‹ L'Allemagne sous Napoléon 1erChapitre 39 sur 66 · Numéro du 3 janvier · texte numérisé non relu

Numéro du 3 janvier

lien ne tarissait pas de détails sur l'empressement de la bourgeoisie et l'enthousiasme des populations. « Le peuple se presse en foule sur son passage, se*faisait-il écrire de Gœttingen. Il ne reste pas un habitant dans les maisons. Nous avons traversé une fête de dix lieues. L'air retentissait des cris de Vive notre bon roi ! » La ville de Brunswick lui donna un bal masqué (au mois de mai !). Partout des arcs de triomphe, des jeunes filles en robe blanche, des drapeaux déployés, des chapeaux en l'air, tout le programme peu varié de ces enthousiasmes (( spontanés. )> A Magdeburg, « toute la ville était illuminée; on remarquait beaucoup da transparents emblématiques et des allégories ingénieuses qui exprimaient les sentiments des bons habitants de Magdeburg pour Sa Majesté. )) Plus tard, en septembre, le roi visita Osnabriick et Minden.

La vérité est que, dans le Brunswick et le Hanovre, on savait gré au roi de ses réformes : on était d'autant plus porté vers lui, qu'on avait peur d'une annexion à la France. Mais dans les pays prussiens on ruminait les lauriers du grand Frédéric, Rosbach, léna, les coups terribles de la fortune; on n'était pas encore disposé à faire fête aux gloires nouvelles. Dans les campagnes hessoises, on restait invinciblement, aveuglément attaché à l'ancien despote. Jérôme avait déployé un faste royal dans cette revue de ses provinces. Il avait donné des audiences, visité des casernes et des manufactures, écouté des harangues, accepté des bouquets, fait manœuvrer des régiments. Il rapportait de ce voyage des impressions assez diverses. « Je ne puis dépeindre à Votre Majesté, écrivait-il à son frère, avec quel enthou-

siasme j'ai été reçu dans toutes les villes et villages de mes états, mais surtout à Brunswick... La province de Magdeburg, sire, est bien malheureuse : de pauvres paysans ont vu leurs lits, leurs meubles, vendus à l'encan; que l'Empereur vienne au secours du pays, qu'il fasse grâce de la contribution de guerre ! . . Quand même je ne serais plus destiné à régner sur la Westphalie, je n'en ferais pas moins la même prière à Yotre Majesté. Ce peuple est bon ; il peut être bien utile à la France ; il est son avant-garde. » Napoléon répondait simplement : « La province de Magdeburg est la plus riche. . . il faut qu'elle paye, comme les autres provinces m'ont payé. »

Malgré la cocarde et le drapeau national, le roi de Westphalie se trouvait dans une étrange dépendance. Une partie de ses ministres, de ses principaux généraux, les chefs de sa nouvelle administration financière, lui étaient imposés par l'Empereur. Les troupes françaises traversaient perpétuellement son territoire ; elles occupaient Magdeburg. Napoléon surveillait son frère de près : Jollivet etReinhard, envoyé de France à Cassel, étaient chargés de faire aux ministres de l'Empereur des rapports réguliers. A côté du chef de la police westphalienne, Legras de Bercagny, une police secrète observait, pour le compte de l'Empereur, le roi, sa cour, ses ministres et jusqu'à sa police. « Mon frère, écrivait l'Empereur à Jérôme, je vous envoie les réponses de l'impératrice de Russie. J^ai ouvert celle qui vous était adressée. Je n'ai pas pris la même liberté pour celle de la princesse (Catherine), parce que je suppose qu'elle ne contient rien d'important; cepen-

