‹ L'Allemagne sous Napoléon IerChapitre 41 sur 51 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Sehltl fit le due de BmiM^irlek.

les troublfisd'iavril^étaient àpeiiiB Tépfrimés dansla Hesse-Gassel, que le major Schill franchissait, comnae avait fait £att, la fionlièFe de l'Ëlbiû, et envahissait la Westphaiie.

La réputation de .fichill datait de la guerre de 1806. Blessé à léna, on Tavait vu xlans les rues de Magde* hurg, la tête enveloppée de linges, engager les habi' tâidls à une.résktanee désespérée. Il s'en était échappé -avant la capitulation et -s'était réfugié à 'Golberg. A ta tétederf^Ma: dragons, il y aivait inauguré ses exploits de partisan en enlevant un convoi «escorté par cinq ûu.six conscrits hadois. iP^u en faveunauprès du vieux et méthodique -Loucadou, gouverneur- de la .place, il s^'œeupait eependant-à ramener partout les caisses des receveurs et les denrées des paysanspour apprîvisionner la forteresse.iL'^ troisième jour desa mise en campagne, ilse trouvait à la tétede vingt-^troishoramesà

pied et à cheval et osait s'attaquer à de plus gros détachements. Tantôt battant, tantôt battue, sa petite troupe croissait en nombre et en audace : tous les aventuriers, tous les échappés d'Iéna couraient à lui. Faute d'armes régulières, il leur donnait jusqu'à de vieilles piques vermoulues de la guerre de Sept ans. Il se vit bientôt à la tête de mille hommes et eut la gloire d'enlever un jour dix chasseurs français, un autre jour d'arrêter le général Victor qui se rendait à Stettin. D'une figure très-douce , il s'était fait respecter et redouter de ses hommes : il eût, de sa propre main, brûlé la cervelle au fuyard ou au récalcitrant. Il avait, disait-on, aboli la schlague dans sa petite troupe : le soldat coupable était contraint de se vêtir en femme et de filer une quenouille. Ces houzardailles sans importance furent singulièrement amplifiées parl'im agination et l'amour-propre prussien, qui ne savaient à quoi se prendre au milieu de tant de hontes. Aussi le capitaine était-il devenu populaire, presque légendaire. Le gouvernement prussien lui-même se crut obligé de rendre hommage à cette nouvelle illustration : à la paix, malgré la réduction de l'armée prussienne, on conserva ses quatre escadrons sous le nom de 2"* régiment des hussards de Brandebourg ; il en devint le major. De sa petite infanterie on forma un bataillon léger : le bataillon SchilL Quand l'armée prussienne réoccupa Berlin, il eut l'honneur avec ses hommes d'y entrer le premier, aux acclamations enthousiastes de la population. Sa réputation l'y avait précédé. Les élégantes de la capitale portaient son portrait dans un médaillon de fer suspendu à un collier de fer. En se prome-

nanl dans les rues de Berlin, il pouvait voir partout aux devantures des marchands ses portraits plus ou moins ressemblants, des images grossièrement coloriées oîi les enfants contemplaient l'exterminateur des Français, des biographies où Ton racontait la légende plutôt que l'histoire de ses exploits. Il était déjà devenu le héros de plusieurs chansons populaires : a Le nom de Schill, notre chef bien-aimé, est notre cri de guerre, gage de victoire ou de glorieuse mort. Grâce à lui, le maraudeur ennemi connaît à son tour la crainte ; le laboureur retrouve quelques heures de sommeil . Il délivre nos frères prisonniers, renvoie à sa chaumière le paysan qui s'en allait tristement remuer la terre pour l'ennemi. . . Non! l'éclat de nos armes n'est pas éclipsé pour jamais. » C'était beaucoup d'honneurs pour un jeune major de trente-six ans, dont les exploits ne consistaient en somme que dans des surprises de sentinelles ou de convois mal gardés, qui n'avait aucune connaissance de la sérieuse guerre contemporaine, et dont les façons inquiètes et agitées inspiraient quelque défiance aux hommes réfléchis. Lui-même disait parfois : « On se promet trop de moi 1 » Mais comment aurait -il pu rester véritablement, modeste, quand un Gneisenau, le vrai défenseur de Colberg, ne craignait pas de dire : « Que le monde continue à croire que c'est lui qui a défendu Colberg , cela n'en vaudra que mieux pour l'État . Schill est encore jeune et peut rendre de grands services à la cause allemande. Sa popularité et sa réputation partout répandue peuvent faire de grandes choses; nous devons, nous, le glorifier autant qu'il sera en nous. » — « Con-

