CHAPITRE Xn
I<e royaume de lVe«tpli«lle, — lie* flBaaees, 1* snerre
et la dlplonuitle.
Les finances, la guerre, les relations extérieures, peuvent bien être regardées comme les trois services les plus considérables d'un état indépendant. On se rendra mieux compte de la situation précaire du royaume de Westphalie en voyant comment les exigences de Napoléon avaient d'avance ruiné le nouvel état; comment l'armée westphalienne, organisée par ses ordres, d'après ses plans, de la main de ses généraux, était avant tout une division de l'armée française; comment enfin la Westphalie n'avait et ne pouvait avoir de diplomatie sérieuse, puisqu'elle ne pouvait avoir d'amis ou d'ennemis que ceux de Napoléon, et qu'elle ne devait pas survivre à la chute de l'Empire.
Le ministre provisoire des finances, le comte Beugnot, comme la plupart des Français employés en Westphalie, avait la nostalgie de la France, de Paris, d'une
scène plus en vue. Il demanda bientôt à quitter Cassel, et devint, on l'a vu, Tadministrateur du grand-duché de Berg. Le successeur de Beugnot au i?^inistère des finances fut un Allemand, le baron de Biiiow, âgé alors de trente-quatre ans. Sa parenté avec Hardenberg lui avait valu d'abord une assez belle carrière dans l'administration prussienne. A l'époque d'Iéna, il était président du trésor à Magdeburg : il fit preuve de fidélité à son gouvernement en dérobant sa caisse à toutes les recherches dés Français, Bien diffèrent de son ennemi et successeur Malchus, qui n'avait fait, dit-on, son chemin dans le monde qu'en dénonçant au gouvernement prussien les caisses du chapitre d'Hîldesheim et au gouvernement français les caisses prussiennes. Biiiow, après s'être acquitté loyalement envers la Prusse, accepta de passer au service de la Westphalie. Dans son ministère, il favorisa autant que possible les intérêts de la population allemande, donna les places surtout à des Allemands. Il considérait le roi Jérôme comme la seule garantie contre une nanexion à la France, mais il regardait l'empereur Napoléon comme un oppresseur de son pays. Tout en travaillant de son mieux à Torganisation des services financiers, en s'ingéniant à remplir le trésor toujours vide et à diminuer les charges toujours croissantes, en se montrant môme, semble-t-il, complaisant pour le roi jusqu'à l'excès, il se tenait au courant des mouvements de l'opinion allemande , et passa bientôt pour être en rapport avec le Tugendbund et les sociétés secrètes. Aussi, le 8 avril 18H, le roi crut devoir faire arrête» le secrétaire-général des finance» et
un autre employé de Btilow ; il exigea la démission du ministre, mais lui fit un cadeau de 60 000 francset une pension de 6,000. Récemment Btilow avait été élevé à la dignité de comte. II vécut alors dans la retraite et dans l'étude jusqu'au moment où la Prusse, qui l'avait pour ainsi dire prêté au royaume de Westphalie, le trouva- bon à reprendre- comme ministre des finances prussiennes en 1813'. Son administration du trésor westphalien , comme on va- le voir, avait été pour lui un rude apprentissage. Malchus, que Jérôme lui donna pour successeur, était peu estimé ; on savait que rien ne l'arrêterait pour conserver la faveur du roi. (( C'était le pire des pires, dit Vehse, et sa comptabilité était susceptible d'erreurs qui pouvaient se monter à un million de florins. »
Un traité pour l'arrangement des difficultés financières, entre l'empereur des Français et son frère, avait été signé à Berlin, le 22 avril 1808, par Malchus, conseiller d'État, et Daru, intendant-général de la Grande-Armée. Ce traité distinguait d'abord entre les créances que pouvaient avoir les anciens souverains, états, abbayes ou corporations ecclésiastiques de la Westphalie sur des princes ou des particuliers étrangers au royaume^ et celles qu'ils pouvaient avoir sur des nobles ou des particuliers sujets du royaume ou domiciliés dans le royaume. Les premières. Napoléon se les réservait « en vertu du droit de conquête»; or, l'électeur de Pesse-Cassel à lui seul avait prêté 12 millions au Mecklerabourg , 4,600,000 francs à Waldeck, 2 millions à la Bavière, 2,600,000 à la Hollande, 3 millions à Bade et des sommes considcrobles
à d*autres états. Les créances de la seconde catégorie, Napoléon les abandonnait à son frère, mais uniquement pour lui donner « les moyens d'augmenter et d'entretenir son armée. » Par Tarticle 2 de la constitution, Napoléon s'était réservé la moitié des domaines allodiaux des princes dépossédés, « pour être employés aux récompenses que nous avons promises aux officiers de nos armées qui nous ont rendu le plus de services dans la présente guerre. » Plus tard, il avait déclaré qu'il lui fallait la moitié de tous les domaines des princes, allodiaux ou autres^ protestant contre « le ridicule de telles distinctions. » Par le traité de Berlin^ il réclamait 7 millions de revenus en domaines ; or, les domaines entiers de la Westphalie ne rapportaient que 12 ou 14 millions, et ne pouvaient atteindre qu'après de longues années de bonne administration un revenu de 18 ou 19 millions. Les contributions de guerre dues par la Westphalie à Napoléon, étaient fixées à la somme totale de 26 millions, payables en dix-huit mois, à dater du 1" mai 1808, au moyen d'obligations souscrites par les principaux propriétaires et banquiers du pays. Enfin, Napoléon déclarait « ne point se charger des traitemens et appointemens, soit fixes, soit casuels, des fonctionnaires pubUcs westphaliens, pensions, rentes et autres charges des provinces, pendant tout le temps de son occupation; » il laissait à son frère la faculté d'en user à cet égard « comme bon lui semblerait. » Il créait ainsi à la charge du budget westphalien un déficit équivalant à une année de dépenses, environ 8 millions.
