‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 29 sur 51 · A QktgQn, à Kosel, p. d · texte numérisé non relu

A QktgQn, à Kosel, p. d

pour la grandeur et l'indépendance de la Bavière et du Wurtemberg, que des hommes d'état comme Mongelas croyaient sincèrement fonder avec l'aide de Napoléon. Pour les moins cultivés, il leur suffisait de combattre et de mourir pour un maître. Ce sentiment absolu de dévouement pour leur principicule, sentiment qui ne laissait pas de place à un autre, se retrouve dans un fait caractéristique, cité dans un rapport de Jérôme : « Un canonnier ayant la cuisse emportée par un boulet de canon, ses camarades accoururent pour le secourir, il leur dit : « Mes amis, race tournez à votre besogne, et que ce que vous voyez « ne vous intimide pas. Si je meurs, c'est en brave « homme ; si je guéris, mon maître prendra soin d'un bon soldat. * »

Le militaire aime la guerre par état et par vocation. Les soldats allemands, tant de fois employés comme mercenaires hors d'Allemagne, exportés, comme une marchandise humaine, dans les colonies anglaises ou hollandaises, en Amérique, dans l'Hindoustan, n'étaient pas habitués à trop se demander pourquoi ils se battaient. Pourvu qu'ils fussent bien traités, convenablement nourris, suffisamment payés, pourvu qu'il y eût à espérer des aventures, de la gloire, du butin, ils marchaient allègrement. Comptet-on pour rien le prestige de la Grande-Armée et du vainaueur d'Austerliz? Si Frédéric II avait été pour l'Allemagne le dieu de la guerre, qu'était donc Tîapoléon, son vainqueur posthume ? Ce même engoue-

!• Mém, et Corresp. , pdige 95. C'était un Wûrtembergeois.

ment pour les grands militaires qui, au dix-septième siècle, dépeuplait les ateliers et les campagnes de TAllemagne pour remplir le camp de Wallenstein, la jetait maintenant aux genoux de « l'homme du Destin » . On était fier d'être associé à son étoile , de mettre sa fortune, comme dit Schiller, sur le numéro toujours gagnant : on ponta sur lui — tant qu'il gagna. Être cité dans un ordre du jour de la Grande- Année, recevoir surtout cette étoile d'or et d'émail qui brillait sur la poitrine de Napoléon et de ses grognards, porter cette décoration française, qui devait cependant tant de son lustre à l'effusion du sang allemand, c'était pour l'officier bavarois ou wllrtembergeois la suprême ambition. Après les brillants combats de Glàtz, Jérôme écrivait à l'Empereur: « Le colonel Beckers, commandant le 6* de ligne bavarois, et le colonel Scharfenstein, avec le reste de son bataillon ont fait des prodiges de valeur. Le premier, quoique blessé à l'épaule, ne voulait pas quitter son régiment, se portant avec un de ses bataillons tantôt à la droite, tantôt à la gauche. J'ai vu ce matin, Sire, en passant la revue de ce bataillon et de ce régiment, ks deux braves colonels avoir les larmes aux yeux de ce qu'il ne leur avait point été destiné une des croix que Votre Majesté a mises à la disposition de leurs souverains respectifs. »

Napoléon connaissait mieux que son frère ce qu'il fallait ou ce qu'il ne fallait pas demander au soldat

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allemand. Quand Jérôme insistait pour faire morrter les Ijavarois à Tassant de Glogau, Napoléon donnait raison contre lui au géfiaéral Beroy . Il se moDftrait ménager de leur sang, préférait les aguerrir d'abord dans «de petites campagnes avant de les lancer dans le fracas des grandes batailles de TEmpire. Nos auxiliaires allemands 'de cette épogme doivent nous rendre d'ailleurs cette justice : souvent nous les avons nais aux postes les moms dangereux, jamais nous me les avons exposés au périd sans nous. Souvent les Fraaaçais les ont précédés, jamais ils ne les ont jetés en avant :pour épargner le sang welche à leurs dépens. Que le soldat bavaTois, saxorii, wurtembergeois compare, sG^us ce rapport, l'hégémonie fraîiçaise et Thégémonie prussienne : les chiffres respectifs des perèes de la Prusse et de ses alliés dans la dernière guerre sont sur ce point assez instructifs.

