‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 11 sur 51 · Corresp. de Nap. /«r, t. XIII, p. 440, 442, 15 octobre · texte numérisé non relu

Corresp. de Nap. /«r, t. XIII, p. 440, 442, 15 octobre

2. Corresp, de Nap. /•', t. XIII, p. 467. Halle, 21 oct. 1806.

précautions militaires devaient être prise» sans compliments. » — Si Frédéric-Auguste n'était plus un ennemi, il n'était pas encore un allié ; il n'y avait point encore paix, mais simplement armistice. Toutefois on avait recommandé les plus grands égards pour rélecteur et sa famille, sa femme, Marie-Amélie de Deux-Ponts, et sa fille, la princesse Auguste. II n'avait point de fils, mais seulement deux frères : le prince Antoine qui devait lui succéder en 1827, et le prince Maximilien, père du rôi Frédéric- Auguste et du roi Jean (mort en 1873). On lui laissa môme ses gardes du corps et son régiment des gardes pour le service de son palais ; on lui accordait en tout 400 cavaliers et 1,500 fantassins. Le surplus devait évacuer la capitale et se retirer dans les autres places. M. de Thiard fut nommé commandant de la place de Dresde .

L'électeur finit par se remettre, invita d'Hédouville à dîner, lui parla de « sa confiance dans la magnanimité de l'Empereur, » consentit à assister de son balcon à l'entrée de la première division bavaroise et à en recevoir le salut.

Napoléon avait recommandé de « mettre beaucoup de formes, beaucoup de procédés, beaucoup d'honnêteté ; mais, en réalité, s'emparer de tout^ surtout des moyens de guerre, sous prétexte que ^électeur n'en avait plus besoin, )) En conséc[uence, tous les magasins de sel, de souliers, de draps, de harnachements, de boulets, de poudre, de munitions, devaient être évacués; il y en avait pour des milliers de voitures. L'artillerie devait être dirigée sur Wittenberg. M. de Thiard, qui se donnait beaucoup de mal pour ménager

l'électeur et protéger ses sujets, mit des formes dans l'accoixiplissement de cette pénible commission : « l'Empereur avait besoin de canons pour armer Wittenberg; Mayence était trop loin pour en fournir assez vite; l'électeur serait dédommagé un jour avec l'arsenal de Berlin, comme le roi de Bavière l'avait été avec celui de Tienne, etc. »

Le premier mouvement d'humeur passé, Frédéric- Auguste s'était résigné à prévenir les désirs de ses alliés. Il demanda seulement qu'on lui laissât son cabinet d'armes de luxe. H alla jusqu'à livrer à M. de Thiard une collection de cartes des forteresses prussiennes, qui fut très-utile pour la guerre de sièges. Mirabeau disait en 1788 que le secret de ces places était fort bien gardé en Prusse, et qu'il n'y avait que les cours très-intéressées à la question qui, à force d'argent, pussent se renseigner. On peut penser si la Prusse en voulut à l'électeur de cette condescendance; elle s'en vengea cruellement en 1813.

Napoléon raconte avec complaisance, dans le 14** bulletin,, que « le souverain de la Saxe a remercié l'Empereur de la générosité avec laquelle il l'a traité, et qui va l'arracher à l'influence prussienne. Cependant bon nombre de ses soldats ont péri dans toute cette bagarre. »

La Saxe et les petits états de Thuringe avaient été

divisés par un décret du 23 octobre en quatre arron-

dissements : Naumhurg pour les petits duchés; Leipzig, Wittenberg, Dresde pour l'électorat. Quatre intendants français furent préposés à l'administration civile et financière.

80 rv ALLEMAGNE SOUS NAPOLÉON !•»•

Cependant Falliance avec Napoléon était vue favorablement par l'opinion saxonne. On avait accepté celle de la Prusse comme un malheur inévitable; « on regardait celle de la France comme le meilleur moyen de relever toutes les manufactures. » Oui, si une longue paix eût été possible avec Napoléon ! Les habitants de Dresde « n'accusaient de la guerre, écrivait M. de Thiard, ni leur prince, qui est singulièrement aimé, et qui les gouverne avec beaucoup de sagesse, ni même son ministère, mais seulement leur situation topographique. y> Quant à l'électeur, il ne pouvait avoir qu'une sympathie médiocre pour Talliance de la Prusse protestante : « // est catholique^ religieux, honnête homme; il suivra ses engagements^ »