iLF. ROYAUME DE WESTPHALIE. 241
En résumé, par le traité de Berlin, Napoléon enlevait à la Westphalie 7 millions de revenus, 20 ou 30 millions de créances sur les princes allemands ou étrangers, 26 millions de contributions extraordinaires, 8 millions d'impôts ordinaires. Il ruinait financièrement sa propre création. Il condamnait Vétat modèle à vivre d'expédients, à pleurer misère, à tenter inutilement des emprunts, à laisser ses engagements en souffrance, à côtoyer perpétuellement la banqueroute, et cela, au moment même où il allait exiger de lui les efforts les plus extraordinaires pour soutenir son aventureuse politique*. A toutes les lettres larmoyantes de Jérôme, il répondait gaillardement : « Je n'entre pas dans ces détails... Cet ordre que l'on veut mettre dans le budget est de l'enfantillage... Ces circonstances ne sont point nouvelles pour moi. J'ai été deux ans en France sans finances. Le roi de Naples commence à peine à régulariser les siennes. En Italie, j'ai été ainsi six ans, etc.*. »
En attendant, le budget du royaume de Westphalie s'établissait, pour la première année de son existence, de la manière suivante : a 1° l'arriéré de l'année 1807, évalué à environ 8 millions ; 2° les dépenses probables de 1808, à 35 millions; 3** 20 millions à payer sur la contribution de guerre : total, environ 60 ou 70 millions de dépenses. Or, les revenus de cette année ne
1. La Westphalie, de 1807 à 1813, ne vécut que d'expédients qui semblent renouvelés des époques les plus besoigneuses de notre histoire financière : emprunts usuraires, confiscation des biens des couvents, aliénation des domaines ou du produit des mines, retenues sur les rentes et les traitements, etc.
S. 4 janvier 1808.
242 L'ALLEMAGNE SOUS NAPOJLÉON !•'.
montaient pas à plus de 20 ou 30 millioiïS' :: c'était un- déficit d'environi 40 millions.
Les États de 1808 avaient autorisé un emprunl; de 20 millions, que* deux de leurs membres devaient ailler négocier à Amsterdam. Malheureusement le- carédit du royaume était fort mal établi. Ea jîutre, h) ce moment' même, l'empereur Napoléon^ ouvrait pour son propre compte um emprunt en Hollande ; ih fallut bien lui céder le pas*. On trouva seulement quelque 1,800,000 francs à emprunter eu des juifs de Cassel. Enfin le ministre BCilow résolut de recourir à un* emprunt forcé de 20 millions. On émit 100,000» obligations de 200 francs, et tout sujet westphalien dut prendre, en proportion de sa fortune, depuis- une demiobligation jusqu'à 100' obligations. Malgré les primes offertes aux souscripteurs qui s'empresseraient d'ope-rer les versements, malgré les flatteries, les- menaces-, les promesses des décrets royaux , l'emprunt ne fut couvert qu'à moitié. Jérôme- avait donc bien raison d'écrire à son frère : « Il est certain que' le royaume de Westphalie ne peut résister plus de six mois au mauvais état de ses finances (3 février* 4809). ))
Aux États de 1810, Biilow put enfin présenter un budget parfaitement régulier,, mais qui n'eu dècoavrait que mieux l'irrégularité de la situation.. Les re^ cettes montaient à 34,400,000 francs; les dépenses 07rU7iaireSy y compris le service de la dette publique, à 34,820,000 francs. Il ne subsistait donc plus qu'un déficit de 420,000 francs ;. mais,. — il y avait les- dépenses^ extraordinaii-es I c'est - à - dire environ 11. millions, consacrés à la solde de la division westplialienne.ea-
voyéeen Espagne, et à l'entretien de d2,SôO Français dans Magdebuig. Cependant, en 1810, le traité du 14 jan:vier, qui céda le Hanovre au roi de Westphalie, réduisit la Gontributiom extraordinaire de guerre à 16 millions seulement et accorda dix années de délai, li'âprétéde TEmpereiir €t de Daru avait été vaincue par la irésistance passive du débiteur westphalien.
