Voir les Français sur le Rhin, pages 287 et
et des bailliages. Le rétablissement, dans une certaine mesure, de l'autorité impériale autrichienne, amena leur restauratÙHi. Aussi le premier usage qu'il fit, en 1806, de sa « pleine et entière souveraineté w, fut-il de les dissoudre définitivement et de déclarer que toute r^nion de députés serait considérée comme un acte de haute trahis<m.
La noblesse médiatisée, que les grands-ducs de Bade et de Darmstadt traitaient avec tant d'égards, fit en Wurtemberg un rude apprentissage de Tégalité sous un despote. Plus par instinct de roi absolu que par condescendance aux ordres de Napoléon, il rappela ceux des nobles wûrtembergeois qui servaient à l'étranger et surtout en Autriche, les traita sur leur refus en sujets rebelles et séquestra leurs biens. Parmi les sujets rebelles du roitelet de Wurtemberg se trouvaient notamment le comte Stadion et le prince de Metternich. Un major autrichien, baron de Wilden, pris à Stockach, fut enfermé dans un des châteaux du royaume. Napoléon ne crut pas pouvoir faire plus de plaisir au roi Frédéric qu'en lui renvoyant un autre rebelle^ pris à Prentzlow, le prince de Hohenlohe, généralissime de Tarmée prussienne. Quant aux princes et comtes médiatisés qui consentirent à subir le joug, les garanties stipulées par l'acte du Rheinbund ne leur fiirent que d'un médiocre secours. De toutes leurs anciennes prérogatives, il ne leur resta que Texemption du service militaire, la juridiction privilégiée de la cour supérieure de justice et le droit de faire administrer leurs biens par des employés à eux. Mds ils furent soumis à tous les impôts, renoncèrent
à leurs fidéicommis et à leurs pactes de famille, perdirent la juetice patrimoniale et forestière.
En 1809, îes nobles reçurent défense d'émigrer; ils ne pouvaient changer de résidence sans permission ; ils devaient le service militaire personnel : en revanche, comme le reste de la nation, ils étaient désarmés. Pour épouser une bourgeoise, il leur fallait une permission royale. Dans les cérémonies publiques, le dernier des pages de la cour, parce qu'il servait, avait le pas sur tout noble qui n'avait pas servi. Les pasteurs, cette autre puissance des anciens jours, étaient traités avec le même dédain : tout fonctionnaire avait le pas sur eux .
Comme pour rabaisser cette antique noblesse d'Empire, il se plaisait à user de sa prérogative royale pour créer, à l'instar de Napoléon, une nuée de comtes et de barons. Le roi de Bavière ayant conféré le principat à l'une des branches de Lowenstein-Wertheim, pour ne pas être en reste, le roi de Wurtemberg fit un prince dans l'autre branche. Si encore il eût dédommagé les souverains dépossédés en leur donnant part au gouvernement ! mais il affectait de s'entourer d'étrangers : Taube, Livonien; les deux Normann, Poméraniens; Zepplin, Mecklembourgeois.
Comme on le voit, la noblesse subissait une cruelle revanche de ses privilèges des anciens jours; elle expiait surtout ses longues luttes contre les ducs de Wurtemberg. A première vue, tout le bénéfice de la Tévolution était pour le despotisme princier. Le roi ne profitait de cet accroissement d'autorité qufc pour se livrer avec plus d'emportement à ses passions et à ses
plaisirs. Il s'était donné le luxe d'une garde royale comprenant six corps différents : gardes du corps, chasseurs à cheval, gardes à pied, chevau-légers, régiment du roi à cheval, chasseurs du roi à pied. Impotent, il aimait la chasse avec passion; entouré de jeunes gens, habiles veneurs, mais médiocrement instruits, il leur distribuait les titres de noblesse et les grades de généraux. Dillenius, simple écuyer, devint le général de Dillen, grand-maître des forêts et grand surintendant. C'était la même prodigalité qu'au temps de Charles-Eugène : plus grande encore, plus royale. Il invita Napoléon à une grande chasse qui coûta des sommes folles et qui ne parut à l'Empereur qu'une <( dégoûtante boucherie ». De tous les points du royaume on traquait le gibier, on l'amenait sous les pieds du roi. En mars 1815, il y eut une chasse pour laquelle on réquisitionna 21,384 habitants et 3,237 chevaux. Le laboureur pouvait veiller la nuit sur son champ pour le préserver des sangliers qui foisonnaient partout : il lui était défendu de les tuer. Si dur pour le noble, Frédéric ne l'était pas moins pour le paysan, dont il ravageait les champs. Il lui défen^ dait d'émigrer, et le tyrannisait de sa manie réglementaire.