Non-seulement Napoléon récompensait chez ses auxiliaires allemands les services militaires, mais il ordonnait de lui signaler les traits de 'générosité ou de probité qui se rencontraient chez eux. Il croyait dans ses attributions d'encourager la vertu cUlemande: n'était-ce pas "devancer le Tugenbund? On trouve dans sa correspondance cette curieuse « décision » :

Le maréchal Berthier met sous "les yeux de l'Empereur le trait suivant que lui signale le général Clarke : M. Godeck, capitaine au régiment de Nassau-Usingen, en garnison à Wrietzen, s'était acquis la reconnaissance des habitants par les services qu'il leur avait rendus en plusieurs occasions, et il vient de refuser une somme qui lui avait été offertt?. Mais ayant appris que cinq officiers prussiens, piâsonniers de gucîTr e.

qui B'étaient attiapé restime générale, étaient réduite à une extrèiie misère, M. Godeck pria ies magistrats de Wrietzen de distribuer à ces cinq officiers la somme qui lui avait été destinée. DÉCISION : Lui en témoigner ma satisfaction et me faire connaître ce que je pourrais faire pour lui. Napoléon *.

Chaque succès de l'année de Silésie était mis à l'ordre du jour de la Grande-Armée : les mêmes bulletins qui proclamaieoit récroulement de la grandeur prussienne annonçaient au monde la nouvelle grandeur militaire de la Bavière et du Wurtemberg. Après la prise de Glogau, Napoléon décrète que « les troupes alliées du roi de Wurtemberg se sont bien montrées » (38' bulletin). Après la prise de Breslau, les 48'' et 50* bulletins constatent que « les troupes bavaroises et wlirtembergeoises ont mérité les éloges du prince Jérôme et l'estime de l'armée française ; » et après le combat de Strehlen et le beau fait d'armes des chasseurs de Linange, « Sa Majesté a ordonné de témoigner sa satisfaction aux troupes bavaroises et wiirtembergeoises ». En outre, dix croix d'honneur durent être distribuées au corps wurterabergeois ; l'Empereur écrivit au roi Frédéric une lettre des plus flatteuses et lui envoya une partie des drapeaux et des canons enlevés à l'ennemi. Un autre jour, c'était aux J^avarois que s'adressaient les paroles flatteuses et les décorations; c'était au roi Maximilien-Joseph que l'on envoyait les trophées des places conquises. L'Empereur s'appliquait à maintenir entre les puissances alliées une certaine rivalité d'émulation.

1. Correspondance de P Empereur Napoléon M, tome XV, 27 «EVJil t«ftî.

Il ménageait surtout la susceptibilité de ses auxiliaires allemands jusqu'à fermer les yeux sur leurs pillages, tant de fois dénoncés par Jérôme. Il entendait que les alliés fussent traités comme les soldats irançaîs. A Dresde, M. de Thiard, commandant de la place, impatienté des exigences et des prétentions des confédérés, écrivait à Berthier : « Je désirerais que la division bavaroise sût d'une manière positive qu'elle n'a gagné ni la bataille d'Austerlitz, ni celle d'Iéna ; qu'un mot de Sa Majesté peut rendre l'armée saxonne autant qu'elle » . Mais Berthier répondait sévèrement. : « J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, Monsieur de Thiard, la lettre que vous m'avez écrite. Sa Majesté n'a pas été satisfaite de la comparaison que vous faites de nos alliés avec nos ennemis. Elle a vu avec peine qu'on faisait sentir aux alliés qu'ils n'avaient combattu ni à Austerlitz, ni dans cette campagne ; son intention est tout' à fait opposée. Sa Majesté cherche, au contraire, à les associer à tous ses succès et à leur en faire partager la gloire. C'est par là qu'elle acquiert leur amitié, et surtout leur confiance. Autrefois, on n'avait pas d'alliés, parce qu'on suivait un système opposé. Sa Majesté est très-fâchée que vous n'ayez point donné des souliers aux Bavarois. Faites-leur-en distribuer en gratification. » En général, l'Empereur veut que les Bavarois et les autres alliés soient traités comme les Français, et qu'on procure aux officiers et aux soldats toutes les douceurs possibles. En outre, pour effacer le mauvais effet que des paroles imprudentes auraient pik produire sur le général bavarois, Berthier lui écrivait pour lui renouveler l'assurance des égards et des rfow-