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tinuez, lui écrivait-il, à jéveilter les «sprite 6t k» eœurs, quand le sang commence à jeouler plus lentement. Je vous promets de grand cœur ma coopération à tous vos plans. j> Cette tête ardente ne pouvait que s'exalti^ au contact de la. première fermentati0n allemande , «n 4809. Plus d'une fois il dut donner des inquiétudes au ministère prussien, qui se sentait surveillé de :près .par les .ambassadeurs de ; France et de WestphaUe. te Schill^ imeonte JBeugnot, exerçant son régiment sur la iplace publique de Berlin^ affectait d'indiquer la position qu!il fallait donner au sabre pour couper latéted'imiFrartçatSyGiix^minQni en reprenant la deuxième ijfositiQn,on coupait la. tête eneore dam Franeais, «Tout cela s -exécutait, à. la Éace du soleil quand, après Tilsit, la Prusse était dôvenae notre alliée, que nous avions un ministre à iBerlintât une armée à ses portes. ^

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Or,-six semaines après la tentative'de Katt, huit jouœ après rinsurrection «de jHomberg, le .28 .avril iâû9., le major :Sehil] sortit de Berlin sous prétexte d'exercer sa troupe. Dès de lendemain, le baron de Linden, ambassadeur de Westphalie, qui ne le voyait pas revenir, s'empressa d'envoyer des estafettes à Magdeburg, à <i^sel, et de courir chez le comte de.Goltz pauriui demander des explications. .Le ministre prussien parut très-afEacté, déclara que Schill était «un homme déshonoré w , que le roi de Prusse serait fort irrité, qu'on allait demander des pouvoirs à *Kcenigsbei^ pour

« retenir la fougue de ces jeunes éeervelés qui faisaient naître des malheurs pour s'illustrer » , • qu'il n'avait pas de troupes pour envoyer à sa poursuite, mais qu'il lui avait dépêché un officier pour lui « offrir pardon à lui et à sa troupe s'il revenait. »

Le major n'avait ^rde de revenir. Il savait qu'un émissaire de Dœrnberg avait été arrêté à Magdeburg avec des papiers où lui-même se trouvait con^promis.; le gouvernement français allait £aire sans doute un nouvel éclat comme pour la. lettre de Stein, et s'il ne voulait pas être traduit en conseil de .guerre, il n'était que temps de partir. Ce qui l'encourageait encore à cette audacieuse démarche, c'était la fausse nouvelle parvenue. à Berlin d!uno grande -vLCtoire «de l'archiduc Charles auprès de Hof : le commandant de la place de Berlin avait même donné ce jour-là pour mot d'ordre : Karl et Hof,

.11 continua donc «a route sur Potsdam, ne eonfknt ses intentions qu'à deux de ses amis, le lieutenant Baersch et Adolphe deLutzow,si célèbre depuis comme chef de partisans. En. chemin il fit faire halte, harangua ses soldat^, leur déclara qu'il commençait une guerre à mort contre la tyrannie étrangère, mais leur laissa ignorer -s'il était, oui ou non, autorisé par le roi de .Prusse. Ses soldats lui répondirent par de joyeuses acclamations. A l'officier qu'on lui avait dépéché, il déclara que, « s'il périssait dans son entreprise, il trouverait grâce devant Dieu et que s'il réussissait il trouverait grâce devant son roi. » La présence de cet officier au campement ne fit que confirmer les soldats dans ridée qu'ils n'étaient que l'avant-garde de la

grande armée prussienne. Comme il ne pouvait espérer surprendre Magdeburg, il se dirigea sur Wittenberg, puissante forteresse saxonne, comptant sur la connivence ou la faiblesse du gouverneur. Celui-ci refusa l'entrée de la place, mais ne put Tempécher de franchir TElbe. Le 2 mai il entra dans la capitale du duc d'Anhalt-Dessau. A ce moment il se donnait pour officier prussien : plus tard, quand il fut désavoué, il prit le titre de colonel anglais ou de colonel hessois. Il publiait partout qu'il venait renverser la domination française ; qu'il était suivi d'une armée de 13,000 hommes commandée par Bliicher; que la Prusse avait déclaré la guerre à la France, que l'armée russe, commandée par le grand-duc Constantin, après avoir repris le duché de Warsovie, allait entrer, dans les dix jours, sur le territoire westphalien. Le duc d'Anhalt-Cœthen s'empressa d'envoyer à Jérôme ces alarmantes nouvelles ; celui-ci écrivit aussitôt à Kellerman pour lui annoncer que la Prusse envahissait la Westphalie sans déclaration de guerre et pour lui demander des secours ; de Hanau la nouvelle vola au quartier-général de Napoléon, qui avait ses motifs pour s'y montrer incrédule. Mais en Allemagne, l'excès de la peur ou de l'espérance fit regarder la nouvelle comme certaine; et Beugnot dans son grandHÎuché de Berg, déclarait ne plus pouvoir répondre des cantons anciennement prussiens.