Et pourtant, sous ce despote bizarre, précisément par son despotisme et son mépris des droits acquis, le Wurtemberg se transforma plus profondément que Bade ou Darmstadt. Frédéric ne parla jamais d'introduire le Code Napoléon; mais en abolissant les fiefs, les fidéicommis, les servitudes territoriales de toutes sortes ; en détruisant les prérogatives nobiliaires, en
supprimant toutes les exemptions d'impôt et pnssque toutes les exemptions militaires ; en accordant à tous ses sujets la liberté personnelle et la libre disposition de leur terre (reserit du 2 janvier 18Ô6), ii réalisa avec plus de puissance qu'on ne l'avait fait, dans aucun des pays purement allemands du Rheinbwid^ l'égalité du citoyen devant la loi. C'était le nivellement démocratique par la main d'un tyran.
La Bavière, en s'agrandissant, s'était transformée*. Elle possédait un territoire plus considérable que n'avait été la Prusse sous Frédéric IIj surtout elle acquérait, dans les citoyens des villes libres, dans les Franconiens des évcchés, dans les territoires de Salzburgj Anspach, Ratisbonne, même dans le Tyrol et le Vorarlberg, des éléments de civilisation et de progrès supérieurs à ceux que présentait la vieille Bavière, Enfin, elle avait à sa tête deux hommes disposés à utiliser ces ressources et à opérer l'espèce de révolution qui est la seule applicable en pays catliolique et monarchique : la réforme à la Joseph IL
Le roi de Wurtemberg était un prince d'éducation prussienne et russe; Maximilien- Joseph de Bavière (1799-1825) était presque un Français. Il avait été élevé à la cour de Christian IV de Deux-Ponts : or, c'était à
1. Lerchenfeld, Geschichie Bayerns unter Kœnig Maximilian- Joseph Berlin, 1854. — Le chevalier de Lang, Memoiren, Brunswick, 1842.— ^QxDxQ^^PolitischeZustaencle.i, IL— Vehse, BayÉ?r7ï.— Demian, t. I«'.
P(u*is, daas les coulisses du théâtre et du château , que cet excellent oncle tenait sa cour. Ses ancêtres, Christian II et Christian III n'avaient pas imaginé qu'on pût vivre autr^nent. Christian IV était un des intimes de Louis XV, un des assidus aux levers de la marquise et l'époux d'une danseuse française à qui il donna le titre de comtesse de Forbach, mais que tout le monde appelait Madame de Deux-Ponts. Après la mort de S4)nonde, Max-Joseph entra, à vingt et un ans (4777), auservice de la France et devint colonel des régiments Alsace et Deux^onts, en garnison à Strasbourg. C'était un joyeux compagnon qui excellait dans les imitations bouffonnes. Fort dépensier : Louis XVI lui paya plusieurs fois ses dettes, mais Max en fit toujours de nouvelles. En 178S, il épousa une princesse de Darmstadt, et en 1795 succéda à son cousin, le fantasque Charles de Deux-Ponts. Mais le pays était alors aux mains des républicains, et le nouveau duc dut s'enfuir devant Moreau jusqu'à Anspach (1796). Il épousa en secondes noces Caroline de Bade, et devint ainsi, tout découronné qu'il fût, le beau-frère des souv^ains de Suède et de Russie. En 1799, la mort de Charles-Théodore lui donna plus que les Français ne lui avaient pris : les deux couronnes électorales de Bavière et de Palatinat. Il se trouvait par là engagé dans la politique de l'empereur François, les Autrichiens occupant alors son électorat. Il ne put sauver la Bavière des convoitises hapsbourgeoises qu'en prenant appui sur son beau-frère de Russie et en affectant la plus vive passion contre les Français ; or, l'année suivante, Moreau était à Munich I