dant je désire que vous m'en envoyiez copie. » Les lettres de Napoléon au souverain de 2 millions d'hommes étaient souvent sur ce ton : « Je trouve ridicule que;...)' puis c'étaient d'amers reproches sur des faits qui n'arrivaient le plus souvent à Paris qu'exagérés et défigurés. Si Jérôme voulait maintenir son autorité et protéger ses sujets contre les officiers impériaux, on lui reprochait de a porter atteinte à la dignité du nom français. » S'il y avait une rixe quelque part entre Allemands et Français, Napoléon s'irritait qu'il y eût « si peu de police dans le royaume.» Si Jérôme faisait planter les poteaux westphaliens sur la tête de pont de Magdeburg, Napoléon ordonnait à ses agents d'abattre les armes royales. Plus tard, il fera entrer sans façon ses douaniers sur le territoire westphalien et chasser les douaniers de Jérôme. Il donnera le Hanovre à son frère et le lui reprendra sans le consulter. Il réunira d'un trait de plume à la France en 1811 tout un département westphalien.

On comprend bien que Jérôme ait plus d'une fois songé, comme Louis de Hollande, à se dérober à ce royal esclavage. Dès 1808, on trouve dans sa correspondance des passages qui témoignent de cette disposition. « Si Votre Majesté ne peut se rendre à ma prière, je lui en adresserai une seconde, c'est de permettre que je lui remette dès à présent le gouvernement du royaume de Westphalie... Elle sait que je n'ai jamais désiré le royaume de Westphalie {V2 jan*^ vier 1808). » — « Votre Majesté observera qu'il ne peut y avoir en même temps deux personnes qui donnent des ordres dans un état, et que, si les auto-

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rites françaises doivent y commander, je ne puis dès lors y rester... Comment Votre Majesté peut-elle p voir dans les rapports qui lui sont faits par des subalternes plus de confiance que dans ceux que je lui adresse moi-même (10 juillet 1808) ?» — « J'ai désiré sans doute d'avoir un peuple à gouverner, je l'avoue à Votre Majesté : mais je préfère vivre en particulier dans son empire à être, comme je le suis, souverain sans autorité... Je suis dans l'impossibilité de me rendre utile à la France, qui au contraire sera toujours obligée d'entretenir 100,000 baïonnettes pour étayer un trône sans importance (1809). » Ordinairement Napoléon ne répondait rien aux doléances de son frère. Quand elles allaient jusqu'à la menace d'abdication, comme en 1812, il faisait simplement passer à son ministre auprès de la cour de Cassel une note ainsi conçue :

Le roi s'est trompé, s'il a pensé que l'espèce de menace qu'il a cru devoir mêler à ses plaintes pourrait influer sur les déterminations de Sa Majesté. Il doit trop bien la connaître pour ne pas savoir que, s'il venait à prendre le parti qu'il vous a annoncé, Elle pourrait le regretter à raison de l'amitié qu'elle lui porte, mais que ce ne serait pas un embarras pour Elle que d'avoir un état de plus à gouverner. C'est dans ce sens qu'Elle veut que vous vous en expliquiez (5 janvier 1812).

« Je ne sais si je suis roi, prince ou sujet ! )) s'écriait parfois Jérôme au désespoir. Ce mot pourrait servir d'épigraphe à toute l'histoire de la Westphalie.

L'année 1808 vit, dans chacun des huit départe-

ments westphaliens, le collège électoral, composé de 200 membres nommés par le roi, se réunir sous la surveillance d'un président également nommé par le roi. 11 s'agissait d'élire les députés aux états de Westphalie. Le scrutin était secret, condition nécessaire pour assurer quelque indépendance au vote en un pays oii les liens de dépendance et de clientèle, abolis par la loi, subsistaient dans les mœurs. Dans l'une de ces réunions, un électeur, probablement un « aristocrate, )) se permit une assez mauvaise plaisanterie, aux dépens de l'article 29 de la constitution. 11 fallait élire un député dans la catégorie « des savants, des. artistes les plus distingués, etc. : » il choisit, sous la protection du scrutin secret, le paysan le plus illettré de son village. — Néanmoins les Westphaliens, d'après les témoignages les moins favorables à la royauté napoléonienne, commençaient à s'intéresser vivement à la nouvelle constitution. Dans les cafés et les cercles de Cassel, avec toute la prudence qu'inspirait la crainte des observateurs de police, on en discutait les avantages et les inconvénients. Beaucoup louaient cette simplicité de conception et de rédaction qui contrastait avantageusement avec le fatras de lois, de coutumes et de règlements qui constituait le droit public dans la plupart des états de l'Allemagne. On s'étonnait de cette singulière disposition qui donnait aux orateurs du conseil d'Etat et des commissions un auditoire de législateurs muets ; mais on savait que le conseil d'État était du moins composé d'homm es distingués et compétents : on se promettait, de leurs discussions avec les députés, des lois claires, simples,