On vécut à Cassel plusieurs jours sous cette terreur. Il s'y joignit bientôt une violente colère contre le gouvernement prussien . Le modéré Reinhard posait lui-même ce redoutable dilemme : « Ou bien le gou-

vemement prussien est de connivence, ou bien il ne Test point. Dans le premier cas il sera indigne, dans le second il sera incapable de conserver sa place parmi les états germaniques. » La téméraire entreprise de Schill pouvait être Tarrét de mort de la monarchie prussienne.

Pourtant Jérôme eut un entretien avec le ministre de Prusse, M. de Klister, entretien qui fut des plus vifs, paraît-il. Les explications, les promesses de l'ambassadeur prussien réussirent enfin à calmer le roi. Jérôme se borna à conseiller au roi de Prusse de traiter le major Schill comme lui-même avait traité Dœrnberg, en le déclarant traître à la patrie. « Votre roi, dit-il, fera cette déclaration et je me chargerai de Texécution. » En effet, la cour de Kœnigsberg, pour faire tête à l'orage, fut obligée de décréter Schill de haute trahison et de faire saisir ses biens. Sa tête se trouva à la fois mise à prix en Prusse et dans les états du Rheinbund,

Le major continua sa marche sur Anhalt-Bernburg. Il envoya en outre deux détachements : l'un à Halle, où il s'empara des caisses publiques, abattit les armes westphaliennes, rétablit les aigles prussiennes et fit quelques recrues dans la population ; l'autre, dans les états du duc d'Anhalt>-Cœthen, dont il pilla les écuries, les équipages et les caisses. On prit ses canons et on enleva les cinquante ou soixante hommes de sa garde, en punition de ce que ce prince a avait abandonné la cause de l'Allemagne. » La proclamation adressée aux habitants de Halle est bien caractéristique. Au nom de S. M. le roi de Prusse, Schill

ce sommait les habitante et bourgeois de rflalle de demeurer tranquilles, d'éviter les attroupements et les excès de tout genre^ de respecter les person7ies déjà constittiées en dignité et de ^e soumettre à leu]?6 ordres, ainsi qne d'attendre paisiblement îles décisions

ultérieures de Sa Majesté Sa Majesté n'aime et

n'estime que les citoyens paisibles. »

La bande du capitaine, recrutée d'un certain nombre d'aventuriers et de paysans mécontents, s'élevait à environ 2,000 .hommes. 11 y maintenait, paraît-il, une assez bonne discipline, mais vidait ^soigneusement les caisses publiques et prenait en otages un certain nombre de fonclionnaires. « Il fait cette guerre de partisan, écrit Reinhard, avec beaucoup de méthode, requérant toujours des chevaux pour faire reposer les siens et faisant transporter son infanterie sur des chariots ; il traîne cinquante bateaux avec lui ; on dit de plus qu'il a fart construire des radeaux. »

Les Schilliens se montrèrent aussi à HalberstaÛt, préfecture du département de la Saale, où suivant le même témoignage « la populace s'est soulevée en leur faveur.» On s'attendait à les voir s'enfoncer dans le Hartz et marcher sur Cassel. Mais Schill commençait à faire de fâcheuses réflexions. Il avait compté sur plusieurs choses : une victoire des Autrichiens ^sur le Danube, une résolution hardie de la cour de Prusse, îe concours d'une insurrection hessoise. Or il apprenait que les Autrichiens étaient. battus, que la Priiase le proscrivait, queDœrnberg était en fuite. 11 tintalare un conseil de guerre pour axposer la situation .à -ses compagnons d'armes : tous furent- d'avis qu.'il n'était