Le budget de 1811 présente peu d'intérêt. Quant à celui del81S, « Tarmée westphalienne, disent les Mé^ moires du roi Jérôme^ ayant péri à peu près tout entière dans la campagne de Russie, non-seulement le trésor n'eut pas à la solder et à la nourrir pendant les six derniers mois de Tannée, mais le budget des dépenses fie troibva dégrevé d'une dizaine de millions qui représentaient l'entretien de ces troupes pendant ce semestr:e : ^triste économie réalisée sur la mort, et qu'aucun financier n'eût su faire entrer dans ses calculs ! »
Une dépense qui pesa lourdement sur le budget
westphalien était celle de la liste civile. Elle était fixée
pour le roi et sa famiUe à 8 millions, somme énorme
^pour un budget dont les ressources variaient entre
.25 «t 30 millions. « Les employés des bureaux et les
médecins des hôpitaux ne sont plus payés depuis
^quatre mois, écrivait Jollivet.; il n'en est pas ainsi des
8 millions que le trésor fournit à la liste civile. Ils
♦sont ;p»yés .très-exactement, et souvent quinze jours
«ou tïois semaines avant l'échéance. » Si encore Jérôme
s'était contenté de ces 5 millions ! mais les téraoi-
.gnfi^es contemporains constatent que le roi de West-
phalie gardait pour son usage privé une partie des
revenus tpublics. Ainsi les créances que l'Empereur lui
avait abandonnées par le traité de Berlin, uniquement pour lui donner « les moyens d'augmenter et d*entretenir son armée, » les revenus d'une partie des domaines qui étaient administrés en son nom, ceux des domaines qui faisaient retour à la couronne, Jérôme n'hésitait point à se les attribuer. En outre, il faisait verser à son trésor les sommes destinées aux relations extérieures et à la solde de la garde royale, et s'en appropriait une partie. Tout cela représentait près de 2 millions par an ; la liste civile s'élevait ainsi à 7 millions, et absorbait près du cinquième des revenus bruts du royaume. On essayerait vainement d'atténuer cette coupable dilapidation des trésors arrachés à cette même Westphalie dont Jérôme dépeint la misère en termes si pathétiques. « Ce n'est que 2 millions ! )) , dit-on ; mais le roi a eu beaucoup de mal à se faire prêter par ses sujets, même sous forme d'emprunt forcé, une somme égale à cette liste civile de 7 millions ; les étrangers ne lui ont prêté 2 millions qu'avec des intérêts usuraires; les 1,800,000 francs qu'il avait empruntés à la caisse des consignations française, et qu'il ne pouvait payer, lui ont attiré de Napoléon les paroles les plus dures et les plus humiliantes. Voilà ce qu'étaient 2 millions pour la Westphalie ! Il faut ajouter que l'Empereur, parfaitement instruit des prodigalités de son frère, ne se. souciait pas de lui abandonner un argent dont la Grande- Armée avait besoin. Jérôme était mal venu à se plaindre à l'Empereur de ses embarras financiers quand il donnait à un Le Camus, en don gratuit, un domaine qui rapportait 40,000 francs; il était mal venu à
déplorer les souffrances du pays quand il consacrait 300,000 francs par an à la création d*un ordre inutile. On ne saurait imaginer combien Jérôme a fait ainsi de mal à ses sujets : il les appauvrissait non-seulement de Targent qu'il gaspillait, mais de celui que l'Empereur était bien décidé à ne pas laisser gaspiller. Quel intérêt pouvait porter Napoléon aux embarras financiers de la Westphalie, lorsqu'il lisait en tête d'un rapport de Jollivet à Champagny ces reproches trop véridiques : « Monseigneur, j'ai perdu maintenant l'espérance que Sa Majesté le roi de Westphalie, malgré ses excellentes qualités et son extrême sagacité y qui est r apanage de la famille ^ puisse sortir de la . position embarrassante où l'ont entraîné de mauvais conseils, l'inexpérience du gouvernement, des passions trop ardentes et un penchant irrésistible à la prodigalité. »
Le ministère de la guerre, après le départ un peu précipité du général Lagrange, fut donné au général Morio, aide de camp de Jérôme pendant la campagne de Silésie, ancien élève de l'École polytechnique, et qui était homme de mérite. Établi en Westphalie, sans idée de retour, il avait épousé la sœur de Le Camus, favori du roi. Il fut destitué au mois d'août 1808 pour avoir pris, à l'insu de Jérôme, le titre de capitaine des gardes et les avoir fait manœuvrer sans prendre d'ordre. Cet essai de prétorianisme lui coûta son portefeuille, mais non l'affection du roi ; il resta grandie.
24G L'ALLEftlAONE BOUS 'NAPOI^ON I^ '.