équitables, qui mettraient fin à l'arbitraire des juges et aux chicanes des procureurs. Enfin on ne pouvait nier que pour la première fois, dans des limites infiniment trop restreintes sans doute, les députés, non pas seulement des ordres privilégiés, mais de toutes les classes, allaient prendre une part directe à la confection des lois.

Cest au milieu de l'attente et de la curiosité publiques que, le 2 juillet 1808, eut lieu, dans la salle de rOrangerie, l'ouverture du Reichstag westphalien. Du reste, ces états ne se réunirent que deux fois, en 1808 et en i810. Lors de la session de 1808, on n'avait pas encore eu le temps d'inventer un uniforme pour les députés : c'est dans la seconde session seulement qu'ils parurent avec ce bizarre costume de théâtre, moitié romain, moitié espagnol, tout à fait dans le goût étrange du Directoire et de l'Empire. Une sorte d'habit de drap bleu avec des broderies c«3 soie orange, une écharpe de saie blanche, un manteau de soie bleue, doublé de blanc, avec des broderies orange et un collet de soie blanche, une manière de chapeau ou de toque à la Henri IV avec une énorme plume d'autruche, au côté une épée à garde dorée, ornée de l'aigle de Westphalie : telles étaient les pièces essentielles de ce déguisement parlementaire. Le costume était ridicule, mais il pouvait avoir son utilité : il servait à confondre sous le même uniforme nobles et bourgeois, seigneurs et paysans. Plus d'un vilain de la liesse ou du Brunswick, fièrement drapé dans son manteau de soie bleue, avait aussi bon air que son patron ou son maître de la veille. Le

mal était que ces oripeaux coûtaient fort cher : 140 thalers étaient une grosse somme pour un paysan et même pour « un savant ou un artiste distingué. » Le trésor royal fil la dépense pour un certain nombre de députés ; mais pouvait-on voter avec indépendance sur les propositions du roi, lorsqu'on était vêtu par lui ? La constitution portait que les membres des états ne recevraient pas de traitement ; cependant le roi établit que chacun d'eux aurait une indemnité de 18 francs par jour, plus les frais de voyage.

La session de 1808 s'ouvrit avec une solennité exceptionnelle. Dans la salle de l'Orangerie \ une tribune avait été réservée à la reine Catherine et à ses dames. Sur des banquettes vint s'asseoir un public choisi. Les conseillers d'Etat, en costume, siégeaient sur les deux premiers bancs, avant les députés. Ces derniers étaient rangés par département Le roi, amené jusqu'à l'Orangerie par une brillante escorte de cavalerie, fit son entrée dans la salle, entouré de ses aides-decamp, de ses chambellans, de ses aumôniers, de ses pages. I] fut reçu à la porte par le président des états, comte de Schulenburg-Wolffsburg; sur un trône élevé sur une estrade, il prit place en habit de soie blanche, manteau de pourpre, toque à plumes enrichie de diamants, souliers de soie blanche à rosettes blanches et à talons rouges. Ses serviteurs et ses ministres l'entouraient; ses pages étaient assis sur les gradins de l'estrade. Un grand-maître des cérémonies, suivant l'étiquette des meilleures cours,