ceurs que l'Empereur voulait faire goûter à ses alliés. Sa lettre se terminait par ces étranges paroles : {( Toutes les campagnes de F Empereur sont des campagnes de manœuvres^ et la gloire appartient également à tout ce qui compose la Grande-Armée, soit troupes françaises, soit troupes alliées. » Etait-il donc nécessaire de rabaisser le soldat français au rôle d'instrument passif pour relever Tamour-propre du soldat allemand? Dans ces insolentes paroles, on sent bien plus l'orgueil du despote que les ménagements du politique. L'enivrement césarien gagne déjà le sinistre joueur d'échecs. L'Empereur des Français s'efiace devant l'Empereur d'Occident.

Pendant ce temps, au mois de mars 1807, les Hessois faisaient le siège de Graudenz, vaillamment défendu par un Français d'origine, l'Homme de Courbière; d'autres auxiliaires, sous les ordres du maréchal Lefebvre, entreprenaient à l'autre bout de l'Allemagne de réduire la grande forteresse de Dantzig. L'armée assiégeante était à peu près égale en nombre à la garnison prussienne. Forte de 18,000 hommes, elle ne comptait d'abord que 3,000 Français, 6,000 Polonais, 2,500 hommes de la Légion du Nord (Polonais ou déserteurs russes ou prussiens) 8,000 Saxons, 2,200 Badois. Elle était donc composée, pour près de la moitié, de troupes allemandes. Le prince héréditaire de Bade tint à honneur d'assister aux opérations. L'Empereur le recommanda au maréchal dans les termes suivants : « L

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prince de Bade se rend auprès de vous pour prendre le commandement de ses troupes et en passer la revne. le vous recommande de le bien traiter et de ne pas souffrir qu'il s^ expose plus qu'il n'est convenable^. y>

Le siège était hérissé de difficultés*, le maréchal, rompu à la grande guerre, était fort inexpérimenté dans la guerre de siège. Aussi avait-il les mêmes impatiences que Jérôme contre les ingénieurs trop prudents, selon lui, surtout «outre ses auxiliaires allemands, trop peu disposés à l'escalade. A l'entendre, ils étaient enclins à la désertion, et pour les empêcher de se répandre dans les villages, on était obligé de les mieux nourrir que les soldats français. Ils n'étaient bons qu'à dévorer les approvisionnements. Les Saxons se battaient bien, mais ne voulaient pas manier la pioche *. Les Badois étaient aussi tièdes au feu qu'au travail. Il fallait le débarrasser de tout ce monde ; il se chargeait de tout enlever avec ses grenadiers. Ici encore Napoléon était obligé de gourmander son lieutenant, de lui reprocher un langage si outrageant pour les aHiés. Ces Badois eît ces Saxons étaient de jeunes soldats : il fallait leur donner le temps de s'habituer an feu. « Il n'y a rien d'extraordinaire, écrivait-il, à ce que vingt

1. Correspondance j t. XIV, p. 12, 244. Osterode 31 mars «f 807.

2. Dans les divers oorps d'armée qù ils figitrèFeut, les Sastns manifestèrent d'abord une tendance fâcheuse à la désertion : « Ecrî- •vez à mon ministre à Dresde , mandait Ns^oléon à Talieyrand , pour qu'il fasse connaître que le contingent saxon ayant é|>^rouvé (Sne grande diminution par les désertions, les pertes et les événements ordinaires de la guerre, je désire qu'il «oH r)omplété sans délai par des recrues tant d'infanterie que de cavalede. Le oontin^çeot de Weimar a aussi une diminution par les désertions, la Saxe-Gotha n'a fourni que 4^0 hommes... «