écyyer jusqu'en 481-1. Il fut assassiné par un maréehal ferrant nomméiLepage,:àq«i il avait fait perdre la «clientèle de la cour*. -Son -suceesseur à la guerre n'est autre que cet. admirable général Éh'é, qui, tenu pendant toute .la prospérité deTEmpire dans unedemi- 1 disgrâce, resta -simple général, tandis quetmlt d'autres, qui .n'avaient pas contre eux'd^avoir ^été «amis de Moreau ou offioiers de l'airmée -du 'Rhin,? arrivaient au maréchalat. Dès le mois d'octobre ^48^19, il avait manifesté le désir deretouraer nen (France, ^et Jérôme lîavait recommandé en itermes'Ciiëleureux'à'*Napdléon. «Votre Majesté peut être convaincue que *je fais ^une perte dans lie général Éblé. Les bommes comme lui sont rares.fMais je suisttrop juste pour ne pas^eentir h vérité de s(m raisonnement lorsqu'il me dit : « ^otre Majesté ne peut rien pour moi, puisque 'je suis Français, et elle voit très-bien qu'en restant à son service je suis entièrement oublié de l'Empereur ; je commence à vieillir, et je sens le besoin de voir mon sort fixé. » Son sort fut fixé par l'acte suprême de dévouement qu'il accomplit trois ans après au «passage delà Béré- ^ina. Il eut ipour successeurs le général d'Albignac, (puis'Salha, ancien officier de marine et compagnon de Jérôme en Amérique. Comme on le 'voit, le *portefeuille de la guerre resta constarameilt en des mains •françaises.
1. On trouYe^ dans le Journal de .h, reme, un fait cuneux à ppopos de l'assassin. Une femme du peuple « est allée chez le ministre de la justice et a demandé la grâce de Lepage, qu'elle voulait épouser. Celle demande et cette proposition se rattachaient à un ancien osagpe allemand. En vertu de cet usage, si le criminel trouve une femme vouiant l'épouser, le souverain habituellement 'lui fait grâce. » Cette
iLa constitution westphalienne avait porté à 20,000 fantassins, 3,800 cavalieFS, 1,800 artilleurs, le contingent du royaume: proYisoireraent il se composerait pounmoitié detroupes françaises. La consouiption était déctof ée Id ifondamentale et le remplacement à prix d'ai^ent interdit. Napoléon, dans plusieurs lettres remanquabies, avait dé>rel(ïppé ses intentions et commuîniqué les Tésuhats de son expérience à Jérôme. Il •devait {Plutôt travailler à dépasser le contingent que rester au-dessous ': l'électeur de Hesse, qui ne possédait nju^une. partie de la Westphalie actuelle, n'avait- il pas €u une armée de 33,000 hommes? Il blâmait l'institution de gardes du corps comme « contraire à l'étiquette ^de motre Camille ; )) mais il conseillait de former ime garde composée de chevau-légers, de grenadiers et «de chasseurs à pied. Chacun de ces trois corps comprendrait 400 hommes, total : 1,200. Il essayait de prémunir son frère contre l'écueil où échouaient tous Jes roitelets de fabrique napoléonienne ;: « Il ne laut • se modeler, en rien sur la formation de ma igarde, qui, étant destinée à offrir des récompenses à une grande armée, me coûte immensément cher. )) Sur ces 1,200 hommes de la garde, 300 devaient' être Français, vieux -soldats, parlant allemand, dévoués à la dynastie, « propres à donner l'esprit militaire à la ijeunesse et à faire l'amalgame avec la France. » Les 900 autres- devaient être pris parmi des ijeunes gens de famille, c'est-à-dire de bons bourgeois ou des fils de fermiers, auxquels leurs pa-
touchante et absurde coutume n'avait point été respectée par la législafion nouvelle.
rents pourraient faire une pension. « Jeune, ajoutait-i], prenez, pour vous servir, de la jeunesse, qui s'attachera à vous. » La garde devait être complétée par une compagnie de 100 gendarmes, tous Français parlant allemand. Ces quatre corps seraient commandés par quatre capitaines-généraux (( équivalant à mes quatre maréchaux, » qui devraient être officiers de la couronne et dont deux seraient Français. Pour Tarmée de ligne, il fallait commencer à former quatre régiments d'infanterie, « selon la mode hessoise, qui est si économique, — pour employer les officiers et soldats des difiFérents princes qui régnaient dans les états où vous êtes. » Napoléon ne trouvait pas utile pour son frère d'avoir des cuirassiers : « Vous n'êtes pas une puissance assez grande pour avoir un corps respectable de grosse cavalerie; ce qu'il vous faut, c'est de la' cavalerie légère. « Il lui faisait donner des canons et des fusils, ceux-ci assez médiocres d'ailleurs, pris sur la Hesse et la Prusse. Il recommandait de veiller à bien organiser le service des transports, d'avoir tant de caissons par mille hommes, de pourvoir les troupes en campagne de bonnes capotes et de fusils de rechange, etc.