Heureusement pour lui, Bonaparte avait ses projets sur la Bavière. Maximilien-Joseph, on le sent bien, n'avait aucune haine contre les Français. La réconciliation se fît aux dépens de quantité d'évêcliés et de villes libres et un peu aussi de F Autriche. Bonaparte avait déjà eu la délicatesse de faire rayer Max de la liste des émigrés, où il figurait comme ancien officier au service de la France. Puis il le fit roi, et même grand roi, le plus puissant de TAllemagne deTOuest. Ce prince, qui n'avait en 1806 qu'une cinquantaine d'années, s'était rendu populaire par ses manières affables. Il aimait, dans ses promenades, à visiter les paysans et à causer de leurs affaires, assis dans leur cuisine. Un jour que deux maisons s'étaient écroulées à Munich, il travailla en personne à retirer les victimes de dessous les décombres. En somme, c'était un prince peu appliqué : îl ne lisait rien, n'avait de goût ni pour les arts, ni pour les sciences, ni pour la chasse, ni pour les chevaux. Il n'était pas devenu plus économe depuis qu'il était, de colonel français, passé duc, électeur, roi de Bavière ; mais il rendait à d'autres les services qu'il avait reçus de Louis XVI, payant les dettes du premier venu, des chanteurs, des danseurs, des comédiens. Il était vraiment né pour ce facile métier de roi de Bavière, pour exercer dans ce plantureux pays du sud cette sinécure souveraine, qui laisse tant de loisirs ou pour Lola-Montès, ou pour la musique de M. Wagner. Tous les matins, il -se faisait donner comme argent de poche 1,000 florins; mais comme toute la matinée il était assailli de solliciteurs et de mendiants dé tous les degrés, il lui
fallait, après quelques audiences, délivrer des bons sur le trésor : c'était parfois 15 ou 20,000 florins qu'il donnait ainsi en pur don.
Le principal ministre de ce prince et son homonyme, Maximilien-Joseph de Montgelas (né en 1759, mort en 1838), était Français d'origine et d'éducation. Il était petit-fils d'un baron de Montgelas, président du sénat de Chambéry. Son père avait été général de l'empereur franco-bavarois Charles VII. C'est à Nancy et à Strasbourg que le futur ministre avait commencé ses études. Il avait été le disciple de Koch pour l'histoire et le droit public. Naturellement, comme tous les libéraux bavarois, il eut des accointances avec l'illuminisme. Successivement chambellan et censeur des livres, puis conseiller de légation à Deux-Ponts, conseiller de gouvernement et conseiller intime sous Charles-Théodore, il s'éleva rapidement sous Maximilien-Joseph, qui était à peu près de son âge et avait reçu la même éducation presque dans les mêmes villes. Nommé en 1799 ministre des affaires extérieures, il reçut encore le ministère de l'intérieur en 1 806 et celui des finances en 1809. Plus inteUigent que laborieux, il n'administrait point avec un succès égal ces trois ministères. 11 avait la tournure d'esprit, presque le costume et en partie les goûts frivoles de notre vieille noblesse ; c'était un Choiseul égaré dans une petite cour, presque française, d'outre-Rhin. Lang en parle dans les termes les plus élogieux : « Montgelas était un de ces hommes tels que je me figure un Richelieu ou un Mazarin. » Il faut tenir compte des proportions.