tirailleurs badois aienl fui derant les Gosaques. Il faut être accoutumé à ces troupes qui sont lâ^àes, mais qui font beaucoup de bruit. Souvent même la bonne infanterie française en a été étonnée... » Lefebvre, eomme Jérôme, se plaignait de la licence des alliés : « Faites fusiller, lui répondait-on, le premier pi commettra des désordres*. » Enfin le commandant de la place, général Kalkreuth, qui venait d'assister à un échec de l'armée de secours, demanda à capituler; le *& mai , les troupes du Rheinbund firent leur entrée triomphale dans la grande forteresse prussienne et les bulletins impériaux signifièrent au monde que « Sa Majesté témoignait sa satisfaction aux troupes assiégeantes. »

Parmi les Badois qui se distinguèrent dans cette campagne, les historiens ont cité tout d'abord le prince, héritier, qui, dans les tranchées de Dantzig, exposa sa vie et sa santé ; le baron lieutenant-général de Stockorn ; Hetzler, caporal ; de Saint-Ange, officier, qui tous trois furent, de la main de leur prince, solennellement décorés de la Légion d'honneur sous les murs de la place; le major de Brîickeny qui, au combat de Dirchaw, lutta contre des forces supérieures ; l'adjudant général de Porbeck*, etc. Aussi l'Empereur en- Yoya-t-il en présent au grand-duc de Bade 4,000 fusils, 600 chevaux, etc., pris sur les Prussiens.

OfL cite âïtssL le trait d'un tambour saxon , nommé Zworn,. qjii, pendant un assaut contre une re-

4. Cùrresp, de Nap. /«S t. XIV, p. 537, 646, 701, etc. Ji. Histoire chronologique y généalogique et politique de la maison de Bade, par Viton de S.. Alais^ Paris, 1807. Blgûon^ VX, 289. . , •

doute prussienne, battit la charge sans ordre et se précipita sur la redoute en criant : « A moi, Saxons ! » Ses camarades se précipitèrent sur ses pas et enlevèrent l'ouvrage.

A Heilsberg encore, à Friedland, nous retrouvons les Saxons et d'autres auxiliaires allemands. Napoléon écrivait au roi de Wtirtemberg que son régiment de chevau-légers « s'était parfaitement comporté à la bataille d'Heilsberg ; le colonel a été blessé*. » Et TEmper3ur profite de l'occasion pour faire une allusion à ces personnes, servant dans l'armée russe, qui tiennent de si: près au roi de Wurtemberg, et qui ménagent si peu les Wurtembergeois. Après Friedland, l'Empereur envoya au roi de Saxe , au roi de Bavière et autres princes de la Confédération, des officiers de leur armée pour leur porter la nouvelle de la victoire.

Telle fut la première campagne sérieuse faite par les troupes du Rheinbund sous les drapeaux de l'Empire. Depuis ces jours jusqu'au jour fatal de Leipsig, tout devint commun entre les fils de la vieille Gaule et les soldats de la Bavière, de la Hesse, de Bade, du Wurtemberg, de la Saxe, de la Thuringe. Ils partagèrent toujours la gloire et le danger, les lauriers et les blessures. Français et Allemands communièrent dans la victoire comme dans la mort. Les bords de la Saale et de risar fournirent comme les bords du Rhin leur

i. Corresp, de Nap, /", t. XV, 24 juin 1807.

contingent de héros à la grande épopée napoléonienne. Nos alliés du Rheinbund eurent leur part dans les triomphes impériaux ; ils eurent leurs pages dans les bulletins de la Grande-Armée qui racontaient au monde les merveilles de Friedland, de Wagram, de Borodino, ou les désastres de 1812. Les gravures du temps nous montrent les princes et les généraux du Rheiubund affectant non-seulement le costume et la

