‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 16 sur 51 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

C%ale deu ntmiMonM de Me tm e €•— el et de BrniuiwlelL.

La journée du 14 octobre 1806 fut le coup de mort pour la domination prussienne en Allemagne. La puissance morale fondée par Frédéric II fut brisée comme la puissance matérielle; le fruit de tant d'efforts, depuis la fameuse ligue des princes^ pour amener les états secondaires de l'Allemagne à se ranger sous l'hégémonie prussienne, parut perdu. Les clients de la Prusse furent partout sacrifiés. Dans l'Allemagne occidentale, trois familles souveraines avaient « cessé de régner. » La maison d'Orange, qui avait déjà été chassée de Hollande, terminait son éphémère domination à Fulda; son chef avait commandé une division de l'armée prussienne : c'en fut assez pour attirer la colère intéressée de l'Empereur. Deux autres dynasties, qui avaient jeté dans le pays qu'elles gouvernaient des racines profondes, et dont la fortune remontait aux origines mêmes de l'Allemagne, ne coûtèrent pas plus d'efforts à extirper : celles de Hesse-Cassel et de Brunswick.

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Il est remarquable que la Hesse-Cassel ait deux fois, en 1806 et en 1866, payé les frais de la réorganisation de r Allemagne. Le fondateur de la Confédération du Rhin la rencontra sur son chemin, comme plus tard le promoteur de la Confédération de r Allemagne du nord; tous deux la brisèrent sans pitié.

Le lancfgrave GuilTaume, qui fut plus tard Guillaume I", électeur de Hesse-Cassel, était né en 1743 du landgrave Frédéric II et d'une mère anglaise, Marie, fille du roi George II. Quand le landgrave Frédéric se fit catholique, il fallut donner des garanties aux sentiments protestants du pays violemment surexcités. Sous la médiation du roi de Prusse, Frédéric le Grand, fut conclu un acte de garantie religieuse (f7S4), en vertu duquel le prince héritier dut être soigneusement élevé dans la religion de ses pères et obtenir à sa majorité le gouvernement du comté de Hanau. Élevé àGœttingen, puis à la cour de son oncle Frédéric V de Danemark , il dut partager avec ses deux frères, Charles et Frédéric, l'excellent enseignement de ce Severy, dont le premier nous parle dans ses mémoires ^ Guillaume profita médiocrement de ces leçons exceptionnelles, et ressembla fort peu à son frère Charles, dont Fesprit était si ouvert aux idées

\ . M. Saint-René Taillandier, Un prince allemand au dix-huitième «f^c/e, dans la Revue des Deux-Mondes ùe^ i^r décembre 1865 et 15 fè vrier 1866. — Voir Rommel, Wilhelm der Srste, Cassel> tô2^

nouvelle» et même ckimériques du siède. Un tSoarisff^ »fiédoi&, BicBrnstaX, qui le i^i»ta en 1774 à sa petite cour de Hanau, assure pourtant qu'il était « grand ami de» sciences, et qu'iâ virait pour ainsi dire dans 9a bibliothèque. » Il avait mémer écrit de sa propremain des Tableaux de F histoire de ffarmu, de là Hesse-Cassel et de la Francey un arbre généalogique des landgraves de Cassel et des comte» de Hanaiii , une Histoire des Romains depuis Augiusfie jusqt^à Sigis-^ mond^ etc. Il prenait plaisir k graver sur cuivre, à sculpter, k tourner, à dessiner des carte» et des plans; mais ce qu'il devait préférer à l'histoire d'Auguste et de Sigismofnd , c'était de faire manœuvrer les deux bataillons de troupes hanovriennes que le roi d'Angleterre entretenait à Hanau pour le maintien der Yacte de garantie* Une fois soustrait à l'influence de sa mère, rintelligente et lettrée Marie d'Angle-^ terre, il dut redevenir ce qu'il avait toujours été virtuellement : un maniaque de militarisme et un trafiquant de chair humaine. Après avoir servi sous les drapeaux du grand Frédéric, il en devint, comme tant d'autres^ l'inintelligent et fanatique admiratenn