Dès l'arrivée de Napoléon à Berlin, l'électeur, pressé de signer la paix et de rentrer dans la libre disposition de ses états, lui envoya son ministre des affaires étrangères, le comte de Bose, que M. de Thiard dépeint comme « tout à fait opposé au système prussien, » Dans son impatience de mettre fin aux charges de l'occupation, le vieux prince courut lui-mtoie à Berlin; il y arriva le 28 novembre, mais manqua de deux jours l'infatigable Napoléon, déjà parti pour la Pologne. Enfin, le 11 décembre, fut signé le traité de Posen. L'électeur accédait au Rheinbund et acceptait le titre de roi, pour prendre rang parmi ceux de la

1. Mémoires et corresp, du roi Jérôme, t. II, p. 24 et s.; p. 140 et s.

Confédération, selon son ordre d'introduction. Il cédait au royaume de Westphalie quelques petits territoires ; il recevrait en échange le cercle de Kottbus (basse Lusace), que Napoléon se proposait d'enlever à la Prusse. Frédéric-Auguste ne pouvait plus refuser la dépouille de son ci- devant allié. Le contingent du royaume de Saxe s'élevait à 20,000 hommes : mais, par faveur spéciale, et seulement pour la présente campagne, il était réduit à 4,200 fantassins, 1,S00 cavaliers et 300 artilleurs.

Depuis la conversion de Frédéric-Auguste I" (en 1697) qui avait voulu par là se frayer un cheinin au trône de Pologne, l'électeur de Saxe était catholique; mais le pays, resté en majorité protestant, était très fier de son passé luthérien et maintenait jalousement le catholicisme à l'état de religion simplement tolérée. Toutefois Mirabeau constatait, en 1788, que la faveur du prince assurait aux catholiques une compensation importante dans certains emplois de la cour et de l'administration. Napoléon voulut qu'on insérât dans le traité de Posen un article 8 portant que « l'exercice du culte catholique serait, dans la totalité du royaume de Saxe, pleinement assimilé à l'exercice du culte luthérien, et que les sujets des deux religions jouiraient sans restriction des mêmes droits civils et politiques, S. M. r empereur et roi faisant une conrdition particulière de cet objet. »

Napoléon obéissait-il à la même préoccupation qui lui faisait écrire à propos des cathohques de Dantzig : « Informez-moi de ce que l'on pourrait pour eux... Mon intention est de protéger partout les catho-

liques ? » Était-ce désir de plaire à ses scrjete catholiques de France, de Belgique et d'Italie? Voulait-il se créer de nouveaux droit» auprès du pape , ou simplemeut se former en Allemagne une clientèle catholique? Après avoir vaincu la Prusse, était-ce pour lui une nouvelle manière de savourer sa victoire que d'en profiter pour relever en Allemagne l'église romaine sur les ruines de cette puissance protestante? Tenaitil à faire goûter aux rois du Bkeinbund toutes les^ délices de leur nouvelle souveraineté en les autorisant à réaliser le v<bu secret de leur cœur, le roi de Saxe, par Témancipation des papistes, comme le roi de Wurtemberg par la dissolution du Landtag ? Ou bien était-ce là une simple application des principes français sur la tolérance religieuse et l'égalité des cultes, au profit cette fois des catholiques % comme ailleurs à l'avantage des juifs et des protestants? Qui peut suivre dans tous ses secrets cet e^rit toujours en mouvement, cette politique qui embrassait à la foi& tous le& intérêts moraux et matériels de l'Europe, et qui procédait tantôt de l'indifférence voltairienne, tantôt de la superstition italienne^ tantôt du libéralisme de 89, tantôt du jacobinisme de 93?

Il n'était pas facile au roi* de Saxe de rompre tout

1. Mais comment expliquer que Napoléon n'ait pas stipulé les mêmes avantages en faveur des réformés (confession de Genève) visà-vis des luthériens? C'est seulement sur la demande des landstaeiKiede Saxe que le roi Frédéric leur accorda les mêmes avantages qu'aux autres cultes (15 mare 1811).