coiffure, mais les moindres détails de toilette des maréchaux napoléoniens. Emile de Hesse-Darmstadt porto la moustache et les courts favoris de La salle et de Murât. Même après l'année 1813, où nos alliés du Rhin durent se tourner contre nous, même après Tannée 1814, où ils suivirent les armées de la Prusse et de la Russie contre Napoléon, les sympathies françaises et le souvenir d'une longue et glorieuse fraterternité d'armes ne put s'éteindre dans leur âme. Les sentiments qui, au souvenir de l'empereur d'Occident, animaient les cœurs des vétérans napoléoniens sur la rive gauche devaient avoir leur écho sur la rive droite. Aux uns comme aux autres, à ceux de Munich, de Stuttgart et de Darmstadt, comme à ceux de Cologne, de Mayence et de Saarlouis, Niklas Millier dédiait, en 1837, son Livre de chants pour les vétérans qui servirent dans la Grande-Armée d^ Napoléon^ de 1803 à 1814 ^ Au frontispice du livre, on voit deux militaires allemands, qu'on prendrait, à leur costume, à leurs favoris, à leur façon crâne de porter le bonnet de police, pour de vrais grognards de la

1. Liederbuch fur die Veteranen der grossen Napoleonarmee von 1803 bis, 1814, Mayence, 1837.

•Loire : ils pleurent sur la tombe de Sainte-Hélène, sur l'épéeet le petit chapeau, ombragés du saule légendaire. D'autres gravures reproduisent les traits populaires de Napoléon, du grand-duc de Darmstadt, de son fils le prince Emile.

« Le guerrier qui a suivi Napoléon sou» tous tes climats de l'univers, s'écrie l'auteur dans sa préface, le guerrier qui a combattu sous ses ordres en tant de royaumes, qui tant de fois a pris sa part de la gloire et du triomphe, qui a mené cette vie tourmentée, pleine de privations, de souffrances, de fatigues et de dangers mortels, ne peut pas, ne doit pas oublier son grand général. Transfiguré, il continue à illuminer nos heures de joie; nous lui dédions, ainsi qu'à nos victoires immortelles, de bienfaisantes fêtes commémoratives. Le vétéran s'y rajeunit; il recherche ses compagnons d'armes, ses fidèles camarades, pour jouir dans leur société de ces douces joies qui surgissent du sein du passé, comme la pierre précieuse des mines de diamants... Quel souverain pourrait prendre ombrage de voir une telle association fêter les anciennes victoires jeter un regard ému sur les aigles brisées de Leipzig et de Waterloo , laisser tomber une larme de douleur dans les flots de la Bérésina? »

Tous ces débris héroïques des légions rheinbundistes^ de 1807 et de 1812, étaient loin des sentiments de baine soigneusement attisés depuis par les professeurs prussiens dans le cœur de leurs descendants. Non, certes, ils n'avaient pas bonté d'avoir vaincu à Wagram, à Eylau, àSmolensk, à la Moscowa I et ils ne croyaient pas que cette épopée de cent victoires communes fût une ignominie pour la valeur aUemande !

Dans leurs chants, on voit percer, sous le dévouement à Napoléon, un sentiment plus élevé : le re-

LES SOLDATtî DE LA CONFÉDÉRATION. 183

gret de cette République qui avait fait luire la liberté sur la terre allemande. « Lui^ sur le cadavre de la République géante, il a fait surgir le Consul, l'Empereur; le fatal éclat du trône Ta trompé , hélas ! et il a fait le mauvais marché! » Mais ces reproches du guerrier allemand à l'homme de brumaire , le blâme que déverse parfois le poëte militaire sur la disgrâce deCarnotetde nos chefs républicains, sur le mariage autrichien ou la guerre d'Espagne, ne refroidissent point son admiration passionnée pour le César français :

« Napoléon, sur le théâtre du monde, a été l'image classique du héros ; mais il était aussi le père des soldats, le fort bouclier de Vhonneup. — Le camp, la misère, le danger, la fatigue, il partageait tout en camarade ; il partageait la faim ou la mauvaise soupe et guérissait nos esprits malades. — Quel Charlemagne, quel Otton, quel Alexandre, a fait autant que lui? Tout le monde les nomme grands; mais lui est encore audessus d'eux. — Sous ses étendards victorieux nous avons servi fidèles, intrépides. Son nom ne peut nous rappeler que des sentiments, que des souvenirs sans cesse nouveaux d'héroïsme ».

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