Jérôme prit des conseils de son frère ce qu'il lui plut d'en suivre, mais travailla avec une certaine ardeur à organiser son armée. Il espérait se débarrasser des 12,800 Français, qui vivaient les uns dans les garnisons de Magdeburg, Brunswick et Cassel, les autres en quartier chez l'habitant. Naturellement ils coûtaient plus cher que les troupes allemandes, et leur présence était compromettante pour
la dignité de la couronne westphalienne. Napoléon avait envoyé dans le royaume des troupes polonaises en supplément. Jérôme réclama avec énergie. « Tout le monde est soldat dans la Westphalie, et Ton voit avec peine que, tandis que les nationaux, officiers et soldats, meurent de faim, je prenne à mon service 9,600 Polonais. » Il finit par obtenir leur départ pour la France. Alors il se mit à Tœuvre : le royaume fut partagé en trois divisions et huit subdivisions militaires; les généraux de division étaient Rewbell à Cassel, Rivaud à Brunswick, Éblé à Magdeburg. Ils avaient sous leurs ordres les généraux de brigade Diemar et Bœrner à Osnabrtick et Marburg, Webern et Lehsten à Heiligenstadt et Gœttingen, Motz à Halberstadt, Rivaud ayant été remplacé par Lepel, ancien officier de rélecteur, on voit que la presque totalité des chefs supérieurs étaient de nationalité allemande. L'armée westphalienne était tombée un peu dans le vice des petites armées : le trop grand nombre des généraux, parmi lesquels il fallait encore compter le Hessois von Usslar, les Français Morio, Sahla, Ducoudras, d^Albignac, etc.
D'autres décrets organisèrent la conscription, la caisse des invalides, enfin la garde royale. Elle fut composée de gardes du corps , malgré les avis de Napoléon, de grenadiers, de chasseurs et de chevaulégers. La paye de l'armée de ligne, inférieure à celle des troupes françaises, était pourtant supérieure à celle des autres troupes allemandes. « La solde de l'infanterie hessoise et prussienne, écrivait Jérôme à Napoléon, était trop faible; le soldat était
obligé de ^vivre chez T'habitant, «qu'il ruinait, et chez lequel il perdait son esprit militaire 'en détruisant Fesprit public. Par cette mesure vexatoire, citt^ens ^t soldats, tous étaient mécontents. ■))
Un décret du 2 avril était ainsi conçu.:
Considérant que Thonneur est }e .premier mobile du -soldat, et qu'il importe de bannir à jamais, dans les punitions des fautes de discipline^ celles qui, en rappelant les souvenirs de la féodalité, tendraient à avilir la dignité de l'homme; Sur le rapport de notre ministre de la guerre : Art. i^'. Les coups de bâton sont expressément défendus dans notre armée.
Ainsi se réalisa, par les soins de Jéfôme, la promesse que Gustine, général de la République,. avait faite autrefois aux soldats de Guillaume IX. L'armée westphalienue fut alors la seule armée allemande et, à part l'armée française, la seule armée monaffcbique où le soldat ne fût pas fouetté ou bâtonné. «Cette mesure du roi Jérôme eut à oe moment un grand retentissement ten Allemagne. Peu de temps après, Scharnhorst en Prusse, l'archiduc Charles en Autriche, apportèrent des restnictions momentanées à Tusage des verges et du bâton.
Enfin, le i" juillet 1808 l'armée wesiphaMenae^se trouva ainsi constituée : cinq régiments dlinfarïterie de ligne, un bataillon d'infanterie légère, quatre compagnies d'artillerie, un régiment de cuirassiers, un régiment de chevau-légerfi, ce qui, avec lesl^SOOhomnaes delà garde, formait un total, dienviron 10,000 hommes. Le roi les passa en revue, i ayant la reine àises «côtés,
LE HQT^UME DE WESTPHALIE.. 25t
lem remit te drapeau blanc et. bleu et les exhorta à. la braîvoureefc à la fidélité- Officiers et.soldats accueillirent son allocution par des vivat presque- enthousiastes.