Richelieu et Mazarin ont dirigé la politique, nonseulement de la France , mais de TEurope ; Mongelas n'a eu qu'à accommoder la politique bavaroise aux exigences du système napoléonien. Son habileté consista à entrer résolument et franchement dans une voie toute tracée et à tirer le plus grand profit possible d'une situation imposée. Tous les hommes d'état du Rheinbund ont dû accepter la protection de Napoléon, mais aucun n'a su faire croître, à l'ombre de cette protection, un grand état moderne qui aurait pu jouer, dans ces vingt dernières années, un rôle vraiment européen. En Wurtemberg, à Bade, ou à Carlsruhe, on suivait la politique napoléonienne au jour le jour, pour éviter un inconvénient ou réaliser un profit, pour la satisfaction d'intérêts éphémères ou de passions personnelles. Même pour un homme comme Haugwitz, l'alliance française était un expédient; pour Montgela-s, c'était un principe hautement avoué qu'il justifiait par deux siècles de tradition. Les autres gouvernements avaient des craintes et des convoitises; Mongelas avait un but : la grandeur de sa patrie d'adoption. U eut avec Richelieu cette ressemblance que, tout en engageant son pays dans un système bien défini de politique extérieure, il opéra en même temps une grande révolution intérieure. Il partagea avec Richelieu et Mazarin cette infériorité qu'en «'attachant surtout à la conduite des grandes affaires, il négligea les finances. Arndt, en 1814, le poursuivit de ses invectives comme l'un des auteurs « de la corruption allemande. )> Congédié en 1817, membre héréditaire du conseil d'état en 1819 , second président
<te TAssemblée en 1827-28, il mourut à Munich en
Sous les deuT Maximilien-Joseph (le roi et le ministre), le systtaie de gouvernement inauguré pa* l'empereur Joseph If mt appliqué à la Bavière. Les avantages et les inconvénients de ce système peuvent se formuler ainsi : Le gouvernement n'a en vue que le bien public, mais c'est par le despotisme qu'il cherche à le réaliser. Daiis un pays comme la Bavière ou TAutridie, il fallait une extrême énergie pour réaliser le progrès : les droits les mieux consacrés par l'antiquité, l'esprit religieux, les libertés publiques elles-mêmes étaient autant d'obstacles à la régénératicm : aucune réforme ne pouvait s'accomplir, si l'on entendait tout respecter; on peut donc savoir gré à un tel gouvernement de l'énergie courageuse et impitoyable avec laquelle il frayait les voies à l'avenir ; mais que de sentiments respectables sont froissés, .que de libertés nécessaires anéanties, que de htces> sociales comprimées ! Il y a tout à faire et tout en même temps; l'activité la plus dévorante ne saurait être condamnée sans appel; mais daiîs cette hûte fiévreuse, dans l'exaltation de cette bataille contre le passé, que de choses détruites qu'il faudra refaire, que de choses faites qu'il faudra détruire, que de changements incomplets, hâtifs, funestes, que de réformes à réformer.
La plus grave de toutes les questions bavaroises était la question religieuse. Mais le couple royal étaii en quelque sorte un gage vivant de tolérance. Le roi était catholique, Caroline était protestante et dès
son arrivée en Bavière, elle s'était fait bâtir une chapelle protestante : le vieux sol bavarois frémit, mais l'opposition se dissipa en murmure. En septembre 1800, on accorda aux protestants non-seulement la tolérance légale, mais le droit d'acquérir des immeubles et d'obtenir la noblesse : les États de Bavière invoquèrent les lois existantes en faveur du catholicisme exchisif et rétorquèrent contre le pouvoir ses propres arguments: si l'unité était une bonne chose en politique, pourquoi non en religion ? C'était l'unité religieuse qui assurait la tranquillité et l'union des cœurs en Bavière. On répétait la formule de Louis XIV : un seul roi, une seule loi, une seule foi. L'électeur prit la peine de discuter ces étranges principes dans une réponse rendue publique; l'unité religieuse n'est pas plus nécessaire à l'état que l'unité d'opinions scientifiques; dans tous les états européens et allemands, en Prusse, en Hanovre, en Autriche même, les plus sages gouvernements ont établi la tolérance religieuse. La France, l'Espagne, Cologne, au XVP et au XVIP siècle, se sont ruinés et appauvris à vouloir établir l'unité dans la foi. Il vaut mieux que la Bavière s'enrichisse en appelant chez elle des industriels, des cultivateurs, des négociants, qui seront de fidèles serviteurs de l'état.
Le 25 janvier 1802, on porta le premier coup aux ordres religieux; les ordres de franciscains et de capucins ne seraient plus tolérés que jusqu'à l'extinction de leurs membres existants ; en conséquence, il leur était défendu de recevoir désormais des novices. Un grand nombre de cloîtres furent alors supprimés
et leurs religieux envoyés dans les autres cloîtres. En 1808, on s'occupa des couvents de femmes: toute religieuse était autorisée, avec la permission du préfet, à sortir de son couvent ; elle avait le droit de se choisir un confesseur hors du cloître et de converser sans témoins avec ses parents au parloir; tous les ans le juge de paix devait visiter la maison et interroger chaque religieuse en particulier. Tout cela n'était pas trop révolutionnaire et Ton comprend que le clergé séculier n'ait pas réclamé très-vivement contre la suppression des ordres mendiants. Quant au peuple, ce n'était pas en Bavière, c'était en Tyrol que l'on devait se heurter à ses résistances.