1. En 1810, ce fut dans le bâtiment du Musée, sur la place Frédéric, qui devint le « Palais des États. »

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transmettait les ordres du roi à un maître des cérémonies; celui-ci, à son tour, faisait parvenir ]a parole royale à un député des états; ce dernier enfin remplissait la mission d'appeler chacun de ses collègues, par département et par ordre alphabétique, et de les présenter au roi. Le député présenté prêtait, soit en français, soit en allemand, le serment constitutionnel : (( Je jure obéissance au roi et fidélité à la constitution. )) Jérôme se leva ensuite pour lire son discours, et les députés qui avaient joui du droit de (( rester couverts devant le roi, )> ôtèrent leurs chapeaux empanachés et prêtèrent l'oreille. Il leur parla de la dette publique, déjà fort inquiétante, des « qualités belliqueuses qui distinguèrent toujours leurs ancêtres, et qui allait recevoir de la conscription militaire un plus grand développement, » du bien du royaume « que nous avons tous à cœur. )> Il conclut en ces termes : « Nous y travaillerons de concert, moi en roi et en jjère ( il avait alors vingt-trois ans, et la plupart des députés étaient des barbons), vous, en sujets fidèles et affectionnés. » La séance fut naturellement levée aux cris de Vive le roi ! Yive la reine ! Le même jour, les députés de la Westphalie reçurent l'invitation « d'assister au grand couvert. )) Plus d'un s'imagina qu'il allait enfin goûter à la chère royale. Les « bons Mlemands » avaient compté sans l'étiquette sublime de la nouvelle cour. On les conviait simplement à voir leurs majestés siéger en grand appareil, servies par leurs grands-officiers, qui prenaient les plats des mains des domestiques pour les poser sur la table. Quelques jours après, on invita les dé-

pûtes à la table du grand-maréchal, à un festin plus substantiel dont le grand-chambellan faisait les honneurs.

Dans la séance suivante, le ministre Siméon lut aux députés un exposé de la situation du royaume. Il le pronon^ en français, et le conseiller d'Etat Jean de Millier le traduisit en allemand aux auditeurs. A l'ouverture de la session de 1810, ce fut AVolfradt, ministre de l'intérieur, qui lut, en allemand, l'exposé d'usage.

En réalité, on n'avait réuni les états de 1808 que pour en obtenir l'autorisation de faire un emprunt. Comme on n'avait encore que fort peu de projets de lois à leur soumettre, la session fut trèscourte. Celle de 1810 fut en revanche très -importante : les divers ministres avaient déployé la plus grande activité pour mettre les députés en mesure de bien juger la situation, qu'on n'avait d'ailleurs aucun intérêt à leur dissimuler. Les commissions du Reichstag, surtout celle de finances, discutèrent sérieusement avec le conseil d'État les lois et impôts proposés : les députés Westfeld, Culemann, •Thorbecke, Holzbauer, luttèrent énergiquement, parfois avec succès, contre les exigences du ministre des finances. On avait fait distribuer à tous les députés un exemplaire imprimé de chacun des projets de lois. Naturellement toute la chaleur de la discussion était réservée pour les bureaux; en séance publique, les débats étaient calmes, froids, méthodiques. Devant les législateurs plus ou moins attentifs, le rapporteur du conseil d'État faisait l'éloge du projet de loij l'o-

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rateur de la commission le remplaçait à la tribune pour l'appuyer ou le combattre; puis on votait au scrutin secret. Ce mode de votation, injustifiable pour des députés qui dépendraient vraiment de leurs commettants, était nécessaire pour assurer quelque indépendance à des représentants qui émanaient jusqu'à un certain point du pouvoir royal. Le prince se faisait rendre compte soigneusement du chiffre des suffrages : lorsqu'il s'y rencontrait un tiers de boules noires, il montrait beaucoup d'irritation; c'étaient là des choses, en effet, qui ne se voyaient pas au corps législatif de France. Ordinairement, les suffrages négatifs étaient en infime minorité; pourtant, dans la session de 1808, on remarqua que deux boules noires se reproduisaient toujours obstinément sur quelque question que ce fût; elles étaient déposées par deux paysans, l'un de la Werra, l'autre de la Saale. Ils ne firent pas mystère du motif de cette opposition en apparence si acharnée. « Le plus souvent ils ne comprenaient pas très-bien l'objet du débat. Ne voyaientils pas que d'habiles hommes soutenaient le projet de loi et que d'autres, non moins habiles, le combattaient? Le meilleur moyen de rassurer leur conscience était de voter non; si la loi était réellement bonne, deux boules noires ne pouvaient l'empêcher de passer ; si elle était mauvaise, il n'y aurait jamais assez de boules noires. »