Ges régiments, se recrutèrent avec la plus grande, facilité, non-seulement par lia conscription y mais aussi par les engagements volontaires. Le roi avait publié un décret de rappel pour tous les militaires vwestphaliens: au service étranger; mais il n'avait aucunintérêt à faire exécuter son décret à la rigueur : les hommes ne lui manquaient pas. Aussi un très-petit nombre seulement de réfractaires eurent leurs biens placés sous le séquestre. Soldats et officiers des anciennes armées hessoise ou brunswickoise répondirent avec le plus grand zèle à l'appel du roi : tous se morfondaient dans leurs foyers, quelques-uns périssaient de misère. La Prusse avait été obligée de réduire son armée de 200,000' hommes à 42^000. On peut imaginer si les militaires de la rive gauche de l'Elbe accueillirent avec joie les offres westphaliennes ; beaucoup d'hommes, même des provinces conservées à la Prusse, vinrent s'enrôler. Ils apportaient dans l'armée nouvelle d'excellentes habitudes militaires, mais d'amers, ressentiments. Jérôme se montra généreux : ceux des officiers qu'on ne put placer inunédiatement reçurent une solde d'attente (w;ar^eye/</). Malgré la constitution nouvelle^ qui supprimait les privilèges nobiliaires, il faEut bien se résigner* à composer la corps d'officiers ^ pour les deux tiers, de nobles des anciennes armées. Les écrivains allemands eux-mêmes sont forcés de constater qu'en 1808 les réformes du roi furent trèsbien accueillies dans les régiments de nouvelle for-
mation. Il ne trouva plus trace des résistances ou de la mauvaise volonté qu'on avait opposée aux enrôlements de Lagrange. On avait cessé d'espérer ou de craindre le retour de l'électeur ; ce n'était pas encore la fermentation nationale de 18i3 ; et, à défaut de la patrie allemande, on se trouvait bien dans la patrie westphalienne. Les juifs surtout, qui pour la première fois arrivaient à des grades d'officiers, étaient pleins de ferveur pour la constitution nouvelle ; les Niepce et les Wolff comptaient parmi les plus dévoués et les plus brillants militaires de l'armée \
On introduisit dans la nouvelle armée les règlements de service et les exercices à la française. Les commandements se faisaient en français pour la garde et les corps d'élite, en allemand pour les troupes de ligne. Cette armée, où Ton apprenait l'art de la guerre à la première école du monde et sous les généraux de la Grande-Armée, où l'officier et le soldat s'imprégnaient d'idées égalitaires et françaises, où le catholique de Paderborn, le luthérien de la Hesse, le calviniste de la Prusse le juif de Cassel, étaient soumis aux mêmes obligations et jouissaient des mêmes droits, où les habitants de tant de provinces jadis étrangères l'une à l'autre se confondaient sôus les plis du même drapeau, eût été assurément le meilleur instrument d'unification et de transformation pour la Westphalie, si on lui avait laissé assez de temps pour accomplir son œuvre.
1. L'auteur des Mémoires estime qu'un quart des officiers westphaliens étaient des Français ou des Polonais. Parmi les soldats, il n'y avait d'étrangers qu'environ 1,100 Hollandais.
n est certain que Napoléon n'avait pas pressé Torganisation d'une armée wèslphalienne pour fournir à son frère 1 occasion de passer des revues. Jérôme alla au-devant de ses désirs. Dès le 12 septembre 1808, il mit à la disposition de l'Empereur son régiment de chevau-légers, fort de 880 hommes. « Lorsque, pour les tranquilliser, écrit-iJ, je leur ai fait dire qu'il n'était pas certain qu'ils aillent en Espagne, ils ont toujours répondu que c'était un malheur pour eux, puisque c'était le seul endroit où l'on se battait, et que le plus grand plaisir que le roi pût faire au régiment était de l'envoyer vis-à-vis de l'ennemi. Les officiers, sous-officiers et soldats restés au dépôt sont au désespoir de ne pouvoir rejoindre le régiment. » Ils partirent en efTet pour l'Espagne, de tout aussi bon cœur qu'ils avaient pu s'embarquer autrefois pour rindoustan ou l'Amérique. Ils se distinguèrent au combat d'Hunyoyosa contre les guérillas de l'indépendance espagnole. Napoléon leur faisait les mêmes reproches qu'adressait naguère Jérôme aux auxiliaires bavarois ou wiirtembergeois dans la campagne deSilésie : « Votre régiment est indiscipliné et a fait du tapage eu France ; écrivez-lui que cela est mal. » Mais il usait toujours de grands ménagements et insistait auprès de son frère pour qu'on ne lui envoyât que des troupes « qui vinssent volontiers. »
Après Baylen, Napoléon demanda 1,000 ou 1,800 hommes à son frère. Celui-ci mit toute une division à ses ordres : elle se composait de trois régiments d'infanterie de ligne, de deux batteries à pied, deux régiments de cavalerie, et se montait à 6,000 hommes
environ. Elle était placée sous le général de division Morio et les généraux de brigade Bœrner et Webe/n. Elle arriva le 12 mars 1809 à Metz, où le général français Roger la félicita de sa bonne tenue, de son attitude militaire, de son instruction^ de sa discipline ; elle partit aussitôt pour l'Espagne. Nous la retrouvons sept mois après, cette malheureuse division I II en est question dans une lettre de Jérôme à son frère, datée du 10 octobre. « Sire, je prie Votre Majesté de permettre que je fasse revenir d'Espagne une division qui, de 5,800 hommes qu'elle était, se trouve réduite à 1^400 hommes j de sorte que, si elle reste plus longtemps, je n'en retirerai pas l'avantage que je m'en étais proposé, celui d'aguerrir les troupes et de former des fonds de régiments qui, de retour dans leur pays et étant complétés, seraient très-bons... Je suis assuré en outre que cela produira un effet excellent en leur prouvant qu'ils ne sont pas vendus à la France, comme ils se le sont persuadé. » En cette même année 1809, les autres troupes westphaliennes eurent à lutter contre l'insurrection de Dœrnberg et Martin, contre les incursions de Katt, de Schill, de Brunswick-CEls, etc.
