à qui î'Empereur avait donné pour chef d'état-major un militaire trèsinstruit, le général d'Hédouville, détacha la cavalerie de ses trois divisions allemandes pour en former une division de cavalerie, partagée en trois brigades : deux de ces brigades durent être commandées par des Français, les généraux de Montbrun et Lefebvre-Desnouettes. Plus tard, le 5 janvier 1807, « l'armée des alliés » reçut de l'Empereur le titre de « 9^ corps de la Grande- Armée. » Le prince Jérôme ne manqua pas de faire mettre à l'ordre du jour cette décision, si flatteuse pour les troupes allemandes, qui, en récompense de leurs premiers succès en Silésie, les associait plus entièrement à la gloire de l'Empereur et de l'armée française.

Le 9^ corps, au moment oii commençait la campagne de la Silésie, se composait d'environ 23,000 hommes. Il avait à soumettre une province, riche en ressources de toutes sortes, mais âpre, montagneuse, peuplée d'une race dévouée à la monarchie prussienne, hérissée de huit places, dont quelques-unes formidables : Glogau, Breslau, Brieg, Schweidnitz, Neiss, Kosel, Glatz, Silberberg. Les garnisons de ces forteresses s'élevaient ensemble à 32 ou 35,000 hommes. En outre, le gouverneur de la province, prince d'Anhalt-Plœss, était un homme entreprenant, désireux de tenir assez longtemps pour permettre à l'Autriche de prendre parti pour la coalition, et qui ne croyait pas que « la tranquillité fût le premier

devoir du bourgeois. )> Il organisait au contraire des banûes armées avec des déserteurs, des échappés d'Iéna, des francs-tireurs, des aventuriers, même des officiers qui avaient faussé leur parole ; il cherchait à soulever la population et répandait partout des proclamations qui annonçaient des succès ou promettaient des secours également fantastiques.

La plupart des places de Silésie n'opposèrent pas autant de résistance que le gouvernement prussien, même après l'abandon où il les avait laissées, eût pu l'espérer. Glogau, investi le 7 novembre, se rendit le 2 décembre, avec 3,000 hommes de garnison, avec ses ouvrages intacts, une immense quantité de munitions qu'on ne sut ni utiliser, ni détruire, et après trois semaines seulement de bombardement. Breslau dut sa chute à l'artillerie de siège qu'on trouva dans Glogau.

Dans le mois de janvier de 1807, le 9^ corps de la Grande- Armée commença en même temps le siège des trois places de Brieg, Schweidnitz et Kosel. La première qui ne comptait que 1,800 hommes de garnison capitula le 16 janvier, après une canonnade de quelques heures; la seconde, qui était une des plus formidables places de l'Europe, et qui dans la guerre de Sept ans, avait tenu plus de deux mois contre le grand Frédéric, renfermait 6,000 hommes de garnison et d'immenses provisions. Elle ne résista pas^à trois jours de bombardement. Investie le 10 janvier, canonnée du 3 au 5 février, son commandant Hacke s'engagea dès le 7 février à la livrer aux assiégeants le 16 du même mois, s'il n'était pas secouru.

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Kosel fut assiégée le 23 janvier : c'est en juillet seulement, après que la ville eut été presque entièrement brûlée, que le commandant Puttkammer consentit à rendre la place le 18 juillet, s'il n'était pas secouru. L'armistice survint et sauva cette héroïque petite forteresse. Les autres places de montagne, Neiss, Glatz et Silberberg, offrirent également une tout autre résistance que les grandes villes de la plaine. Rude labeur, maigre butin. Neiss, investie en mars, ne capitula qu'en mai pour se rendre seulement le 16 juin.