Chacune des deux sessions westphaliennes fut terminée par un discours de clôture, auquel les députés répondaient par une adresse de remercîment au roi. C'est Jean de Millier qui prononça le discours de 1808 ;

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on y remarquait cette phrase sur Napoléon : « Celui devant qui le monde se tait, car entre ses mains Dieu a mis ses destinées... » C'est le professeur Leist, alors conseiller d'État, qui cougédm \e Reichstag de 1810. Dans la constitution westphalienne, les États avaient plus d'éclat aux yeux du public ; mais le conseil d'état était le rouage le plus essentiel. Cette assemblée, de seize à vingt-cinq membres, ne tarda pas à se remplir de noms illustres, de capacités distinguées de l'Allemagne presque entière. Sans doute, des conseillers comme les comtes de Bocholz, grand-maître des cérémonies, de Witzleben, ancien grand-veneur de Hesse- Cassel, de Merveldt, ancien sacristain noble du noble chapitre d'Hildesheim, étaient là surtout pour la montre; mais l'aristocratie elle-même avait fourni de bons administrateurs, comme le Waldeckois von Reinecke, les Hanovriens de Meding et de Patje, le Hessois von Malsburg. Le baron de Berlepsch, également Hanovrien, était depuis longtemps sympathique aux idées françaises ; c'est ce qui l'avait fait destituer, par l'ancien gouvernement anglo-hanovrien, de sa présidence à la cour aulique. On le représente comme caustique, spirituel, frondeur de tous les gouvernements. Son mémoire de 1811 sur la situation financière du royaume, et qu'il a reproduit dans ses Beitrœge (matériaux pour l'histoire économique de la Westphalic), n'indique pas qu'il fût « sans conséquence. » Dans le conseil d'Etat, on trouvait encore un Leist, professeur de droit à l'université de Gœttingen, un Jean de Millier, à qui son Histoire universelle et son Histoire de la Suisse ont fait une réputation universelle, un Mar-

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teiis, professeur de droit des gens à Goettingen, auteur de tant de recueils diplomatiques de la plus haute importance, un Dohm, célèbre par ses Mémoires^ son Histoire de la révolution de Liège, ses brochures sur la Ligue des princes et surtout par la confiance dont l'avait honoré le grand Frédéric, qui en avait fait son ministre. Ennemi de la France jusqu'en 1806, il avait été un de ceux qui poussèrent la Prusse à la fatale guerre d'Iéna. A côté de hn, on s'étonne de voir siéger un autre ancien ennemi des Français, Schulenburg-Kehnert, qui avait été gouverneur de Berlin en 1806, le même qui dans sa proclamation aux Berlinois avait déclaré que « la tranquillité est le premi-er devoir du bourgeois. » Enfin, parmi les jeunes auditeurs au conseil d'État, on voyait un Jacob Grimm, alors âgé de vingt-trois ans, et qui devait être l'auteur de tant de belles recherches sur l'ancienne langue et l'ancienne littérature de la Germanie.

Assurément cette institution française du royaume de Westphalie, autour de laquelle se sont groupés tant d'hommes distingués et tant de grands noms littéraires de la Germanie, ne mérite pas la légèreté affectée avec laquelle en ont parlé la plupart des écrivains allemands. On peut s'égayer aux dépens du « carnaval du roi Jérôme , » mais il faut prendre plus au sérieux les institutions qui s'élaboraient dans son conseil d'État entre un Siméon et un Martens, un Dohm, un Jean de Mulleyp-

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