CHAPITRE V
EiM peittM étot» de Vmnê et du IVordi.
Il y avait aussi à statuer sur les cinq maisons de Saxe de la li^e ernestîne : Weimar, Gotha, Meinîngen 5 Hildeburghausen , Coburg ; sur les trois maisons d'Anhalt : Bernburg, Cœthen et Dessau : sur celles de Waldeck, de Reuss, de Lippe. Napoléon paraît avoir hésité jusqu'au dernier moment sur le sort au moins de quelques-unes d'entre elles. Cinq jours avant la conclusion du traité avec les petites dynasties saxonnes, il écrivait à Talleyrand, tout en lui demandant un projet de protocole : <( J'ai jugé convenable de ne point parler des autres maisons de Saxe ou autres maisons princières ; mes idées ne sont pas encore claires sur tout cela. Je verrai, à la conclusion des affaires, t espèce de contentement que i aurai de la cour de Saxe^ et je me réglerai en conséquence. » (10 décembre 1806.)
1. Denaian. Statistik, t. U. — Winkopp. Die Rheinische KonfœdenUionsacCs. — Vebse. Gesch. derHœfe des Hanses Sachsen. -^ Correspondance de Napoléon, t. XFV.
Dès le lendemain d'Iéna, il avait frappé sur le duché de Saxe-Weimar une contribution de 2,200,000 francs. Mais il avait déclaré positivement que « les états des ducs de Saxe-Gotha, des princes d'Anhalt, de Waldeck, de la Lippe, de Reuss, qui n'ont point pris part à la guerre, ne seraient inquiétés d'aucune manière et ne paieraient point de contributions » (Décret du 15 octobre 1806.) Le duc de Sixe-Meiningen réussit également à faire accepter par l'Empereur la preuve de son innocence. Celui de Saxe-Hildeburghausen fut aussi déchargé d'une contribution de 548,750 francs. L'intendant français qui avait commencé par la percevoir en partie, fut chargé de lui dire « que c'était par erreur qu'il avait été imposé et parce qu'on croyait qu'il avait fourni son contingent à la Prusse. » (Décision du 12 déc. — 43® bulletin.)
François-Frédéric-Antoine de Saxe-Coburg n'avait guère pu se mêler à la grande querelle : tout occupé de payer les dettes de son duché, il avait tellement chargé son peuple d'impôts qu'une insurrection avait éclaté vers 1803, et qu'il avait dû appeler à son secours l'électeur de Saxe. Son fils, qui devait lui succéder sous le nom d'Ernest III, était, en 1806, au service de la Russie. Pourtant, Napoléon ne voulut pas rendre le père responsable de « l'erreur » du fils, et François-Frédéric fut admis à envoyer un plénipotertiaire à Posen pour signer l'acte d'adhésion. Six jours avant la signature, il mourut tout à coup. L'en-
voyé de Saxe-Weimar signa pour lui. Mais comme Ernest III était encore dans le camp ennemi, son duché dut être administré au nom de l'Empereur jusqu'à la paix de Tilsit qui lui rendit ses états.
Le cas de Charles-Auguste de Saxe-Weimar était plus compliqué. Neveu par sa mère Amélie du duc de Brunswick détrôné par Napoléon, protégé dans sa jeunesse par Frédéric II, élève du ministre prussien von Goertz, il était plus engagé qu'aucun prince allemand dans la clientèle brandebourgeoise. Entré au service des Hohenzollern en 1786, il avait suivi, volontairement, la guerre de France en 1792, celle de Mayence en 1793 ; il était général prussien depuis 1797. En 1806 il avait été, avec le duc de Brunswick, le seul prince allemand qui eût marqué de l'empressement à s'allier avec la Prusse ou à entrer dans sa confédération du Nord. Bien qu'il eût alors quarante-neuf ans, il avait voulu faire en personne la campagne de Thuringe. Il commandait un corps de dix mille hommes à Tavant-garde de l'armée prussienne; mais, envoyé en reconnaissance du côté d'Eisenach, il ne prit part, le 14 octobre, ni à la bataille d'Iéna, ni à celle d'Auerstaedt.
Cette journée du 14 octobre fut rude pour la résidence de Weimar : les fugitifs de l'armée prussienne s'y précipitaient : les boulets de Soult et d'Augereau vinrent les y poursuivre. Dans le premier désordre d'un combat de rues, la ville et le château furent
maltraités et plusieurs maisons incendiées. Gœthe luimême fut obligé de disputer son lit à des soldats. Napoléon arriva le lendemain chez la duchesse : « Vous voyez, madame, lui dit-il avec un ton de reproche, ce que c'est que la guerre. » Elle le reçut avec dignité, lui parla avec douceur et fermeté, défendit son époux, recommanda son pays. « Voilà une femme, dil-il à Rapp, à qui nos deux cents canons ne font pas peur. » Toutefois, il mit une condition à Toubli du passé, c'est que Charles-Auguste se retirât immédiatement de l'armée prussienne. « Le moment est admirable, disait-il aux négociateurs du duc, pour perdre ses états en un clin d'œil... Voyez ce que j'ai fait du duc de Brunswick ^ »
Malgré cet avertissement l'ami de Gœthe tint à .honneur de ne pas abandonner ses compagnons d'armes dans la mauvaise fortune. Il les accompagna dans cette triste retraite de la Saale sur l'Elbe, de l'Elbe sur la Sprée. Il succomba l'un des derniers et ne capitula qu'avec Bliicher à Ratkau.
La colère de Napoléon était grande contre l'obstiné prince, trop fidèle au malheur. Pourtant, il avait auprès de Napoléon des défenseurs pour plaider sa cause. Sa femme Louise était une princesse de cette maison de Hesse-Darmstadty si étroitement alliée à la cour de Russie. La vieille margrave de Bade, bellemère d'Alexandre, s'intéressait pour le coupable, et Napoléon lui écrivait qu'il avait, « à sa considération, oublié tous ses griefs contre le duc de Weimar. » En-