Il fallait s'occuper aussi des rapports du paysan avec le seigneur. Le servage fut aboli, et le Gutsherr perdit, sans indemnité, le droit de prendre sa part des héritages et de percevoir de l'argent pour les mariages. Les autres droits furent déclarés rachetables : avantage médiocre pour des paysans ruinés par la guerre. La noblesse ne conféra plus de privilèges en matière d'impôts ou de justice. Il fallut bien admettre cependant une exception en faveur des médiatisés, protégés par l'acte du Rheinbund. Moins bien traités qu'à Bade, ils conservèrent pourtant une grande situation : ils ne pouvaient pas avoir des soldats, comme chez le grand-duc Charles-Frédéric, mais ils avaient une garde de police, un forum privilégié, des baillis, des juges pour la moyenne et basse justice, le patronage de leurs églises : en un mot, il avaient encore des sujets.
Pour affaiblir l'esprit provincial, on divisa le pays
en neuf cercles : Main, Rezat, Regen, Danube, Hier Isar, Bas-Danube, Salzbach, Inn. En outre, les deux villes d'Augsbourg et Niirenberg formaient deux gou* vernements particuliers. A la tête de chaque cercle, il y avait un commissaire-général (préfet)^ assisté d'un directeur de chancellerie, de quatre conseillers de cercle ^t de conseillers d'école ou de médecine. Les cercles étaient subdivisés en districts gouvernés par des land^ richter (sous-préfeti^), assistés également d'autres conseillers. Les communes étaient administrées par des conseils municipaux élus par des électeurs choisis euxmêmes par le préfet ; le maire était nommé par le gouvernement. Les municipalités étaient naturellement en tutelle, et leurs décisions devaient être approuvées. La justice était rendue en première instance par des tribunaux de villes et de campagne {Stadtgerichty Landgericht)^ et par les justices patrimoniales des seigneurs (moyenne et basse justice) ; il y avait neuf tribunaux d^appel et une cour suprême à Munich : le tout sans préjudice des tribunaux d'exception. Dans un pays si profondément ignorant, si dépourvu de communications, et où tes préfets et sous-préfets n'étaient contrôlés que par d'autres fonctionnaires, il devait se comm-ettre, loin des yeux du gouvernement, de grands abus die pouvoir. Le chevalier de Lang raconte à ce propos d'étranges histoires : un sous-préfet, comte de P..., faisait assassiner un caissier pour lui voler 30,000 florins et parvenait à étouffer V affaire ; un autre haut fonctionnaire, comte de R..., empoisonnait sa femme pour en épouser une autre, enlevait ia caisse d'emprunt d'Àugsbourg, volait 848,000 flo-
rins, et parvenait à mourir paisiblement à Munich, emjdoyé des archives; son frère, un sous-préfet, détournait des sommes considérables, faisait des faux et se suicidait pour échapper à la justice ^ On ne prive pas impunément les citoyens de toute participation aux afiaires publiques.
Le l" mai 1808, le gouvernement bavarois publia une constitution. Elle débutait par la guppression des anciens États, ainsi que des constitutions particulië res, charges héréditaires, privilèges des corporations et associations. Dans chaque cercle, le préfet devait être contrôlé par un conseil de cercle. En outre, dans chacune de ces circonscriptions, il y aurait un collège électoral composé des deux cents propriétaires, marchands ou industriels les plus imposés aux contributions foncières. Chaque collège élirait sept députés. L'Àâsembiée nationale se réunirait une fois par an : le Boi aurait le droit de convocation , prorogation et dissolution; il nommerait le président, les quatre secrétaires, etc. Les contemporains trouvaient bien quelques critiques k faire sur cette constitution: ils trouvaient mauvais que la richesse seule et même unîqu^nerit la propriété foncière donnassent droit de suffrage et d'éligibilité ; ils remarquaient qu'on n'y avait pas fait place, comme dans les constitutions de Westphalie et de Francfort, aux artistes et aux hommes de fortune médiocre qui avaient rendu des services distingués. Tous ces reproches tombent devant eeluinîi : la constitution n'a jamais été mise
!• Voîr^ dans le chevalier de Lang, l'histoire tragi-comi^ne da cnieifié de NordHns^eii.
en vigueur. Le système joséphiste ne s*accommode guère des institutions parlementaires ; il veut faire le bien du peuple- sans le concours du peuple.