En 1784, le laïïdgrave Frédéric rappela ses trois fils èi Cassel et les présenta aux troupes. « On pleura si forty raconte Forster, que tous les soldats dans le» rang» versèrent des larmes lorsque le landgrave proclama son fils Guillaume Keutenant-général de toutes le» troupes hessoises. Lui-mêmie pleura longtemps, et tous les prince» aussi. Les princes Charles et Frédéric couraient à leurs connaissaoce» parmi le» officiers et

disaient : Gloire et merci à Dieul maintenant nous voici de nouveau tous ensemble. » — Guillaume était peu fait pour comprendre ces épanchements et ces effusions. Il était au contraire froid calculateur, étranger à toute vaine sentimentalité. Dans tous les grands événements du siècle, il ne vit qu'une série de bonnes affaires, dans ces soldats si sensibles une marchandise. Il considérait Fart militaire comme une lucrative industrie qui méritait toute sa sollicitude. Il s'occupait à bien affermer ses hommes, à bien placer l'argent qu'il en tirait. S'il tenait tant aux minuties de caserne, c'était pour que ses régiments eussent meilleur air et fussent de plus facile défaite. Lorsqu'il prit le gouvernement, il renonça au luxe, aux frais inutiles. Les marquis français, Luchet, Trestondam, Nerciat, qui avaient été sous son père surintendants de la musique et du théâtre, furent congédiés. L'université de Cassel eut les vivres coupés ; les Muller, les Forster, les Sœmmering, les Dohm, durent aller chercher fortune ailleurs. Même dans le militaire, il ne voulait pas de dépenses de fantaisie : il fondit la garde dans les régiments de ligne. Tout le monde était soldat dans la Hesse-Cassel : 33,000 honmiessur 300,000 habitants portaient l'uniforme; mais il distinguait entre régiments de campagne, régiments de garnison et milices rurales, et ne donnait de solde qu'aux premiers: environ à 4,000 ou 8,000 hommes. Le soldat et le sous-officier étaient instruits, honnêtes, braves, aveuglément dévoués au maître. Le corps d'officiers au contraire était médiocre : les minuties et l'avidité mercantile de l'électeur rebutaient ceux qui avaient

CHUTE DE LA MAISON DE HESSE-CASSEL. iOS

conscience de leur mérite ; ils prenaient du service à l'étranger. Les instincts autoritaires du prince ne lui permettaient pas d'ouvrir le corps d*officiers aux « basofficiers; » il ne restait donc plus pour commander Tarmée qu'une noblesse incapable, insolente pour le bourgeois, dure pour le soldat, d'autant plus servile plus tard devant les conquérants étrangers.

Ces troupes ne recevaient d'instruction sérieuse que sur les champs de bataille britanniques. L'électeur n'entendait rien à l'art de Frédéric IL En revanche, il passa, dit-on, plus d'une année à disputer avec ses conseillers « la question du raccourcissement des queues. » Il sortit de ses méditations un règlement fameux où la longueur, la grosseur de cet appendice militaire, la forme du nœud, la couleur du ruban, étaient soigneusement déterminées. « La queue, dit Kœnig, était le pendule qui, dans l'administration comme dans la société, mettait tout en mouvement. » Guillaume, malgré tant de vicissitudes, resta fidèle à ce grand principe. Lorsqu'on 1813 il fut restauré dans ses états , son premier soin fut de restaurer les queues, supprimées par le roi Jérôme et l'empereur Napoléon ; mais, comme ces deux usurpateurs avaient fait couper les cheveux des troupiers, il fallut bien se contenter, pendant quelque temps, d'appendices postiches.

La discipline était sévère dans l'armée ; l'avisé négrier ne voulait pas de soldats marrons. Des hussards, embusqués sur toutes les routes, touchaient cinq thalers pour chaque déserteur qu'ils ramenaient; le coupable, deux jours de suite, était battu de verges, puis condamné « aux fers d'infamie à perpétuité d •