Pendant les campagnes de 1809, l'armée westphalîenne reçut un nouveau développement. Le royaume ayant fourni cette année 16,000 conscrits et 1,000 engagés volontaires, on forma un nouveau régiment de cavalerie légère, un d'infanterie de ligne, un bataillon d'infanterie légère. Après l'annexion du Hanovre, on mit encore sur pied trois régiments d'infanterie, le 2' cuirassiers, le 2* hussards. En 1812, l'armée vt^est-
LE ROYAUME DE WESTPHALIE. t»5
phaUennefournîtpaurrexpédition désastreuse de Russie toute la garde, sauf les gardes du corps, toute Tartillerie, deux régiments de hussards, deux de cuirassiers, quatre d'infanterie de ligne, trois bataiUons d^infanterie légère : au total environ 16 mille hommes. Us se battirent bravement en Russie comme en Espagne, à Smolensk, à Yaloutina, à la Moskowa, à la Bèrésina. Ils étaient partis seize mille : ils reyinrent un millier. II n'y avait plus d'armée westphalienne, il allait ne plus y avoir de royaume. Jérôme eut beau s'épuiser à créer de nouveaux régiments, à reconstituer les anciens : la désertion provoquée par la fermentation nationale allemande lui enlevait ses soldats. Leipzig vint mettre fin à ce labeur désespéré. Au moment de se dissoudre ou de passer à l'ennemi , l'armée westphalienne avait reçu un dernier témoignage de Napoléon : aux débris de l'armée d'Espagne, il distribua 13 rubans de la Légion d'honneur ; aux revenants de Russie 81. C'était peu; « mais on pouvait dire, s'écrie Hellrung , que le soldat qui portait ces décorations était brave entre des milliers de braves I »
Outre l'armée, la garde, la gendarmerie, les compagnies de vétérans , il y avait dans certaines villes, notamment à Cassel , une garde bourgeoise pour la police municipale.
A l'organisation militaire de la Westphalie peut se rattacher la création de Tordre royal de la couronne de Westphalie, bien que cette décoration ait été attribuée indistinctement au mérite civil et aux services militaires. Dès le 11 juillet 1808, Jérôme en envoyait le projet à Napoléon : il essaya de désarmer sa rude
ironie, dont Louis de Hollande avait essuyé tant de boutades. « Je sais, insinuait-il, que cette institution plaira beaucoup aux Allemands. Votre Majesté connaît leur caractère. Beaucoup d'entre eux ont été obligés de quitter leurs décorations, et rien ne leur sera plus agréable que de voir fonder un nouvel ordre de leur royaume. » Napoléon , paraît-il , montra de l'indulgence pour cette faiblesse des Allemands et pour celle de son frère.
Les biens de l'ancienne abbaye de Quedlinburg, de l'ancienne prévôté de Magdeburg, et bientôt ceux des ordres de Malte et teutonique furent affectés à la dotation de cet ordre, exactement calqué sur celui de la Légion d'honneur. Le roi était grand-maître, Le Camus, grand-chancelier provisoire. Les chevaliers avaient un revenu de 250 fr., les commandeurs de 2,000 fr.; les trois grands-commandeurs avaient de 6,000 à 12,000 fr. : le trésorier 12,000 et le grandchancelier 20,000 fr. : dépense excessive dans la situation financière du royaume. La décoration consistait en une médaille à jour, surmontée d'une aigle couronnée, et tenant dans ses serres la foudre avec cette inscription : je les unis. L'aigle impériale unissait en effet d'autres animaux héraldiques : les deux lions de Brunswick et de Hanovre, le cheval de la Hesse, l'aigle de Prusse. Un serpent qui se mordait la queue formait le bord de la médaille. Une inscription servait de devise : Character und Aufrichtiykeit (caractère et loyauté). L'Empereur voulut bien accepter pour le roi d'Italie, pour le Prince-Primat, pour Champagny, et porter lui-même la grand'croix en public.
Le portefeuille du ministre secrétaire d'État et celui des affaires étrangères étaient entre les mains de Le Camus. C'était lui qui avait accompagné autrefois Jérôme dans ses voyages d'Amérique, et qui av^t été son confident dans l'affaire Paterson. L'éducation de ce jeune créole avait été fort négligée, il manquait des premiers éléments. Personne n'était moins fait pour diriger les affaires étrangères d'un état. Sachant peu, n'apprenant rien, ne travaillant pas, il ne pouvait avoir d'influence sur aucune question, il ne cherchait même pas à en avoir, et on lui savait gré de cette réserve. « Il est devenu nécessaire au roi, qui a pris avec 4uî une habitude d'intimité, et qui presque littéralement a besoin de sa présence pour s'endormir. Il ne fait guère d'autre mal que celui de ne faire guère de bien ; c'est un excellent favori, c'est un mauvais ministre. » Seulement , comme le meilleur des favoris ne vaut rien. Le Camus coûtait horriblement cher. Un jour, le roi lui faisait don d une terre avec 40,000 livres de revenu ; un autre jour, on le nommait grand-commandeur et grand-chancelier de l'ordre de Westphalie, avec 20,000 ou 30,000 francs d'appointements. En revanche, il laissait la liste civile puiser à pleines mains dans les fonds des affaires étrangères.