Une autre promesse également non suivie d'exécution, était relative à l'introduction du Code Napoléon. La Révolution n'avait pas encore pénétré assez profondément en Bavière pour qu'on pût y appliquer les lois de la Révolution ; le gouvernement ordonna pourtant en 1808 des travaux préparatoires sur les modifications à introduire dans l'œuvre du premier Consul ; le savant Feuerbach Tétudia avec passion, mais ces études préliminaires durèrent jusqu'en 1814, et à cette époque le vent avait changé.
L'armée bavaroise se recrutait par la conscription ; elle avait à sa tête des généraux distingués, comme Deroy, de Wrède, Mezzanelli, que Napoléon combla d'honneurs et de décorations. Elle se composait : 1** d'une armée permanente de 46,000 hommes répartis en douze régiments d'infanterie de ligne, six régiments de chevau-légers , un régiment d'artillerie, un bataillon du train, etc.; 2* de 60,000 hommes de garde nationale, dont 30,000 mobilisables.
On avait essayé aussi de réveiller l'esprit scientifique en appelant h Munich des hommes distingués appartenant presque tous au nord de l'Allemagne : Jacobi, Jacobs, Roth, Feuerbach, Thiersch, etc. Mais ils avaient à lutter contre l'hostilité sacerdotale, l'indolence et l'apathie de l'opinion, enfin une véritable résistance de l'esprit national bavarois. Les vieux Bavarois ne sortaient pas de ce raisonnement : ou bien ce que les étrangers apportaient était connu depuis
longtemps en Bavière ; ou bien leurs importations ne valaient rien, car les Bavarois n'auraient pas manqué d'en faire la découverte avant eux. L'antagonisme du Nord et du Midi, du protestantisme et du catholicisme, se manifestait violemment dans cet article du Morgenboten : oc Le trait principal du caractère méridional, c'est la force ; celui du caractère septentrional, c'est la faiblesse. Chez les uns, passion pour les voluptés et les plaisirs sensuels, esprit guerrier, bonté de cœur, franchise; chez les autres, luxure honteuse, hypocondrie, fausseté, lâcheté, esprit de rancune. » Le peuple bavarois, dont le fonds ethnographique est si éminemment celtique, se sentait plus de sympathie pour la France que pour l'Allemagne du nord. Le baron Christophe d'Arétin publiait les Plans de Napoléon et de ses ennemis * ; à l'entendre, l'idée maîtresse de l'Empereur d'Occident, idée essentiellement allemande, c'était le cosmopolitisme. Ses vrais ennemis étaient ces savants du Nord qui essayaient d'introduire en Bavière le borttssisme et Vanglicisme, c'est-à-dire le nord- germanisme étroit et exclusif. Plusieurs fois il y eut des tumultes populaires contre Jacobi et Feuerbach ; Thierseh manqua d'être assassiné.
En résumé les États du sud du Rheinbund : Bade, Bavière, Wurtemberg, Hesse-Darmstadt, Nassau, HohenzoUern, etc., n'avaient d'autre avantage sur les
1. Die Plane Napoléons und seiner Gegner in Deutschland, 1809.
états du nord et du centre (Berg, Francfort, Westphalie) que d'avoir conservé leurs souverains nationaux. Mais l'égalité des citoyens devant la loi était loin d'y être aussi complètement résJisée qu'à Dtisseldorff, Francfort ou Cassel, La liberté même y avait fait moins de progrès: les sujets en étaient réduits à envier les constitutions représentatives de Murât, du roi Jérôme et du Prince-Primat. Enfin l'administratiou, qui s'impose une si lourde responsabilité quand elle agit à l'exclusion de toute représentation nationale, ne présentait nulle part, même en Bavière, autant de régularité, d'habileté et de probité que dans les pays oîi l'on s'était borné à importer de toutes pièces les institutions françaises. Les gouvernements du Sud devançaient la Prusse et l'Autriche, mais restaient encore en arrière sur les gouvernements franco-allemands de Berg, Westphalie et Francfort.