plus temps de recuter. Mais les uns voulait qu'on tra,versèl^ rapidement la Weslçhalie et qu'on .allât faire la petite guerre en Frise, où Ton pourrait compter sut le fieetMTRS des Anglais; les autres proposaient^ de remonter TElbe et de se joindre aux Autrichiens de Bdb-éme. On ne put s'arrêter à aucun de • ces plans. Mais comme on savait que les Hollandais de Gxajtien marchaient sur Gœttingen, que d'Albignac descendait FElbe sur Magdeburg, que les Mecklembourgeois et les Danois se rapprochaient du bas Elbe, on craignit d'être enfermé entre tous ces corps ennemis et on se rapprodia de Magdeburg, dans l'intention apparemment de. passer le fleuve dans son voisinage. A une lieue au sud de la forteresse, au village de TodendorfF, on rencontra 400 fantassins westphaliens et une compagnie de voltigeurs français, commandés parle général von Ufôlar et le colonel Vauthier, et envoyés par le -général Michaud. Schill essaya de parlementer avec les Westphaliens ; le général von Usslar montra dans tsette occasion une grande faiblesse. Mais le colonel Vauthier, sans attendre ses ordres, forma ses Français en carré et commença un feu roulant. On peut dire qu'il sauva la forteresse, car si les Westphaliens s'étaient kissé .gagner , on avait tout à craindre du ïc mauvais esprit» que les rapports commencent à signaler dans 'Magdeburg. Le combat fut très-vif. Les carrés westphaliens furent enfoncés, mais les voltigeurs français T^etranchés dans le cimetière repoussèrent toutes les attaques. Schill perdit 70 hommes et 12 or 1 3 officieBS.; il fit il 70 prisonniers, i mais n'osant approcher davantage de. Magdeburg, il .se porta sur Neuhal-

densleben, au nord-ouest, en décrivant un demicercle, et par Arnburg, gagna Stendal et les bords de TElbe. Il faisait toujours quelques recrues dans le pays? et à Arnburg 160 hommes et 4 officiers prussiens, qui s'étaient enfuis de Berlin, le rejoignirent. Comme il voyait toujours Gratien et D'Albignac se rapprocher de lui, il se porta résolument sur Dœmitz, petite ville mecklembourgeoise, située sur TElbe, brava toutes les observations des autorités grand-ducales, se mit à relever les remparts, à creuser les fossés, couper les arbres, raser les maisons qui pouvait gêner la défense de la place. Il frappa des contributions de guerre sur les communes voisines et rassembla des approvisionnements pour sa nouvelle forteresse.

On avait cessé de craindre pour Cassel. Mais les bruits alarmants continuaient à circuler. Le 14 mai deux hussards de Tarrnée prussienne se hasardèrent jusqu'auprès des ouvrages de Magdeburg et échangèrent des coups de carabine avec les sentinelles. (Rapp. du général Michaud, 16 mai.) On recommença à suspecter les intentions de la Prusse. Jérôme écrivait le 2S à Kellermann que « la garnison de Spandau avait déserté pour se joindre à Schill, que toutes les forces que le roi de Saxe envoyait contre lui se joignaient à lui. » Bercagny adressait au roi les rapports les plus alarmants : « Les anciens Prussiens et Hanovriens dans les villes qu'il a traversées ne connaissent plus que Schill, le nomment le sauveur de la Prusse et de l'Europe; les routes sont couvertes de prisonniers prussiens rentrés dans leur patrie, de déserteurs autrichiens, hollandais et autres qui se rendent au

corps de Schill... Les gens delà campagne se plaignent de la désertion de leurs valets qni préfèrent le brigandage de Schill à leurs travaux ordinaires. On attend des armes promises par les Anglais. » Suivant le directeur de la police, qui était d*ailleurs tout naturellement disposé à noircir la situation , la Prusse armait, réunissait des pontons pour passer TElbe, etc., etc.

La situation du Mecklembourg était encore moins rassurante : la majeure partie des contingents étaient à la Grande-Armée ; le duc de Mecklembourg crut prudent de quitter Ludwigsburg, sa résidence habituelle. Les villes hanséatiques commençaient à trembler pour leurs richesses. « Schill avait dit en Westphalie, prétend Bourrienne, que c'était Hambourg qui lui payerait les contributions. »I1 s'avança, racontele même écrivain, jusqu'à Bergdorff, à quatre lieues de cette ville. Les timides parlaient déjà de transiger avec lui. On fit partir pour le Holstein la caisse des douanes françaises. Enfin, continue l'envoyé de Napoléon, «j'envoyai à Schill un espion adroit qui l'effraya par le tableau des moyens de défense que présentait Hambourg *. » Néanmoins il était urgent d'en finir avec le brigand.

Celui-ci poursuivit le cours de ses témérités . Après le Mecklembourg , il envahissait la Poméranie sué-

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