d'un coup toutes ses anciennes relations. Il se souvenait quelquefois^ dans l'alliance nouvelle, de l'ancien allié. Le gouvernement anglais publia des dépêches de son ministre à Dresde, en date du 23 octobre 1806, où rélecteur était représenté comme acceptant à regret l'alliance française. Il est probable qu'il y avait du vrai dans cette délation de la « perfide Albion. » Le roi de Saxe s'émut de cette publication , chercha à se justifier aujwès de Napoléon. L'Empereur connaissait les hommes ; il rassura son vassal : « Je regarde comme DX)n-avenues ces malheureuses dépêches. . . Je suis fâché qu'elles vous aient occasionné tant de peine \ » Il se croyait tellement sûr de son nouveau client, qu'il lui préparait encore un agrandissement. Deux électeurs de Saxe avaient été rois de Pologne ; cette ambition était la plus constante et presque la seule de cette famille. Napoléon, pax égard pour la Russie, ne pouvait offrir à Frédéric-Auguste la cou^ ronne royale de Pologne, mais 'simplement celle du grand-duché de Varsovie. Le vieil électeur se laissa tenter.

Ainsi donc,, en même temps que Napoléon fcmdait, sur la frontière occidentale de la Prusse amoindrie, le royaume de Westphalie, il la prenait à revers par le grand-duché de Varsovie, formé de ses dépouilles. Dans ces deux états , que ses ménagements pour Alexandre avaient laissés inachevés, mais qu'il destinait à un agrandissement ultérieur, il voyait le germe d'une Allemagne et d'une Pologne nouvelles. Il s'ef-

i. Corre^. L XIII, p. 677, 13 nov. 1806,

forçait, dans ces deux créations, d'affaiblir l'élément et Tesprît prussien. Il faisait recommander au grandduc de Varsovie de ne pas « charger ses finances de tous les employés prussiens qui étaient dans le duché, qui pour la plupart s'étaient mal conduits./ et qui d'ailleurs trouveraient des ressources en Prusse*. » Entre la Saxe relevée, la Westphalie fondée, la Pologne ébauchée. Napoléon ne voyait, dans l'avenir, presque plus de place, plus de raison d'être, pour la monarchie des Hohenzollern.

Dans les deux états si différents de Jérôme Napoléon et de Frédéric-Auguste, à Gassel et à Varsovie, le fondateur introduisit, à dose inégale, l'esprit et les institutions de 89.

Il supprima le servage en Pologne comme en Westphalie. Il y établit des institutions sinon parlementaires, au moins consultatives, dans les données de notre constitution de l'an VIII. Six évêques, six palatins, six castellans composaient le sénat; soixante membres nommés dans les diétines de la noblesse et quarante députés des villes constituaient le corps législatif. Les deux chambres s'installèrent au palais royal, le Zamok^ à l'extrémité de ce faubourg de Cracovie qui est comme la Voie Sacrée de la capitale polonaise, en face des monuments les plus respectables de l'histoire nationale : la cathédrale de Saint- Jean et la colonne de Sigismond. Chacune des deux chambres nommait des commissions pour discuter les projets de loi contradictoirement avec un conseil

1. A Champagny. Corresp, de Nap. /«', t. XV, p. 672, 26 août 1807.

detat. Napoléon, qui prenait en Westphalie tant de souci d'effacer jusqu'aux derniers vestiges de Vinégalité des classes, la consacrait en Pologne par ses lois. Mais la Pologne était moins préparée que la Westphalie pour une transformation sociale. C'était beaucoup déjà que d'y avoir introduit le Code Napoléon*, la liberté des paysans, la publicité de la justice, le vote de l'impôt et lai discussion des lois par des assemblées, et d'avoir « élevé une tribune au milieu de l'atmosphère silencieuse des gouvernements voisins '. »

Dans une lettre du i6 décembre 1807, Napoléon peut déjà complimenter le roi de Saxe de son « heureuse arrivée à Varsovie et de l'accueil qu'il y a reçu. » 11 lui annonce l'évacuation prochaine et successive du grand-duché par les troupes françaises. Elle sera complète dès que le nouveau roi « le jugera utile à ses intérêts. »

Ainsi; parmi les princes allemands qui avaient pris les armes contre Napoléon, les uns perdirent leurs couronnes, d'autres en gagnèrent de nouvelles. Frédéric-Auguste se montra reconnaissant de ce traitement si extraordinairement favorable. « Deux fois il a été en son pouvoir de me détruire, s'écriait-il, il ne l'a pas fait; je lui en aurai une gratitude éternelle, )) En 1813, il fut des derniers à l'abandonner, lui resta fidèle même après la défection de son peuple, et paya sa constance d'une partie de son territoire. Les

1. !«' mai 1808. 11 fut introduit dans le grand-duché, mais non dans le royaume de Saxe : car le premier seul devait son existence à Napoléon.

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