‹ L'Allemagne sous Napoléon 1erChapitre 34 sur 66 · Corresp. de Nap. /", t. XV, 24 juin · texte numérisé non relu

Corresp. de Nap. /", t. XV, 24 juin

contingent de héros à la grande épopée napoléonienne. Nos alliés du Rheinbund eurent leur part dans les triomphes impériaux ; ils eurent leurs pages dans les bulletins de la Grande-Armée qui racontaient au monde les merveilles de Friedland, de Wagram, de Borodino, ou les désastres de 1812. Les gravures du temps nous montrent les princes et les généraux du Rheinbund affectant non-seulement le costume et la coiffure, mais les moindres détails de toilette des maréchaux napoléoniens. Emile de Hesse-Darmstadt porte la moustache et les courts favoris de La salle et de Murât. Même après l'année 1813, où nos alliés du Rhin durent se tourner contre nous, même après l'année 1814^ oii ils suivirent les armées de la Prusse et de la Russie contre Napoléon, les sympathies françaises et le souvenir d'une longue et glorieuse fraterternité d'armes ne put s'éteindre dans leur âme. Les sentiments qui, au souvenir de l'empereur d'Occident, animaient les cœurs des vétérans napoléoniens sur la rive gauche devaient avoir leur écho sur la rive droite. Aux uns comme aux autres, à ceux de Munich, de Stuttgart et de Darmstadt, comme à ceux de Cologne, de Mayenceetde Saarlouis, Niklas Millier dédiait, en 1837, son Lme de chants pour les vétérans qui servirent dans la Grande-Armée de Na2:)0' léon, de 1803 à 1814 ^ Au frontispice du livre, on voit deux militaires allemands, qu'on prendrait, à leur costume, à leurs favoris, à leur façon crâ7ie de porter le bonnet de police, pour de vrais grognards de la

\, Liederbuch fur die Veteranen der grossen Napoleonarmee von 1803 bis, 1814, Mayence, 1837.

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Loire : ils pleurent sur la tombe de Sainte-Hélène, sur l'épée et le petit chapeau, ombragés du saule légendaire. D'autres gravures reproduisent les traits populaires de Napoléon, du grand-duc de Darnrstadt, de son fils le prince Emile.

« Le guerrier qui a suivi Napoléon sous tous les climats de l'univers, s'écrie l'auteur dans sa préface, le guerrier qui a combattu sous ses ordres en tant de royaumes, qui tant de fois a pris sa part de la gloire et du triomphe, qui a mené cette vie tourmentée, pleine de privations, de souffrances, de fatigues et de dangers mortels, ne peut pas, ne doit pas oublier son grand général. Transfiguré, il continue à illuminer nos heures de joie; nous lui dédions, ainsi qu'à nos victoires immortelles, de bienfaisantes fêtes commémoratives. Le vétéran s'y rajeunit; il recherche ses compagnons d'armes, ses fidèles camarades, pour jouir dans leur société de ces douces joies qui surgissent du sein du passé, comme la pierre précieuse des mines de diamants... Quel souverain pourrait prendre ombrage de voir une telle association fêter les anciennes victoires, jeter un regard ému sur les aigles brisées de Leipzig et de Waterloo , laisser tomber une larme de douleur dans les flots de la Bérésina? »

Tous ces débris héroïques des légions rheinbundistes ^ de 1807 et de 1812, étaient loin des sentiments de haine soigneusement attisés depuis par les professeurs prussiens dans le cœur de leurs descendants. Non, certes, ils n'avaient pas honte d'avoir vaincu à Wagram, à Eylau, àSmolensk, à la Moscowa ! et ils ne croyaient pas que cette épopée de cent victoires communes fût une ignominie pour la valeur allemande !

Dans leurs chants, on voit percer, sous le dévouement à Napoléon, un sentiment plus élevé: le re-

LES SOLDATb DE LA CONFÉDÉRATION. 183

gret de cette République qui avait fait luire la liberté sur la terre allemande. « Lui^ sur le cadavre de la République géante, il a fait surgir le Consul, l'Empereur; lé fatal éclat du trône l'a trompé , hélas ! et il a fait le mauvais marché! » Mais ces reproches du guerrier allemand à l'homme de brumaire , le blâme que déverse parfois le poëte militaire sur la disgrâce de Carnot et de nos chefs républicains, sur le mariage autrichien ou la guerre d'Espagne, ne refroidissent point son admiration passionnée pour le César français ;

« Napoléon^ sur le théâtre du monde, a été l'image classique du héros ; mais il était aussi le père des soldats, le fort bouclier de l'honneur. — Le camp, la misère, le danger, la fatigue, il partageait tout en camarade; il partageait la faim ou la mauvaise soupe et guérissait nos esprits malades. — Quel Charlemagne, quel Otton, quel Alexandre, a fait autant que lui? Tout le monde les nomme grands; mais lui est encore audessus d'eux. — Sous ses étendards victorieux nous avons servi fidèles, intrépides. Son nom ne peut nous rappeler que des sentiments, que des souvenirs sans cesse nouveaux d'héroïsme ».

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