Traité de Schwérin, 25 oct. 1805. — Voir le 42« bulletin
d'une fois nous voyons Napoléon s'impatienter contre l'intendant français envoyé dans le duché ; jamais on ne lui envoie assez de ces beaux chevaux mecklembourgeois pour la remonte de sa cavalerie *.
Le Mecklembourg-Strélitz s'était peut-être plus compromis avec la confédération rêvée par la Prusse; pourtant il fut plus épargné. « Mon cousin, écrivait Napoléon à Mortier, je désire que vous épargniez les états de Mecklembourg-Strélitz. Il y a là une grand'mère de la princesse Eugène (Augusta de Bavière, épouse d'Eugène de Beauharnais). C'est une vieille femme. Voyez si elle a besoin de quelque chose, et faites-lui connaître que vous avez ordre d'avoir des égards particuliers pour elle. » — « Pour l'amour de vous, écrîvait-il aussi à la vice-reine d'Italie, j'ai ordonné qu'on ménageât toute la maison de Strélitz. Votre grand'mère y est tranquille.))(4 et 6 janvier 1807.)
Agissait-il ainsi par considération pour la maison de Bavière et pour une princesse qu'il considérait comme sa bru? Ou bien avait-il moins de haine contre Strélitz, qui n'était pas un état maritime et qui n'avait pas de relations avec les Anglais ? Était-ce un effet de sa politique de chercher à diviser par un traitement différent deux maisons unies par le sang? Enfin voulait-il faire parade de générosité pour « cette vieille femme » qui était la belle-mère de Frédéric- Guillaume m et la mère de cette reine Louise qu'il avait si cruellement traitée ?
1. Corresp^ de Napoléon /«^ t. XIII, p. 560. 2 nov. 1806. Ordre à Murât de prendre tous les étalons et toutes les caisses du Mecklembourg.
^8 L'ALLEMAGNE BOUS NAPOLÉON I*f.
Quoi qu'il ^i soit, après la paix de Tilsit et la réconciliation de la Russie avee k France, les deuK •desceadaoïtg de Niklot, primce des Obotrites, et de Prî'bislaf 5 premier duc chrétien de ce pays encore à aaoitiié slave (vers 1 1 €•) , acceptèrent une place parmi les vassaux allemands de Napdéon. Par le ^aité de Paris (18 février i868), Strélitz s'engagea à fournir un contingent de tOO hoirames ; par ceM de Bayonne {24 avril 1806), Schwéfin pponût l,'9d0 bonsunes. Un troisième dient de la Russie, Oldenbourg, entra vers ia même époque -dans la cEeatèle française (traité d'Erfurt, 14 ockibre) avec une arroée fédérale de 80Ô àommes et compléta ia réuaiion totale de FAHeinagne indépendante devienne et de Berlin, sous le protectorat de Napoléon.
Il est vrai qu'en 1813 Frédéric-François et Charies- Louis-Frédéric furent les premiers (dès les 2% et 30 mars) à se dégager du Rheinbuad et à fournir des troupes à la coalition.
Et déjà, au temps de nos prospérités, on pouvait faire un reprodbe aux contingents de Schwérin et de Strélitz : c'est que ces petites armées, au lieu de se composer exolusiv^ment de nationaux, se (recrutaient de soldats étrangers, prussiens pour la plupart. Au point de viie napoléonien, on pouvait également critiquer Tuniforme du Mecklemboui^, qui ressemblait beaucoup , trop à l'uniforme de la Prusse. Par le costume comme par les sentiments, on restait fifdèle aux anciennes traditions. Ces inconvénients devaient se faire trop sentir au moindre choc entre la France et Berlin. Lors de l'équipée de Schill en 1809, les
LES PETITSr ÉTATS DE L'EST ET DU NORD. î»'
soldats des princes de Mecklembourg désertèrent par centaines avec anoeâ et bagages sur le champ de bataille, et il semblait qu'ik n'eussent conservé l'habit à la {H'usdennfi que pour faciliter leur proch»me incorporation dans les rangs de la coalitifEK.
Dans TAllemagne orientale, en Saxe, en Thuringe, en Mecklembourg, les remaniements territoriaux avaient été bien moins considérables que dans Touesi. Les institutions éprouvèrent également moins de transformations.
L'influence française allait en s'affaiblissant du Rhin à TElbe^ et de TElbe à TOder, à mesure qu'elle rencontrait des éléments ethnographiques plus différents (slavo-germains et non plus gallo-germains), une constitution sociale plus engagée dans les traditions du moyen-âge, des esprits moins ouverts et même plus antipathiques aux idées françaises , des populations moins préparées que celles des bords du Rhin, par une longue communion intellectuelle, à une sorte d'assimilation politique avec la France.
Dans le royaume de Saxe, dans les cinq duchés de Thûringey dans Anhalt-Dessau et Bemburg, dans le Mecklembourg, ceox des anciens lansfsende qui existaient encore furent conservées ou légèrement modifiées, malgré les prérogatives de souveraineté que s'arrogeaient les princes du Rheinbund, A part quelques réformes en matière d'impôt et de recrutement, l'ancienne organisation sociale et politique, c'est-àdire aristocratique et féodale, subsista presque entièrement. Le royaume de Saxe était toujours régi par le Corpus juris saxonici et le Codex Augusteus. Un
iOO L'ALLEMAGNE SOUS NAPOLÉON !•».
seul des nouveaux princes se distingua par Timitation passionnée des institutions françaises : celui d'Anhalt-Cœthen. Bien que son duché n'eût à cette époque que 29,000 habitants, il y établit une préfecture et les divisions administratives napoléoniennes ; le préfet était assisté d'un conseil de préfecture et d'un conseil du département : ce qui valait bien , après tout, les anciens landstxnde. Il eut même une Cour d'appel à Nîenburg et un tribunal par district. Il avait un conseil d'état. Ses sujets étaient déclarés égaux devant la loi, et les juridictions patrimoniales étaient abolies. Il avait adopté le Code Napoléon^ le Code de Procédure^ et son armée de 210 hommes se recrutait par la conscription.
Cette reproduction microscopique de la France révolutionnaire et impériale ne pouvait manquer d'exciter la verve satirique des ennemis de Napoléon. Ils comparaient le duc d'Anhalt-Cœthen à ces infimes petits diablotins qui, ne pouvant bouleverser l'Océan, s'en consolent en faisant de minuscules tempêtes dans un verre d'eau. Mais c'eût été un grand bonheur pour le bourgeois et le paysan allemands que la Germanie du nord et de l'est eût possédé plus de ducs de Cobthen et moins de ducs de Mecklembourg.