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L'électeur était fort soigneux de sa fortune. Le? jour de son avènement, tes états dn pays lui offrirent un don gratiait de lOOjjftOO thatere. H reftwa en déclarant qnoe, <c bien éloigaé de vouloir angmenHeir les^ charges die sea fidèle» sujets, il lue songeait au eomtraire qu'à les diminuer ; » mais, avant la fin de la session, il leur présenta une Bote de i, 100,000 thalers, qu'on était censé redevoir à Ja couronne pour les impôts arriérés depais 1704. Pour encourager te cornm'erce et rindustrie, il prêtait Si ses sujets, mais ne prêtait qu'aux riches : il faisait impitoyablement rentrer les capitaux à Téchéance et percevait rigonireii-sèment les ifntérêts. Il ne tarda pas à devenir un des princes les plus en Jbnds de F Allemagne : on évaluait son trésor à 50 millions. Aussi étaitr-il le banquier de la Prusse et de tous ses voisina. Il eut pour principal administrateur de son immense fortune Mayer- Anselme Rothschild, premier du nom. Il avait démêlé dans ce petit banquier israélite une activité, une capacité, une probité à toute épreuve. Il le créa d'abord hofaffent, puis oberhofa^ent (agent supérieur de la cour). Rothschild consacra toute son in1;elligence et son» honnêteté à faire fructifier ce bien mal acquis. Quand les Français* s'emparèrent de la Hesse^ il devint le dépositaire d'iime partie du trésor, et, au. péril de sa vie ou de sa liberté, parvint à la dérober aux recherches de fat police napoléonienne.

On conçoit qu'un tel prince dût éprouver peu àer sympathies pour la Révolution française. Il avait toujours eu de Taversion pour lesf idées et les modes de France. Comme le maniaque Paul P^ de Ru^e> 'A

CHUT£ D£ Ul maison £>E HESfiE-CAiSSEL. iOt

fffOSoriiBl; les jehs^aux toimIs, les grandes cauvn^es, les pantaloiks : auitaait d'insignes jacobins, consme ciaia* iwsL &BâL La litlératiAre^ qui jusqu'alors était tout au plus .toléorée idans ses États, passa au rôle de persécutée, il se montra tout disposé à aider la Prusse et rAutriche dans leur oroisade icontre la Franee ; mais à quel prix ? D'aboird il lui fallait le chapeau électoral. U préleiEidait en o«i!tre que le roi «de Priasse prit à m dharge le contingent hessols de 6y000 hoaenmes, et <|ae, m le duc de Brunsmok donnait sa démis&km de gèskéralissime^ il ifftt son successeur. Ces négocia- , tions traînèrent plus d'un mois; Guillaume s'engagea finaksnent à etort^etemir luiHDaêane son armée , moyepnant une forte indemnité. Les Hessois firent la campagne de France (1792) ; aussi à l'arrivée de Custine sur le Bhin le laaidgrave fut-il un des souverains qui trouvèrent prudent de quitter leur résidence. Toutefois les proclamations républicaines répandues en AUeiHiagne, les invitations aux soldats hessois de se joindre à l'armée française, la promesse de leur donner une bonine solde, les droits de l'homme et « pas de coups de bâton, » ne produisirent que peu d'effet. Les trofupes hiessoises se distinguèrent à la reprise de Francfort, au siège de Mayence, en Belgique : en 17®3 elles avaient dû passer à la solde de l'Angleterre.

Le landgrave ât, presque ea même temps que la Prusse, sa paix avec la République française (1796). promit de ne plus fournir de troupes aux Anglais, céda ses possessions de la rive gauche, et en 1803 ï»çul le chapeau électoral et un agrandissement con-

sidérable. Quand l'Empire fut proclamé, Guillaume se trouva en demeure de prendre une résolution ; il fallait opter pour la clientèle prussienne ou la clientèle française. C'était de ce côté qu'il y avait le plus à gagner; mais fils d'une Anglaise, élève de la Prusse, feld-maréchal prussien et pensionnaire anglais, jaloux à l'excès de son autorité, dans Napoléon il haïssait le Français, méprisait le parvenu, craignait le maître. Lors du voyage triomphal du nouveau césar sur les bords du Rhin (septembre 1804), il se mit en route pour saluer le conquérant, que tous les princes allemands accablaient déjà de leurs adulations *, et qui commençait à poser les bases de la confédération du Rhin. Cependant Guillaume n'alla pas plus loin que Hanau, et se flt excuser auprès de l'Empereur sur une maladie qui lui serait survenue '. Cet accident ou cette hésitation eut une influence fatale sur sa destinée.

Le ministre de France à Cassel, alors M. Bignon, assure que c'est à la Hesse-Electorale que revient l'idée première de ce Rheinbund dont elle devait être exclue et qui devait même recueillir ses dépouilles *. A la cour de Cassel, le parti de l'alliance française était représenté par le baron de Waitz ; désireux de soustraire son maître à la dépendance prussienne, il aurait soumis à Bignon l'idée d'une grande confédération des états secondaires de l'Allemagne sous la protection de la France. Napoléon chargea son ministre de dé-

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