On conçoit que la politique extérieure de la Westphalie ne devait pas avoir un grand essor ni une grande liberté : Napoléon se chargeait de négocier et d'agfr pour elle. Pourtant Jérôme avait des ambassa-
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deiir'^ à Paris, à Saint-Pétersbourg, à Vîe'x.ne; h Dresde, à Munich, à Stuttgart, à Berlin, à Copenhague, àDarmstadt, à Francfort, "à Carlsruhe. Toutes ces cours étai^it paiement représentées à Cassel. Avec la cour de Saxe, à cause de la solidarité d'intérêts^ avec celles de Bade et de Wurtemberg, à cause des liens de parenté ou d'amitié ^ on était en trèsrbonne intelligence. Avec les petits états voisins, Jérôme était hautain et menaçant : on sentait qu'il n'avait pas perdu l'espérance de s'annexer ou de se subordonner les principautés de Thurii^, d'Anhalt, de Waldeck^ etc. Tantôt il représente à Napoléon les habitants de Francfort comme animés de sentiments antifrançais^ et le Prince-Primat comme « tombé en enfance; » tantôt il lui envoie u&e carte dressée de sa propre main , pour lui montrer « combien soti . royaume est découpé et quelle irrégularité présentent ses frontières. » Le plus affairé de tous les ambassadeurs westphaliens, c'était l'envoyé à fieriin, M. de linden, « espèce de furet politique qui recueille tous les bruits et tous les faits oonGernant la malveillance du cabinet ou des sujets de Prusse, » Jérôme craignait la Prusse, convoitait ses possessions ; il sentait qu'avec elle il ne serait jamais en sûreté à Cassel , et ses courtisans disaient couramment qu'il n'y avait que Berlin qui pût être une r^pitale pour la Westphalie. Entre les deux royaumes, c'était une question de vie ou de mort. Aussi recueiUait-on avidement tous les bruits et tous les commérages sur les armements de la crusse, les fanfaronnades de Blûcher, les témérités des ^irofess'.urs, les indiscrétions des sociétés secrètes» Tous ces
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rapports, quelquefois singulièrement amplifiés et envenimés , allaient de Cassel à Paris. La Westphalie jouait le même jeu que le grand-duché de Berg en 1806; elle excitait l'Empereur contre la Prusse, Les événements de i809 prouvèrent qu'dle avait raison dans ses craintes.
Le premier rang à la cour de Westphalie appartenait natureltenent à l'ambassadeur de France, Reînhard, en sa qualité de « ministre de famille. » Reinhard était né à SchcBndorff , dans le Wurtemberg ( 1 76 1 ) . Il avait fait ses études de théologie à Tubingue : c'était donc un Allemand, un Souabe de naissance et d'éducation; mais c'était en France qu'il avait fait sa fortune. D avait été secrétaire aux affaires étrangères sous Sieyès, ambassadeur à Londres smis Dumouriez, appelé .au ministère des relations extérieures sous le Directoire ; Napoléon, qui ne l'aimait pas, ra\ait, après le 18 brumaire, exilé dans la légation de Suisse; puis on l'avait promené à Hambourg, à lassy, où il avait été enlevé par les Russes et emmené dans Tintérieur de l'empire , finalement à Cassel , oîi il représentait Napoléon auprès de son frère. On le retrouve plus tard accrédité à Francfort sous les Bourbons , auprès des cours de Thuringe sous Louis-Philippe. Le fils du pasteur de Schœndorff meurt pair de France en 1837. Les instructions de 18*08 pour la légation de Cassel lui prescrivaient de renseigner le gouvernement impérial sur toutes les branches et tous les détails de l'administration du royaume, sans négliger cependant les nouvelles de l'Allemagne. Aussi les rapports adressés par lui à M. de Champagny, et plus tard àMaret, sont-
ils les documents les plus curieux où nous ayons à puîber pour faire connaître cette étrange création napoléonienne. Sur Tétat général des services publics, sur les troubles qui un moment agitèrent le royaume, sur Ip, caractère du roi, de la reine, des favoris, des lîîînistres, on trouve chez lui des aperçus clairs et concis, des mots vifs et profonds, assez de finesse, beaucoup de franchise. En sa qualité d'Allemand francisé, il s'intéressait vivement à la prospérité de cet état moitié germanique, moitié français. Sans cesse il recommandait de ménager les Allemands : on ne pouvait rien fonder de sérieux, assurait-il, sans leur concours. Comme il n'était le complaisant ni de Napoléon ni de Jérôme, il n'avait intérêt ni à flatter les défiances du premier ni à pallier les fautes du second. Il indiqua toujours avec certitude les moyens qui auraient pu faire prospérer le royaume et les vices qui contribuèrent à sa chute.