Le comte de Gœrtzen, aide de camp du roi de Prusse, successeur du prince de Pless dans le gouvernement de la Silésie, se décida à tenter un grand coup pour sauver les dernières forteresses de la Haute-Silésie, et le 17 avril il sortit avec 5,000 hommes de Glatz pour attaquer Lefebvre-Desnouettes, hardiment campé à Wartha sous le canon de la place. Il fut repoussé après une lutte acharnée où se distinguèrent surtout l'infanterie bavaroise et les chasseurs de Wurtemberg. Le 13 mai, nouvelle surprise de Gœrtzen, tentée cette fois sur Breslau : un violent combat s'engagea sous les murs de cette ville. Lefebvre avait avec lui, outre les Bavarois, des Saxons qui étaient venus se joindre au 9® corps, depuis l'accession de l'électeur de Saxe au Rheinbund. Ils marchaient assez à contre-cœur : cent hommes sur un régiment de mille avaient déjà déserté. Ils supportèrent fort mal le choc des Prussiens ; saisis d'une terreur panique, ils jettent leurs armes ou se rendent prisonniers. De trois compagnies, cinq oy six soldats seulement restent sous le drapeau. La bonne contenance des Bavarois, l'arrivée inattendue de deux

OU trois cents lanciers polonais, la lassitude des Prussiens, sauvèrent Breslau. Lefebvre, qui avait reçu des renforts et des canons, suivit les Prussiens dans leur retraite, et, le 15 du même mois, les battit auprès de Freyburg. Gœrtzen, désespérant de faire lever aucun siège ou de reprendre aucune des villes conquises, se détermina à former un camp de 12,000 hommes formidablement retranchés et protégés par le canon de Glatz. Jérôme, Yandamme et Lefebvre résolurent de l'enlever. Quelques détachements français devaient communiquer leur élan aux auxiUaires allemands. Dans la nuit du 23 au 24 juin, l'armée tout- entière s'élança sur les retranchements ennemis. L'infanterie bavaroise enleva la première ligne à la baïonnette : les Prussiens se gardaient mal et se laissèrent surprendre; la cavalerie bavaroise enfonça la cavalerie ennemie qui voulait couvrir la retraite. Enfin la redoute centrale était attaquée à la fois par les Bavarois de Lefebvre, par les Saxons et les Wiirtembergeois de Yandamme, et enlevée d'assaut. Cette surprise nocturne termina la conquête de la Silésie : Glatz fît une capitulation conditionnelle pour le 26 juillet. Silberberg, attaqué avec la plus grande énergie, avait déjà commencé les négociations lorsque l'armistice vint les interrompre.

Cette campagne de Silésie où six forteresses avaient ouvert leurs portes, où trois autres étaient entrées en capitulation et n'avaient dû leur salut qu à l'armistice, où l'on avait livré cinq combats et enlevé un grand camp retranché, n'avait duré que huit mois. Elle fut excellente pour aguerrir les Bavarois et les Wiirtera-

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bergeois. En rase campagne, on n'avait eu affaire qu'à des croupes prussiennes de nouvelle levée; dans les sièges, les commandants de place, vieux officiers pour la plupart, avaient rarement su tirer parti de la force de leurs remparts ou de l'abondance de leurs munitions. Néanmoins ces «troupes des cercles », jadis tant méprisées, pouvaient se vanter d'avoir opéré en quelques mois la conquête d'une grande et belliqueuse province, oîi tout retentissait encore des batailles du grand Frédéric, où mainte ville rappelait quelqu'un de ses échecs. Parcourir en vainqueurs un pays où plus d'une fois on avait vu fuir le grand roi, c'était un beau début pour l'ancienne <( armée du Saint- Empire. »

Toutefois nos nouveaux alliés durent sentir plus d'une fois qu'ils avaient beaucoup à apprendre de leurs compagnons d'armes. Jérôme se plaint souvent du médiocre équipement des AViirtembergeois : les souliers et les effets d'habillement n'arrivent jamais à temps pour la marche. En revanche ils étaient plus disciplinés et plus aguerris que les Bavarois. Le service du génie semble avoir été faiblement organisé chez nos auxiliaires : les travaux de sape et de pontonnage, dans tous ces sièges, sont confiés à des compagnies françaises \

Il était visible qu'ils n'avaient pas l'habitude de la

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